Échouage des cétacés

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Un échouage massif de Globicephala sur les rives de Cape Cod, 1902.

L'échouage des mammifères marins sur les côtes est un phénomène qui provoque souvent la mort des cétacés par état de choc. Les causes des échouages sont multiples et peu étudiées. Elles peuvent être d'origine "naturelle" ou humaine. Un échouage vivant entraîne, dans les pays expérimentés, une intervention pour renflouer l'animal (cas particulier des échouages massifs) et l'aider à rejoindre des eaux plus profondes, ou, si son état le nécessite, une hospitalisation dans des infrastructures adaptées.

Causes[modifier | modifier le code]

Une baleine à bosse échouée sur une plage de l'île Baranof (Alaska).

Naturelles[modifier | modifier le code]

Les échouages de cétacés peuvent être le fait d'animaux épuisés soit par des conditions météo exceptionnelles (tempête en mer durant plusieurs jours) soit par des maladies diverses. Ainsi, certaines épizooties sont à l'origine d'importants échouages, par exemple le Morbillivirus qui a frappé les dauphins bleus et blancs (''Stenella coeruleoalba'') de Méditerranée au cours des années 1990 et 2000.

Humaines[modifier | modifier le code]

En mai-juin 2008, un échouage massif d'une centaine de dauphins d'Électre a lieu à Madagascar. Les causes avancées par les spécialistes sont épidémie, intoxication naturelle ou humaine, événement océanique ou météorologique mais aussi l'hypothèse que ce soit les sonars d'un bateau de recherche pétrolière de la société ExxonMobil parti la veille des échouages[1],[2].

Une hypothèse est que certains bruits propagés sous l'eau peut désorienter les cétacés ou interagir négativement avec leur système d'écholocation, et que des bruits violents peuvent les rendre plus ou moins sourds (exercices militaires, explosions utilisés pour les sondages, certains sonars). Des travaux sont en cours pour mieux évaluer l'impact de la pollution sonore des océans sur les cétacés. Le laboratoire de bioacoustiques de l’Université polytechnique de Catalogne a créé un système portable d'évaluation de la perte d’audition des cétacés, évitant de devoir stresser et déplacer les animaux pour ce test. Un diagnostic des risques pour la survie des cétacés échoués pourra se faire in situ[3]. Comme tous les animaux évolués, une exposition chronique au bruit peut affecter l'audition des cétacés. L'université de Catalogne a montré que certaines sources humaines de bruits marins augmentaient le nombre de collisions entre ces mammifères marins et des bateaux. On cherche maintenant à comprendre pourquoi et comment réduire ce risque, d'autant que le bruit est de plus en plus utilisé par les pingers pour éloigner marsouins et dauphins des filets de pêche. Plusieurs équipes de recherche travaillent également sur des solutions destinées à éviter les interactions entre cétacés et obstacles d’origine humaine, tels que par exemple des filets de pêche.

Échouages et fleuves[modifier | modifier le code]

« Baleine dévorée par des loups » (1871), gravure tirée de L'opinion publique périodique montréalais.

Les cétacés se serviraient des lignes du champ magnétique terrestre comme amers lors de leurs déplacements. Ils utiliseraient également le CMT comme repère pour "caler" leur horloge biologique. Anomalies, tempêtes ou lignes perpendiculaires à la côte seraient autant de paramètres susceptibles de perturber la trajectoire des animaux. Dans les groupes de cétacés hiérarchisés et/ou à forte cohésion sociale, si le meneur d'un groupe « perd la boussole », le groupe entier se retrouve en danger. Les ondes des sonars utilisés par l'armée ou les détonations des canons à air (prospection sismique gazière et pétrolière), sont, quant à elles, responsables de fractures d'organes, à l'origine d'hémorragies internes. Les cétacés meurent alors d'une longue agonie et certains d'entre eux sont retrouvés sur les côtes.

En 1989 à Port-la-Nouvelle, sur la plage du Rouet, une baleine s'est échouée, récupérée par Jean-Louis Fabre, on peut la voir au Domaine de Jugnes.

Le , une baleine surnommée « Baleine de la Tamise » est apparue dans le fleuve londonien. Elle a nagé jusqu'à l'Albert Bridge, avant que des experts essaient de la reconduire jusqu'à la Mer du Nord. Elle est néanmoins morte le 21 janvier dans la soirée.

Le une baleine de 5 m, probablement Balaenoptera acutorostrata, est rencontrée échouée à proximité du hameau de Piquituba en Amazonie centrale sur le fleuve Tapajos (fleuve claire, affluente du Rio Amazone) à plus de 1 000 km de l’embouchure de l'Amazone[4]. Elle poursuit sa route et s'échoue de nouveau près du hameau de Jaguarituba, où elle est blessée à l'abdomen par un curieux. Blessée et stressée par l'incessant ballet d'embarcations autour d'elle, elle fuit de nouveau et meurt le 20 novembre, avant le début de l'opération de sauvetage, à São José, sur le rio Arapiuns, affluent du Tapajós[5],[6].

Interventions humaines pour sauver les cétacés[modifier | modifier le code]

Les échouages sont des urgences médicales absolues qui nécessitent des équipes de sauveteurs, vétérinaires spécialisés, et tout protagoniste formé à ce genre de situation. Ils ne peuvent laisser place à l'improvisation car chaque minute perdue retarde d'autant les chances de survie de l'animal. La France ne compte pas de centres de prises en charge de cétacés[7].

L'évacuation des cadavres[modifier | modifier le code]

L'équarrissage[modifier | modifier le code]

Le découpage des animaux morts est la méthode la plus fréquemment employée pour évacuer les cadavres volumineux.

Explosion de baleine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Explosion de baleine.

Des explosions spontanées, ou provoquées afin d'éliminer le cadavre, ont été recensées dans l'histoire et sont devenues célèbres grâce à internet.


En France[modifier | modifier le code]

En France où tous les mammifères marins sont protégées par la loi[8], le nombre des échouage tend à augmenter et leurs causes sont souvent encore mal comprises, et probablement multifactorielles. Selon les études faites à partir d'animaux marqués et à partir de l'étude de dérive des carcasses emportées par les courants, environ 8 % des animaux morts en mer finissent par s'échouer[8].

Depuis le début des années 1970 en métropole, puis à partir des années 1990 en outremer, les échouages de mammifères marins sont suivis, répertoriés et étudiés par le « Réseau National d’Échouages » (RNE), avec l'aide de plus de 300 correspondants locaux, coordonné par l’Observatoire PELAGIS (ex- Centre de Recherche sur les Mammifères Marins - hébergé par le CNRS à La Rochelle[9]. Les échouages ont régulièrement augmenté de 1980 à 2012, pour un total de 17 054 animaux échoués et signalés[8] ; Ce sont presque toujours des cétacés morts en pleine mer (de causes naturelles ou accidentelles) et déposés par les courants sur le littoral. C'est le dauphin commun qui est le plus souvent retrouvé (mort, souvent après capture accidentelle), alors qu'il s'agit d'une espèces qui semble en rapide régression : (- 5,5 % / an). Leur nombre pourrait être divisé par cinq en 30 ans et l'espèce conduite à risquer l'extinction dans environ 100 ans[10].

Le nombre de marsouin commun, grand dauphin, phoque gris et phoque veau-marin trouvé échoués a aussi significativement augmenté depuis la fin des années 1990[8]. En 1993, seuls le phoque veau-marin et le phoque gris sont classés avec un statut global jugé favorable. Le cachalot est classé espèce menacée par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), et vulnérable en France et dans le monde alors que le rorqual commun est jugé quasi-menacés de disparition en France.

« Avec 1 036 échouages, le résultat de l’année 2011 est le plus important jamais enregistré »[8]

« (...) La façade atlantique regroupe les trois quarts des échouages enregistrés depuis 1980[8]. En Manche – mer du Nord, les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de Picardie sont les plus concernés. Ceux-ci sont principalement concentrés sur le littoral des Landes, du Finistère, de la Gironde, de la Charente-Maritime, de la Vendée et du Morbihan[8]. ».

Explications ? La surpêche des eaux côtières et du large peut affecter les cétacés en les privant d'une partie de leur nourriture, ainsi que par les filets ou le dérangement des animaux lors de leurs chasses, de leur migration ou de leur reproduction. Les écosystèmes marins sont en outre dégradé par de nombreux polluants moins visibles que les marées noires mais plus actifs à faible doses (pesticides, dioxines, PCB, perturbateurs endocriniens, mercure, plomb, cadmium, etc.). Les accidents semblent fréquents : ainsi « 50 % des marsouins échoués sur les côtes normandes en 2006 présentaient des traces de capture accidentelle d’un engin de pêche (CRMM, 2007) »[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Echouage massif de dauphins à Madagascar, LCI.fr, 10/06/2008
  2. Madagascar : Echouage massif de dauphins d'Electre, Global Voices Online, 13/6/2008
  3. Communiqué de l'Université de Catalogne, présentant de travail d'une équipe internationale sur la mesure in situ (audiogrammes) de l'audition de cétacés (éventuellement échoués), consulté le 4 janvier 2009
  4. http://www1.folha.uol.com.br/folha/cotidiano/ult95u346068.shtml
  5. http://www1.folha.uol.com.br/folha/cotidiano/ult95u346278.shtml
  6. http://www1.folha.uol.com.br/folha/cotidiano/ult95u347153.shtml
  7. Sibylline - Faune marine
  8. a, b, c, d, e, f, g et h ONMLÉtat du milieu marin et littoral, État biologique ; Les échouages des mammifères marins en France 2013-04-08
  9. CNRS/UMS 3462, Université de La Rochelle
  10. PAMM, chapitre évaluation initiale 20122, mise en œuvre de la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin 2008/56/CE

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • La baleine de Luc en janvier 1885, une baleine de 40 tonnes et de 19 mètres de long s'est échouée sur les rivages de la Côte de Nacre, à Luc-sur-Mer.