Anoxie (eau)

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Pour l'écologue et l'hydrobiologiste, l'anoxie est une diminution de l'oxygène dissous ou présent et biodisponible dans le milieu (sol, sédiment, eau, atmosphère..).

Chez les animaux (aquatiques et terrestres), l'anoxie se traduit par une souffrance tissulaire suivie de la mort par asphyxie.
Certains organismes y réagissent en amorçant des processus de survie (fuite des zones les plus pauvres en oxygène, recherche d'oxygène dans l'air en surface pour les espèces mobiles. D'autres comme les moules ferment leurs coquille, mais meurent si le choc anoxique dure trop longtemps.

En présence de certains toxiques qui empêchent l'utilisation par les cellules de l'oxygène dissous dans le sang ou dans les fluides corporels, des animaux peuvent mourir asphyxiés par anoxie interne alors que le taux d'oxygène de l'eau est normal. C'est par exemple le cas lors de pollutions par du cyanure, parfois importantes en aval de sites miniers (mine d'or en particulier).

L'anoxie favorise le développement de bactéries anaérobies ou semi-anaérobies dont certaines peuvent émettre des toxines ou être responsables de pathologies mortelles (botulisme par exemple). En modifiant les populations bactériennes et vivantes du sol ou du sédiment, l'anoxie modifie aussi la chimie du sol ou du sédiment[1], avec des variations selon la profondeur[2] et le type de milieu.

En pédologie[modifier | modifier le code]

Ce terme d'anoxie est également utilisé en pédologie pour désigner le manque total d'oxygène d'un sol.

Écologie et traitement des eaux[modifier | modifier le code]

Illustration de l'importance de la salinité dans certains phénomènes d’hypoxie, puis d’anoxie.

L'anoxie peut être provoquée au cours de procédés de traitement des eaux, comme dans les bassins à boue activée de certaines stations d'épuration, où le manque d'oxygène dissous force certaines bactéries à utiliser pour leur respiration l'oxygène des ions nitrates (NO3-) dissous dans l'eau, contribuant ainsi à la dénitrification de l'eau qui ne se produit que quand le taux d'oxygène dissous est inférieur à 1 mg/l ou à 10 % de la saturation (qui dépend de la température). Certaines bactéries (dites dénitrifiantes) décomposent ainsi les molécules de nitrates, le transformant ceux-ci en diazote qui rejoint l'atmosphère.

Écologie aquatique et océanographie[modifier | modifier le code]

Ce terme désigne également l'état de l'eau, totalement dépourvue d'oxygène, dans des couches d'eau, marines ou lacustres. En l'absence de courant, les eaux anoxiques et les eaux oxygénées ne se mélangent pas et la limite entre celles-ci constitue la chimiocline.

Les milieux aquatiques plus restreints et moins stables comme les étangs peuvent être sujets à des périodes d'anoxie, éventuellement provoquées par leur eutrophisation ou dystrophisation par surabondance de nitrates ou phosphates, généralement d'origine agricole ou humaine (eaux usées non épurées). En mer ou dans certains estuaires on parle de « zones mortes » (dead zones) pour décrire de telles zones.
Une forte diminution du taux d'oxygène de l'eau (« crise anoxique »), même brève, peut tuer un grand nombre d'espèces animales.

De fortes pluies d'orage estivaux peuvent aussi être source d'apport brutaux de matières organiques et de toxiques (via le ruissellement) vers les canaux. L'anoxie induite peut pour partie expliquer des mortalités importantes et brutales de poissons, induites par le ruissellement de la pluie sur des surfaces imperméabilisées et chargées en polluants.

Ces phénomènes d'anoxie peuvent se développer par crises, qualifiées de malaïgues dans le sud de la France, le terme, issu du provençal, signifiant « mauvaise eau ». Particulièrement connues dans l'Étang de Thau, l'anoxie s'accompagnant d'une production d'hydrogène sulfuré rend les eaux d'une couleur blanc laiteux[3].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Billon, G., Ouddane, B., Laureyns, J., Boughriet, A., 2003. Analytical and thermodynamic approaches to the mineralogical and compositional studies on anoxic sediments. J. Soil Sed. 3, 180–187.
  2. Billon, G., Ouddane, B., Recourt, P., Boughriet, A., 2002. Depth variability and some geochemical characteristics of Fe, Mn, Ca, Mg, Sr, S, P, Cd and Zn in anoxic sediments from Authie Bay (northern France). Estuar. Coast. Shelf Sci. 55, 167– 181.
  3. Les malaïgues, Ifremer