Curnonsky

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Plaque sur le domicile de Curnonsky au no 14 de la place Henri-Bergson, Paris 8e
Signature de Curnonsky

Maurice Edmond Sailland, dit Curnonsky, né à Angers le 12 octobre 1872 et mort à Paris le 22 juillet 1956, est un gastronome, humoriste et critique culinaire français, surnommé « le prince des gastronomes ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Angers dans un hôtel particulier de l'avenue de Contades, orphelin de mère, abandonné par son père, il est élevé par sa grand-mère[1]. Il a notamment pour trisaïeule la bienheureuse Jeanne Sailland dont les descendants sont dispensés par rescrit papal de « faire maigre », dispense à l'origine de sa vocation de gastronome[2]. À l'âge de 18 ans, il s'installe à Paris pour préparer l'École normale supérieure et devenir journaliste. Il commence à rédiger des articles pour des journaux tels que La Vie Parisienne, Le Music-Hall illustré du matin et Comédia, et s'invente un pseudonyme. La mode étant aux noms à consonance russe (époque de l'alliance franco-russe, des amours cosaques et des Ballets russes à Paris), la question est posée en latin : « Cur non sky ? » (« Pourquoi pas sky ? »)[3] Le pseudonyme est approuvé par Alphonse Allais[4], dont il reprend la chronique, « La Vie drôle », dans Le Journal[5].

En complément de ses chroniques, il devient en 1895 un des « nègres » de Willy, le premier mari de Colette, et publie des romans ainsi que des contes et gazettes. C'est alors qu'il rencontre Paul-Jean Toulet : les deux hommes sympathisent au point de devenir colocataires. Ils coécrivent trois romans : Le Bréviaire des courtisanes et Le Métier d'amant, parus sous le pseudonyme de Perdiccas, puis Demi-Veuve, paru en feuilleton sous la même signature mais dont Curnonsky signera seul l'édition en volume (Toulet ayant renié leur œuvre). Curnonsky prête aussi sa plume à la publicité naissante (plaquettes vantant le pyrex, le frigidaire, le Roquefort mais sans jamais associer son nom à ces publicités) et serait notamment à l'origine du nom « Bibendum » qui est resté attaché au bonhomme en pneus de Michelin[6].

Après l'exposition universelle de 1900, il fait partie d'une délégation de presse qui part en Extrême-Orient : il y découvre notamment la diversité de la cuisine chinoise. De retour à Paris, il est engagé pour écrire des chroniques gastronomique dans Le Journal (rubrique de « gastronomade ») et Le Matin[7]. Privilégiant la cuisine du terroir, bourgeoise et paysanne, à la Haute cuisine codifiée et raffinée d'Auguste Escoffier, sa philosophie gastronomique est résumée dans cette critique « « vers le début de ce siècle, l'éminente et millénaire supériorité de la cuisine française fut menacée par deux fléaux : le snobisme de la cuisine anonyme et cosmopolite qui sévissait dans tous les Palaces et caravansérails de l'univers, et le goût suranné de cette cuisine compliquée et tarabiscotée qui tendait à dissimuler les saveurs et les arômes et à présenter sous des noms bizarres et prétentieux des plats où la chimie se mêle à la prestidigitation » et cet aphorisme « en cuisine comme dans tous les autres arts, la simplicité est le signe de la perfection »[2].

À partir de 1921, il publie avec son ami Marcel Rouff La France gastronomique, une collection de 28 recueils (sur 32 prévus) sur la cuisine régionale et sur les meilleurs restaurants de France.

Faisant partie de l'Automobile Club de France, il participe dès 1926 à la naissance du guide Michelin[7].

En 1927, il est élu « prince des gastronomes » après un vote des cuisiniers, restaurateurs et gastronomes organisé par la revue Le Bon Gîte et la Bonne Table, titre qui lui reste attaché au XXIe siècle. Son rival finaliste, Maurice des Ombiaux, sera élu « Prince de la Treille ». En 1930, il fonde l'Académie des gastronomes et l'Académie de l'humour avec Romain Coolus. Il publie au total une cinquantaine d'ouvrages sur la cuisine. Membre de l'Académie Rabelais, chevalier de la Légion d’honneur en 1928, il est fait officier en 1938.

En 1933, il fonde l'Académie du vin de France avec le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié, qui a entrepris un combat pour faire reconnaître les AOC et que Curnonsky vient souvent retrouver sur place à Châteauneuf-du-Pape pour aller déguster chez des amis. Grand amateur de châteauneuf-du-pape, il ne manque jamais de parapher le livre d'or : « Ce nous est honneur de joye que d'annexer à nostre principauté de Gastronomie, le territoire de Châteauneuf-du-Pape et de nommer maître Prosper Quiot fournisseur attitré de nostre Cour[8]. » Dans le livre d'or du Clos Saint-Pierre, il écrit : « Nous attirons tout spécialement la bienveillante attention des Gastronomes, dipsodes et autres buveurs, nos frères et amis, sur la somptueuse magnificence du marc que l'on trouve en ceste amé et inclyte cité de Châteauneuf-du-Pape et qui nous a paru vrayment une Essence de Soleil[9]. En mai 1934, il prend la direction littéraire de la revue La France à Table dès son premier numéro.

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il quitte Paris et s'installe dans une auberge à Riec-sur-Bélon en Bretagne, chez son amie Mélanie Rouat, fine cuisinière qu'il a découverte lors de vacances[10]. Il retrouve son appartement parisien à la fin de la guerre et reprend son activité de journaliste. Il lance en 1947 la revue Cuisine et Vins de France, avec Madeleine Decure. Cette revue donnera naissance en 1953 à un monumental ouvrage du même nom, considéré comme la bible des recueils de recettes de cuisine. En 1954, il fonde l'Association professionnelle des chroniqueurs et informateurs de la gastronomie et du vin (APCIG) avec quelques éminents confrères.

Le 22 juillet 1956, pris d'un malaise, il meurt en « tombant » de la fenêtre de son appartement du troisième étage sis au 14 de la Place de Laborde[11]. Il est inhumé dans le cimetière de Beauchamp (Val-d'Oise)[12].

Postérité[modifier | modifier le code]

Chaque année, l'APCIG remet le prix Amunategui-Curnonsky à un journaliste.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Jacques et Cécile, ou le Bonheur par le sport, dessins de Félix Lorioux, préface de Georges Carpentier, A.P. Éditeur, 25 boulevard des Italiens, Paris, 1920, 96 pages
  • La France gastronomique. Guide des merveilles culinaires et des bonnes auberges françaises, avec Marcel Rouff, Paris, Frédéric Rouff, 1921
  • Le Musée des erreurs, avec J.-W. Bienstock, Paris, Albin Michel, 1925
  • Arthur Szyk, Le Juif qui rit, légendes anciennes et nouvelles arrangées par Curnonsky & J.W. Bienstock, Paris, Albin Michel, 1926
  • Le Café du commerce, avec J.-W. Bienstock, Paris, Albin Michel, 1928
  • Le Tour du cadran, avec J.-W. Bienstock, 1930
  • Les Recettes des provinces de France, 1930
  • Le Bien-Manger. Itinéraire gastronomique, Paris, Office d'Édition d'Art, 1931
  • Gaités et curiosités gastronomiques, avec Gaston Derys, Paris, Delagrave, 1933
  • Les Indiscrétions de l'écriture. Notion de graphologie, avec Gaston Derys, Paris, Delagrave, 1933
  • Dictionnaire de l'Académie de l'Humour français, Paris, Éditions de la Tournelle, 1934
  • Les Fines Gueules de France, avec Pierre Andrieu, Paris, Firmin Didot, 1935
  • Lyon capitale mondiale de la gastronomie, avec Marcel E. Grancher, Éditions Lugdunum, Lyon, 1935
  • L'Infortune du pot, Paris, Éditions de la couronne, 1946
  • À travers mon binocle, Paris, Éditions Albin Michel, 1948
  • Une grande datte dans ma vie : je me mets au régime !, illustration de Jean Effel, Paris, G. Lang, 1952
  • Cuisine et Vins de France, Paris, Larousse, 1953
  • Souvenirs littéraires et gastronomiques, Paris, Albin Michel, 1958
  • L'Héritage de Curnonsky, avec Jeanne B. Barondeau [Inge Huber], Édition Curnonska, Munich, 2007
    I. Curnonsky à la carte..., 320 p. (ISBN 9783940814012) II. Curnonsky en route..., 320 p. (ISBN 9783940814029) III. Curnonsky souvenirs gastronomiques..., 320 p. (ISBN 9783940814036)
  • Curnonsky oder das Geheimnis des Maurice-Edmond Sailland, avec Inge Huber, Édition Collection Rolf Heyne, 2010
  • Curnonsky et ses recettes d'autrefois, avec Jeanne B. Barondeau, Munich, Édition Curnonska, 2012 ; ISBN 9783981421446
  • Curnonsky mémoires secrets, avec Jeanne B. Barondeau, Munich, Édition Curnonska, 2012 ; ISBN 9783981421453

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Portrait de Curnonsky sur le site de Radio-France
  2. a et b Jean Vitaux, « Curnonsky, le prince des gastronomes », chronique sur Canal Académie
  3. Début dans les lettres sur Angers.fr
  4. Les 80 ans de Curnonsky [PDF]
  5. Dit Curnonsky
  6. Curnonsky, Prince des Gastronomes (en archive), par Sylvain Bertoldi, conservateur des archives d’Angers, sur le site de la ville d'Angers.
  7. a et b Jean-Jacques Boutaud, L'imaginaire de la table : convivialité, commensalité et communication, Éditions L'Harmattan,‎ 2004, p. 236-237
  8. Robert Bailly, op. cit., p. 137.
  9. Robert Bailly, op. cit., p. 138, qui donne la date de 1939 pour cet hommage.
  10. Henriette Parienté et Geneviève de Ternant, La fabuleuse histoire de la cuisine française, Editions O.D.I.L.,‎ 1981, p. 332
  11. Henri Temerson, Biographies des principales personnalités françaises décédées au cours de l'année, Hachette,‎ 1956, p. 43
  12. Tombe de Curnonsky

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simon Arbellot, Curnonsky, Prince des gastronomes, Les productions de Paris, 1965
  • Robert Bailly, Histoire du vin en Vaucluse. Domaines viticoles historiques, Éd. F. Orta, Avignon, 1972.
  • Cur non... bibendum ? ou du pneu Michelin aux guides gastronomiques, sous la direction d'Inge Huber, Jeanne B. Barondeau, E. book, Édition Curnonska, Munich, 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]