Iki (esthétique)

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L’iki (?) est une notion esthétique japonaise assez complexe définissant une « sophistication naturelle ». Elle est née durant l'époque d'Edo parmi la classe des chōnin comportant les marchands. Alors que d'autres notions esthétiques comme le wabi-sabi ont perdu presque toute influence dans le Japon moderne, le terme iki reste couramment employé dans les conversations ou les médias. Dans cette acception contemporaine, iki est à rapprocher des notions occidentales de « cool (en) »[1] ou « classe », dont il se distingue toutefois.

Définition[modifier | modifier le code]

L’iki est un idéal esthétique auquel aspirent les geisha. Liza Dalby le décrit ainsi : « Le but à atteindre était l'élégance naturelle. Outre ce refus de la vulgarité, le vrai style iki contenait une part d'audace et de non-conformisme. L’iki implique aussi la sincérité, mais une sincérité sophistiquée et non la franchise aveugle de la jeunesse, de l'ardeur et de l'inexpérience. [...] Être iki voulait dire être sophistiqué sans être hypocrite, pur mais sans naïveté »[2].

Les observateurs étrangers peu familiers avec la culture japonaise confondent parfois l'iki avec « tout ce qui est japonais », négligeant ainsi les conditions spécifiques qui font qu'un objet ou une personne est iki. Par exemple, les samouraïs ne sont pas iki.

Un objet ou un événement iki est simple, improvisé, direct, mesuré, temporaire ou éphémère, romantique, original, raffiné, discret, etc. Une personne ou action iki est audacieuse, chic et raffinée, spontanée, nonchalante, calme, vaguement indifférente, ouverte d'esprit, jolie mais sans le chercher, ouverte, mesurée, etc. À l'inverse, elle ne peut pas être parfaite, artistique, compliquée, trop jolie ou appliquée, bavarde, ni kawaii (« adorable »).

La notion d’iki peut être utilisée dans de très nombreuses circonstances, mais elle s'applique particulièrement aux personnes (à leur personnalité et à leurs actions), aux situations, à l'architecture, à la mode ou au design. Elle est toujours en rapport avec une personne ou quelque chose qu'elle a créé ou voulu. L'iki ne se retrouve pas dans la nature proprement dite, mais peut se trouver dans l'acte d'observation et d'appréciation de la nature.

L'écrivain japonais contemporain qui représente au mieux la notion d'iki est probablement Haruki Murakami, qui écrit de manière fraîche, directe et originale sur des situations liées au quotidien. À l'opposé, Yasunari Kawabata s'inscrit dans la tradition wabi-sabi.

Dans le Kansai, l'idéal esthétique de sui est dominant. Proche mais distinct d’iki, sui est représenté par le même kanji, .

Tsū et Yabo[modifier | modifier le code]

L'idéal de tsū (?) décrit une personne raffinée, cultivée, sans solennité extrême. Les notions d'iki et de tsū ne sont pas définies dans le cadre de règles formelles et strictes qui désigneraient ce qui est vulgaire ou mal élevé.

Iki et tsū sont parfois synonymes, mais tsū ne s'applique que pour une personne, alors qu’iki peut aussi s'appliquer à une situation ou un objet. L'idée de raffinement exprimée par ces deux notions est de nature informelle. Le tsū peut parfois comporter une part d'obsessivité et de pédanterie culturelle absente dans l'iki. Par exemple, tsū peut s'appliquer à une personne qui sait tout de l'art d'apprécier une forme de cuisine japonaise (comme les sushis, les tempura ou les soba). Le tsū fait plus appel à des connaissances que l’iki, qui est plutôt un comportement. Ainsi, le tsū peut se transmettre plus facilement, par l'intermédiaire de conseils, astuces ou « tuyaux ». Par conséquent, le tsū est parfois superficiel du point de vue iki, puisque l’iki ne peut pas s'obtenir par un simple apprentissage de connaissances.

Le yabo (野暮?) est un contraire du iki. Le busui (無粋?, littéralement « non-sui » ou « non-iki ») est synonyme du yabo. Le yabo est grossier, vulgaire, outrancier, tape-à-l'œil, bruyant et mal élevé. La notion est proche du « beauf » ou du « péquenot » dans le vernaculaire français.

Origines et historique[modifier | modifier le code]

Issue du « monde flottant », les quartiers de plaisir du temps d'Edo (ancienne Tōkyō), cette notion est au centre du Dialogue avec un Japonais (qui est le professeur Tezuka Tomio) de Martin Heidegger. Elle est traduite par « la silencieuse paix du ravissement ».

L'entretien fait allusion au philosophe japonais Kuki Shūzō. Fils d'un haut fonctionnaire japonais et d'une geisha de Kyōto, Shūzō voyage de 1921 à 1929 en Europe. Après avoir suivi les cours d'Heidegger, il se rend à Paris où il suit entre autres les cours de Bergson, rencontre Jean-Paul Sartre qu'il initie à la pensée du maître allemand et s'éprend du dandysme baudelairien. Rentré au Japon, il est chargé de la nouvelle chaire de philosophie française de l'université de Kyōto. « L’iki est l'image négative persistante qui accompagne une expérience brillante », selon la traduction en forme de définition qu'en donne le Japonais.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Iki (aesthetic ideal) » (voir la liste des auteurs)

  1. Donald Richie, The Image Factory: Fads and Fashions in Japan, Reaktion Books, 2003, (ISBN 1861891539), page 13
  2. Liza Dalby, Geisha, Éditions Payot, Collection Petite Bibliothèque Payot, 2003, 440 pages (ISBN 2-228-89713-2) pp. 340 à 342

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Kuki Shūzō, La Structure de l'iki, trad. Camille Loivier, PUF, 2004
  • (fr) Collectif, dir. Akira Tamba, L'esthétique contemporaine du Japon : Théorie et pratique à partir des années 1930, CNRS Editions, 1997
  • (fr) Liza Dalby, Geisha, Éditions Payot, Collection Petite Bibliothèque Payot, 440 pages, 2003 (ISBN 2-228-89713-2) pp. 340 à 345
  • (en) Martin Heidegger, On The Way to Language, Harper & Row, San Francisco, 1982 (ISBN 0-0606-3859-1)
  • (en) Hiroshi Nara, The Structure of Detachment: the Aesthetic Vision of Kuki Shūzō with a translation of "Iki no kōzō" University of Hawaii Press, Honolulu, 2004 (ISBN 0-8248-2735-X et 0-8248-2805-4)
  • (en) Leslie Pincus, Authenticating Culture in Imperial Japan: Kuki Shūzō and the Rise of National Aesthetics, University of California Press, Berkeley, 1996 (ISBN 0-5202-0134-5)
  • (en) Cecila Segawa Seigle, Yoshiwara: The Glittering World of the Japanese Courtesan University of Hawaii Press, Honolulu, 1993 (ISBN 0-8248-1488-6)