Étienne Martin (maire de Marseille)

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Etienne Rose Martin dit « Le Juste » né à Marseille le 14 février 1745, décédé dans la même ville le 6 juillet 1834 a été négociant et maire de Marseille.

D'après l'historien Lautard, son contemporain, il fut surnommé par Mirabeau Martin-le-Juste parce qu'il « manquait d'étoffe »[1].

[modifier] Biographie

C'est en mars 1789, lors de l'élection des représentants du tiers état de la sénéchaussée de Marseille aux États généraux, qu'Étienne Martin apparaît dans la vie politique de la cité. Il est l'un des douze délégués désignés par la corporation des négociants et armateurs, qui formait en quelque sorte l'aristocratie du tiers état de la ville[2], pour la représenter à l'assemblée générale de l'ordre. Ces douze délégués étaient également chargés de rédiger, conjointement avec la Chambre de Commerce, le cahier de doléances de la corporation[3]. Il fera ensuite partie des 90 électeurs sélectionnés par l'assemblée du tiers pour élire les députés définitifs[4]. S'il ne figure pas parmi ces députés, il est toutefois membre du comité de comité chargé d'établir une correspondance avec ceux-ci[5].

En tant que député élu par le tiers à l'assemblée générale du tiers état, il participait de facto au conseil des trois ordres qui avait remplacé l'ancienne municipalité après les émeutes populaires des 23 et 24 mars[6].

Le 25 novembre, il est l'un des quatre échevins[7] désignés pour rejoindre le conseil municipal renforcé créé par le comte de Caraman et le commissaire du roi d'André. Les échevins ne devaient pas exercer très longtemps leur fonction parce que celle-ci ne sera effective que le 1er janvier 1790 alors que l'élection d'une nouvelle municipalité conforme au décret pris le 14 décembre 1789 par l'Assemblée constituante a été fixée à la fin janvier.

Représentant le parti de la Révolution, Martin est élu maire de Marseille le 28 janvier 1790 par une confortable majorité avec 3353 voix pour 4405 votants. Il refuse cette charge qu’il n’avait pas sollicitée et se retire à Avignon. Après avoir longuement hésité, il finit par accepter ce poste.

Dés son installation, la nouvelle municipalité et son maire prennent des mesures significatives d'une réelle rupture avec le passé. Une garde nationale[8]est créée le 15 février, jour de l'ouverture du Conseil général de la commune. Elle règle également l'affaire de la Tourette en provoquant le départ du prévôt général de la maréchaussée de Provence, Sanchon de Bournissac, et en obtenant fin février la libération des prisonniers enfermés aux forts Saint-Jean et Saint-Nicolas.

Le 11 avril 1790, Martin préside la première séance de la Société patriotique des amis de la Constitution[9].

Dés le 31 mars, la municipalité avait repris à son compte une ancienne revendication du parti patriote et de la population marseillais concernant le renvoi des troupes royales hors de Marseille et le désarmement des forts. Peu après l'affaire du marquis d'Ambert, une partie des troupes réglées quittent la ville entre le 17 et le 21 avril. Mais ce retrait partiel calme d'autant moins les esprits qu'en plus du régiment du Vexin, qui caserne dans les forts depuis plus de deux ans, on laisse à Marseille le régiment suisse d'Ernest connu pour son attachement à la monarchie et ses méthodes « musclées ». La question ne sera résolue que par la prise et la démolition des forts marseillaise), événements qui se déroulent entre le 29 avril et le 30 mai 1790 et qui seront marqués par de violentes attaques du ministre de l'intérieur Saint-Priest et du député d'André contre les méthodes adoptées par la municipalité marseillaise et son maire pour gérer cette affaire. Bien que modéré, Martin considérait en effet plus sage dans les périodes troublées d'accorder des réformes au peuple plutôt que de recourir à des mesures coercitives susceptibles d'entraîner des excès qu'il faudrait ensuite réprimer[10]. C'est ce même souci de l'ordre et de la tranquillité publique qui le fera prendre parti en faveur du Club dans le conflit qui opposera ce dernier au commandant de la garde nationale, Jean-François Lieutaud[11].

Le 14 juillet 1790, il préside en compagnie de sa femme la fête de la fédération de Marseille organisée à Marseille dans l'allégresse générale.

Martin interviendra également dans un conflit plus local qui opposa pendant plus d'un demi-siècle la corporation des pêcheurs marseillais aux pêcheurs catalans[12]. Les Catalans ayant porté l'affaire devant le conseil général de la commune, Martin annonça le 29 juillet à cette assemblée qu'il était parvenu à un accord entre les deux communautés : les pêcheurs étrangers étrangers (c'est-à-dire les Catalans) seraient indépendants des prud'hommes de Marseille et en cas de contestation les parties devaient s'en remettre au conseil municipal[13].

Il est élu le 30 août 1791 député à l'Assemblée législative par l’assemblée électorale des Bouches-du-Rhône. Ayant démissionné de son poste de maire, il est remplacé par Mourraille.

C'est par la faute de celui_ci que Martin perdra sa popularité auprès des patriotes marseillais. Ayant ouvert par inadvertance un courrier que l'ancien maire de Marseille avait adressé à son secrétaire, Mourraille va en communiquer le contenu aux membres de la commune. Or, dans ce courrier, Martin donnait des appréciations personnelles sur le conflit qui opposait alors le régiment suisse d'Ernest aux clubs patriotiques de Marseile et Aix, justifiant les premiers et condamnant les seconds[14].

Il démissionne ensuite de son mandat de député le 2 août 1792 et reprend ses activités de négociant à Reims. Ce n’est qu’après la Révolution qu’il revient à Marseille où il meurt le 6 juillet 1834.

[modifier] Notes et références

  1. Esquisses historiques, Marseille depuis 1789 jusqu'à 1815, par un vieux Marseillais, 1844 lire en ligne p. 36
  2. Les quatre députés, qui seront élus par le tiers état de Marseille aux États Généraux, sont tous des négociants : Michel Roussier, Louis Lejeans dit Lejeans ainé), Jacques-Arnaud de Labat et André Liquier qui avait remplacé Mirabeau déjà élu à Aix-en-Provence. Seuls les deux suppléants appartiennent à d'autres corporations : Pierre Peloux est marchand de soie et Antoine Castelanet, notaire royal
  3. "Cahiers des doléances de la sénéchaussée de Marseille pour les États Généraux de 1789" publiés par Joseph Fournier, Imprimerie Nouvelle, Marseille, 1908, Introduction XXVII
  4. Ibid. pp. 358-359
  5. Jean Louis Laplane, Journal d’un marseillais, 1789-1793 », éditions Jeanne Laffitte, 1989, pp. 105-106 (ISBN 2-86276-172-9)
  6. Le conseil municipal traditionnel fut rétabli par le comte de Caraman le 22 mai
  7. Étienne Martin est troisième échevin, le premier échevin étant Jean Nicolas Gimon, le deuxième Basile Samatan et le quatrième Jean-Gabriel Merle, Samatan démissionnant dès le 3 janvier 1790 compte tenu de l'influence de plus en plus grande du parti patriote dans les organismes municipaux
  8. La garde citoyenne créée au lendemain des émeutes populaires des 23 et 24 mars avait été un élément important de la « dissidence » marseillaise du printemps 1789. Elle fut remplacée le 25 mai de la même année par une garde bourgeoise au moment de la reprise en main de Marseille par le comte de Caraman. La création de la garde nationale le 15 février 1790 entraînera la dissolution de cette garde bourgeoise
  9. La « Société patriotique des amis de la Constitution », appelée plus simplement le « Club des amis de la Constitution » ou encore le « Club de la rue Thubaneau » (elle s'était installée dans une ancienne salle de jeu de paume au n°25 de la dite rue), et même tout simplement « le Club », avait été créée pour contrebalancer l'influence des clubs royalistes de Marseille. Le maire de Marseille en fut nommé président, mais il n'en n'occupera jamais la fonction. Le Club a pour objet « d'inspirer à tous les citoyens l'amour de la liberté et de légalité, le respect des lois, de défendre jusqu'à la mort la constitution et d'assurer par tous les moyens qui sont en son pouvoir le succès de la révolution. Extrait du « Réglement de l'assemblée patriotique de Marseille » dans Marseille en Révolution, catalogue du bicentenaire à la Vieille Charité (commissaires Claude Badet et Jacques Guilhaumou), Éditions Rivages-musées de Marseille, 1989. p. 81
  10. Voir l'adresse au roi du 17 mai 1790 de la municipalité marseillaise dans S. Vialla, Marseille révolutionnaire : l'armée-nation (1789-1793), Marseille, Librairie Chapelot, 1910, p. 87
  11. Voir la correspondance polémique entre d'André et Martin dans C. Lourde de Mazamet, Histoire de la Révolution à Marseille et en Provence de 1789 au Consulat Tome I lire en ligne pp. 456 à 463
  12. Profitant d'une convention du « Pacte de famille », conclu par Choiseul le 17 août 1761, pendant la guerre de sept ans, entre les Bourbons de France, d'Espagne, de Naples et de Parme, les pêcheurs catalans étaient venus s'établir au bord de dans l'ancien Lazaret, dans le quartier de Marseille qui a conservé leur nom
  13. Augustin Fabre, Les rues de Marseille, édition Camoin, Marseille, 1869, 5 volumes, tome 1 p. 415
  14. Augustin Fabre, Histoire de Marseille, tome 2, p. 437 lire en ligne

[modifier] Bibliographie

  • Académie de Marseille, Dictionnaire des marseillais, Edisud, Marseille, 2001,(ISBN 2-7449-0254-3)
  • « Martin (Etienne) dit Martin-le-Juste » , dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, 1889 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore], tome IV, p. 289.
  • Paul Masson sous la direction de, Encyclopédie des Bouches-du-Rhône, Archives départementales, Marseille, 17 volumes, 1913 à 1937
  • Augustin Fabre, Histoire de Marseille, Marius Olive et librairie Lacroix, Marseille et Paris, 1829, 2 volumes, tome 1 [lire en ligne], tome 2 [lire en ligne].
  • C. Lourde de Mazamet, Histoire de la Révolution à Marseille et en Provence de 1789 au Consulat, Jeanne Lafitte, 1999, 2 volumes(ISBN 978-2734805168). Version numérique (Senés Imp., Marseille) Tome I lire en ligne
Précédé par Étienne Martin (maire de Marseille) Suivi par
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1790-1791
Jean-Raymond Mourraille


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