Carol Ier

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Carol Ier
Carol Ier, roi de Roumanie
Carol Ier, roi de Roumanie
Titre
1er roi de Roumanie

(48 ans 4 mois et 18 jours)
Président du Conseil Ion Brătianu
Dimitrie Brătianu
Ion Brătianu
Theodor Rosetti
Lascăr Catargiu
Gheorghe Manu
Ion Emanuel Florescu
Lascăr Catargiu
Dimitrie Sturdza
Petre S. Aurelian
Dimitrie Sturdza
Georges Grégoire Cantacuzène
Petre P. Carp
Dimitrie Sturdza
Georges Grégoire Cantacuzène
Dimitrie Sturdza
Ion I. C. Brătianu
Petre P. Carp
Titu Maiorescu
Ion I. C. Brătianu
Prédécesseur Lui-même (prince souverain)
Successeur Ferdinand Ier
2e prince souverain de Roumanie
Président du Conseil Lascăr Catargiu
Prince Ion Ghica
Constantin Kretzulescu
Ștefan Golescu
Nicolae Golescu
Prince Dimitrie Ghica
Alexandru Golescu
Manolache Costache Epureanu
Prince Ion Ghica
Lascăr Catargiu
Ion Emmanuel Florescu
Manolache Costache Epureanu
Ion Brătianu
Prédécesseur Alexandru Ioan Ier
Successeur Lui-même (roi)
Biographie
Titre complet Roi de Roumanie
Prince de Hohenzollern-Sigmaringen
Hymne royal Trăiască Regele
Dynastie Maison de Hohenzollern
Nom de naissance Karl Eitel Friedrich Zephyrinus Ludwig von Hohenzollern-Sigmaringen
Date de naissance
Lieu de naissance Sigmaringen (Prusse)
Date de décès (à 75 ans)
Lieu de décès Sinaia (Roumanie)
Père Karl Anton von Hohenzollern Sigmaringen
Mère Joséphine de Bade
Conjoint Elisabeth de Wied
Enfant(s) Maria von Hohenzollern
Héritier Ferdinand

Carol Ier Carol Ier
Monarques de Roumanie

Carol Ier ou Charles Ier ([1] - )[1] est élu Domnitor (souverain) de Roumanie en [2] après la destitution du prince Alexandru Ioan Ier; il est proclamé roi le . Il est le premier souverain de la maison de Hohenzollern-Sigmaringen à régner sur le pays, elle restera à la tête du pays jusqu'à la proclamation de la République en 1947.

Pendant son règne, il conduit personnellement les troupes roumaines pendant la guerre russo-turque de 1877-1878 et assume le commandement de l'armée russo-roumaine au siège de Plevna (Pleven en bulgare). Le pays acquiert son indépendance de l'Empire ottoman au traité de Berlin (1878) et gagne la partie sud de la Dobrogée sur la Bulgarie en 1913. La vie politique et économique, dominée par les propriétaires terriens organisés autour des partis libéral et conservateur, est ponctuée par deux importantes insurrections paysannes, en Valachie en avril 1888, en Moldavie et Valachie en mars 1907.

Il épouse à Neuwied le [1] Elisabeth de Wied. Leur fille unique Marie née à Cotroceni le meurt à l'âge de trois ans et demi à Bucarest le [3].

L'absence de descendance de Charles laisse à son frère aîné, Leopold de Hohenzollern-Sigmaringen, la succession au trône. En octobre 1880, le prince Leopold renonce au trône en faveur de son fils Guillaume qui, à son tour, abandonne ses droits au trône huit ans plus tard au profit de son jeune frère, Ferdinand. Ce dernier deviendra le roi Ferdinand Ier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles est né prince Karl von Hohenzollern-Sigmaringen le . Il est le second fils du prince Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen et de la princesse Joséphine de Bade. Par son père, il est le petit-fils de Antoinette Murat elle-même nièce de Joachim Murat. Par sa mère, il est l'arrière-petit-fils adoptive de Napoléon. Après ses études élémentaires, il entre à l'école des Cadets de Munster. En 1857, il assiste aux cours de l'école d'artillerie de Berlin. Jusqu'en 1866 (date à laquelle il accepte la Couronne de Roumanie), c'est un officier allemand. Il prend part à la Guerre des Duchés, en particulier à l'assaut des citadelles de Fredericia et de Dybbøl, un expérience qui lui sera très utile plus tard durant la guerre russo-turque.

Bien qu'il ne soit pas très grand et un peu frêle, le prince Charles est un chef militaire accompli, en bonne santé et discipliné. C'est aussi un très bon politicien, avec des idées libérales. Il connaît bien plusieurs langues européennes. Sa famille est très liée à la famille Bonaparte et il a de très bonnes relations avec Napoléon III. La Roumanie est à ce moment sous l'influence de la culture française et la recommandation de Napoléon III vis-à-vis du prince Charles pesa d'un grand poids auprès des politiciens roumains de cette époque, outre ses liens de sang avec la famille des souverains prussiens. C'est Ion Brătianu (Premier ministre dans les années à venir) qui négocie avec Charles et sa famille la possibilité de s'installer sur le trône de Roumanie.

Sur le trône de Roumanie[modifier | modifier le code]

En route pour la Roumanie[modifier | modifier le code]

L'ancien souverain de Roumanie, Alexandru Ioan Cuza, vient d'être banni du pays et la principauté est en proie au chaos. Comme sa double élection est la seule raison pour laquelle les deux principautés historiques roumaines, la Valachie et la Moldavie, ont pu s'unir sous le contrôle des puissances européennes, le pays est en grand danger de se dissoudre. Initialement, le Parlement de Bucarest élit à l'unanimité des voix - le - Philippe de Belgique, comte de Flandre, frère de Léopold II roi des Belges, à l'hospodorat de Roumanie[4]. C'est suite au désistement de ce prince belge que Charles de Hohenzollern est proposé comme candidat[5].

Le jeune Charles voyage incognito en chemin de fer, sur la ligne Düsseldorf-Bonn-Fribourg-Zurich-Vienne-Budapest, en raison de la situation conflictuelle entre le pays et l'Autriche-Hongrie. Il voyage sous le nom de Karl Hettingen. Arrivé sur le sol roumain, Brătianu s'incline devant lui et lui demande de se joindre à son attelage (à ce moment, la Roumanie n'a pas encore de chemins de fer).

Le 10 mai[modifier | modifier le code]

Le , Charles entre à Bucarest. La nouvelle de son arrivée a été transmise par le télégraphe et il est accueilli par une foule impatiente de voir son nouveau souverain. À Băneasa on lui donne les clés de la ville. Signe prémonitoire, il pleut le jour même, à la suite d'une longue période de sécheresse. Il prononce ses vœux en français : « Je jure de protéger les lois de la Roumanie, de maintenir ses droits et l'intégrité de son territoire ».

Roi de Roumanie[modifier | modifier le code]

La Constitution[modifier | modifier le code]

Juste après son arrivée dans le pays, le Parlement roumain adopte, le , la première Constitution de la Roumanie, l'une des plus avancées des constitutions de l'époque. Cette dernière permet le développement et la modernisation de l'état roumain. De façon étonnante, la constitution décide d'ignorer l'état de dépendance du pays envers l'Empire ottoman, ce qui déblaie la route de l'indépendance.

L'article 82 stipule que « Les pouvoirs du souverain sont héréditaires, à partir de Sa Majesté le prince Charles Ier de Hohenzollern-Sigmaringen, par la voie des aînés mâles, à l'exclusion des femmes et de leur descendance. Les descendants de Sa Majesté seront élevés dans la foi orthodoxe orientale. »

Après la proclamation de l'indépendance (1877), la Roumanie devient un royaume. Le , la constitution est modifiée pour prendre acte, entre autres, qu'à partir de cet instant, le souverain est appelé « roi », et que ses héritiers sont appelés « princes ».

L'idée fondamentale des constitutions royalistes de Roumanie est que le roi règne, mais ne gouverne pas.

Un roi conscient des intérêts de son royaume[modifier | modifier le code]

Couronne de Charles Ier de Roumanie

On a dit que le roi Charles avait une personnalité froide. Il est tout le temps préoccupé par le prestige de la dynastie qu'il a fondée. Sa femme Elisabeth dit qu'il « porte sa couronne au lit ». Il est très méticuleux et essaie d'imposer son style à tout son entourage. Bien qu'il soit dévoué à son travail de prince et roi roumain, il n'oublie jamais ses racines allemandes.

En 48 ans de règne (le plus long règne qu'une principauté roumaine n'ait jamais connu), il travaille à ce que la Roumanie gagne son indépendance : il rehausse son prestige, fait participer l'État roumain au développement de l'économie de son pays[6]; de même, il installe sa dynastie dans son royaume. Il construit dans les Carpates, près de la frontière austro-hongroise (la Transylvanie appartient encore à l'Autriche-Hongrie), le château de Peleș, dans un style allemand, rappel des origines germaniques du roi.

Ainsi, il fait adhérer la Roumanie à la Triplice en 1883, contrevenant ainsi aux aspirations de la population roumaine[7],

Son oeuvre modernisatrice le pousse à développer l'éducation; il fonde ainsi les premières universités de Roumanie, à Iassy et à Bucarest.

Après la guerre russo-turque, la Roumanie s’accroît de la Dobroudja et Charles ordonne la construction du premier pont sur le Danube, entre Feteşti et Cernavodă pour relier la nouvelle province au reste du pays.

La fin de règne[modifier | modifier le code]

Le long règne de Charles permet le rapide développement de l'État roumain, ayant renoncé à conquérir la Transylvanie[6].

Mais à la fin de son règne et avec le début de la Première Guerre mondiale, le roi d'origine allemande désire entrer en guerre du côté des Puissances centrales, alors que l'opinion du peuple roumain est plutôt du côté de la Triple-Entente. Charles avait signé un traité secret en 1884 par lequel il avait lié la Roumanie à la Triple Alliance (1882) et, bien que ce traité ne puisse être activé qu'en cas d'agression de l'Empire russe envers l'un des membres signataires, Charles est partisan de l'entrée en guerre aux côtés de l'Empire allemand. En effet, en 1913, le roi est un acteur important des négociations de paix qui mettent fin à la Seconde Guerre balkanique[8].

Au cours des dernières semaines avant l'assassinat de François-Ferdinand, il se rapproche cependant de la France et de la Russie, seules à même de répondre favorablement aux demandes de financement de l'économie et de l'État roumain[9], même si, partisan des puissances centrales, Carol est froissé par la réception par la double monarchie du traité de Bucarest[10], sanctionnant la fin de la deuxième guerre balkanique. Ainsi, il reçoit le 14 juin 1914 la visite de Nicolas II, actant, selon Czernin, ambassadeur austro-hongrois en poste à Bucarest, le renversement des alliances pratiqué par le royaume[10]. Mais, face à des ministres et à une opinion publique francophile et russophile, il parvient à maintenir son pays dans la neutralité[11].

Il se tient alors une réunion d'urgence avec les membres du gouvernement et Charles mentionne le traité secret en leur demandant leurs avis à ce sujet. S'appuyant sur ses liens avec lui, Guillaume II affirme croire en la neutralité roumaine durant l'été et l'automne 1914[12]. Dès le 30 juin, au cours d'une entrevue avec l'ambassadeur austro-hongrois à Bucarest, Ottokar Czernin, il pose les bases de la neutralité roumaine, justifiée auprès des puissances centrales par l'hostilité de la population à l'égard de la double monarchie[7], alors que l'archiduc héritier semblait jouir de sympathie dans la population roumaine en raison de ses positions favorables à la minorité roumaine de la double monarchie[13]. Il s'oppose également à l'entrée en guerre de son royaume contre le Reich et la double monarchie également en raison d'un loyalisme dynastique envers son cousin Guillaume II[14].

On a dit que c'est le fort désaccord auquel il doit faire face qui aurait provoqué sa mort le 27 septembre 1914 (10 octobre selon le calendrier grégorien). Le futur roi Ferdinand, sous l'influence de sa femme, Marie d'Édimbourg, une princesse britannique, est plus enclin à écouter l'opinion publique.

Famille[modifier | modifier le code]

Le roi Charles Ier et sa femme, la reine Élisabeth

Question dynastique[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il est élu souverain de Roumanie, Charles n'est pas marié, et, selon la Constitution qu'il a lui-même approuvée, il ne peut pas se marier avec une femme d'origine roumaine. En 1869, il commence un voyage à travers l'Europe, et surtout en Allemagne, pour trouver une fiancée. Pendant ce voyage, il rencontre et épouse la princesse Élisabeth de Wied. Leur mariage est l'un des moins bien assortis de tous les mariages de l'histoire, Charles étant froid et calculateur alors qu'Élisabeth est notoirement une rêveuse. Ils n'ont qu'un enfant, la princesse Marie, née en 1870, qui meurt à l'âge de trois ans et demi. Ce décès a beaucoup influencé le fonctionnement de leur couple et Elisabeth ne se remettra jamais complètement du traumatisme causé par la perte de son enfant unique.

Après la proclamation du royaume en 1881, la question de la succession devient très importante. Comme le frère du roi, Léopold, puis son neveu Guillaume (Wilhelm) refusent la couronne, son second neveu, Ferdinand, est nommé prince héritier du trône de Roumanie. Élisabeth essaie d'influencer le tout jeune prince, qui vit désormais à Sinaïa, pour qu'il épouse une amie intime, qui est aussi un écrivain célèbre, Elena Văcărescu. Selon la Constitution roumaine toutefois, il est interdit au prince d'épouser une Roumaine. À cause de cela, Élisabeth est exilée deux ans à Wied jusqu'à ce que Ferdinand épouse la princesse Marie d'Édimbourg.

À la fin de leurs vies, Charles et Élisabeth se retrouvèrent cependant très amis.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Charles Ier de Roumanie appartient à la maison de Hohenzollern-Sigmaringen issue de la quatrième branche, elle-même issue de la première branche de la maison de Hohenzollern. Cette lignée appartient à la branche souabe de la dynastie de Hohenzollern. Charles Ier a pour ancêtre Burchard Ier de Zollern.

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Michel Huberty, Alain Giraud, L'Allemagne dynastique, tome V Hohenzollern, Waldeck, 1988, p. 235
  2. Le prince Philippe, frère de Léopold II, roi des Belges, avait d'abord été nommé prince régnant le 23 février 1866, mais avait finalement refusé la couronne le 13 février suivant. Charles Ier est son beau-frère.
  3. Michel Huberty, Alain Giraud, L'Allemagne dynastique, tome V Hohenzollern, Waldeck, 1988, p. 245
  4. Damien Bilteryst, Philippe Comte de Flandre, Frère de Léopold II, Bruxelles, 2014, pp.155-157.
  5. L'année suivante, après le mariage de sa sœur Marie, Charles devient le beau-frère du comte de Flandre.
  6. a et b Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 114
  7. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 135
  8. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 55
  9. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 62
  10. a et b Clark, Les Somnambules, p. 281
  11. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 234
  12. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 68
  13. Clark, Les Somnambules, p. 405
  14. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 136

Voir aussi[modifier | modifier le code]

bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher Clark, Les somnambules : Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre, Paris 2013, Flammarion,‎ , 668 p. (ISBN 978-2-0812-1648-8).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Boris Craciun - Regii si Reginele Romaniei, Editura Portile Orientului, Iasi
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571)
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114)
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4).

Articles connexes[modifier | modifier le code]