Philippe Nemo

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nemo.

Philippe Nemo, né le , est un philosophe et historien des idées politiques français.

Professeur de philosophie politique et sociale à l'ESCP Europe, ses domaines de recherches vont du libéralisme (notamment Friedrich Hayek) et de l'histoire des idées politiques, à l'idée d'Occident et à l'idée républicaine. Il a aussi publié des études sur les problèmes contemporains de l’éducation et de la pédagogie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Élève des lycées Pasteur et Louis-le-Grand (1966-1968)[1], puis de l'École normale supérieure de Saint-Cloud (promotion L1969)[2], il soutient en 1975 une thèse de 3e cycle en philosophie[3], prolongée par une thèse d’État en sociologie réalisée sous la direction de Raymond Boudon[4] et soutenue en 1987.

Parcours[modifier | modifier le code]

En 1979, il est conseiller technique de Lionel Stoléru, secrétaire d'État à la Condition des travailleurs manuels[5]. La même année, lors d'un débat diffusé sur France 3 Aquitaine, il se fait jeter des colins sur la tête par Jean-Edern Hallier[6],[7].

De 1978 à 1982, il enseigne à l'université de Tours et rejoint l'institut Auguste-Comte.

Par la suite, il devient directeur du Centre de recherche en philosophie économique à l'ESCP Europe, où il enseigne. Il est, en parallèle, maître de conférences à HEC Paris.

Il est membre du conseil scientifique de l'institut Turgot.

En 2016, il cofonde l'École professorale de Paris, établissement privé de formation des enseignants[8],[9].

Il est le père de l'éditeur Jean Nemo[10].

Radio[modifier | modifier le code]

Il a collaboré à France Culture pour 300 heures d'émissions radiophoniques consacrées à l'histoire de la philosophie et des religions.

Il dirige depuis , toutes les quatre semaines, l'émission Le Monde de la philosophie sur Radio Courtoisie.

Travaux[modifier | modifier le code]

Avec Henri Lepage, il est l'un des principaux contributeurs qui a su diffuser la pensée de Hayek dans le monde francophone en publiant La Société de droit selon F. A. Hayek.

Conjointement à ses travaux sur Hayek, il a poursuivi ses recherches sur l’éthique (en partant de l’œuvre d’Emmanuel Levinas), la philosophie politique. Il s'est aussi consacré aux problématiques liées à l'éducation (Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry et Le Chaos pédagogique).

Par ailleurs, il plaide en particulier pour une plus grande liberté d'éducation, grâce à la suppression de la carte scolaire ou à la mise en place du chèque éducation[11].

Il a travaillé depuis les années 1990 sur l'histoire des idées, en particulier sur l'histoire intellectuelle du libéralisme. Il a ainsi publié une Histoire du libéralisme en Europe, fruit des travaux d'un séminaire à l'ESCP[12]. Cet ouvrage de 1427 pages est consacré pour l'essentiel à l'exposé des doctrines allemandes (ordolibéralisme de Walter Eucken et Wilhelm Röpke) et autrichiennes (Ludwig von Mises, Hayek).

Il estime que le respect de la liberté individuelle et de l’état de droit constitue l’aboutissement politique de l’idée occidentale de progrès. Ses travaux plus récents analysent les relations étroites entre naissance du libéralisme et christianisme. Pour Nemo, le libéralisme occidental est le résultat de cinq phénomènes successifs (Cf. Qu'est-ce que l'Occident ?) : l'apparition de la cité grecque ; l'émergence du droit romain ; l'eschatologie biblique ; la révolution papale ; et la rule of law prônée par les auteurs libéraux.

En dehors de sa réflexion politique, il élabore actuellement une philosophie de la musique[13]. Dans sa jeunesse il avait réalisé pour France Culture une série d'entretiens avec Georges Brassens.

Qu'est-ce que l'Occident ?[modifier | modifier le code]

Son essai Qu'est ce que l'Occident ? est un discours à la civilisation occidentale sur le modèle de Johann Gottlieb Fichte et de Julien Benda, qui s'attache à définir une identité occidentale. L'auteur soutient que l'Occident est une culture et/ou une civilisation distincte des autres et caractérisée par 5 événements clefs ou "miracles"[14] :

L’originalité de l'Occident serait d’avoir été modelé « par tous ces cinq et par aucun autre. »[17]

Comme Rémi Brague ou Dominique Urvoy, Nemo considère que le renouveau intellectuel de l’Europe des XIe-XIIIe siècles serait dû non à une influence arabe et musulmane mais plus profondément provoqué par la « révolution papale ».

En conclusion, Nemo suggère une « Union occidentale » qui regrouperait l’Europe occidentale, le Canada et les États-Unis.

Les Deux Républiques françaises[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un ouvrage polémique, qui fait une relecture de l'histoire de France à partir de la Révolution française.

Il distingue deux républiques françaises issues de deux révolutions radicalement antagonistes, qu'il est essentiel de distinguer nettement car « c'est pour [les] avoir confondu[e]s […] que l'histoire de la Révolution française est un chaos inintelligible »[18],[19] :

  • La première est la Révolution démocrate-libérale de « 1789 ». Inspirée du régime parlementaire britannique, elle a pour pivot la représentation nationale et les élections démocratiques.
  • La seconde est la Révolution jacobine totalitaire du 2 juin 1793[réf. nécessaire][20]. En rupture radicale avec les Lumières, elle se forge surtout sous la menace des 200 canons de la Commune insurrectionnelle, ce qui l’identifie à la Terreur[21]. La révolution jacobine impose une France monolithique par la guillotine, contre les propositions fédérales des Girondins respectueux des particularismes régionaux.

Depuis la Révolution, ces deux républiques s’opposent et se disputent la légitimité de l’appellation « républicaine » ainsi que la légitimité de l’héritage de la Révolution. L'historiographie dominante[réf. nécessaire][22] considère que la république (de « 1793 ») aurait été notamment démocrate ; que la République serait née de « 1793 ; que « 1793 » aurait été laïque ; que « 1793 » aurait été dreyfusard ; que les adversaires de « 1793 » auraient été nazis[réf. nécessaire][23] ;

L'auteur propose alors de démystifier un par un ces mythes de la république de « 1793 » :

Ainsi, selon l'auteur, « ce qui pose problème est que certaines forces politiques d’aujourd’hui donnent ce passé détestable comme l’épopée fondatrice du pays, comme son écriture sacrée, comme la source rayonnante de ses valeurs et même comme ce qui constitue la France comme nation. »[29]

En conclusion, il suggère de reprendre le pas sur 1793 : il prône notamment la fin du monopole de l’État sur l’éducation. Autrement dit, s'il y a une séparation à opérer, c'est entre « l'Église de la Gauche et l'État ».

Publications[modifier | modifier le code]

Voir l'ensemble de ses travaux publiés : ici.

Livres (en nom propre)[modifier | modifier le code]

  • L'Homme structural, Paris, Grasset, 1975, 240 p.
    Thèse de doctorat de 3e cycle en philosophie, Université de Paris I.
  • (avec Alfred Kastler, Prix Nobel de Physique) Cette étrange matière ou La matière, cette inconnue[30], Le Monde ouvert, Paris, Stock, 1976, 272 p.
  • Job, ou l'excès du mal, Paris, Grasset, 1978.
    Traductions anglaises (Pittsburgh, Duquesne Unniversity Press, 1998), espagnole (Madrid, Capparros, 1996), italienne (Rome, Citta nuova editrice, 1981). Suivi de Transcendance et mal et Pour poursuivre le dialogue avec Levinas, réédition avec postface d'Emmanuel Levinas, Paris, Albin Michel, 1999 et 2001.
  • (avec Emmanuel Levinas) Éthique et Infini - Dialogues avec Philippe Nemo, Paris, Fayard, 1982, et Livre de Poche Biblio-Essais, 1984, 121 p. ou 148 p.
Traductions américaine, italienne, japonaise, néerlandaise, espagnole, catalane, suédoise, danoise et allemande.
  • La société de droit selon F. A. Hayek, Paris, PUF, "Libre échange", 1988.
    Thèse de doctorat d'État, Université de Paris IV, soutenue en 1987.
  • Traduction et introduction de La logique de la liberté, de Michael Polanyi, Paris, PUF, 1989.
  • Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ? : La dérive de l'école sous la Ve République, Paris, Grasset, 1991, 355 p.
  • Le Chaos pédagogique : Enquête sur l'enseignement des collèges et des lycées de la République, Paris, Albin Michel, 1993, 256 p
  • Préface de La Constitution de la liberté, F. A. Hayek, LITEC, 1994. Paris, PUF, Collection "Quadrige", 2007, (ISBN 978-2-13-056496-6).
  • Histoire des idées politiques dans l'Antiquité et au Moyen Âge, Paris, PUF, "Quadrige", 1998, 784 p.
    2e édition, coll. "Quadrige", 2007. Ce livre a reçu le prix Koenigswarter de l'Académie des sciences morales et politiques en 1999.
  • Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, Paris, PUF, "Quadrige", 2002, 1428 p.
  • Qu'est-ce que l'Occident ?, Paris, PUF, "Quadrige", 2004, 158 p.
    A été traduit en allemand (Tûbingen, Mohr-Siebeck, 2005), anglais (Pittsburgh, Duquesne University Press, 2005), chinois (Presses de l'Université Normal du Guangxi, 2008), espagnol (Madrid, Gota a Gota, 2006, grec (Athènes, Ed. Hestia, 2008), italien (Soveria Manelli, Rubbettino, 2005), polonais (Varsovie, Uniwersytet Warszawski, 2007), portugais (Lisbonne, Ediçoes 700, 2005, pour le Portugal et l'Afrique lusophone, et Sao Paulo, Martin Editora, 2005, pour le Brésil), roumain (en cours de traduction)
  • (avec Jean Petitot), Histoire du libéralisme en Europe, Paris, PUF, "Quadrige", 2002, 2006, 1411 p.
    Traduction italienne (Soveria Manelli, Rubbettino, 2008).
  • Les Deux Républiques françaises , Paris, PUF, "Hors collection", 2008, 307 p.
  • Le chemin de musique, Paris, PUF, "Hors collection", 2010, 400 p.
  • La régression intellectuelle de la France, Texquis, 2011, 100 p, (ISBN 2960047397).
  • La France aveuglée par le socialisme, Bourin, 2011, 402 p, (ISBN 978-2-8494-1278-7).
  • Manuel d'histoire Cycle 3, La Librairie des Écoles, 2012, 224p., (ISBN 978-2916788432)
  • La belle mort de l'athéisme moderne, PUF, coll. Quadrige, 2013, 156p.
  • Esthétique de la liberté, PUF, Paris, 2014, 191 p.
  • Quelle école pour l'Europe de demain, Paris, 2016, 84 p., (ISBN 979-1093981154)
  • Philosophie de l'impôt, Paris, PUF, 2017 (ISBN 978-2130619086)

Participations à des ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

La pertinence de cette section est remise en cause, considérez son contenu avec précaution. En discuter ? (mai 2017)
  • Philippe Nemo et Jean Petitot, Histoire du libéralisme en Europe, ouvrage collectif, PUF, Paris, 2006.
  • « Maurice Clavel », « F. A. Hayek », in Dictionnaire des philosophes, PUF, Paris, 1992.
  • « Droit, Législation et Liberté, de F. A. Hayek », et « La Logique de la Liberté de M. Polanyi », in Jean-François Mattéi (dir.), Les Œuvres philosophiques, volume III de l'Encyclopédie philosophique universelle, Paris, PUF, 1992.
  • « Hayek », « Levinas », in Encyclopædia Universalis, 2e éd., 1996.
  • « La Fonction de garderie de l'école, une explication de la dégradation de sa fonction pédagogique », in Raymond Boudon, N. Bulle et M. Cherkaoui, (dir.), École et société : les paradoxes de la démocratie, PUF, Coll. "Sociologies", p. 99-116
  • « L’État dans la philosophie politique de Friedrich Hayek » in Simone Goyard-Fabre (dir.), L’État au XXe siècle. Regards sur la pensée juridique et politique du monde occidental, Vrin, « Histoire des idées et des doctrines ». p. 71-85, 15 p., 338 p. (ISBN 978-2-7116-1709-8)
    Ont collaboré à ce volume : Ch. Atias, Raymond Boudon, J.-Cl. Bourdin, J.-M. Denquin, C. Galli, P. Goyard, Simone Goyard-Fabre, G. Haarscher, O. Höffe, L. Jaume, G. Lafrance, Jean-François Mattéi, Ph. Nemo, H. Pena-Ruiz, F. Saint-Bonnet, J.-M. Trigeaud, M. Troper.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Tout ou partie de cet article est issu de la notice « Philippe Nemo » sur wikiberal.org.
  1. Roger-Pol Droit, « Les lanciers de la métaphysique », sur lemonde.fr, .
  2. Recherche « Nemo Philippe », sur lyon-normalesup.org/Annuaire.
  3. Cf. notice SUDOC de la thèse de 3e cycle (version dactylographiée), par ailleurs éditée par Grasset.
  4. Cf. Notice SUDOC de sa thèse.
  5. « M. Hubert Maigrat est nommé chargé de mission au cabinet de M. Stoléru », sur lemonde.fr, .
  6. Jacques Lonchampt, « Création et créateurs », sur lemonde.fr, .
  7. « Jean-Edern Hallier », sur capc-bordeaux.fr.
  8. « L'École professorale de Paris : un établissement privé pour former des enseignants », sur savoir.actualitte.com, .
  9. Mickaël Fonton, « Des professeurs pour l'avenir », sur valeursactuelles.com, .
  10. Catherine Simon, « Eh, maître, d'où tu me fais la morale ? », sur lemonde.fr, .
  11. Pour le pluralisme scolaire, texte de Philippe Nemo pour SOS Éducation.
  12. Séminaire "Histoire du libéralisme en Europe.
  13. voir notamment cet article : « Les philosophes et la musique », in Le Monde de la Musique no 288, juin 2004.
  14. Thibaut Gress, Philippe Nemo : Qu’est-ce que l’Occident ?, actu-philosophia.com, lundi 22 septembre 2008
  15. Laurent Testot, « Comprendre l'hégémonie occidentale », Sciences Humaines,‎ (lire en ligne) :

    « Constatant qu’« aucune civilisation non occidentale ne paraît avoir voulu délibérément le “progrès” », Nemo fait l’hypothèse que cet apport a pour origine le judéo-christianisme. Il rejoint ce faisant nombre d’auteurs qui n’ont pas partagé sa prudence et ont fait du christianisme le moteur même de l’exception européenne, tel le sociologue américain Rodney Stark avec Le Triomphe de la raison. »

    .
  16. Terme préféré à celui de "réforme grégorienne" cf. Law and Revolution d'Harold Berman
  17. Philippe Nemo, Qu’est-ce que l’Occident, PUF, 2005, p. 8.
  18. p. 144 (citation à mettre au point). Cf Interview de Philippe Nemo.
  19. http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-deux-republiques-francaises_814975.html :.
  20. Cette demande de référence et les suivantes (cf. discussion "Quelques problèmes") portent 1) sur une page de l'ouvrage de Philippe Nemo 2) sur une citation (phrase complète, compréhensible) incluant l'expression concernée.
  21. http://www.nonfiction.fr/article-1722-p2-philippe_nemo_fait_des_bulles.htm
  22. Préciser qui Nemo désigne sous ce label.
  23. Cette phrase est incompréhensible. Cf. discussion.
  24. Phrase suspecte ou approximative ; il y avait aussi des républicains : Gambetta, Clemenceau, Ferry, etc.
  25. Si Nemo a écrit cela, que cela soit donné comme une citation.
  26. http://www.libres.org/francais/livres/livres_2008/4208_nemo_republiques_francaises.htm
  27. Citation nécessaire
  28. Identifier Laval et Darlan avec le Front populaire paraît un peu léger (voir discussion). Citation nécessaire.
  29. http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article54
  30. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0151-4105_1977_num_30_1_1466

Liens externes[modifier | modifier le code]