Massacres de Sinjar

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Massacres de Sinjar
Image illustrative de l'article Massacres de Sinjar
Paysage du Mont Sinjar

Date 3 -
Lieu Monts Sinjar
Victimes Yézidis
Morts 1 500 à 3 100[1],[2]
Prisonniers 4 000 à 7 400[1],[3],[4],[5]
Auteurs Drapeau de l'État islamique État islamique
Guerre Seconde guerre civile irakienne
Coordonnées 36° 22′ 00″ nord, 41° 43′ 19″ est

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Les massacres de Sinjar sont une série de tueries commises en août 2014 pendant la seconde guerre civile irakienne par les troupes de l'État islamique contre les populations yézidies. Lors de cette offensive, les hommes adultes sont systématiquement exécutés par les djihadistes, tandis que des milliers de femmes et d'enfants sont enlevés et convertis de force à l'islam pour une large part d'entre-eux. Les femmes et les jeunes filles sont réduites à l'esclavage sexuel, tandis que les jeunes garçons sont enrôlés comme enfants soldats.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Réfugiés yézidis recevant des secours de l'International Rescue Committee au camp de Newroz en août 2014. Le camp se situe dans le gouvernorat d'Hassaké, en Syrie, dans une zone contrôlée par les YPG.

Les tueries commencent le après la victoire des djihadistes contre les peshmergas à la bataille de Sinjar. La prise de la ville provoque la fuite de plusieurs milliers d'habitants ; des Turkmènes chiites qui s'étaient réfugiés dans cette ville, mais surtout des Yézidis. 600 000 membres de cette minorité vivent alors en Irak, dont 70% dans la région de Sinjar[6]. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, 20 000 à 30 000 réfugiés se retrouvent bloqués dans les montagnes, souffrant principalement du manque d'eau. Deux jours après la prise de la ville au moins 40 enfants sont morts de soif[7],[8],[9],[10].

La progression des djihadistes contre les forces du gouvernement régional du Kurdistan pousse cependant les États-Unis à intervenir. À partir du 7 août, l'aviation américaine bombarde les positions de l'EI. Parallèlement aux frappes, les Américains effectuent également des largages d'aide humanitaire dans les montagnes de Sinjar[11].

Le , le gouvernement irakien affirme que 500 Yézidis, dont des femmes et des enfants, ont été massacrés par les djihadistes de l'EI, puis enterrés dans une fosse commune, encore vivants pour certains. De plus 300 femmes auraient également été réduites en esclavage[12]. Selon Vian Dakhil, députée yézidie irakienne, 520 à 530 femmes sont retenues dans la prison de Badoush, à Mossoul[13].

Des hélicoptères du gouvernement régional du Kurdistan se rendent également dans les montagnes pour distribuer de l'aide humanitaire et évacuer des réfugiés. Mais le 12 août un appareil, qui transportait notamment la députée Vian Dakhil, s'écrase accidentellement lors de son redécollage. Le pilote est tué et une vingtaine de passagers blessés, dont Vian Dakhil. Ils sont finalement secourus par deux autres hélicoptères[14].

Le charnier du village de Qinei, près de Sinjar, en décembre 2015. Des ossements ont émergés des tombes où plusieurs dizaines de yézidis avaient été enterrés après avoir été massacrés.

Environ 20 000 réfugiés yézidis parviennent cependant à s'échapper des montagnes, en passant par la Syrie ; ils regagnent ensuite le Kurdistan irakien avec l'aide des peshmerga et des YPG[12]. 2 000 autres trouvent refuge en Turquie[10].

Au total, au moins 100 000 yézidis trouvent refuge en août dans le Kurdistan turc. Ils s'installent illégalement en Turquie, mais bénéficient de la protection des mairies kurdes[15].

Une vingtaine d'hommes des Special Forces américaines sont également envoyés dans les montagnes. Le 14 août, le contre-amiral John Kirby, porte-parole du département de la Défense des États-Unis déclare que selon l'estimation des bérets verts, 4 000 à 5 000 Yézidis sont encore présents dans les montagnes, dont peut-être près de 2 000 sédentaires[16].

Le même jour, le président américain Barack Obama déclare que le siège des djihadistes est brisé : « La situation dans les montagnes s’est beaucoup améliorée et nous avons brisé le siège de l’EI dans les monts Sinjar et avons sauvé beaucoup de vies innocentes »[16].

Mais le 15 août, les djihadistes de l'EI attaquent le village de Kocho, majoritairement peuplé de Yézidis, ils massacrent au moins 81 hommes et capturent les femmes et les enfants[17],[18],[19].

Le frère du maire du village, Nayef Jassem, rapporte d'après les récits de survivants :

« Ils ont séparé les femmes et les enfants des hommes. Ils ont mis les femmes et les enfants dans un hall et les hommes de l’autre côté. Ils ont pris leurs papiers d’identité, leur or, tout ce qu’ils avaient. Puis ils ont emmené les hommes groupe par groupe un peu en dehors du village, en voiture, et ils les ont tués jusqu‘à ce qu’il n’y ait plus un homme dans le village. Ensuite, ils ont mis les femmes dans des voitures pour aller quelque part vers Sinjar, je ne sais pas où ils les retiennent[20]. »

Les femmes de Kocho âgées de plus de 55 ans sont également mises à mort. Elles sont conduites au nombre de 76 dans la ville de Sinjar, puis fusillées et enterrées dans une fosse commune près de l'institut technique universitaire[21].

Esclavage[modifier | modifier le code]

Manifestation à Paris contre la persécution des Kurdes et des Yézidis le 23 août 2014.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, plus de 2 500 personnes, principalement des Yézidis, ont également été enlevées par l'EI dans la province de Ninive au début du mois d'août. La Haut-commissaire Navi Pillay déclare que ces personnes ont été conduites vers Tall Afar et Mossoul et converties de force à la religion musulmane. Elle indique également que : « Selon des témoins, les hommes qui ont refusé de se convertir ont été exécutés, tandis que les femmes et leurs enfants ont été réduits en esclavage ou menacés d'être vendus »[3].

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), l'État islamique « a réparti entre ses combattants 300 filles et femmes de la communauté yazidie qui avaient été enlevées en Irak ces dernières semaines. Parmi ces 300 femmes, au moins 27 ont été vendues et mariées à des membres de l'EI dans les provinces septentrionales d'Alep et de Raqqa et dans celle de Hassaka. [...] Chaque femme a été vendue contre un montant de 1.000 dollars, après avoir été convertie à l'islam ». L'ODSH déclare cependant ne pas connaître avec précision la situation de la plupart des captives, mais indique que les femmes sont considérées comme des « prisonnières de guerre » et « sont traitées comme si elles étaient des biens matériels ». D'après le porte-parole du ministère irakien des Droits de l'homme, 700 femmes yézidies auraient également été vendues à Mossoul[22].

Plusieurs esclaves yédizies se suicident au cours de leur captivité[23],[24], d'autres parviennent à être rachetées par leurs familles[6].

Dans la société yézidie, le viol est considéré comme déshonneur et peut parfois conduire à des crimes d'honneur, cependant Baba Cheikh, le chef spirituel des yézidis, appelle les membres de sa communauté à respecter les femmes enlevées par les djihadistes et à les considérer comme des victimes[25].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Un charnier à Sinjar, en 2015.

Le 21 octobre, Ivan Šimonović, secrétaire général adjoint aux droits de l'homme des Nations unies déclare que les exactions commises par l'État islamique contre les yézidis pourraient constituer une « tentative de génocide ». Selon l'ONU plusieurs milliers de membres de cette communauté ont été tués ou réduits en esclavage[26],[27]. Le , le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme affirme à son tour dans un rapport que les attaques de l'EI contre la minorité yézidie « pourraient constituer un génocide »[28]. Le , l'ONU déclare qu'elle estime que 3 500 esclaves sont détenus par l'EI, en grande majorité des femmes et des enfants yézidis[29].

Selon la journaliste kurde Nareen Shammo, 7 400 Yézidis ont été capturés par les djihadistes dont 4 011 sont identifiés et parmi lesquels se trouvent 2 500 femmes[4]. En août 2015, Rukmini Maria Callimachi, journaliste du New York Times, indique que au total, selon les leaders de la communauté yézidie, 5 270 femmes sont enlevées pendant l'année 2014 et 3 144 sont toujours captives à cette date[30].

Selon les chiffres du bureau des affaires yézidies du gouvernement régional du Kurdistan, 3 455 femmes ont été enlevées par l'EI[25]. À la date du , 974 Yézidis sont parvenus à s'échapper, dont 513 femmes et 304 enfants[31]. En avril 2016, 1 900 femmes sont toujours captives[25]. En octobre 2016, Amnesty International estime que 3 800 femmes et enfants sont toujours captifs « selon certains politiciens, militants et prestataires de services de santé locaux »[32]

En août 2015, le Gouvernement régional du Kurdistan dresse un bilan et affirme sur les 550 000 yézidis irakiens, 400 000 ont été déplacés par les combats, 1 500 sont morts et 4 000 sont retenus en captivité[1]. En avril 2016, selon le bureau des affaires yézidies, sur les 357 000 déplacés issus de la communauté, 120 000 ont émigré à l'étranger[25].

Selon une étude publiée en mai 2017 par PLOS Medicine, le génocide a fait 3 100 morts au sein de la communauté yézidie, la moitié des victimes ayant péri lors des massacres, l'autre ayant succombé à la faim, à la soif ou des suites de blessures lors du siège du mont Sinjar[2]. Dans cette étude, le nombre des personnes enlevées est également estimée à 6 800[2].

Suites[modifier | modifier le code]

Le , l'État islamique libère 350 yézidis qui étaient détenus à Mossoul. Selon un journaliste de Reuters, il s'agit principalement de personnes âgées, de malades, de handicapées, ainsi que quelques bébés atteints de maladies graves. Ils sont conduits à Haouidja, puis ils peuvent gagner Kirkouk, tenue par les peshmergas[33],[34]. Le 6 avril, 227 autres yézidis, dont des femmes et des enfants, sont relâchés par l'EI au nord-ouest de Kirkouk, semble-t-il à la suite de négociations entre les Kurdes et des cheikhs tribaux à Haouija[35],[36].

Le , près de Sinuni, au nord du Mont Sinjar, les peshmergas découvrent un charnier contenant les corps de 25 yézidis, hommes, femmes et enfants, tués par balles ou au couteau[37].

La ville de Sinjar est reprise par les forces kurdes le . Mais le lendemain de cette reconquête, les Kurdes découvrent une fosse commune contenant les corps de 70 femmes yézidies exécutées par les djihadistes en août 2014[38],[39]. Le 28, un autre charnier contenant 123 corps est découvert 10 kilomètres à l'ouest de la ville, à cette date six charniers ont été trouvés aux alentours de la ville et 15 en tout dans l'ensemble de la région[40],[41]. En novembre 2016, un charnier contenant les corps de 18 Yézidis est découvert dans le village de Chababit[42]. À cette date, 29 charniers yézidis ont été retrouvés[42].

Fin mai 2017, partis de la région de Tall Afar, les milices chiites des Hachd al-Chaabi progressent vert la frontière syrienne au nord d'Al-Baaj[43]. Plusieurs villages yézidis sont repris, notamment celui de Kocho le 25 mai[44],[45],[46].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Des "chasseurs de nazis" veulent prouver le génocide des Yézidis par l'EI, L'Express avec AFP, 21 octobre 2015.
  2. a, b et c Lizzie Dearden, Almost 10,000 Yazidis ‘killed or kidnapped in Isis genocide but true scale of horror may never be known’, The Independant, 9 mai 2017.
  3. a et b AFP : L'EI accusé de «nettoyage ethnique et religieux»
  4. a et b La Libre.be : Irak: "Chaque jour, ils nous insultent. Ils nous disent qu’ils ont tué nos enfants"
  5. La Croix : Daech justifie la pratique de l’esclavage pour les femmes yézidies
  6. a et b La Libre : “Les Yézidis tentent de racheter leurs familles, otages de l’EI”
  7. Le Monde : Qui sont les yézidis, cible des djihadistes en Irak ?
  8. AFP : Irak: l'EI s'empare de Sinjar et jette des milliers de personnes sur les routes
  9. AFP : Irak: 40 enfants yézidis morts à la suite d'une attaque djihadiste
  10. a et b Le Monde : Des milliers de yézidis tentent de se réfugier en Turquie
  11. La Croix : Frappes aériennes et largages humanitaires se poursuivent en Irak
  12. a et b Francetvinfo : L'Irak accuse l'État islamique d'avoir assassiné au moins 500 Yézidis, dont certains enterrés vivants
  13. Le Nouvel Observateur et AFP : IRAK. La survie des Yazidis menacée à brève échéance
  14. L'Express : VIDEO. Irak: un hélicoptère "héroïque" sauvant les Yézidis s'est écrasé'
  15. RFI : 200 000 Kurdes de Syrie et d'Irak ont fui vers la Turquie
  16. a et b AFP : Irak : les Américains ont «brisé le siège des jihadistes»
  17. AFP et Le Monde : Irak : des dizaines de morts dans une attaque des djihadistes
  18. AFP et Le Nouvel Observateur : IRAK. Les djihadistes "massacrent" des dizaines de personnes dans le nord du pays
  19. AFP : Irak: des dizaines de Yézidis tués par les jihadistes
  20. Euronews : Massacre à Kocho : la version du frère du maire du village yézidi
  21. Flore Olive, Dans Sinjar libéré, Paris Match, 5 décembre 2015.
  22. Le Parisien : Syrie : des Irakiennes yazidies «vendues» à des combattants de l'EI
  23. L'Obs : IRAK. "Il m'a prise de force comme femme. Je ne pouvais rien faire pour l'arrêter"
  24. Amnesty International : Irak. Des femmes et des jeunes filles yézidies soumises à des violences sexuelles insupportables
  25. a, b, c et d Thierry Oberlé, En Irak, le calvaire sans fin des yazidis, Le Figaro, 13 avril 2016.
  26. Le Monde avec AFP et Reuters : L'ONU accuse l'EI de « tentative de génocide » des yézidis en Irak
  27. RFI : Irak: l’ONU évoque un risque de génocide des Yézidis par le groupe EI
  28. Le Monde avec AFP : Les attaques de l'EI contre la minorité yézidie en Irak, « un génocide », selon l'ONU
  29. En Irak, 3500 esclaves détenus par l'EI (ONU), Le Figaro avec Reuters, 19 janvier 2016.
  30. Rukmini Callimachi,L' "Etat Islamique" et la théologie du viol : l'enquête édifiante du New York Times, New York Times et Rtbf.be, 14 août 2015.
  31. Human Rights Watch : Irak : Des ex-captives de l'État islamique décrivent une politique de viols systématiques
  32. Irak : les Yézidies, négligées par la communauté internationale, Amnesty International, 12 octobre 2016.
  33. Reuters : L'État islamique relâche 350 Yazidis dans le nord de l'Irak
  34. Le Monde avec AFP : L'État islamique relâche quelque 200 yézidis détenus dans le nord de l'Irak
  35. AFP : L'EI libère plus de 200 yézidis
  36. Le Monde avec AFP : L'Etat islamique libère plus de 200 yézidis en Irak
  37. Le Parisien : Irak : les restes des corps de 25 Yazidis tués par l'EI découverts
  38. Irak : découverte d’une fosse commune à Sinjar, Le Monde avec AFP et Reuters, 15 novembre 2015.
  39. Irak: une fosse commune découverte dans la ville libérée de Sinjar, RFI, 16 novembre 2015.
  40. Irak : un sixième charnier de Daech découvert près de Sinjar, Le Point avec AFP, 28 novembre 2015.
  41. Irak: découverte d’un sixième charnier de victimes du groupe EI, RFI, 28 novembre 2015.
  42. a et b Deux charniers yazidis découverts dans le nord de l'Irak, Reuters, 27 novembre 2016.
  43. Mayer Chmaytelli, Tangi Salaün et Jean-Stéphane Brosse, Les milices chiites irakiennes progressent vers la Syrie, Reuters, 29 mai 2017.
  44. Shiite forces capture symbolic Yezidi town of Kocho from ISIS in Shingal, Rudaw, 25 mai 2017.
  45. Overcome with grief, Nadia Murad, ISIS survivor, returns to hometown, Rudaw, 1er juin 2017.
  46. Fazel Hawramy, Former Yazidi sex slave makes tearful return to her Iraqi village, Reuters, 1er juin 2017.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Reportages vidéos[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Enquêtes[modifier | modifier le code]

Cartographie[modifier | modifier le code]

Rapports[modifier | modifier le code]

Témoignages[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jinan Badel avec Thierry Oberlé, Esclave de Daech, Fayard, , 252 p.