Lichen

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Planche d’Ernst Haeckel représentant des lichens.
Planche illustrative d’Ernst Haeckel (1834-1919).
Cladonia fimbriata.
Sol de pinède couvert de lichens fruticuleux (genre Cladonia) dans le nord de l'Allemagne.
Deux lichens colonisant la tranche d'un piquet de bois.
Lichens crustacés colonisant un bloc rocheux.
Certains lichens peuvent coloniser le bois mort.
Traitement du lichen jaune.

Les lichens, appelés aussi champignons lichénisés ou champignons lichénisants, sont des organismes composés résultant d'une symbiose entre au moins un champignon hétérotrophe appelé mycobionte, représentant 90 % de l'ensemble, et des cellules microscopiques possédant de la chlorophylle (algue verte ou cyanobactérie autotrophe pour le carbone) nommées « photobiontes ». Cette symbiose résulte d'une association (appelée lichénification ou lichénisation) entre le photobionte et un ou plus généralement deux champignons[1]. Le thalle du lichen se développe lentement à la surface de supports variés, y compris dans des milieux souvent hostiles (exposition à la sécheresse, à de fortes températures, etc.). Ils sont classés dans le phylum des Fungi.

Le mot « lichen » vient du grec λειχἠν, « dartre, cal, plante parasite », et se prononce [likɛn], likèn(e). Il désignait autrefois toutes les structures épiphytes dont les lichens encroûtants, présentés comme des dartres. On distingue parfois des « macrolichens » (forme buissonnante ou de feuille), les autres étant alors dits « microlichens » ; les préfixes "macro" et "micro" ne se réfèrent donc pas ici à la taille du lichen, mais à celle de son thalle et à la forme de croissance du lichen)[2].

Les plus vieux fossiles de lichens datent du Cambrien[3].

L'étude des lichens est appelée « lichénologie ».

L'inversion de l'association mycobionte/phycobionte est une mycophycobiose.

Historique[modifier | modifier le code]

Au IIIe siècle av. J.-C. Théophraste, au Livre III de son Histoire des plantes, dit que le lichen naît de l’écorce, et non d’un œil, et les compare à des guenilles[4]. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les naturalistes les classaient soit dans la catégorie des mousses, soit dans celle des algues, et considéraient les lichens du sol souvent comme des « excréments de la terre »[5]. L’avènement de microscopes performants a permis de mettre en évidence les interactions biologiques dans cet organisme. Mais il a fallu attendre 1867 pour que le botaniste suisse Simon Schwendener considère qu'il a une double nature, sous forme de parasitisme[6]. Beaucoup de lichenologistes reconnus rejetèrent d'abord cette hypothèse, car le consensus était alors partagé sur le fait que tous les organismes vivants étaient autonomes. Mais d'autres éminents biologistes, comme Anton de Bary ou Albert Bernhard Frank, furent moins prompts à repousser les idées de Schwendener, et ce concept s'étendit bientôt à d'autres domaines d'étude, comme les agents pathogènes. Albert Bernhard Frank propose le terme de symbiotismus en 1877[7], terme peu à peu accepté par la communauté scientifique à la suite des travaux d’Anton de Bary qui donne la définition la plus large de la symbiose[8]. Au XXe siècle, la systématique moderne les classe dans le phylum des Fungi car seul le mycobionte assure la reproduction sexuée.

Généralités sur les partenaires[modifier | modifier le code]

Les lichens font partie de la biodiversité négligée ; bien que peu recherchés lors des inventaires fongiques, une centaine de nouvelles espèces sont décrites chaque année. En 2007, 18 882 espèces de lichens sont décrites[9]. En Europe occidentale, le nombre d'espèces est compris entre 50 et 75 % du nombre de phanérogames. En France, on compte environ 2 500 lichens pour 4 500 phanérogames[10].

La spécificité d'association entre photobionte et mycobionte peut être étroite ou large mais la plupart des lichens sont modérément spécifiques : un même mycobionte peut s'associer à différentes espèces de phytobionte. Les différentes associations sont[11] :

  • dans 85 % des cas, une (ou des) algue(s) associée(s) à un champignon ;
  • dans 10 % des cas, une cyanobactérie associée à un champignon ;
  • dans 5 % des cas, les 3 partenaires sont associés : dans cette symbiose tripartite, la cyanobactérie fixatrice d'azote est généralement confinée dans des compartiments fongiques appelés céphalodies (en)[12].

Les mycobiontes : ceux qui sont impliqués dans la symbiose lichénique (ascomycète, basidiomycète ou deutéromycète)
Ils représentent environ un cinquième de l'ensemble des champignons actuellement connus. On rencontre le plus souvent des « ascolichens » dans lesquels l'ascomycète est toujours un symbiote obligatoire : 40 % des espèces d'ascomycètes ont adopté ce type de symbiose[13].
Après plus de 140 ans durant lesquels on a cru que l'association était binaire (1 champignon + 1 algue), on a récemment montré (2016) qu'il faut en réalité dans la plupart des lichens un troisième partenaire (qu'on avait d'abord cru être un parasite des lichens) pour que l'association soit pérenne ; il s'agit d'une levure basidiomycète ; c'est elle qui est responsable de la forme du thalle du lichens et en partie de sa forme générale[1]. Cette association est durable, reproductible (elle donne naissance à de nouveaux individus, à la formation d'une nouvelle unité fonctionnelle) avec des bénéfices réciproques pour les partenaires, et entraîne des modifications morphologiques et physiologiques (ces dernières liées à des interactions génétiques entre les trois partenaires)[1]. Les levures sont intégrées dans le cortex lichénique. Il y a une corrélation entre leur abondance et des variations autrefois inexpliquées du phénotype[1]. Certaines lignées de Basidiomycete vivent en lien étroit avec certains lichens sur de vastes zones géographiques, souvent retrouvés sur les six continents[1]. Le cortex lichénique est structurellement plus important qu'on ne le pensait ; il ne s'agit pas d'une simple zone de cellules différenciées d'ascomycètes, mais semble-t-il du lieu d'une symbiose (entre deux types différents de champignons) dans la symbiose (champignons-plante)[1].

Les phytobiontes : Seuls 2 % des phytobiontes sont clairement identifiés, car les caractères morphologiques et les structures sexuées sont considérablement modifiés par la symbiose. Il s'agit souvent d'algues vertes (chlorophytes), symbiotes facultatifs, qui appartiennent dans de nombreux cas du genre Trebouxia (lichen souvent vert) ou Trentepohlia (lichen souvent orange, en raison des gouttelettes de caroténoïdes de Trentepohlia). Sur deux cents espèces au total, une seule espèce d'algue non verte existe (une xanthophycée chez des lichens aquatiques du genre Verrucaria).
L'algue est formée de cellules chlorophylliennes qui portent le nom de gonidie.
Lorsque le photobionte est une cyanobactérie, elle est aussi un symbiote facultatif. Il s'agit d'une bactérie de forme unicellulaire ou filamenteuse, avec contenu cellulaire vert bleuâtre ou vert brunâtre, très souvent du genre Nostoc, moins fréquemment Sigonema, Gloeocapsa ou Scytonema.

Les bactériobiontes : certaines communautés bactériennes sont associées aux deux partenaires symbiotiques (photobionte et mycobionte). Ces espèces épiphytiques (films sur le thalle) et endophytiques synthétisent des métabolites spécialisés bioactifs qui ont un rôle de protection vis-à-vis d'autres organismes pathogènes ou parasitiques[14].

Anatomie et structure des thalles[modifier | modifier le code]

Coupe transversale de lichen hétéromère.

Deux types d'anatomie du thalle caractérisent le lichen[15] :

  • lichen homomère dont les cellules du photobionte sont réparties uniformément dans le thalle (cas des genres Leptogium et Collema) ;
  • lichen hétéromère dont les cellules du photobionte sont regroupées dans une couche assimilatrice.

La structure d'un lichen hétéromère est typiquement formée :

  • d'un cortex supérieur constitué d'un synenchyme (tissu compact formé par les hyphes resserrés du champignon) ;
  • d'une couche assimilatrice constitué des cellules du photobionte réparties dans le prosenchyme (tissu fibreux formé par les hyphes biens séparés du champignon)
  • d'un médulle, prosenchyme très lâche sans photobionte ;
  • d'un cortex inférieur lui aussi constitué d'un synenchyme.

Cette structure peut considérablement varier chez une même espèce de lichen selon son substrat, l'humidité.

Les lichénologues distinguent six types de lichens selon l'aspect global de leur thalle[16] :

  • « lichen crustacé ou incrustants » (90 % des lichens[17]) présentant un thalle hétéromère fortement plaqué[18] au support, formant une croûte :
  • « lichen foliacé » présentant un thalle hétéromère non soudé sur toute sa surface (se détachant facilement du substrat), formant des lames souvent lobées comme de petites feuilles qui s'écartent un peu du support, présence d'haptères (crampons) ou de rhizines (fausses radicelles) sur leur face inférieure pour adhérer au substrat :
    • lichen foliacé ombiliqué : dépression dénommée ombilic sur la face supérieure (ex : Umbilicaria grisea, Umbilicaria polyphylla) ;
    • lichen foliacé non ombiliqué : pas d'ombilic, lobes à disposition radiée (ex :les Xanthoria , les Parmeliaceae comme, Punctelia borreri, Parmelia omphalodes).
  • « lichen fruticuleux » présentant un thalle adhérent au substrat par une surface réduite et formant des prolongements redressés, pendants ou étalés. Ces prolongements plus ou moins longs présentent trois formes :
    • tiges rondes plus ou moins ramifiées (ex : Alectoria ochroleuca, Usnea florida, Thamnolia vermicularis) ;
    • lanières plates parcourues par des cannelures (ex : Ramalina fraxinea) ;
  • « lichen squamuleux » : squamules (petits compartiments ressemblant à des écailles) à la surface supérieure (ex : genres Lecanora, Toninia, Rhizoplaca) ;
  • « lichen complexe » ou « lichen composite » présentant un thalle primaire plus ou moins foliacé étalé sur le substrat, et sur lequel se développe un thalle secondaire fruticuleux, formé d'éléments (ramifiés ou en forme de trompette, type podétion) se développant perpendiculairement au substrat (genre Cladonia et Stereocaulon vulcani) ;
  • « lichen gélatineux » présentant un thalle à cyanobactérie (thalle foliacé, squamuleux, crustacé ou fruticuleux), noir et cassant à l'état sec, devenant gélatineux sous l'action de l'eau (ex : genres Thyrea et Leptogium, Collema subnigrescens).

En ce qui concerne les relations entre le mycobionte et le phytobionte, on distingue trois cas de figure :

  • L'hyphe du champignon se propage entre les cellules du nostoc (algue bleue, genre cyanobactérie) et dans son mucilage.
  • La formation d'un appressorium où les deux partenaires ont leurs parois en apposition, accolées l'une à l'autre avec une légère modification. Le contact est plus étroit et plus sophistiqué.
  • La formation d'un haustorium où le phytobionte finit par se trouver inclus dans la paroi du mycobionte. Ici, les modifications cytologiques sont grandes.

« Les lichens sont un succès évolutif, en raison de leur réussite en conditions hostiles, mais représentent probablement une impasse évolutive sur le plan morphogénétique. La stratégie poïkilohydrique adoptée par ces organismes, et peut-être les faux tissus du partenaire fongique, limitent la complexification morphologique, en sorte que le plan d'organisation reste peu élaboré[19] ».

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Reproduction[modifier | modifier le code]

Le lichen a trois modes de reproduction : reproduction végétative, reproduction asexuée et reproduction sexuée.

La reproduction végétative se fait par simple fragmentation du thalle (phénomène du bouturage) ou à l'aide d'organes spécialisés[21] :

  • des isidies, protubérances de formes variées sur le cortex supérieur, contenant les deux symbiotes densément associés et se détachant du thalle ;
  • des soralies, masses farineuses ou granuleuses produisant des sorédies, amas de cellules algales entourées d'hyphes bien individualisées se détachant aussi.

La reproduction asexuée est assurée par le mycobionte seul qui produit des conidies à l'extrémité des hyphes toujours enfoncés dans le thalle.

La reproduction sexuée, assurée aussi par le mycobionte, forme deux types d'organes spécialisés : les apothécies (forme de cupules à la surface du cortex) ou les périthèces (forme d'outres enfoncées superficiellement dans le thalle).

Ces organes forment un ensemble de caractères très utilisés en taxinomie.

Nutrition et croissance[modifier | modifier le code]

Les barbes grises pendantes de Dolichousnea longissima peuvent atteindre plusieurs mètres de longueur, ce qui en fait le lichen le plus grand au monde[22].
Hyperphyscia adglutinata, espèce corticole essentiellement sur les chênes et les pins, peut devenir lignicole (arbres morts, dressés ou couchés)[23].

Le mycobionte fournit le support et la protection, les sels minéraux, la réserve d'humidité (une pression osmotique élevée, assurée par l'arabitol et le mannitol, limite la dessiccation du thalle) et facilite probablement l'alimentation du photobionte en CO2 ; le photobionte fournit les nutriments issus de la photosynthèse chlorophyllienne (amidon chez la plupart des espèces, réserve lipidique chez les Trentepohliales), 20 à 30 % des nutriments étant en moyenne rétrocédés au mycobionte[24].

Les besoins en sels minéraux des lichens sont assez limités, car ce sont de faibles consommateurs qui peuvent provisoirement stopper leur croissance.

Ils se nourrissent à partir de l'atmosphère (minéraux sous forme de solutés dans les eaux de pluie). Les lichens ont aussi la possibilité de dissoudre des éléments minéraux du substrat en excrétant, par l'intermédiaire du champignon, des acides organiques.

Certains sont fixateurs de l'azote atmosphérique (espèces nitrophiles), notamment les cyanolichens.

Ils sont de croissance très lente. En moyenne, la croissance annuelle est de 0,5 à 2 mm pour les lichens crustacés, de 0,5 à 4 mm pour les lichens foliacés et de 1,5 à 5 mm pour les lichens fruticuleux. Une même espèce peut cependant présenter des taux de croissance très différents en fonction des facteurs environnementaux (climat, nature du substrat, pollution…). Les lichénologues considèrent qu'une croissance de 1 cm/an est élevée[25].

Résistance aux conditions extrêmes[modifier | modifier le code]

Les pseudocyphelles bien visibles de Parmelia saxatilis favorisent l'absorption d'humidité.

Les lichens ont la capacité de résister à de très fortes dessiccations (phénomène de poïkilohydrie (en)). Certains lichens peuvent vivre avec une teneur en eau de 15 %[26]. Ils sont aussi capables de se réhydrater (faculté de reviviscence)[27], l'absorption hydrique pouvant être telle que les phycolichens renferment jusqu'à 250 à 400 % d'eau, 600 à 2500 % (voire même plus) chez les cyanolichens[26].

La résistance hydrique des lichens provient surtout du mycobionte qui sécrète des polysaccharides autour de l'hyphe, créant ainsi une zone qui piège l'eau sous forme colloïdale. De plus, les lichens accumulent des polyols, qui servent de réserve d'eau. La reprise du métabolisme après une sécheresse est très rapide. Le lichen retrouve ses capacités métaboliques de cinq à trente minutes après une réhydratation[28].

Les lichens peuvent également survivre à des variations de température importantes : des tests en laboratoire montrent leur résistance à de hautes températures (90 °C), à l'azote liquide (−196 °C)[29].

Cette résistance fait des lichens des organismes pionniers par excellence.

En 2005, deux espèces de lichens ont été envoyées dans l'espace et exposées au vide durant deux semaines. Les résultats montrent que, de retour sur Terre et après réhydratation, les lichens survivent à ces conditions extrêmes (dessiccation, températures très basses, rayons UV intenses et rayonnements ionisants) et qu'ils ne présentent quasiment aucune altération de leur structure par rapport à des lichens témoins restés sur Terre[30].

Consommateurs de lichens[modifier | modifier le code]

Les papillons suivants (classés par famille) se nourrissent de lichen :

D'autres animaux, comme des mammifères tels que le yack ou le renne, consomment des lichens[31].

Répartition et habitats[modifier | modifier le code]

Au-dessus des ceintures d'algues et d'animaux marins (depuis le bas, la ceinture rose des algues corallines, le noir discontinu de la moulière et le gris de la ceinture des balanes), la ceinture noire dominée par Verrucaria maura (lichen souvent considéré à tort comme une marque de marée noire) souligne le niveau des plus hautes mers, et la ceinture jaune dominée par Caloplaca marina marque l'étage supralittoral.
Graphis scripta, lichen très commun vivant préférentiellement sur les feuillus à écorce lisse, principalement dans la partie inférieure du tronc, en milieu forestier plus ou moins ombragé[32].

Cosmopolites et ubiquistes, les lichens sont la végétation dominante qui recouvre près de 8 % de la surface terrestre de la planète[33], formant notamment les communautés d'espèces autotrophes dominantes dans les écosystèmes polaires et subpolaires[34] où la photosynthèse de certains lichens comme Cladonia alcicornis est toujours effectuée à des températures avoisinant -20 °C[35]. Beaucoup d'espèces sont pionnières, capables de coloniser des milieux extrêmes. Ils peuvent s'installer sur des roches qu'ils corrodent par des sécrétions (acides lichéniques), et leurs présence et décomposition permettent l'installation d'un stade pionnier secondaire qui est celui des mousses (bryophytes) puis d'autres des plantes supérieures[36].

Les lichens ont colonisé pratiquement tous les milieux, « depuis les rochers maritimes jusqu'au sommet des montagnes, en passant par les déserts arides. Il n'y a guère que la haute mer, les zones fortement polluées et les tissus animaux où ils font défaut[37] ». Ils sont décrits en fonction de leur substrat[38] :

  • épiphytes (sur les arbres/branches, voire sur le bois mort : espèces lignicoles) et même follicoles(vivant par exemple sur des feuilles persistantes de buis) ;
  • saxicoles : épilithes vivant sur les rochers siliceux ou calcaires, mais qu'on retrouvera sur les vieux murs, les tuiles, ardoises, lauzes ou tôles amiante-ciment, voire sur des supports plastiques ou métalliques parfois) ; endolithes vivant dans les rochers ; crypto-endolithes vivant sous les rochers ;
  • corticoles (sur les écorces des troncs, des branches) ;
  • terricoles et humicoles (qui poussent dans pelouses, landes, bois clairs là où ils sont à l’abri de la compétition des plantes à fleur[39]) ;
  • muscicoles (sur les mousses) ;
  • lichénicoles (sur d'autres lichens) ;
  • préférence pour les substrats enrichis en dépôts de poussières atmosphériques (espèces coniophiles qui trouvent dans cette source l'alimentation azotée ou phosphatée dont elles ont plus besoin que d'autres) apportées notamment sur les bords des routes, dans le bas des arbres, sur les toitures (espèces stégophiles) ;
  • et même des micro-lichens sur les coquilles de patelle[13].

Les successions de peuplement typiques de lchens peuvent se résumer schématiquement ainsi : colonisation du substrat (rocher, écorce) par des lichens à thalle crustacé très réduit (endolithique des roches calcaires, épilithique des roches siliceuses, endophléode dans le cas des écorces) puis substitution par des lichens crustacés à thalle plus développé (épilithique ou épiphléode) auxquels succèdent des thalles placodiomorphes (lobés au pourtour) ou squamuleux. Ces derniers sont relayés par de petits lichens foliacés, qui à leur tour sont évincés par de grands foliacés, puis par des fruticuleux et enfin par des bryophytes (les mousses)[40].

Les lichens vivent souvent très longtemps. S'il existe quelques espèces qualifiées d'éphémères (plusieurs du genre Vezdaea (sv) ne vivent pas plus d'une année), beaucoup sont capables de survivre plus de 1 000 ans[41]. L'espèce Rhizocarpon geographicum vit jusqu'à 4 500 ans dans des zones froides et arides[42]. Cette caractéristique est utilisée par la lichénométrie.

Intérêt écologique[modifier | modifier le code]

Dans l'écosystème, les lichens sont une des composantes parfois importante de la biodiversité[43].

Ils sont aussi une source importante de nourriture pour de nombreuses espèces, y compris parfois pour de grands mammifères (rennes ou caribous en particulier). Certaines chenilles de papillons nocturnes (Noctua promissa, Noctua sponsa, Noctua nupta (= Catocala nupta) étaient autrefois dites « lichenées » ou « likenées » parce qu'elles se nourrissent des lichens qui poussent sur les arbres[44].

Ils jouent aussi un rôle important en captant les particules de l'air et des pluies, contribuant à l'épuration permanente des milieux et au recyclage des éléments. Dans les milieux minéraux, ils sont les premiers à apparaître avec les mousses puis l'humus. Les lichens se nourrissent de ce que leur apportent l'air et les eaux météoritiques et les particules, excréments, pollens, etc., qu'ils peuvent intercepter et capter. Ils sont capables de faire des réserves et d'accumuler des composés minéraux, bien au-delà des besoins de leur organisme. Cette accumulation est extracellulaire et se fait par le mycobionte.

Cela présente des avantages (ex : réserve d'éléments comme le phosphore), mais également des inconvénients comme l'accumulation d'éléments toxiques, voire de radionucléides (par exemple après les essais nucléaires dans l'air ou après la catastrophe de Tchernobyl.

De nombreux lichens sont des indicateurs de pollution utilisés pour la biosurveillance[45].

Ils permettent, dans certaines conditions, d'évaluer la chimie et la stabilité des sols, la hauteur moyenne de l'enneigement, l'âge des moraines et le recul des glaciers, le type de gestion forestière, la durée de la continuité d'un état forestier[46] ; la quantité de polluants dans un milieu donné (les lichens concentrent notamment les métaux lourds — plomb, fluor — et certains radioéléments ou acides dissous dans l'humidité atmosphérique, ce qui peut entraîner leur mort), et surtout le degré de pureté de l'atmosphère (évalué par l'IAP — index of atmospheric purity, indice de pureté de l'air — prenant en compte le nombre, la poluotolérance et la fréquence des lichens sur un site donné, et l'ILD — index of lichen diversity, indice de diversité lichénique — relevant les lichens épiphytes sur les quatre faces des arbres à l'aide d'une grille d'observations)[47].
Cette dernière propriété a été mise en évidence pour la première fois par le lichenologue William Nylander, qui a décrit 3 000 espèces et remarqué que beaucoup d'espèces régressaient à l'approche des villes. Il a donc mis en place des bioindicateurs (qu'il appelait « hygiomètres » à l'époque) de la qualité de l'air.
Une carte de répartition des lichens et des associations lichéniques (technique de phytosociologie) apporte des éléments sur la localisation de zones plus ou moins polluées. La disparition actuelle en ville de certains lichens sensibles notamment au dioxyde de soufre montre que la pollution acide a diminué, par contre se développent des espèces nitrophiles (lichens orange ou gris sur les arbres) montrant l'augmentation de la pollution par les oxydes d'azotes. En zone très polluée, on trouve surtout des lichens crustacés alors qu'en zone moyennement polluée on a surtout des fruticuleux et en zone peu polluée, essentiellement des foliacés et des fruticuleux[13].

Intérêt économique[modifier | modifier le code]

Les lichens renferment une substance amylacée mucilagineuse, la lichénine à laquelle on a reconnu des propriétés nutritives et médicamenteuses. Ce mucilage a la faculté de se gorger d'eau, facilitant le transit intestinal et augmentant la sensation de satiété.

Alimentaire[modifier | modifier le code]

Lasallia pustulata, « tripe de roche » commune sur les rochers, avec une préférence pour les milieux bien arrosés.

Certains lichens contiennent des macromolécules de lichénine pouvant être dégradées en glucose au cours de la digestion.

  • Alimentation animale : le lichen des rennes (Cladonia rangiferina) est la nourriture essentielle du renne et du caribou[48]. Au Canada, d'immenses troupeaux de caribous lui doivent leur survie, durant les longs mois d'hiver. En toundra ou en forêt tempérée du Nord (où les espèces de lichens sont dix fois plus nombreuses que les plantes), c'est une nourriture appréciée du caribou, de l'élan d'Amérique (orignal) et de certains bétails à l'occasion. Plusieurs variétés de lichens sont comestibles pour eux (notamment Cetraria islandica qui contient 60 % de glucides), juste un choix de préférence, souvent dû pour certains aux choix de pâturage, aux saisons.
    En Suisse, Evernia divaricata a été longtemps utilisé pour nourrir les chèvres en mauvaise saison.
  • Alimentation humaine : certains peuples nordiques consomment la mousse d'Islande (Cetraria islandica) en farine pour en faire des pains ou gâteaux. Divers Umbilicaria sont également consommés au Canada (les « tripes de roche »); Lasallia pustulata est également appelée « tripe de roche », ce lichen saxicole calcifuge ayant longtemps été utilisé comme aliment de famine[49]. Au Japon, Umbilicaria esculenta est consommé en soupe, en tenpura et en salade sous le nom de Iwatake イワタケ (岩竹, « bambou des roches »). En Asie (Crimée[Quoi ?], Iran…), Lecanora esculenta ou Rhizoplaca esculenta est couramment consommée par les paysans comme par les autres animaux. La plupart des espèces de lichens sont considérées comme « comestibles » à condition de les faire macérer et bouillir pour en retirer les composés acides et amers. Quelques espèces (Cetraria pinastri, Letharia vulpina, Xanthoparmelia chlorochroa dont le simple contact peut entraîner des réactions allergiques) sont très toxiques car elles contiennent de l'acide vulpinique (en), toxine qui agit en stoppant l'activité respiratoire. L'ébullition ne permet d'extraire qu'une partie de cette toxine[50].
  • Enfin, quelques espèces sont utilisées comme émulsifiant et épaississant dans l'industrie agroalimentaire.

Médicinal[modifier | modifier le code]

Le lichen d'Islande (Cetraria islandica) a été utilisé comme médicament.

La médecine traditionnelle, se basant sur la théorie des signatures, utilisait des espèces comme le lichen d'Islande (Cetraria islandica), la pulmonaire (Lobaria pulmonaria), le lichen pyxidé (Cladonia pyxidata) autrefois réputés pour la toux, et le lichen du chien (Peltigera canina). L'usnée du crâne humain (Usnea plicata) récoltée sur le crâne des pendus, se payait à prix d'or pour guérir, croyait-on, l'épilepsie.

Lobaria pulmonaria, le « lichen pulmonaire ».

Si cette pharmacopée est aujourd'hui tombée dans l'oubli et certaines croyances des anciens font désormais sourire, la recherche médicale moderne (notamment en industrie pharmaceutique et en microbiologie) ne tarit plus d'éloges et nourrit des espoirs thérapeutiques. Les lichens contiennent 1 000 métabolites lichéniques, molécules à 90 % originales ayant lors des tests des scores d'activité du même ordre que ceux des médicaments phytothérapeutiques. On teste actuellement ses propriétés antibiotiques, anti-inflammatoires, insecticides, photoprotectrices (cas de l'Usnea longissima) ou photostimulatrices[51].

Exemples d'applications :

  • L’herbe aux poumons (Lobaria pulmonaria) dont le thalle a la forme de poumons et est très sensible à la présence de dioxyde de soufre. Espèce souvent présente sur les érables, dans des forêts où la qualité de l’air est bonne, elle soignait les infections respiratoires mais la pharmacognosie a montré son efficacité actuelle dans un sirop antitussif.
  • Des extraits d'Umbilicaria esculenta se sont révélés fortement inhibiteurs de la β-glucosidase, les enzymes qui hydrolysent les disaccharides chez les moisissures et les cellules de mammifères, ainsi que la glucoamylase et de la laminarinase. Elle a des propriétés thrombolytiques.

Industrie teinturière[modifier | modifier le code]

On tire des lichens des colorants de nuances assez riches. De belles teintes de bleu, pourpre (rouge violacé) et violet sont données par la parelle d'Auvergne, Ochrolechia parella, l'orseille des Canaries (Roccella tinctoria qui, extrait en poudre, produit le papier de tournesol ou le colorant alimentaire orcéine). D'autres espèces sont utilisées traditionnellement, notamment en Scandinavie : Rocella phycopsis, Rocella fuciformis, Ochrolechia tartarea, Pertusaria dealbescens, Parmelia glabratula subsp. fuliginosa et Lasallia pustulata. Les Xanthoria pilés et mélangés à de l'urine servaient à teindre la laine en rose, notamment du kilt écossais[52]. La teinture traditionnelle de ces kilts obtient encore ajourd'hui différentes teintes selon l'espèce de lichen et le temps de décoction dans l'eau bouillante[53].

Parfumerie[modifier | modifier le code]

Pseudevernia furfuracea, la « mousse des arbres ».

Certains lichens sont utilisés pour produire des huiles essentielles de parfum. L'industrie parfumière tire notamment parti de deux lichens fruticuleux récoltés sur les arbres : la mousse des arbres (Pseudevernia furfuracea, corticole des conifères, que l'on trouve souvent au sol, détachée par le vent) qui apporte des notes boisées variées en fonction de son arbre support, et la mousse de Chêne (Evernia prunastri) qui apporte des notes marines utilisées dans les parfums féminins. On extrait de ces lichens un produit fondamental en parfumerie, l'absolue mousse considérée comme une note de fond, capable de produire des notes boisées avec des nuances de champignons et d'algues[54]. Près de 9 000 t de ces deux espèces sont récoltées annuellement dans la région de Grasse, des Balkans et au Maroc[55].

Autres[modifier | modifier le code]

Durant la préhistoire, les mèches utilisées pour l'allumage des lampes à graisse sont des champignons (amadouvier), des algues, des mousses séchés, mais aussi des lichens fruticuleux séchés prélevés le plus souvent sur des branches d'arbres ou d'arbustes (tel qu’Evernia prunastri) ou au sol[56].

Toxicité des lichens[modifier | modifier le code]

On a prétendu jadis qu'aucun lichen n'était vraiment vénéneux[57], à l'exception de quelques troubles intestinaux provoqués par les espèces très amères. Par la suite, on a rapporté l'utilisation de Letharia vulpina (corticole des mélèzes ou pins alpins, sa couleur vert-jaunâtre est due à l’acide vulpinique, toxique utilisé comme appât pour tuer les loups et renards) et Cetraria pinastri en Scandinavie pour empoisonner les loups. Le principe toxique agirait par inhibition de la respiration, entraînant la mort[58].

  • L'orseille extraite (voir au chapitre précédent) a été interdite comme colorant alimentaire à cause de sa toxicité.

Depuis, comme pour les champignons, la liste des lichens toxiques ne cesse de s'allonger, parmi lesquels :

  • Letharia vulpina, Cetraria pinastri, Xanthoparmelia chlorochroa.

Systématique[modifier | modifier le code]

La classification d’Alexander Zahlbruckner (1860-1938) (1907, 1926), malgré son ancienneté, garde une valeur pratique face aux classifications récentes souvent incomplètes. Elle décompose la classe des lichens selon le schéma suivant :

  1. Sous-classe des Ascolichenes : spores produites dans des asques.
    1. Série des Pyrenocarpeae : ascocarpes ne s'ouvrant que par un pore, thalles en général crustacés (environ dix-sept familles).
    2. Série des Gymnocarpeae : ascocarpes plus ou moins largement ouverts, thalles de tous les types.
      1. Sous-série des Graphidineae : asques et paraphyses se détruisant et formant avec les spores, dans l'ascocarpe, un amas pulvérulent. Le thalle est en majorité crustacé, ou fruticuleux. Il existe trois familles.
      2. Sous-série des Cyclocarpineae : ascocarpes de forme arrondie. C'est le groupe le plus nombreux, où se trouvent tous les types de thalles. Il existe vingt-neuf familles.
  2. Sous-classe des Basidiolichenes (ou Hymenolichenes) : spores produites sur des basides. Il existe trois genres en tout avec moins de vingt espèces, qui sont tropicales.

Une autre classification est basée sur le composant fongique qui joue le rôle principal dans la détermination de la forme générale du lichen :

Les lichens comme les autres espèces sont identifiés au moyen de clés de détermination (Exemple[59]), mais des analyses chimiques ou génétiques, ou l'utilisation d'indicateurs colorés peuvent être nécessaires pour identifier avec certitude certaines espèces ou leur composantes fongiques et algales.

Symbolique[modifier | modifier le code]

Calendrier républicain[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Chantal Van Haluwyn, Juliette Asta et Jean-Claude Boissière (en collaboration avec Jean-Claude Gavériaux), Guide des lichens de France : lichens des arbres, Paris, Belin, coll. « Collection des Fous de Nature / Guide des lichens de France », (ISBN 978-2-7011-4700-0).
  • Chantal Van Haluwyn et Juliette Asta (en collaboration avec Jean-Claude Gavériaux), Guide des lichens de France : lichens des sols, Paris, Belin, coll. « Collection des Fous de Nature / Guide des lichens de France », (ISBN 978-2-7011-5426-8).
  • James D. Lawrey (1983) - Vulpinic and Pinastric Acids as Lichen Antiherbivore Compounds: Contrary Evidence, the Bryologist, vol. 86, no 4 (Winter, 1983), p. 365-369.
  • Souchon, Christian (1971) - Les lichens. Collection Que sais-je ? PUF.
  • Clauzade & Roux (1985) Likenoj de okcidenta europo. Société Botanique du Centre-Ouest. Numéro spécial n° 7.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  18. On ne peut le détacher de son substrat qu'en l'abîmant fortement
  19. Marc-André Selosse, François Le Tacon, « Les stratégies symbiotiques de conquête du milieu terrestre par les végétaux », Année Biol., vol. 40,‎ , p. 6 (lire en ligne)
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