Théorie des signatures

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Sanguisorba officinalis, la grande pimprenelle. Son nom latin vient de la couleur rouge des fleurs, qui faisait croire à sa capacité d'absorber le sang. En réalité, ses propriétés hémostatiques seraient dues à la présence d'une concentration élevée de tanins dans les racines

La Théorie des signatures ou principe de signature est une méthode empirique d'observation du monde des plantes médicinales répandue en Europe, de l'Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle, selon laquelle la forme et l'aspect des plantes est à rapprocher de leurs propriétés thérapeutiques. Elle repose sur le principe similia similibus curantur "les semblables soignent les semblables"[1]. Ce concept relevant de l'alchimie a été repris par de nombreux médecins, chirurgiens et botanistes. Elle fut professée par Théophraste, Otto Brunfels, Paracelse, Leonhart Fuchs, Giambattista della Porta ou Nicholas Culpeper[2].

Cette théorie constitue un élément important de la médecine médiévale.

Elle vient de Theophratus Bombastus von Hohenheim (1493-1541), dit Paracelse, médecin suisse.

"Dieu regrettant d’avoir créé les maladies aurait dispensé les plantes permettant de les combattre en leur affectant un signe de reconnaissance"

Historique[modifier | modifier le code]

Représentation de la pulmonaire dans le Phytognomonica de Jean-Baptiste de Porta, évoquant la disposition du cœur et des poumons

Antiquité[modifier | modifier le code]

Depuis l'Antiquité, il existait la conception d'une relation triangulaire entre les hommes, les plantes et les dieux (ou les forces cosmiques, selon les civilisations). L'utilisation de plantes médicinales s'inscrit dans des « croyances phytoreligieuses »[3], où le cosmos lui-même est un être vivant, dont toutes les parties (astrales, minérales, végétales, animales...) sont reliées par des sympathies universelles. Ces conceptions se développent en Égypte, au Moyen-Orient, en Inde et en Chine.

Le monde Grec reprend ces conceptions et ce savoir accumulé, les passant au crible de la réflexion théorique (Aristote, Platon) et de la pratique médicale (Hippocrate, Galien). Ainsi le terme grec de pharmakon ou pharmaka (remède) dérive de l'égyptien ancien phrt nt hk, de même le terme égyptien Kmt (noir) a donné le grec khêmia (magie noire), et l'arabe al-kimiya (alchimie)[3],[4].

Pour les médecins et botanistes grecs, les pharmaka sont les substances végétales d'action ambivalente (remède ou poison), dont il faut maitriser la dynamis ou potentialité d'action et de transformation. La première synthèse d'envergure sur la théorie de la dynamis est celle de Dioscoride dans son Traité de matière médicale.

En sus de la richesse des informations pratiques, du classement et de l'organisation du savoir, Dioscoride propose une théorie globale, où le pharmakon s'inscrit dans l'histoire de la création du kosmos ou cosmogonie. Par exemple, les parfums appartiennent à l'âge des Dieux, et les minéraux à l'âge du fer. Les parfums, étant chauds, sont utilisés pour traiter les troubles gynécologiques, dus à un excès d'humidité. Les minéraux, froids, traitent les affections cutanées dues à un excès de chaleur[5]. Le principe appliqué ici est le principe des contraires : le médicament doit agir à l'inverse du processus de la maladie.

Durant l'antiquité tardive, à partir du IIIe siècle ap. J.-C., une tradition alchimique se développe dans le contexte philosophique du néoplatonisme et de l'hermétisme, des traditions orientales, et des religions révélées (Kabale du judaïsme, mystique chrétienne, alchimie en islam...). Dans ce contexte, « la providence divine a voulu que l'homme soit accablé de maladie, mais en même temps, elle a pris soin de faire pousser des plantes appropriées à la guérison de chacun de ses maux »[6].

Moyen-Âge[modifier | modifier le code]

A partir de cette conviction, la phytothérapie médiévale s'oriente dans deux directions : l'une astrologique, cherchant à mettre en rapport les plantes avec les astres, l'autre à définir les vertus des plantes d'après leur forme (feuilles), leur couleur, leurs appendices, leurs sucs etc.[6] .

La cosmogonie médiévale est représentée par la Genèse, où la création est le résultat du Verbe de Dieu. Tous les êtres de l'univers ont été créés pour servir l'homme, matérialisation de la parole divine, ils portent leur signification par eux-même. Leur seule existence indique ce qu'ils sont et ce à quoi ils servent. C'est la théorie des signes ou des signatures, comme le tailleur de pierre qui imprime sa marque, Dieu a placé les siennes sur ses créatures. Il suffit de savoir les reconnaitre.

Un exemple est celui de l’Hermodacte, ou « Doigt de Mercure », une mystérieuse racine[7], dont l'aspect évoque les déformations des doigts provoquée par la goutte. Cette racine est utilisée pour traiter les articulations, ainsi que le décrit Henri de Mondeville (1260 † 1320) : « Hermodactylus en grec, Doigt de Mercure, Colchicon, en arabe Surandjan ; on dit qu'il est la Thériaque des articulations ».

De la Renaissance aux Lumières[modifier | modifier le code]

L'idée de signature est reprise par des nombreux auteurs, entrainant une multiplication des Tractatus de Signaturis. La figure dominante est celle de Paracelse, profondément chrétien, mais aussi érudit des traditions alchimiques, de la pensée grecque, et du folklore germanique. Il interprète la création divine comme un processus alchimique. En s'opposant à la logique d'Aristote et à la médecine de Galien, il veut fonder une médecine nouvelle sur une chimie (iatrochimie ou chimiatrie)[8].

En ce qui concerne les remèdes végétaux, les plantes ne sont plus seulement utilisées dans leurs formes sèches qui ne représentent que de la matière. Le pouvoir des plantes réside dans une essence qu'il appelle « archée », force divine (souffle de dieu), ou quintessence (littéralement ce qui est obtenu après une quintuple distillation ou sublimation).

Les trois lobes des feuilles d'Hepatica nobilis, ainsi que la teinte rougeâtre de la face inférieure, évoquent le foie, et ont longtemps fait croire que cette plante était efficace dans le traitement des affections de cet organe, d'où son nom

La maladie est le résultat d'une force extérieure mauvaise qui s'attaque à l'archée d'un organe. Le traitement vise à restaurer l'archée malade par une archée médicamenteuse. Contrairement au principe de traitement par les contraires, le traitement se fait par action semblable. Une maladie provoquée par un poison doit être traitée par un poison semblable, la différence entre remède et poison résidant dans la préparation et le dosage[8],[9].

Pour ces plantes-médicaments, Paracelse se fait le défenseur de la théorie des signatures qu'il définit ainsi « tout ce que la nature enfante, elle le forme selon l'essence de la vertu qui lui est inhérente ». La forme est l'expression parfaite et indissociable d'une fonction. Ainsi les plantes à latex augmentent le lait chez la femme ou la puissance séminale chez l'homme ; les plantes charnues ou crassulantes (poussant en milieu aride, rocailles, entre les pierres des murs...) développent la chair chez les amaigris ; les plantes aux feuilles en forme de cœur, de poumon, ou de foie soignent les maladies correspondantes, etc.[10].

A la fin du XVIe siècle, la théorie des signatures atteint un point extrême avec la Phytognomonica de Jean-Baptiste de Porta (1539 † 1615). Ce dernier met en parallèle l'homme et les plantes, décrivant longuement toutes les analogies de forme et similitudes d'aspect comme autant d'indices d'utilisations. C'est un point d'orgue, après quoi la théorie décline peu à peu. Jugée catalogue caricatural, elle disparait, du moins en tant que telle, à la fin du XVIIIe siècle, entre autres par l'ironie de Voltaire[10] et la nomenclature de Linné[11].

Exemples[modifier | modifier le code]

Les exemples sont extrêmement nombreux, et de valeur très diverse, plus ou moins justifiée. La théorie des signatures associe ainsi l'intérieur comestible d'une noix, avec le cerveau humain[2]. De même, pour l'aspect de leurs feuilles, fleurs ou graines :

  • Pulmonaire officinale (Pulmonaria officinalis) utilisée pour le traitement des affections respiratoires.
  • Hepatica nobilis, l'hépatique à trois lobes : utilisée pour le traitement des affections du foie, en raison des feuilles au-dessous rougeâtre, à trois lobes, comme cet organe.
  • Sagittaria sagittifolia, la sagittaire, était utilisée pour guérir les plaies occasionnées par les flèches.
  • Echium vulgare, la vipérine commune, était réputée guérir les morsures de serpent, ses graines ayant quelque ressemblance avec la tête d'une vipère[12].
Le latex jaune de la chélidoine lui valait sa renommée dans le traitement des ictères

Pour la couleur :

  • Sanguisorba officinalis, la pimprenelle. On pensait que sa couleur rouge était due à sa capacité d'absorber le sang, d'où son nom. Elle aurait des propriétés hémostatiques.
  • Chelidonium majus, la chélidoine : utilisée dans le traitement des ictères, à cause de la couleur de son latex. La plante présente bien des propriétés thérapeutiques, mais est également toxique.
  • Centaurea cyanus, le bleuet, par le bleu céleste de ses fleurs, pour traiter les affections oculaires.
  • Toute racine rouge est susceptible d'être utilisée contre les « maladies du sang  », les hémorroïdes, etc.. comme celle de la ficaire qui évoque des veines hypertrophiées, ou celle de la ratanhia[13].

Il existerait un mythe universel des plantes à latex, réputées pour favoriser le lait, le sperme, la fertilité... et lutter contre tous les écoulements purulents. Il en est de même pour les plantes à résine censées favoriser la cicatrisation. Les plantes pubescentes (à feuille ou tige garnie de poils) étaient recommandées pour traiter la calvitie. Les lamiaceæ sont proposées contre la fièvre quarte (une forme de paludisme), car leur tige est à section carrée[13].

Les Orchis, et tout particulièrement l'Orchis bouc (Himantoglossum hircinum) étaient évoqués lors d'épisodes d'orchites, en raison de l'aspect des deux tubercules, rappelant des testicules. De nombreuses plantes « phalliques  » ont pu avoir une réputation aphrodiasique, comme le saucissonnier en Afrique ou l'asperge en Europe..De même pour la racine de Ficaire qui évoque des veines hypertrophiés[13].

Au XVIIIe siècle le pasteur Edward Stone fait le raisonnement suivant : le saule blanc, qui pousse dans les prairies inondées et les marécages doit guérir les fièvres et les rhumatismes provoqués par l'humidité. Il extrait de l’écorce du saule (déjà connue depuis l'antiquité) une poudre blanche, d'où sera isolée plus tard l'acide salicylique, autrement dit aspirine.

D'autres plantes sont censées traiter tous les maux, notamment les racines vaguement anthropomorphes, comme celles de la mandragore en Europe et du ginseng en Extême-Orient.

Un missionnaire jésuite en Amérique du sud, Nicolas Monardes (1569-1574), découvre la Passiflore (fleur de la passion). Il s'en sert pour représenter la Passion du Christ[14] auprès des indigènes : les filaments représentent la couronne d’épines, l'ovaire évoque l'éponge trempée dans du vinaigre au bout d'une tige, les sépales et pétales honorent les 10 apôtres restés fidèles, le pistil représente les 3 clous qui ont servi à crucifier Jésus, les étamines représentent les 5 plaies du Christ, les stigmates évoquent la croix. Ainsi la passiflore a eu une valeur de panacée.durant plus d'un siècle. Au XXe siècle, on lui accorde une valeur sédative et analgésique[15].

Analyse[modifier | modifier le code]

Les feuilles tachetées de la pulmonaire évoquaient la forme des alvéoles pulmonaires pour les anciens, qui l'utilisaient comme traitement des pathologies respiratoires

La théorie des signatures est à manipuler avec précaution : si la connaissance des plantes médicinales est issue d'une pratique empirique, il a peut-être fallu des siècles d'expériences aux chamanes et autres guérisseurs pour la maîtriser.

Le principe de signature se révèle, bien souvent, erroné, et la plupart de ses applications, sont, à l'instar de l'hermodacte, inefficaces, voire dangereuses, si l'on considère la possibilité que les bulbes de colchiques aient bien été utilisés en ce sens. Cependant, il arrive que par coïncidence, des applications thérapeutiques réelles soient découvertes par ce biais, comme les propriétés expectorantes de la pulmonaire, ou encore les propriétés hémostatiques de la pimprenelle (Sanguisorba officinalis, du latin, « qui absorbe le sang »), supposée dès l'Antiquité de par la couleur rouge foncé des fleurs.

Cette théorie est en contradiction avec la pensée moderne selon laquelle des formes imprimées dans des organismes différents et biologiquement éloignés, même avec une certaine ressemblance, seraient le fruit du hasard.

Postérité[modifier | modifier le code]

Un courant « spiritualiste » d'observation des phénomènes a persisté jusqu'à nos jours, selon lequel la vision que nous avons du monde nous permet d'entrevoir sa nature essentielle. Un représentant récent de cette tendance est l'écrivain allemand Ernst Jünger.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Danielle Ball-Simon et Piotr Daszkiewicz, L'héritage oublié des signes de la nature, éd. Les Deux Océans, 1999.
  • Paul Fournier, Les quatre flores de France, Dunod
  • Jean-Baptiste Porta, Phytognomonica, 1560
  • Davy de Virville A., . De l'influence des idées préconçues sur les progrès de la botanique du XVe au XVIIIe siècle. In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1957, Tome 10 n°2. pp. 110-119.
  • F.V. Mérat & A.J. De Lens, Dictionnaire universel de matière médicale et de thérapeutique générale ; contenant l'indication, la description et l'emploi de tous les médicaments connus dans les diverses parties du globe, ed. J-B. Baillière, Méquignon-Mauvis, Paris, 1831

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biocontact, n°198, janvier 2010, La théorie des signatures, par Marc Lachèvre, p.62-66
  2. a et b Biocontact, n°198, janvier 2010, La théorie des signatures, par Marc Lachèvre, p.63
  3. a et b S.H. Aufrère, Encyclopédie religieuse de l'Univers végétal, vol. 1 : Croyances phytoreligieuses de l'Egypte ancienne, Université Paul Valéry - Montpellier III, (ISBN 2-84269-310-8), p. 31-33.
  4. A. Dauzat, Nouveau dictionnaire étymologique, Larousse, , p. 21.
  5. Alain Touwaide, Stratégies thérapeutiques : les médicaments, Seuil, (ISBN 2-02-022138-1), p. 231-233.
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol.1, Antiquité et Moyen-Age, M.D. Grmek (dir.).
  6. a et b M-J. Imbault-Huart, La médecine au Moyen-Age, éditions de la Porte Verte - Bibliothèque Nationale, , p. 129-130.
  7. Il s'agit peut-être d’Hermodactylus, ou d'une espèce non identifiée de colchique
  8. a et b (en) Allen G. Debus, The French Paracelsians, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-40049-X), p. 5-12.
  9. Allen G. Debus, La médecine chimique, Seuil, (ISBN 978-2-02-115707-9), p. 43-44.
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol.2, De la Renaissance aux Lumières, M.D. Gmek
  10. a et b Georges J.-Aillaud, Les plantes aromatiques et médicinales, Association Méditerranéenne de Diffusion des Sciences et des Techniques, , p. 30-31.
    Catalogue de l'exposition « Plantes aromatiques et médicinales en Provence ».
  11. F. Dagognet, Le catalogue de la vie, PUF, coll. « Galien », , chap. 1 (« botanique et linguistique »), p. 20-22 et 58-60.
  12. Dictionnaire des Sciences Médicales, t. 58, Panckoucke, (lire en ligne), p. 169.
    article Vipérine
  13. a, b et c Pierre Delaveau, Histoire et renouveau des plantes médicinales, Albin Michel, coll. « Sciences d'Aujourd'hui », (ISBN 2-226-01629-5), p. 30-33.
  14. Dictionnaire des Sciences Médicales, t. 39, Panckoucke, (lire en ligne), p. 410
    article Passiflorées
  15. Thésaurus - Index, Encyclopaedia Universalis, , p. 2248.
    article Passiflore

Articles liés[modifier | modifier le code]