Dartre

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La dartre est un terme flou désignant des maladies de la peau se caractérisant par la formation de plaques sèches et squameuses au niveau de l'épiderme.
Cette dermatose peut aller jusqu'à un durcissement de la peau.

Philibert Chabert (1737-1814), vétérinaire, auteur d'un ouvrage sur les dartres.
Dartres sur la joue (J.L.M Alibert, Description des maladies de la peau).
Dartres sur le cuir chevelu et le cou (J.L.M Alibert, Description des maladies de la peau).
Dartres sur le cuir chevelu et le cou.

Histoire médicale et vétérinaire[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, l'École vétérinaire d'Alfort est très souvent consultée pour des problèmes de gale et de dartres chez les animaux domestiques, dans un grand nombre de troupeaux, ainsi que chez les de chevaux de régiments militaires.

Ceci pousse Philibert Chabert à écrire un traité sur le sujet, que le Gouvernement fit imprimer en 1783 à l'Imprimerie royale avant de l'adresser à tous les intendants des Provinces ainsi qu'aux chefs des corps militaires. Cet ouvrage sera réédité et à nouveau largement diffusé, en 1785 et en 1787. L'auteur note qu'en l'an II, la gale fit de grands ravages dans les chevaux des différentes armées de la République, ce qui incita à une nouvelle réédition.

Cet ouvrage définit les dartres comme suit :

« La Gale et les Dartres sont des maladies de la peau, qui consistent dans une éruption de pustules sur une ou plusieurs parties des tégumens ou du cuir ; cette éruption étant accompagnée de prurit ou de démangeaison.
La gale diffère des dartres par la situation l'étendue et la forme des efflorescences qui caractérisent ces maladies. Les dartres peuvent affecter une ou plusieurs parties du corps ; mais elles occupent de préférence les parties des tégumens qui adhèrent de plus près aux os, telles la peau de la tête et celle des hanches. La gale, au contraire, n'affecte point la tete, mais elle peut occuper toutes les autres parties de l'animal, en affectant de préférence néanmoins les parties des tégumens sous lesquelles il y a le plus de graisse, et où la peau est le plus lâche, comme au cou et sur le corps. Les dartres ont plus d'étendue en superficie que la gale ; mais celle-ci creuse davantage et offense plus les tégumens que les dartres.
L'une et l'autre de ces éruptions ont reçu des noms différens, suivant les parties qu'elles affectent et l'espèce d'animal qui en est attaqué.
La gale qui, dans le cheval, le mulet et l'âne, occupe les plis que forme la peau sur la partie supérieure de l'encolure, sous la crinière, est connue sous le nom de roux-vieux, rogne, rougnon, cou-gras.
Les dartres qui affectent la tête du mouton et des bêtes à cornes, ont reçu dans les différens pays diverses dénominations, telles que la teigne, le mal de moure, le criquet, croquet ou craquet, la givrogne, le lézard, le psoetc.etc. (1). Tous les animaux domestiques sont sujets à la gale et aux dartres ; mais ceux de tous qui y sont les plus exposés, et en qui ces maladies sont les plus opiniâtres, c'est le cheval et le chien. Le inouton y est aussi très-sujet.
(…) La dartre diffère de la gale sèche, en ce que les pustules qu'elle forme sont plus petites ; que l'humeur qu'elles fournissent est plus âcre et plus ténue ; qu'elle s'épanouit et s'étend moins rapidement sur la surface du cuir : son siége le plus ordinaire est le tour des paupières, le front, les os du nez, les joues et quelquefois toutes les parties de la tête à la fois : si elle afflige quelques parties du corps et de l'encolure, la place qu'elle occupe est ronde, et la tumnéfaction du tégument est circonscrite par une induration trèsmarquée (…) La manière la plus ordinaire, et peut-être la seule dont cette contagion s'opère, est par les pores absorbans des tégumens ; au surplus, l'animal dartreux ne communique pas toujours des dartres, ni le galeux la gale ; cette dernière, ainsi que le roux vieux, naît quelquefois à la suite d'un attouchement dartreux, et vice versa.
(1) On l'appelle rougno-cabraou sur les moutons, dans les environs de Nismes, département du Gard ; quelques 74 auteurs l'ont nommé érésipèle, feu saint Antoine, feu céleste, bouquet, noir-museau, rogne, rogne, dartre-vive, gratelle »

— Philibert Chabert (1783), Traité de la gale et des dartres des animaux[1].

Philibert Chabert (1783) Soignait les dartres par des émollients, puis des onguents mercuriels et si cela ne suffisait pas par un onguents à base de plomb (« acétite de plomb »), dit « extrait de Saturne » s'ils avaient résisté au mercure (de même que l'animal)[1].

Pour André Ignace Joseph Dufresnoy (ou Du Fresnoy), Médecin et Professeur de Botanique à Valenciennes, membre des Sociétés de Médecine de Paris, Bruxelles... Associé correspondant de la Société Philotechnique de Paris), qui a utilisé des extraits d'un Sumac (Rhus radicans) pour soigner « les Dartres et affections dartreuses » ainsi que la « Paralysie des extrémités inférieures », et publié plusieurs ouvrages à ce propos à partir 1788...)[2],[3] , citant Sauvage en 1799 :

« une dartre est un amas de boutons, une efflorescence, composée de petites tumeurs rouge et prurigineuses, qui tombent par écailles, ou par croûtes (…) les dartres attaquent toutes les parties du corps. Lieutaud les divise en quatre espèces : volantes, milliaires, farineuses et rongeantes. Astres en distingue huit espèces, et cet habile médecin a fait sur cette maladie, un traité qui ne laisse rien à désirer. Les Dartres ont leur siége dans la membrane réticulaire, ou muqueuse.
Cette maladie découvre les vices de la surpeau, dans les dartres farineuses ; ou de l'humeur muqueuse, dans les Dartres humides, croûteuses et rongeantes. Elle procède d'un grand nombre de causes, qu'il seroit trop long de rapporter ici. L'on ne peut pas prendre trop de précautions pour se prémunir contre cette maladie, qui se communique par le simple contact.
J'ai connu dans Valenciennes, une femme très jeune, qui, pour avoir, en descendant de la comédie, accepté la main d'un officier, affecté de Dartres vives, eût le malheur de gagner cette maladie, et ne pût s'en guérir que par des fumigations mercurielles, après avoir pris, pendant deux ans, différens remèdes prescrits par un des plus habiles chirurgiens de cette ville. L'humeur qui cause les Dartres, est plus ou moins âcre, ou rongeante. Les Dartres sont , en général, plus incommodes que dangereuses. Souvent elles reparoissent, quand on les croyoit guéries.
Les farineuses et croûteuses cèdent facilement aux remèdes. Les humides et rongeantes, sont très-opiniâtres, par l'âcreté de l'humeur qui les cause. Celles qui proviennent de causes internes, sont les plus difficiles à guérir[2] »

Pour soigner les dartres, il faut, selon A.I.J Dufresnoy :

« corriger les vices du sang, qui les entretiennent. Les moyens que l'on emploie à cet effet, sont: la Saignée, les Purgatifs, les Sucs des Plantes chicoracées et amères, (comme la Fumeterre mariée avec l'eau de veau, ou le petit lait) et les Bains[2] »

Quand il soupçonne « des embarras dans les premières voies, et surtout au foie », il prescrit, avec selon lui, un succès qui s'est rarement démenti

« la Conserve, composée avec la racine récente de Ciguë, ou le Suc dépuré de cette racine, en commençant par dix gouttes, que l'on augmente jusqu'à deux gros et plus, et la Conserve depuis dix grains jusqu'à trois gros. Il en faụt moins pour les enfans, ainsi que pour les tempéramens moins propres à supporter l'usage de la Ciguë (…) J'ai presque toujours guéri les Dartres, qui n'avoient d'autre cause que l'âcreté de l'humeur, par l'infusion des feuilles fraîches ou séchées, et pendant l'hiver, des tiges du Rhus-radicans (plante hautement toxique). Quand les Dartres sont causées par un virus vénérien, ou scrophuleux, elles ne cèdent, les premières qu'au Mercure, et les secondes, qu'à la Ciguë mariée avec différentes préparations mercurielles »

— André Ignace Joseph Dufresnoy, Des caractères de traitement et de la cure des dartres, (1799)[2]

Selon Marc-Antoine Eidous, contributeur de l'Encyclopédie de Diderot :

« Les dartres sont formées de pustules érésypelateuses qui affectent les téguments ; elles prennent différents noms, selon les différences sous lesquelles elles paraissent. »

— Marc-Antoine Eidous

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Philibert Chabert, Traité de la gale et des dartres des animaux, de l'Imprimerie Royale, (lire en ligne)
  2. a b c et d Dufresnoy, André Ignace Joseph (1799). Des caractères de traitement et de la cure des dartres. Méquignon, Snr.. voir notamment p8 |https://www.google.fr/books/edition/Des_caractères_de_traitement_et_de_la_c/EXQ_AAAAcAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=inauthor:%22André+Ignace+Joseph+Dufresnoy%22&printsec=frontcover
  3. (en-US) Yesul Kim, Alexandra Flamm, Mahmoud A. ElSohly et Daniel H. Kaplan, « Poison Ivy, Oak, and Sumac Dermatitis: What Is Known and What Is New? », Dermatitis®, vol. 30, no 3,‎ , p. 183–190 (ISSN 1710-3568, DOI 10.1097/DER.0000000000000472, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]