La Nef (entreprise)

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La Nef
logo de La Nef (entreprise)
Logo de La Nef

Création 1988
Fondateurs Henri Nouyrit
Jean-Pierre Bideau
Forme juridique Coopérative
Slogan « Pour que l'argent relie les Hommes  »
Siège social Vaulx-en-Velin (Auvergne-Rhône-Alpes)
Drapeau de France France
Direction Bernard Horenbeek (président du directoire)
Sociétaires 40 661 (2020)
en augmentation + 877
Activité Finances solidaires
Effectif 97,13 ETP
SIREN 339799116[1]Voir et modifier les données sur Wikidata
TVA européenne FR13339799116[1]Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web www.lanef.com

Fonds propres 47 millions € (2020)
Bilan comptable 725 millions € (2020)

La Nef est une coopérative de finances solidaires dont le siège social se trouve à Vaulx-en-Velin (Auvergne-Rhône-Alpes). Elle finance uniquement des projets écologiques, sociaux et culturels[2]. Agréée depuis 1988 pour collecter de l’épargne et proposer des crédits, elle poursuit, depuis 2014, l'objectif de devenir une banque de plein exercice, à la manière des banques éthiques anthroposophiques européennes dont elle s'est inspirée. Depuis elle côtoie d'autres banques au sein de la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (FEBEA), comme Banca Etica en Italie ou La Banque alternative suisse.

Historique[modifier | modifier le code]

L'association[modifier | modifier le code]

La Nef est d'abord créée sous forme associative en 1978[3], l’association La NEF (Nouvelle économie fraternelle, qui est dissoute en 2020 et se distinguait de l'établissement bancaire par l'utilisation des majuscules), par Jean-Pierre Bideau (alors enseignant dans une école Steiner-Waldorf et président de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf), et Henri Nouyrit (alors parent d'élève dans une école Steiner-Waldorf et agriculteur-éleveur en biodynamie)[4]. Les fondateurs se sont inspirés d'autres banques éthiques européennes déjà existantes (GLS Bank fondée en 1974 en Allemagne, puis Triodos fondée en 1980 aux Pays-Bas), et, comme elles, de la pensée économique et sociale de Rudolf Steiner[5] : ils étaient tous les deux très impliqués dans le mouvement anthroposophique fondé par ce dernier.

Leur premier objectif était de pouvoir proposer des prêts aux écoles Steiner-Waldorf qui souhaitaient se créer ou se développer, mais l'association a tout de suite financé aussi d'autres projets liés à l'anthroposophie, notamment pour le développement de la biodynamie, mode d'agriculture inventé par Rudolf Steiner :

« Le premier projet financé est un agriculteur en biodynamie qui avait besoin de matériel pour sa production. Les financements suivants seront des projets qui ne trouvaient pas de réponse de financement dans le circuit bancaire classique, car leur objet était trop alternatif (...). On trouve par exemple des producteurs en agriculture biologique ou biodynamique, des écoles alternatives (Steiner, Waldorf, Montessori), des projets collectifs de type Ardelaine coopérative visant à restaurer en Ardèche une filière de la laine et permettant le développement local de la vallée), ou encore des communautés de vie issues du mouvement de retour à la terre[6]. »

La société financière[modifier | modifier le code]

La loi bancaire de 1984 contraint ensuite l’association à poursuivre ses activités de prêt sous une autre forme juridique : à l’initiative de 650 coopérateurs, la société financière anonyme coopérative La Nef est créée en 1988 et présidée par Henri Nouyrit, tandis que l'association poursuit des activités de don. Le premier siège social est installé à Bourbon-l'Archambault (Auvergne).

À partir de 1992, en plus de la gestion directe et autonome de l’épargne collectée sur des comptes de dépôts à terme, un partenariat avec le Crédit coopératif permet à La Nef de disposer en partie des fonds placés sur des comptes d’épargne. En 1997, ce partenariat permet de proposer des comptes chèques « Nef » hébergés par le Crédit coopératif[7].

Projet de création d'une banque[modifier | modifier le code]

Pour acquérir son indépendance vis-à-vis de son partenaire le Crédit Coopératif, entre-temps rattaché au groupe Banque populaire, La Nef a impulsé un projet de création d'une banque éthique coopérative européenne avec d'autres partenaires italiens (Banca Popolare Etica) et espagnols (Fiare (es)). Ces différents partenaires ont adopté en un « manifeste pour une banque éthique européenne » qui se donne pour objectif de :

« promouvoir un nouveau mode de relations économiques (en particulier financières) au sein de la société, en donnant une place prépondérante à l’éthique, à l’exercice de la responsabilité et à l’intérêt pour l’autre[8].  »

Après le retrait du partenaire italien et l’abandon de ce premier projet en 2010[9], un nouveau projet de création d'une banque éthique uniquement à l'échelle de la France est développé. L’assemblée générale des sociétaires de La Nef, réunie le à Nantes, valide ce projet en modifiant en ce sens les statuts de la société, la rendant ainsi conforme à la nouvelle règlementation bancaire européenne : La Nef est désormais un établissement de crédit spécialisé[7].

Agrément d’ouverture de comptes d’épargne[modifier | modifier le code]

En , l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution accorde une extension d'agrément à La Nef qui lui permet de proposer à ses clients l’ouverture de livrets d’épargne et, pour ses clients professionnels, des comptes courants. La banque élargit donc progressivement ses activités à partir d'[9]. La possibilité pour les particuliers d'ouvrir des comptes courants et d'utiliser des moyens de paiement est d'abord annoncée pour 2017[10], puis reportée en 2018[11] ou 2019 du fait des contraintes règlementaires qui rendent difficile la mise en place de ce type de produits bancaires par une petite banque[12].

Afin d'obtenir un poids suffisant pour ouvrir une offre de comptes courants, La Nef lance une campagne de souscription sous le slogan « Alors, c'est quand la Banque éthique ? » le . L'objectif est de réunir 10 000 souscriptions avant le [13]. Cet appel réussit à atteindre son objectif de souscription[14].

La banque atteint un milliard d'euros d'encours en 2021[15].

Données chiffrées[modifier | modifier le code]

Année Nombre de sociétaires (au ) Nombre de prêts débloqués Montant débloqué (millions €)
2004 11 315 162 7,95
2005 13 873 178 9,1
2006 16 259 264 13,9
2007 18 949 315 19.7
2008 21 467 282 22
2009 24 469[16] 270 21,3
2010 27 135[16] 236 16.5
2011 30 170[17] 239 20,2
2012 32 574[18] 242 36,2
2013 33 466[19] 222 23,5
2014 35 900[20] 239 21,5
2015 37 131[21] 265 26
2016 37 979[22] 351[23] 33,4
2017 38 427[24] 353[25] 46,5[26]
2018 38 993[27] 416 58
2019 39 784[28] 445 74
2020 40 661[29] 459 114

Autres projets et partenariats[modifier | modifier le code]

La Nef développe aussi des activités de finance participative sur internet Prêt de chez moi qui permet à des entreprises d’emprunter auprès de particuliers. La plateforme ferme ses portes en 2018.

En 2016, La Nef ouvre le site web Zeste.coop qui permet le financement de projets en sollicitant de nombreux dons. D’un point de vue juridique, c’est la filiale Nef Gestion, société intermédiaire en financement participatif, qui héberge le site web.

Depuis sa création en 2001, La Nef est membre de la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (FEBEA) et de l'Association internationale des investisseurs en économie sociale (INAISE), toutes deux basées à Bruxelles (Belgique).

La Nef participe également au collectif des « Licoornes », composé de 9 coopératives alternatives qui développent des services solidaires et des produits du quotidien dans le sens de la transition citoyenne et écologique : le fournisseur d’électricité renouvelable Enercoop, la coopérative de covoiturage Mobicoop, le réseau coopératif d’opérateurs d’autopartage Citiz, la société coopérative de transport ferroviaire Railcoop, l’opérateur de télécommunications TeleCoop, ainsi que le Mouvement Emmaüs, Commown, et Coopcircuits[30],[31],[32],[33].

Valeurs[modifier | modifier le code]

Transparence[modifier | modifier le code]

La principale valeur défendue par La Nef est la transparence : chaque année, la liste intégrale et détaillée des prêts débloqués (montant, durée, coordonnées de l'emprunteur, évaluation environnementale et sociale, présentation du projet et de la motivation à le soutenir) est publié. Les épargnants qui choisissent de placer leur argent sur des comptes de La Nef peuvent ainsi constater concrètement quels projets sont financés avec leur argent. Ils ont aussi la possibilité d'indiquer quels types de projets ils souhaitent soutenir à l'avenir : écologiques, sociaux ou culturels.

Cette conception de la transparence se retrouve dans le slogan de La Nef : « Pour que l'argent relie les hommes ». C'est aussi le sens du mot fraternité dans l'acronyme d'origine, Nouvelle Économie Fraternelle, qui fait référence aux analyses économiques de Rudolf Steiner[5] : « la grande majorité des banques éthiques européennes sont inspirées de ces idées » comme l'a souligné Jacky Blanc, alors président du directoire de La Nef.

Écologie[modifier | modifier le code]

La Nef a, dès ses débuts, soutenu des projets écologiques, notamment d'agriculture biodynamique, inspirée de Rudolf Steiner. L'ensemble des valeurs défendues par La Nef ont rapidement attiré de nombreux écologistes parmi les nouveaux sociétaires, orientant ainsi les choix de prêts non seulement vers l'agriculture biodynamique, mais plus largement vers tous les projets écologiques : agriculture biologique, magasins bios, développement des énergies renouvelables, éco-construction … La Nef soutient notamment des projets de Biocoop, Nouveaux Robinson, Enercoop, Terre de Liens, etc.

Coopérative[modifier | modifier le code]

La Nef affiche un fonctionnement coopératif et en particulier une participation des sociétaires selon le principe « une personne = une voix ». La mobilisation des sociétaires permet effectivement que leur voix soit prépondérante, avec moins de la moitié des votants qui se contentent de donner pouvoir au président : par exemple, lors de l'Assemblée générale de 2010, sur 4 947 votants, il y avait 279 sociétaires présents ou représentés, 2 733 votes par correspondance et 1 935 pouvoirs au président[34][source insuffisante].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes, sources et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Conditions générales d'utilisation - La Nef » (consulté le )
  2. « Financements 2016 », sur Lanef.com, (consulté le )
  3. 20 ans - 20 portraits, p. 51
  4. Calmé 2012, p. 31 sqq., qui insiste notamment sur l'importance du réseau des écoles Steiner-Waldorf au sein duquel les premiers membres fondateurs se côtoyaient.
  5. a et b Voir en particulier : Rudolf Steiner, Cours d'économie et séminaire, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève, 2004.
  6. Baché, Naszalyi 2011, p. 251.
  7. a et b « Sachez-en plus sur la Nef, votre banque responsable et solidaire », sur Lanef.com (consulté le )
  8. Manifeste pour une Banque Éthique Européenne
  9. a et b Article du Monde, 17 mars 2016
  10. Benoît Lety, « La Nef : le livret d'épargne avant avril 2016, le compte courant en 2017 », sur CBanque, (consulté le )
  11. Rachel Knaebel, « Comment reconnaître une banque véritablement alternative, éthique et d’utilité publique », sur Basta !, (consulté le )
  12. « Banque « éthique » : La Nef prépare un changement d'échelle « considérable » », sur CBanque, (consulté le )
  13. « La Nef en appelle à la mobilisation citoyenne pour changer d’échelle », sur www.novethic.fr (consulté le )
  14. « Alors c’est quand la banque éthique ? | La Nef », sur La Nef finance éthique (consulté le )
  15. « La Nef : la "presque" banque coopérative française réclame son autonomie », sur France Culture, (consulté le )
  16. a et b « Rapport annuel 2010 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  17. « Rapport annuel 2011 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  18. « Rapport annuel 2012 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  19. « Rapport annuel 2013 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  20. « Rapport annuel 2014 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  21. « Rapport annuel 2015 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  22. « Rapport annuel 2016 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  23. « 351 projets financés par La Nef en 2016 ! », sur lanef.com, (consulté le )
  24. « Rapport annuel 2017 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  25. Selon le rapport annuel 2017 : 121 prêts débloqués par la délégation de Lyon, 73 prêts par la délégation de Nantes, 103 prêts par la délégation de Paris et 56 prêts par la délégation de Toulouse.
  26. Selon le rapport annuel 2017 : 17,6 millions débloqués par la délégation de Lyon, 9,5 millions par la délégation de Nantes, 13,4 millions par la délégation de Paris et 6 millions par la délégation de Toulouse.
  27. « Rapport annuel Nef 2018 » [PDF], sur Lanef.com, (consulté le ).
  28. « Rapport annuel Nef 2019 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  29. « Rapport annuel Nef 2020 » [PDF], sur lanef.com, (consulté le )
  30. « Licoornes, les coopératives du monde d’après – Collectif pour une Transition Citoyenne » (consulté le ).
  31. « Les Licoornes, ces nouvelles coopératives qui défient le capitalisme », sur WE DEMAIN, (consulté le )
  32. Michel Waintrop, « Les coopératives revendiquent leur place dans le monde de la « tech » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  33. Reporterre, « Des coopératives se regroupent pour une alternative aux géants du web », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie (consulté le )
  34. Vif-argent no 53, été 2010.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Baché, Philippe Naszalyi (coordonné par) et al., L'autre finance. Existe-t-il des alternatives à la banque capitaliste ?, Éditions du Croquant, , 323 p.
  • Nathalie Calmé, Economie fraternelle et finance éthique. L'expérience de La Nef, Éditions Yves Michel, , 301 p.
  • La Nef, 20 ans - 20 portraits de coopérateurs, La Nef, , 52 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]