Médecine anthroposophique

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On appelle médecine anthroposophique les pratiques thérapeutiques issues de l'anthroposophie, un courant spirituel occultiste développé par Rudolf Steiner. Ces pratiques sont apparues en 1920, dans une collaboration entre Steiner et la doctoresse Ita Wegman. Elle fait partie de l'ensemble des médecines non conventionnelles et fait l'objet d'une controverse quant à ses objectifs et son efficacité au regard des standards de la médecine fondée sur les faits.

Concepts de base[modifier | modifier le code]

La médecine anthroposophique dit prendre en compte les bases scientifiques de la médecine conventionnelle et proposerait de les compléter par une étude des forces éthériques et "du plan suprasensible jouxtant le plan matériel"[1]. Elle se rapprocherait ainsi de disciplines occultes telles que l'alchimie et l'astrologie, ou de courants religieux tels que la théosophie, dont l'anthroposophie résulte directement[2].

D'après la médecine anthroposophique, les niveaux d'organisation des règnes de la nature, minéral, végétal, animal se retrouvent en l’Homme. À cela s’y ajoute le niveau humain proprement dit, caractérisé par la faculté de se nommer soi-même (Moi), et par la présence de la conscience qui se manifesterait dans l’exercice de la pensée et de la parole.[réf. souhaitée]

Ainsi, pour la médecine anthroposophique, quatre niveaux fonctionnels doivent être considérés dans l’être humain [réf. souhaitée]

  • L’organisation physique ou corps physique, objet de l’étude des sciences naturelles et de la biologie, qui coïncide avec ce que la médecine universitaire envisage comme structure de l’organisme humain avec ses composants cellulaires et biochimiques.
  • L’organisation de vie, ou organisation des forces constructives, encore appelée corps éthérique, dont les flux et fonctions dynamiques structurent et renouvellent l’organisme physique, et que l'on rencontre dans tous les êtres vivants. Cette organisation est décrite comme une réalité agissant à partir de ses propres lois.
  • L’organisation psychique ou organisation de sensibilité, encore appelée corps astral, qui impose à l’organisme vivant l’empreinte d’une organisation nerveuse (sensibilité, locomotion, comportements) et d’une organisation respiratoire, s'étendant au métabolisme (gaz du sang par exemple)[réf. souhaitée].
  • L’organisation du Moi, qui fait accéder à la conscience de soi individuelle et qui induit des particularités physiologiques proprement humaines (telles que verticalité, langage, thermorégulation circadienne, cycles menstruels…).

Dans cette conception, la bonne santé résulte de l’interaction harmonieuse de ces quatre éléments constitutifs. La maladie est décrite comme une perturbation de leur interaction. Le diagnostic s'efforce donc d'identifier la nature des déséquilibres entre ces quatre composants. [réf. souhaitée]

La place des maladies[modifier | modifier le code]

La médecine anthroposophique conçoit la maladie et la guérison comme deux forces déjà présente en l'être humain: elle rejette le concept d'immunité. Dans cette conception anthroposophique de la santé, la maladie est comme un retour à un stade initial infantile ("semblable au début de l'existence"): elle constituerait une épreuve spirituelle que le malade doit traverser pour se métamorphoser[3].

Maladies infantiles[modifier | modifier le code]

La médecine anthroposophique prête aux maladies infantiles un pouvoir de métamorphose qui confère à l'enfant malade "des facultés nouvelles". Les maladies infantiles, puisqu'elles s'accompagnent d'inflammations spécifiques de la peau, seraient l'expression de la forme nouvelle de l'enfant: de sa "mue" (physique et spirituelle). Les maladies infantiles seraient ainsi dotée d'une mission qui, une fois accomplie, ne se répète plus[3].

Cancer[modifier | modifier le code]

Dans la médecine anthroposophique, le cancer résulte d'un dérèglement de l'activité cellulaire quand celle-ci n'est plus contenue par les "forces formatrices" (les forces éthériques, d'ordre surnaturel). Ce dérèglement des "forces formatrices" serait due aux modes de vie des sociétés modernes ou à des motifs d'ordres affectifs[4].

Pratique de la médecine anthroposophique[modifier | modifier le code]

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L’exercice de la médecine anthroposophique est réservé aux médecins diplômés, reconnus et agréés comme médecins par les administrations compétentes de leurs pays. Les connaissances médicales nécessaires à tout médecin, sont requises, mais il s'y ajoute une formation spécifique à la médecine anthroposophique (Cycles de formations de base et de formations médicales continues). La fédération internationale des associations médicales anthroposophiques (IVAA) a élaboré en 2003 des critères internationaux de compétence en médecine anthroposophique. La médecine anthroposophique est pratiquée en cabinet médical ainsi qu’en milieu hospitalier par environ 2000 médecins dans le monde (en 2008). Environ 30 000 médecins connaissent et prescrivent des médicaments anthroposophiques[5]. Il existe une vingtaine d’hôpitaux et établissements de soins, publics ou privés. L’établissement hospitalier le plus ancien est la clinique fondée par Ita Wegman en 1921 et qui porte aujourd’hui son nom, Ita Wegman Klinik, à Arlesheim, Suisse. Les deux plus importants en nombre de lits sont situés en Allemagne : l’hôpital public “ Gemeinschaftskrankenhaus Havelhöhe ” à Berlin (310 lits), fondé en 1995 et l’hôpital “ Gemeinschaftskrankenhaus Herdecke ” à Herdecke dans la Ruhr (450 lits)

Médicaments et moyens thérapeutiques[modifier | modifier le code]

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Les remèdes anthroposophiques sont sélectionnés dans les différents règnes de la nature (minéral, végétal, animal) selon la croyance en un système de relations entre la physiologie humaine et d'autres processus correspondant dans la nature (croissance et régénération des plantes...). "Le remède trouvé de la sorte correspond à la maladie comme une clé à sa serrure" et "la guérison acquiert une dimension cosmique"[3].

Ces médicaments sont préparés sous forme de dynamisations homéopathiques ou par d’autres procédés pharmaceutiques spécifiques. L’Anthroposophic Pharmaceutical Codex (APC) publié par l’ association internationale des pharmaciens anthroposophiques décrit les procédés pharmaceutiques et liste les substances naturelles de base utilisées en pharmacie anthroposophique. Les médicaments anthroposophiques sont le plus souvent destinés à être administrés par voie orale, externe ou injectable sous-cutanée. Les autorités réglementaires (agences du médicament) en Suisse en Allemagne et au Brésil reconnaissent une catégorie spécifique “ médicaments anthroposophiques ”. Dans les autres pays européens, ils sont souvent assimilés à des médicaments homéopathiques. La directive européenne 2001-83 CE (considérant 22) considère que : “Les médicaments anthroposophiques décrits dans une pharmacopée officielle et préparés selon une méthode homéopathique sont assimilables, au plan de l'enregistrement et de l'autorisation de mise sur le marché, à des médicaments homéopathiques.

La médecine anthroposophique dit prendre en compte l'aspect strictement individuel de la maladie, relevant de la dimension spécifiquement humaine,notamment par des thérapies artistiques inventées par Rudolf Steiner telles que l’eurythmie curative. Elle conçoit l'activité artistique comme un moyen de prévention "contre les influences pathogènes" et "d'éveiller les forces créatrices de l'âme"[3]. La dimension biographique des pathologies est abordée en psychothérapie et psychiatrie par des méthodes conventionnelles et spécifiques. Elle cherche à identifier les liens entre l’activité psychique individuelle et la constitution corporelle dans le but de les rééquilibrer[réf. souhaitée].

Controverses au sujet des fondements et de la validité de cet ensemble de pratiques[modifier | modifier le code]

Une catégorie d’objections formulées à l’encontre de la médecine anthroposophique est liée à des critiques vis-à-vis des conceptions spiritualistes de Rudolf Steiner ou de l’anthroposophie. Le fait que l’anthroposophie soit un mouvement spiritualiste motive certains courants [réf. souhaitée] à invalider a priori les pratiques à visée thérapeutique qui se sont développées sur ces bases.

En France l’anthroposophie a été mentionnée comme « pratique sectaire » dans un rapport parlementaire de 1999. Cette accusation n’a cependant jamais été validée et a été reconnue comme diffamatoire par la cour d’Appel de Paris[6]. Cependant, en février 2000, le secrétaire d'état à la Santé a rappelé que « la médecine anthroposophique, initiée par le philosophe Rudolf Steiner, s'inspire d'une tradition mystique et ésotérique d'origine occidentale » et qu'elle n'est pas « une technique médicale reconnue, ne faisant l'objet d'aucune évaluation attestée »[2].

D'autres objections sont liés au fait que la médecine anthroposophique utilise, entre autres, des médicaments préparés de façon homéopathique. Elle partage à ce titre les critiques formulées contre l’homéopathie et contre les médecines complémentaires et alternatives en général, mettant notamment l’accent sur la faiblesse du niveau de preuves d’efficacité au regard des standards de la médecine fondée sur les faits.[réf. souhaitée]

Recherche et évaluations[modifier | modifier le code]

La validation des concepts et des traitements anthroposophiques fait l’objet de recherches aux niveaux biologique et clinique, portant sur les médicaments, les méthodes thérapeutiques, les outils conceptuels, ainsi que sur l’efficacité, la sécurité et les coûts. La recherche méthodologique s’intéresse à la validation de l’approche clinique individuelle, en lien avec l’expertise individuelle du praticien (Cognition Based Medicine), en contrepoint à la validation statistique dont le format standard est l’essai randomisé contrôlé, base de la “ médecine basée sur les preuves ” (Evidence Based Medicine).

- L’ouvrage de synthèse : “ Anthroposophic Medicine, Effectiveness, utility, costs, safety ” [7] donne une vue d’ensemble des résultats de la médecine anthroposophique, de son extension ainsi qu’une revue bibliographique complète des publications récentes. Cet ouvrage rédigé initialement à la demande des autorités sanitaires suisses obéit au format administratif d’un HTA Report (rapport d’évaluation d’une technologie de santé).

Lancée en 2004, l’étude AMOS (Antroposophic Medicine Outcomes Study)[8] se fixe pour objectif de valider globalement la médecine anthroposophique dans ses différentes orientations thérapeutiques[9],[10],[11],[12],[13],[14],[15],[16],[17],[18],[19]

Les différents médicaments à base d’extraits de gui (Viscum album), utilisés dans le traitement complémentaire d’affections graves y compris d’affections cancéreuses, ont récemment fait l’objet d’une évaluation collective basée sur les essais randomisés contrôlés[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Homme et les plantes médicinales, Tome 1, 3e édition revue et augmentée, Wilhelm Pelikan, 09/2003, Ed. Triades - (ISBN 2-85248-234-7)
  • L'Homme et les plantes médicinales, Tome 2, 3e édition revue et augmentée, Wilhelm Pelikan, 07/2006, ed. Triades - (ISBN 2-85248-235-5)
  • L'Homme, les plantes médicinales et les êtres élémentaires, Tome 3, Wilhelm Pelikan, 01/1990, Ed. Triades - (ISBN 2-85248-129-4)
  • Données de base pour un élargissement de l’art de guérir Steiner R. Wegman I. (ISBN 2-85248-158-8)
  • La Médecine à l’image de l’Homme Husemann H, Wolff O. TI-II. (ISBN 2-85248-162-6). TIII. (ISBN 2-9511467-2-8)
  • La médecine anthroposophique Bott V. (ISBN 2-85248-254-1)
  • Médecine intuitive Fintelmann V. (ISBN 2-915804-02-8)

Liens[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Victor Bott, Les Forces de Vie, Paris, Centre Triade,‎ , 110 p. (ISBN 2852480727)
  2. a et b Paul Ariès, Anthroposophie: enquête sur un pouvoir occulte, Villeurbanne, Golias,‎ , 288 p. (ISBN 2914475195)
  3. a, b, c et d Walter Holtzapfel, La Médecine de l'Avenir, Paris, Centre Triades,‎ , 95 p. (ISBN 2852481065)
  4. Jean Palaiseul, Enquête sur une thérapeutique du cancer, Paris, Centre Triades,‎
  5. http://www.ivaa.info
  6. http://www.prevensectes.com/rev0110.htm#16
  7. Anthroposophic Medicine, Effectiveness, utility, costs, safety de G.S. Kienle, H. Kiene, H.U. Albonico 2006. (350 pages) Schattauer Gmbh
  8. Ernst E. Wien Klin Wochenschr. 2004 Feb 28;116(4):128-30. Hamre HJ et al.: Anthroposophic therapies in chronic disease: The Anthroposophic Medicine Outcomes Study (AMOS). Eur J Med Res 2004, 9:351-60
  9. a et b Horneber MA, Bueschel G, Huber R, Linde K, Rostock M. Mistletoe therapy in oncology (Review), Cochrane review 2008, Issue 2
  10. Hamre HJ et al.: Use and safety of anthroposophic medications in chronic disease. A 2-year prospective analysis. Drug Saf 2006, 29(12):1173-89
  11. Hamre HJ et al.: Anthroposophic therapy for chronic depression: a four-year prospective cohort study. BMC Psychiatry 2006, 6:57. DOI 10.1186/1471-244X-6-57
  12. Hamre HJ et al.: Anthroposophic medical therapy in chronic disease: a four-year prospective cohort study. BMC Complement Altern Med 2007, 7:10. DOI 10.1186/1472-6882-7-10
  13. Hamre HJ et al.: Eurythmy therapy in chronic disease: a four-year prospective cohort study. BMC Public Health 2007, 7:61. DOI 10.1186/1471-2458-7-61
  14. Hamre HJ et al.: Anthroposophic vs. conventional therapy for chronic low back pain: a prospective comparative study. Eur J Med Res 2007, 12:302-10
  15. Hamre HJ et al.: Rhythmical massage therapy in chronic disease: A 4-year prospective cohort study. J Altern Complement Med. 2007, 13(6): 635-642
  16. Hamre HJ et al. Anthroposophic art therapy in chronic disease: a four-year prospective cohort study. Explore (NY) 2007; 3(4):365-371
  17. Hamre HJ et al. Outcome of anthroposophic medication therapy in chronic disease: A 12-month prospective cohort study. Drug Design, Development and Therapy 2008, 2: 25–37
  18. Hamre HJ et al. Combined bias suppression in single-arm therapy studies. Journal of Evaluation in Clinical Practice. doi:10.1111/j.1365-2753.2007.00903.x
  19. Hamre HJ et al. Assessing the order of magnitude of outcomes in single-arm cohorts through systematic comparison with corresponding cohorts: An example from the AMOS study. BMC Medical Research Methodology 2008, 8:11 doi:10.1186/1471-2288-8-11

Voir aussi[modifier | modifier le code]