Charles Robert Maturin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Charles Robert Maturin
Description de cette image, également commentée ci-après

Charles Robert Maturin

Naissance
Dublin, Drapeau de l'Irlande Irlande
Décès (à 42 ans)
Dublin, Drapeau de l'Irlande Irlande
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Anglais irlandais
Genres

Œuvres principales

  • Melmoth, l'homme errant (1820)

Charles Robert Maturin ( à Dublin - à Dublin) est un romancier et dramaturge irlandais, auteur de romans gothiques. Il publie Fatale Vengeance (The Fatal Revenge) en 1807 et est le créateur d'une œuvre reconnue comme une des plus représentatives du roman gothique : Melmoth, l'homme errant (Melmoth, the Wanderer) (1820).

Vie et œuvre[modifier | modifier le code]

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille protestante aisée, descendant d'émigrés huguenots, il poursuit ses études au Trinity College de Dublin. Ordonné pasteur, il est chargé en 1803 de la cure de Loughrea et épouse Henrietta Kingsbury, chanteuse reconnue, dont la sœur, Sarah Kingsbury, a une fille, Jane, la mère d'Oscar Wilde. La famille s'installe à Dublin lorsque Maturin est nommé vicaire de l'église St Peter.

Ses premières œuvres, signées Dennis Jasper Murphy, sont un échec critique et commercial. Elles attirèrent néanmoins l'attention de Walter Scott qui recommande l'auteur à Lord Byron. Grâce à leur soutien, Maturin réussit en 1816 à faire jouer Bertram, pièce de théâtre très sombre. Vingt-deux représentations au théâtre de Drury Lane portée par le célèbre acteur Edmund Kean assurent à l'auteur une certaine notoriété, mais la réussite financière se fait toujours attendre. En effet, la sortie de la pièce coïncide avec la mise en disponibilité de son père et la banqueroute d'un autre membre de la famille que l'auteur débutant doit secourir financièrement. Pire, Samuel Taylor Coleridge éreinte la pièce qu'il juge ennuyeuse et sordide, outre de la considérer comme la « preuve affligeante de la dépravation de la mentalité du spectateur »[1]. Il n'hésite pas à la traiter d'œuvre athée. L'église d'Irlande prend bonne note de ces critiques et, ayant découvert l'identité de l'auteur (Maturin avait dû renoncer à son pseudonyme pour toucher les droits d'auteur), elle fait en sorte de contrer tout espoir de promotion dans la hiérarchie ecclésiastique. Obligé de continuer à écrire pour subvenir aux besoin de sa femme et de ses quatre enfants (son salaire de pasteur est de 80 à 90 livres par an, alors qu'il a gagné 1000 livres avec sa pièce de théâtre), il se tourne vers le roman après l'échec de plusieurs œuvres dramatiques.

Il demeure néanmoins vicaire de l'église St. Peter à Dublin jusqu'à sa mort. Il ne connaît pas la popularité en Irlande, à cause de ses convictions protestantes. En outre, sa vie est assombrie par les difficultés financières. Pendant sa carrière d'écrivain, il publie des textes moins sombres, comme Le Jeune Irlandais, mais ce sont ses récits d'horreur et ses romans gothiques qui lui valent sa notoriété. Même quand il aborde le roman historique, Maturin demeure attaché au fantastique. Les Albigeois (The Albigenses, 1824), est ainsi un roman historique dans la tradition de Walter Scott, « centré sur la croisade des Albigeois, au XIIIe siècle, et contient un récit de loup-garou »[2].

Maturin meurt à Dublin le , et, à l'époque, des rumeurs circulèrent (que rien ne vint confirmer par la suite) qu'il s'était suicidé.

Melmoth, l'homme errant[modifier | modifier le code]

Le protagoniste de ce roman gothique est la famille Melmoth. Lors de la mort de son oncle, le jeune Melmoth apprend à connaître un de ces aïeuls au passé résolument trouble. La seule requête de ce dernier est de faire jurer à Melmoth de détruire le portrait de son ancêtre. Le passé est révélé par une série d'analepses mises en abyme dans la narration repère, selon le principe du récit dans le récit, l'auteur ayant recours pour les introduite à des lieux communs, tels que le paquet de lettres retrouvé dans un grenier.

Karl Edward Wagner classait ce roman parmi l'un des treize meilleurs récits d'horreur et de fantastique[3], et H. P. Lovecraft le cite comme « un bond en avant dans l'évolution du récit macabre »[4].

Le roman de Maturin, considéré généralement comme l'apogée du roman gothique, est plus qu'un simple récit fantastique. C'est une critique sociale de l'Angleterre du XIXe siècle, une mise en accusation de l'église catholique (à travers notamment une critique de l'Inquisition), comparée au protestantisme, dont l'auteur loue les vertus de réserve et de simplicité.

Postérité[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, contient quelques éléments inspirés par le roman de son grand-oncle, notamment celui du tableau caché dans le grenier. À sa sortie de prison, Oscar Wilde adopte d'ailleurs le pseudonyme de Sébastien Melmoth, s'identifiant au héros maudit créé par son grand-oncle par alliance.

Bertram est adapté en français par Charles Nodier et Isidore Justin Severin Taylor (Bertram, ou le Chateau de S.t Aldobrand, 1821). Cette adaptation donne ensuite lieu à un opéra, Il pirata, dont le livret est de Felice Romani, et la musique de Vincenzo Bellini ; la première eut lieu à La Scala de Milan en 1827. Les écrivains de la génération romantique se rapportent souvent aux œuvres de Maturin en particulier à cette adaptation de Bertram. Dans Han d'Islande de Victor Hugo, parmi les épigraphes placées en tête de chaque chapitre, un grand nombre sont des citations de Bertram. Gérard de Nerval est lui aussi sensible aux atmosphères gothiques de l'irlandais, notamment dans sa chronique Voyage en Orient.

Charles Baudelaire et Honoré de Balzac ne cachèrent pas leur estime pour l'œuvre de Maturin, notamment pour son roman le plus célèbre, Melmoth the Wanderer. Balzac écrivit une suite au fameux Melmoth, intitulée Melmoth réconcilié.

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le héros du roman Lolitande Vladimir Nabokov possède une voiture baptisée Melmoth, sans doute parce qu'elle connote le topos américanisé de l'errance à laquelle le condamne sa funeste liaison avec Lolita dont il n'arrive pas à se séparer.

Le héros de Maturin est également une des nombreuses sources du roman d'Anne Rice, Memnoch le démon (Memnoch the Devil, 1995).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • The Fatal Revenge; or, the Family of Montorio (Fatale Vengeance ou La Famille Montario ou la fatale vengeance) (1807)
  • The Wild Irish Boy (1808) (Le Jeune Irlandais)
  • The Milesian Chief (1812) (Connal, ou Les Milésiens)
  • Women; or, Pour Et Contre; a Tale (1818) (Eva, ou amour et Religion ou Les Femmes, ou rien de trop)
  • Melmoth the Wanderer (1820) (Melmoth, l'homme errant)
  • The Albigenses (1824) (Les Albigeois)
  • Leixlip Castle (1825) (Le Château de Leixlip. Légende d’une famille irlandaise )

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Bertram; or The Castle of St. Aldobrand (1816) (Bertram ou Le château de Saint-Aldobrand)
  • Manuel (1817)
  • Fredolfo (1819)
  • Osmyn the Renegade (publié à titre posthume en 1830, mais inscrit pour répétitions à Covent Garden en 1822)

Poèmes[modifier | modifier le code]

  • The Universe (1821)

Sermons[modifier | modifier le code]

  • Sermons (1819)
  • Five Sermons on the Errors of the Roman Catholic Church (1824)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "melancholy proof of the depravation of the public mind"
  2. Dictionnaire des littératures policières, volume 2, p. 335.
  3. N. G. Christakos, « Three By Thirteen: The Karl Edward Wagner Lists dans Black Prometheus: A Critical Study of Karl Edward Wagner (Prométhée noir ; étude critique de Karl-Edouard Wagner), édité par Benjamin Szumskyj, Gothic Press, 2007.
  4. « An enormous stride in the evolution of the horror-tale » : Howard Phillips Lovecraft, Supernatural Horror in Literature, Dover Publications, 1973.

Sources[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Larizza, "Ecrire sur le diable, le tirer par la queue: Charles Robert Maturin", Les Ecrivains et l'Argent, ouvrage collectif sous la direction d'Olivier Larizza, Orizons, Paris, 2012, p. 111-131.
  • Olivier Larizza, "Souffrance et consolation chez l'écrivain irlandais Charles Robert Maturin", Littérature et consolation, ouvrage collectif dirigé par Emmanuelle Poulain-Gautret, Artois Presses Université, Arras, 2012, p. 163-181.
  • Olivier Larizza, "Charles Robert Maturin ou le sacrilège du regard", Voir et être vu, études réunies par Peter Schnyder et Frédérique Toudoire-Surlapierre, L'Improviste, Paris, 2011, p. 197-213.
  • Olivier Larizza, "Le Roman comme support du discours nationaliste: le cas de l'écrivain irlandais Charles Robert Maturin", Le Discours du nationalisme en Europe, études réunies par Agnès Celle et Greta Komur-Thilloy, L'Improviste, Paris, 2010, p. 349-362.
  • Olivier Larizza, "Melmoth l'homme errant (1820) ou le point d'incandescence de la tradition gothique", Tradition et modernité en littérature, ouvrage collectif sous la direction de Luc Fraisse, Gilbert Schrenck et Michel Stanesco, Orizons, Paris, 2009, p. 175-189.
  • Maurice Lévy, Le Roman gothique anglais, 1764-1824, Albin Michel, 1995 (ISBN 2-226-07624-7)
  • Claude Fierobe, Charles Robert Maturin (1780-1824), l’homme et l’œuvre. Lille, Université de Lille / Paris, Éditions universitaires, « Encyclopédie universitaire. Études irlandaises » no 2, 1974, 748 p.