Formation territoriale de la Belgique

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La situation géographique de la Belgique dans l’Europe occidentale est particulière. Elle est entourée par quatre États, dont deux importants, l’Allemagne et la France, sans compter le Royaume-Uni, séparé de la Belgique par la mer du Nord. Cette situation privilégiée du point de vue économique, l’est moins si on considère les vicissitudes que cette position a provoquées durant l’histoire. Les frontières actuelles du pays sont fixées depuis longtemps. Mais, si l’on étudie l’histoire de la Belgique depuis son indépendance, on remarque qu’elles ont varié ou auraient pu varier à plusieurs reprises et pendant des durées fort variables. Dans ce deuxième cas, le mot « variation » aurait d’ailleurs plutôt dû être remplacé par « disparition ».

Origine du tracé des frontières de la Belgique[modifier | modifier le code]

Le tracé des frontières du territoire qu'occupe actuellement la Belgique a lentement émergé au cours de l'histoire. On peut remonter à 1609, quand l'Espagne conclut une trêve de douze ans avec les Provinces-Unies, reconnaissant donc leur indépendance de facto. Ce sont les territoires compris entre les Provinces-Unies et la France qui deviendront finalement la Belgique. À l'époque cette zone n'est pas unifiée politiquement : l'essentiel des terres constitue certes les Pays-Bas espagnols, mais la principauté de Liège et deux entités mineures, la principauté de Stavelot-Malmedy et le duché de Bouillon, échappent à la domination espagnole. Les liens qui unissent les différents États des Pays-Bas méridionaux sont d'ailleurs très lâches.

Ce territoire va alors être régulièrement diminué au profit de ses voisins :

  • Au traité d'Utrecht (1713), les Pays-Bas, qui passent aux mains des Autrichiens, doivent céder la partie de la Gueldre qu'elle détenait aux Provinces-Unies (Venlo) et à la Prusse. Par ailleurs, elle récupère des terres en Flandre (Furnes, Roulers, Ypres, Menin) et le Tournaisis. Après la conclusion de ce traité, les Autrichiens, les Français et la principauté de Liège pratiqueront diverses modifications de frontières, dont l'effet principal fut de désenclaver le territoire français de Givet.

En 1794, la France envahit les Pays-Bas autrichiens et le Pays de Liège. Le décret du 14 fructidor an III[1] () par lequel la Convention nationale française adopte une nouvelle division de l'ensemble territorial formé par les ci-devant Pays-Bas autrichiens, les anciennes principautés de Liège et de Stavelot-Malmédy ainsi que le ci-devant duché de Bouillon en neuf départements français. Le décret du 9 vendémiaire an IV () établit unilatéralement la réunion de cet ensemble territorial à la France. Le traité de Campoformio, en octobre 1797, règlera cette situation en droit.

En 1815, les départements réunis à la France (sauf le département des Forêts) et les anciennes Provinces-Unies (la "Hollande") formeront ensemble le Royaume uni des Pays-Bas. Le département des Forêts, pour sa part, amputé de ses territoires situés à l'Est des rivières Moselle, Sûre et Our (Bitburg, Neuerburg, Nittel)…, mais augmenté à l'Ouest de quelques lambeaux de territoires anciennement luxembourgeois, sera érigé en État membre de la Confédération germanique (1815-1866) sous la forme d'un grand-duché, le grand-duché de Luxembourg, et confié en toute propriété au roi grand-duc Guillaume Ier des Pays-Bas, d'où un régime d'union personnelle entre les deux États. La Prusse, elle, réussira à obtenir - par le biais de la Confédération germanique - le droit de garnison dans la forteresse - désormais fédérale - de Luxembourg, droit qu'elle exercera dans les faits jusqu'en 1867.

Par rapport aux frontières de l'Ancien Régime, on peut remarquer que le territoire "belge" a été diminué à l'Est au profit de la Prusse : Eupen, Malmedy, Schleiden… Par ailleurs, une enclave française (Barbançon) a été récupérée. Enfin, la province de Limbourg rassemble des territoires qui faisaient auparavant partie des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège, mais aussi du duché de Juliers, de la Prusse et des Provinces-Unies (notamment Maastricht et une partie des territoires perdus en 1713).

Les huit provinces méridionales du royaume des Pays-Bas unis constitueront grosso modo la Belgique indépendante. Toutefois, le traité des XXIV articles (1839) contraindra la Belgique, vaincue lors de la Campagne des Dix-Jours (1831), à laisser à Guillaume Ier des Pays-Bas la moitié de la province de Limbourg (l'est de la Meuse et Maastricht). Le Traité de Maastricht (1843) définit les frontières avec les Pays-Bas. Quant au grand-duché de Luxembourg, dont beaucoup d'habitants avaient rallié la Révolution parce qu'ils souhaitaient se débarrasser du régime "hollandais" imposé par le roi grand-duc Guillaume Ier, il fut finalement partagé en deux. La partie orientale resta un État membre de la Confédération germanique et en union personnelle avec les Pays-Bas. L'union personnelle persista jusqu'en 1890, date de l'avènement au Grand-Duché de la dynastie des Nassau-Weilburg. Quant à la partie occidentale, essentiellement romane (sauf dans le Pays d'Arlon), elle forma définitivement une province belge avec la ville d'Arlon pour chef-lieu.

Les menaces néerlandaises[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne des Dix-Jours.
Carte de la Belgique en 1843 avec les frontières d'alors : Maastricht et le Limbourg oriental font partie des Pays-Bas et les Cantons de l'Est de l'aire allemande

Lors de l’indépendance du pays en 1830, les frontières du pays ne furent pas celles que l’on connaît actuellement. À la suite de la révolution belge, les frontières furent fixées de telle sorte qu'elles englobaient le Limbourg oriental, mais qu'elles laissaient en-dehors tout le Grand-Duché de Luxembourg. Un traité international, le Traité des XVIII articles, entérina cet état de fait. Cependant, en août 1831, peu après la prestation de serment du roi Léopold Ier, les Néerlandais attaquèrent la Belgique (Campagne des Dix-Jours) dans le but évident de reprendre le sud de leur royaume, le roi Guillaume n’ayant pas accepté l’indépendance belge. La petite armée belge, encore complètement désorganisée, ne put faire face et le roi Léopold Ier dut faire appel à l’aide de la France. L'intervention des troupes françaises sous les ordres du maréchal Gérard sauva l’indépendance de la Belgique. Toutefois, le fort d'Anvers ne fut repris des mains des Néerlandais qu'en 1832, à la suite d'une nouvelle intervention du maréchal Gérard. Un nouveau traité international, le Traité des XXIV articles, fut conclu. Tenant compte des événements, il était moins favorable à la Belgique que le traité des XVIII articles : en effet, il privait la Belgique de l'est de la province de Limbourg et, aussi, de l'est du grand-duché de Luxembourg constitué en 1815. Notons, cependant, que ces deux territoires restèrent administrés par la Belgique jusqu’à l’acceptation du traité par le roi Guillaume en 1838 et la signature, à Londres en 1839, d'un traité international définitif.

Les Cantons de l’Est[modifier | modifier le code]

Lors du Congrès de Vienne de 1815 ayant comme but la réorganisation territoriale de l’Europe après l’aventure napoléonienne, les territoires d’Eupen, Malmédy et Saint-Vith furent rattachés à la nouvelle partie rhénane de la Prusse. De plus, le petit village de Moresnet, à l’est du pays comme les territoires précédents, fut coupé en trois : une partie revint à la Prusse, une autre à la Belgique et la troisième partie, convoitée par tout le monde à cause des riches mines de zinc se trouvant sur son territoire, fut déclaré territoire neutre en 1816. Ces territoires ne furent rattachés à la Belgique que plus de 100 ans plus tard, à la suite du Traité de Versailles de 1919 qui mettait un terme à la Première Guerre mondiale. Ces territoires furent à nouveau rattachés à l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale. Hitler incorpora même, à titre provisoire, certaines communes périphériques. Actuellement, les cantons d’Eupen et Saint-Vith forment la Communauté germanophone de Belgique, ayant une certaine autonomie dans l’État fédéral belge. Avec la Wallonie malmédienne, ils forment l'ensemble connu sous le nom de Cantons de l'Est.

Les menaces françaises[modifier | modifier le code]

En 1848, de nombreuses révolutions éclatèrent en Europe, et la Belgique fut l’un des rares pays épargnés. Cependant, un groupe de 1 100 ouvriers belges immigrés à Paris, soutenus par quelques élèves de l'École polytechnique, voulut exporter la révolution en Belgique. Ils essayèrent de passer le poste frontière de Risquons-Tout au cri de « vive la république belge », mais furent facilement repoussés par l'armée belge. Parmi ces républicains, dix-sept furent condamnés à mort et guillotinés à Anvers.[réf. nécessaire]

Troupes françaises à la frontière belge en 1870.

En 1852, Napoléon III déclara le Second Empire en France. Celui-ci avait des vues expansionnistes comme son illustre oncle. Pendant toute la durée de l’empire (1852-1870), des menaces d'annexion pesèrent sur la Belgique. En 1866, Napoléon III fit réaliser un projet de traité entre la Prusse et la France prévoyant l’annexion de la Belgique par la France en compensation de sa non intervention lors de la guerre austro-prussienne. La France demandait aussi des « compensations » sur la rive gauche du Rhin et l’annexion possible du Luxembourg (Crise du Luxembourg en 1867). Ce traité resta à l’état de projet, mais Bismarck le garda précieusement pour le ressortir au bon moment. Au début de la guerre franco-prussienne de 1870, celui-ci divulgua le projet à la presse internationale, ce qui fit très mauvaise impression, surtout envers la Grande-Bretagne, garante de l'indépendance belge. Pendant le début de la guerre de 1870, les hostilités se rapprochèrent fortement des frontières belges. L’armée belge fut mobilisée et le roi Léopold II en prit le commandement. Le point culminant eut lieu début septembre, lors de la bataille de Sedan, ville très proche de la Belgique. Les troupes françaises en déroute faillirent passer sur le territoire belge, poursuivies par l’armée allemande. L’armée d’observation belge postée le long de la frontière sud du pays les en dissuada ainsi que le statut de neutralité du pays.

Expansionnisme belge en Europe[modifier | modifier le code]

Après l'occupation de la Belgique par l'Allemagne, le statut international de neutralité du pays est ruiné.

Le tracé de la frontière orientale de la Belgique et l'enclavement du port d'Anvers par les bouches de l'Escaut ont favorisé l'invasion de la Belgique en 1914. C'est ce qui incite le gouvernement belge à revendiquer l'annexion de quelques territoires allemands, ainsi que le sud des Pays-Bas (Limbourg et Flandre zélandaise) et le Luxembourg qui avait été enlevé à la Belgique en 1839 [2].

Ces revendications de la Belgique sont fondées sur l'attitude équivoque des Pays-Bas envers l'Allemagne pendant la guerre, une attitude confinant à certaines complicités (neutralité impliquant l'emprisonnement de militaires belges, fournitures économiques, asile politique accordé au Kaiser, autorisation accordée, en 1918, aux troupes allemandes d'échapper à l'offensive de l'armée alliée en retraitant à travers le Limbourg hollandais…)

En janvier 1919, une délégation belge, composée des ministres des Affaires étrangères et de la Justice, ainsi que du ministre d'État Jules Van den Heuvel, se rend à Paris aux négociations de paix.

Ces positions annexionnistes sont largement soutenues et relayées par la presse.[réf. nécessaire] Albert Ier intervient également à la conférence ; il réclame des indemnités de guerre et la révision du traité des XXIV articles concernant le statut de l'Escaut, mais ne semble pas avoir réclamé le Limbourg néerlandais et le grand-duché de Luxembourg, ni même Eupen et Malmedy[3].

Mais la déception arrive vite : les grandes puissances ne sont pas disposées à accueillir favorablement les revendications belges, et la Belgique ne reçoit finalement que les Cantons de l'est, le territoire de Moresnet neutre, l'assise de la Vennbahn et une indemnité prioritaire de deux milliards et demi de marks. La signature du traité de Versailles est vécue comme une véritable désillusion[4]. À cela s’ajoute le défaut de paiement allemand des indemnités de guerre, ce qui conduira la Belgique à assister la France lors de l'Occupation de la Ruhr.

Le Congo[modifier | modifier le code]

La détermination du roi Léopold II à établir un État africain fut à l'origine de la constitution de l'État libre du Congo par Stanley.
Articles détaillés : Congo belge et Colonisation du Congo.

Lorsque l’on étudie le territoire belge, il faut aussi, pour être complet, tenir compte des territoires extra européens qui ont été belges ou sous administration belge. Le XIXe siècle fut marqué par l’impérialisme colonial. La Belgique, comme beaucoup d’autres pays européens, a aussi eu sa colonie africaine. Pendant cette période, la superficie du territoire belge fut grandement augmentée lorsque l’on sait que le Congo est 80 fois plus étendu que la Belgique. L’ambition du roi Léopold II, et cela déjà avant son accession au trône en 1865, était d’apporter à la Belgique des territoires supplémentaires. Sa grande réalisation fut de devenir souverain personnel d’un immense territoire en Afrique centrale, malgré la concurrence des autres pays européens. En effet, toute l’Afrique, à quelques exceptions près, était sous domination étrangère dès la fin du XIXe siècle. Les explorations en Afrique centrale menées par Stanley pour le compte de Léopold II aboutirent en 1885, lors du congrès de Berlin, à la création de l'État indépendant du Congo (EIA), dont la souveraineté fut attribuée à Léopold II et dont l’administration et l’armée étaient constituées principalement par des Belges, notamment des militaires. En plus, le parlement belge vota des emprunts en faveur de la colonisation. Aussi, en 1906, le parlement belge formula-t-il l'intention d'annexer le Congo. Et, un an avant la mort de Léopold II, l'annexion coloniale fut votée en 1908 sous le nom de Congo belge. Le Congo resta belge jusqu’en 1960, date de son accession à l’indépendance dans des circonstances assez difficiles. Outre le Congo, colonie belge, les territoires de l’Urundi et du Rwanda furent placés sous administration de la Belgique après le Traité de Versailles en 1919. Ces deux territoires étaient des colonies allemandes avant la Première Guerre mondiale et l’Allemagne perdit toutes celles-ci en 1919. Le Burundi et le Rwanda devinrent indépendants en 1962.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, le territoire fut occupé par les Allemands et les Cantons de l'Est annexés au Troisième Reich. Cependant, la situation territoriale fut rétablie quasiment à l'identique après la guerre. En effet, des revendications territoriales belges aboutirent à des rectifications frontalières marginales, sans remettre en cause la situation globale ou la possession par la Belgique de la ligne de chemin de fer frontalière avait créé en 1919 des enclaves allemandes en territoire belge.

La frontière linguistique[modifier | modifier le code]

Bornes frontières aux sources de la Schwalm : Juliers-Luxembourg (Ancien Régime) à gauche et Belgique-Prusse à droite, matérialisant la frontière de 1919 à 1956
Carte des échanges de territoire en 1956 : en rouge à la Belgique, en vert à l'Allemagne

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la situation territoriale belge n’a pratiquement plus évolué (si ce ne sont la frontière germano-belge, en fonction du traité du [5], et la frontière nord à la suite des dernières discussions sur Baerle-Duc), si l’on excepte la décolonisation au début des années soixante. Maintenant, les craintes ne proviennent plus de l’extérieur mais plutôt de l’intérieur du pays. En 1963 de nouvelles frontières ont été fixées à l'intérieur même du territoire belge pour délimiter le territoire des trois composantes linguistiques du pays. Cette frontière linguistique dont le poids politique s'accroît rapidement avec la fédéralisation des institutions est en fait la frontière la plus ancienne de la Belgique. Son origine controversée nous reconduit à la fin de l'époque romaine ou à la période mérovingienne qui lui succède.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Isidore Plaisant, Pasinomie, ou Collection complète des lois, décrets, arrêtés et règlements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique de 1788 à 1832, tome 7, Bruxelles, 1835
  2. Marie-Thérèse Bitsch, Vincent Dejardin, Histoire de la Belgique, Complexe, Paris, p. 153.
  3. Jean Bartelous, Nos Premiers Ministres, de Léopold Ier à Albert Ier, 1983, Bruxelles, éd. J.M. Collet, p. 301 et Laurence Van Ypersele, Le Roi Albert, Histoire d'un mythe, Mons, éditions Labor, , 532 p. (ISBN 2-8040-2176-9), p. 98, note 279.
  4. Dumoulin, Els Witte, Nouvelle histoire de Belgique, p. 39
  5. GA081 1956 : Aix-La-Chapelle-Bildchen… - Université de Luxembourg, consulté le

Voir aussi[modifier | modifier le code]