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Guerre belgo-néerlandaise

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Guerre belgo-néerlandaise
Description de cette image, également commentée ci-après
Le siège d'Anvers, en 1832, peinture d'Horace Vernet réalisée en 1840.
Informations générales
Date
(3 ans, 2 mois et 24 jours)
Lieu Belgique
Casus belli Révolution belge
Issue Victoire et indépendance belge
Belligérants
Drapeau de la Belgique Royaume de Belgique
Royaume de France
Drapeau des Pays-Bas Royaume uni des Pays-Bas
Commandants
Drapeau de la Belgique Léopold Ier(à partir de 1831) Drapeau des Pays-Bas Guillaume Ier

Batailles

Journées de Septembre
Campagne d'Anvers
Campagne de Flandre
Campagne du Limbourg
Prise d'Anvers
Campagne des Dix-Jours
Siège de la citadelle d'Anvers (1832)

La guerre belgo-néerlandaise est un conflit[1] qui oppose la jeune Belgique au royaume uni des Pays-Bas, puis aux Pays-Bas, entre 1830 et 1833. Elle fait suite à la révolution belge, qui débute le par de violentes émeutes à Bruxelles, avant de se généraliser à l'ensemble des Pays-Bas méridionaux.

Bien qu'il n'y ait pas de déclaration de guerre officielle, le conflit débute de facto le lors de l'épisode dit des « Journées de Septembre », lorsque les forces armées du royaume uni des Pays-Bas entrent en action en tentant de reprendre le contrôle de Bruxelles, mais aussi de Louvain[2]. À la surprise générale[3], l'opération est mise en échec par les volontaires belges, accourus de partout pour défendre les différentes cités. Ils poursuivent ensuite les combats en harcelant l'armée et en la repoussant vers la nouvelle frontière entre la Belgique et les Pays-Bas selon trois grands axes : vers Anvers, dans les deux Flandres et dans le Limbourg. Dans le même temps, de nombreuses autres villes se révoltent et la quasi-totalité des places fortes situées dans les Pays-Bas méridionaux tombent aux mains des « Belges ».

De jure, la Belgique ne proclame son indépendance que le . Les batailles se poursuivent jusqu'à un armistice imposé le par les grandes puissances européennes rassemblées lors de la conférence de Londres. Toutefois, celui-ci n'est pas entièrement pas respecté et plusieurs escarmouches ont encore lieu, allant jusqu'à des incursions dans le territoire des Pays-Bas. Les forces royalistes occupent encore plusieurs positions stratégiques situées sur le sol belge, dont la citadelle d'Anvers et la forteresse de Maastricht.

Les combats reprennent le avec la tentative d'invasion menée par Guillaume Ier, le roi des Pays-Bas, afin de reconquérir ses terres lors de l'épisode de la campagne des Dix-Jours. La jeune armée belge récemment créée ne parvient pas à contrer l'offensive néerlandaise et ce n'est que grâce à l'intervention d'un corps expéditionnaire français que l'opération échoue.

La guerre se conclut le par la signature de la convention de Zonhoven[4] mais il faut attendre 1839 et le traité des XXIV articles pour que la scission des deux royaumes soit acceptée et entérinée par Guillaume Ier.

Naissance du royaume uni des Pays-Bas

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Après la révolution française de 1789, les troupes révolutionnaires de la Première République envahissent, entre autres, le Benelux actuel (composé grosso modo des Pays-Bas autrichiens, de la principauté de Liège et des Provinces-Unies). Les territoires sont intégrés à ce qui devient rapidement le Premier Empire français sous Napoléon Bonaparte qui y créé des départements, notamment les neuf départements réunis qui forment les territoires de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas.

Toutefois, après de la défaite française lors de la bataille de Waterloo le , l'Empire est démembré et les puissances européennes victorieuses (Royaume-Uni et Prusse en tête) décident de créer un nouvel État sur les anciens territoires conquis par la France. Celui-ci devra être assez puissant pour contrer les éventuelles nouvelles ambitions françaises sans toutefois dépasser la puissance des états vainqueurs. Ils choisissent donc de regrouper les anciens différents territoires sous une monarchie dont le souverain sera Guillaume Ier de la maison d'Orange-Nassau.

Le , le congrès de Vienne ratifie la création du royaume uni des Pays-Bas.

Révolution et indépendance belge

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Cependant, le mariage entre belges, luxembourgeois et néerlandais ne se passa pas comme prévu. Les deux premiers, majoritairement catholiques, se sentirent opprimés par les « hollandais » majoritairement protestants, notamment sur le plan politique, alors qu'ils représentaient la majorité de la population. De nombreuses discordes virent le jour, révélant de profondes disparités entre les deux peuples.

Le contexte révolutionnaire est également présent à l'étranger : la Grèce vient de se révolter contre l'Empire ottoman et d'obtenir son indépendance le . Plus proche, en France les 27, 28 et 29 eurent lieu les « Trois Glorieuses », révolution qui remet au pouvoir Louis-Philippe Ier dans ce qui sera appelé la monarchie de Juillet.

En Belgique, l'étincelle qui met le feu aux poudres a lieu le à Bruxelles, lorsque des émeutes éclatent après la représentation de la pièce de théâtre la Muette de Portici de Daniel-François-Esprit Auber au théâtre de la Monnaie, le jour du cinquante-neuvième anniversaire du roi Guillaume Ier. En effet, cette pièce met en scène plusieurs protagonistes lors de la révolte de la république de Naples contre le joug espagnol en 1647. La petite république gagna son indépendance face au grand royaume. Il n'en fallut pas plus pour attiser la foule et les premières émeutes dans la capitale, puis bientôt dans d'autres villes belges.

Après les premiers combats et le début de la guerre, l'indépendance de la Belgique est proclamée le par le gouvernement provisoire. Après un premier plan de partage rejeté, l'indépendance du nouveau pays est reconnue par la conférence de Londres le 20 décembre de la même année.

Chronologie

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L'arrivée du Corps franc liégeois à Bruxelles le , mené par Charles Rogier.
Combats à Diegem le , en prélude des Journées de Septembre.

Entre le moment où la révolution belge débute, le par les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, et la véritable militarisation du conflit avec des Journées de Septembre, plusieurs escarmouches ont lieu entre les « Belges » et les « Hollandais », avant les premiers engagements officiels des forces armées du royaume uni des Pays-Bas. Des manœuvres militaires d'envergure ont lieu, préparant les futurs affrontements. Parmi eux :

Le colonel Walraven Elias Johan van Balveren, commandant les hussards du Regiment Huzaren van Boreel (nl).

Journées de Septembre

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Les combats du parc de Bruxelles sur une toile de Constantin Fidèle Coene.
Les troupes « hollandaises » quittant Bruges le .
Évacuation de l'armée vers Flessingue, depuis le port d'Ostende le .

Octobre 1830

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La citadelle de Dinant capitule dès le .
  •  :
    • Audenarde : La garnison évacue la ville après avoir remis les clés de l'arsenal, de la poudrière et de toutes les autres installations militaires aux insurgés belges locaux, menés par Julien et Frederik Ketele, Louis Gequiere, Jean de Contreras, Julien Briché, Raphaël Ameels, Charles Liedts et Camiel De Smet[29].
    • Dinant : la citadelle de Dinant capitule[30].
    • Eppegem : Une expédition est lancée par Charles Lecocq sur des soldats de l'armée encore en poste dans le village[31].
    • Maaseik : André Paumen fait arborer le drapeau belge dans la ville[32].
Combats devant l'église Saint-Nicolas de Gand lors de la prise de la ville par la légion belge parisienne, le entre les volontaires de la révolution belge et les forces néerlandaises.
  •  :
    • Heythuysen : Henri-Antoine Knapen, lieutenant-colonel de la schutterij locale, organise la révolte dans la commune et aux alentours en arborant le drapeau belge et en formant un corps franc qui prend la route de Venlo[35].
    • Malines : Plusieurs bourgeois emmenés par Pierre-Antoine Verstappen, désarment les postes de garde de l'armée au moment où le Prince d'Orange passait en ville[36].
Le bombardement d'Anvers par flotte de la marine royale néerlandaise et la citadelle d'Anvers, sous les ordres du général David Chassé.

Novembre 1830

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Décembre 1830

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  •  : l’indépendance de la Belgique est reconnue par la conférence de Londres.
Affrontement entre les pompiers de Gand et les rebelles orangistes lors de la tentative de coup d'état orangiste de 1831 à Gand, le .
Sabotage de la canonnière de Jan van Speijk (nl) sur l'Escaut, pour éviter sa prise par les révolutionnaires belges le .
La campagne des Dix-Jours regroupe les principales batailles de la guerre, ici la bataille de Louvain, le .

Campagne des Dix-Jours

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  •  : la conférence de Londres adopte un protocole sur le partage de la dette ainsi qu'un projet de traité définitif en 24 articles. Celui-ci est accepté par la Belgique, mais refusé par les Pays-Bas.
  • , signature du traité des XXVII articles qui reprend les 24 articles du 6 octobre plus trois autres, notamment pour préciser que l'exécution des dispositions du traité est placée sous la garantie des cinq puissances[45]. Le gouvernement néerlandais proteste par une note du 14 décembre.
Bombardement de la citadelle d'Anvers lors du siège de 1832.
De Franse Kroon (nl), à Zonhoven, où eut lieu la signature de la convention de Zonhoven, qui mit fin à la guerre.
  •  : Nouvelle convention de Londres qui rétablit les pourparlers entre les deux belligérants et lors de laquelle Belgique et les Pays-Bas s'engagent par convention à prolonger indéfiniment l'armistice, à respecter le statu quo et à garantir la libre navigation sur les fleuves.
  •  : Début des négociations de paix entre les deux pays à Zonhoven.
  •  : Signature de la convention de Zonhoven qui met officiellement fin à la guerre par la reconnaissance du royaume uni des Pays-Bas de la déclaration d'indépendance de la Belgique. Les forteresses de Maastricht et de Luxembourg restent toutefois occupées par des garnisons néerlandaises.

Après 1834

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Le traité des XXIV articles, signé le .

Conséquences

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Économiques

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Plusieurs places fortes stratégiques restèrent aux mains des néerlandais qui y maintinrent une garnison. Parmi elles, la citadelle d'Anvers, la forteresse de Luxembourg et la forteresse de Maastricht[46]. Alors qu'Anvers fut reprise en 1832 grâce à l'intervention de l'armée française, Maastricht resta un bastion néerlandais isolé (puisque le Limbourg était alors entièrement belge jusqu'à la signature du traité des XXIV articles, le ), entraînant de fréquentes incursions des soldats en territoire belge et de vives discussions lors des négociations de la convention de Zonhoven qui mit fin à la guerre. Luxembourg, quant à elle, devint membre de la Confédération germanique et la forteresse de la ville devint alors une « forteresse fédérale ». À cet effet, le roi des Pays-Bas (qui était également nommé grand-duc du Luxembourg) et la Prusse en partageaient l'administration. Alors que le roi Grand-duc restait pleinement souverain, la Prusse avait le droit de nommer le gouverneur de la forteresse et la garnison était composée d'un quart de soldats néerlandais et de trois quarts de soldats prussiens.

Territoriales

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Au lendemain de la révolution belge de 1830, les frontières initiales du Royaume, incluaient l'actuel grand-duché de Luxembourg et l'actuel Limbourg néerlandais, jusqu'au avant le traité des XXIV articles signé le .

La frontière entre les deux nouveaux pays évolua via deux traités :

Le Grand-Duché de Luxembourg

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Après avoir été annexé à la Belgique dès le , le Grand-duché de Luxembourg fut scindé en deux lors du traité des XXIV articles, signé le et sa partie orientale, de langues germaniques, fut rendue au grand-duc de Luxembourg, Guillaume Ier (également roi des Pays-Bas). Sa partie occidentale, de langues romanes, appelée le « quartier wallon » fut conservée par la Belgique et forme, depuis lors, la province de Luxembourg.

Scission du Limbourg

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Autrefois province du royaume uni des Pays-Bas, la province de Limbourg, traversée par la Meuse, fut initialement belge de la révolution de 1830 jusqu'au Traité des XXIV articles de 1839 qui contraint le jeune royaume à rendre le grand-duché de Luxembourg ainsi qu'une partie du Limbourg.

La province belge du Limbourg, telle qu'elle existe aujourd’hui fut donc créée sur le territoire occidental de la province, tandis que sa partie orientale fut léguée à la Confédération germanique sous la forme d'un nouveau duché. Celui-ci sera ensuite rétrocédé aux Pays-Bas lors de la dissolution de la confédération en 1866 et devint l'actuelle province néerlandaise de Limbourg.

Bibliographie

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  • Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer, Liste nominative des citoyens décorés de la Croix de fer, Bruxelles, Imprimerie et lithographie de P-M Michelli, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Robert Demoulin, Les Journées de septembre 1830 à Bruxelles et en Province., Liège, Presses universitaires de Liège., , 280 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Charles Emmanuel Poplimont, La Belgique depuis 1830., Gand, Désiré Verhulst, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Constantin Rodenbach, Épisodes de la Révolution dans les Flandres 1829, 1830, 1831, L. Hauman et compagnie, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

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Notes et références

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  1. Louis Leconte, Les Mémoires du Lieutenant Général Baron François-Xavier de Wautier, t. 90, Bruxelles, Académie royale de Belgique, coll. « Bulletin de la Commission royale d'histoire. », (lire en ligne), p. 133
  2. Demoulin 1934, p. 88.
  3. a et b Demoulin 1934, p. 36.
  4. « La convention militaire de Zonhoven. », sur persee.fr
  5. Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer 1865, p. 134.
  6. Poplimont 1848, p. 41.
  7. (nl) « 1820-1839 RH6 », sur Site internet officiel du Regiment Huzaren van Boreel
  8. « La révolution de 1830 au Pays d'Ath. », sur asbl « Pro Belgica »
  9. a et b Demoulin 1934, p. 24.
  10. Demoulin 1934, p. 29.
  11. Demoulin 1934, p. 30.
  12. Demoulin 1934, p. 101.
  13. Demoulin 1934, p. 90.
  14. Charles terlinden, Documents inédits sur la Révolution de 1830 à Bruxelles et en province tirés des papiers du Lieutenant général Eenens., t. 125, Académie royale de Belgique., coll. « Bulletin de la Commission royale d'histoire. », (lire en ligne), p. 256
  15. Demoulin 1934, p. 109.
  16. Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer 1865, p. 13.
  17. Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer 1865, p. 168.
  18. Vincent Berte, Dinant, ville de garnison - 150 ans de présence militaire, Caractère, p. 10
  19. Louis Lefèvre, Les luxembourgeois de 1830, Arlon, G. Everling sprl, coll. « Le vieil Arlon », , p. 63-65
  20. « 1830, la révolution belge à Philippeville », sur Villa la forêt, (consulté le )
  21. Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer 1865, p. 68.
  22. Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer 1865, p. 62.
  23. Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer 1865, p. 144.
  24. (nl) Ivan Van Herpe, De groote kroniek van Ieper, Pumbo.nl, (ISBN 9789492022141, lire en ligne), p. 17-18
  25. Rodenbach 1833, p. 116.
  26. Comité administratif de la Société centrale des décorés de ta Croix de fer 1865, p. 157.
  27. Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 84.
  28. Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 161.
  29. (nl) « De periode 1830 - 1914 », sur Le petit Bruges
  30. a et b Vincent Berte, Dinant, ville de garnison - 150 ans de présence militaire, Caractère, p. 11
  31. Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 92.
  32. Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 117.
  33. (nl) Els Witte, De revolutiedagen van 1830 in Aalst. (lire en ligne), p. 241
  34. « La chute de la Citadelle de Liège en 1830. », sur 1830.be
  35. Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 88.
  36. Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer 1865, p. 166.
  37. « Le Palais provincial luxembourgeois. », sur gouverneur-luxembourg.be
  38. (nl) « Hasselt en Limburg in 1830-1831 », sur Het Belang Van Limburg
  39. « Biographie de Nicolas Mullendorf. », sur luxemburgensia.bnl.lu
  40. Oppelt 1861, p. 481.
  41. (nl) Jan Derk Domela Nieuwenhuis Nyegaard, De Hervormde kerken in Zuid-Nederland in 1830, voornamelijk in Vlaanderen in de jaren der Belgische omwenteling, met enkele onuitgegeven stukken uit dat tijdperk., Amsterdam, L. J. Veen, (lire en ligne)
  42. (nl) « De boterkanonnen van kolonel Ledel », sur Zeeuwse Ankers
  43. (nl) « Geschiedenis van het Kwartier Kempenland in de Meierij van Den Bosch - Jan van Dingenen site=Kempenland historie »
  44. (nl) « De belgische revolutie en Jan Van Speijck in Antwerpen. », sur SOS Antwerpen
  45. « Le Traité des XXVII articles du 15 novembre 1831. », sur mjp.univ-perp.fr
  46. « La Révolution belge a 185ans. », sur arch.be
  47. La convention militaire de Zonhoven, E. PANNEELS, page 2