Moresnet neutre

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Moresnet Neutre
Territoire constesté de Moresnet

Neutral-Moresnet (de)
Neutraal Moresnet (nl)

18161919

Drapeau
Drapeau de Moresnet[1]

Hymne : Amikejo Marsch[2]

Description de cette image, également commentée ci-après

Carte du Moresnet
Légende :

Informations générales
Statut territoire contesté
territoire démilitarisé[3]
condominium[4]
Chef-lieu La Calamine
Langue francique ripuaire
espéranto[5]
allemand
français
néerlandais
Religion christianisme
Monnaie franc français (FRF)[6]
Fuseau horaire UTC +1 (été +2)
Démographie
Population 1816 256 hab.[7],[8]
1830 500 hab.[7],[8]
1858

2 572 hab.[7],[8] dont :

  • 852 belges
  • 807 prussiens
  • 695 neutres
  • 204 néerlandais
  • 14 divers[7]

4 668 hab. dont :

  • 1 916 allemands
  • 1 685 belges
  • 560 néerlandais
  • 484 neutres
  • 23 divers[9]
Superficie
Superficie 3,44 km2
Histoire et événements
Traité des limites
Traité de Versailles

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le territoire contesté de Moresnet[10],[11], dit Moresnet neutre[12], [13], [14],[15], est un ancien territoire communal neutre[13] européen créé par l'article 17 du traité des limites signé à Aix-la-Chapelle le [13]. De forme triangulaire[13] et d'une superficie de 3,44 kilomètres carrés[13], il était situé à environ 7 km au sud-ouest d'Aix-la-Chapelle, au sud du point où les frontières de l'Allemagne, des Pays-Bas, et depuis 1830 de la Belgique, se rencontrent au sommet du Vaalserberg[16],[17]. L'Empire allemand l'annexa le [14]. Le traité de Versailles l'assigna à la Belgique[15].

Territoire[modifier | modifier le code]

Carte du Moresnet neutre

Le territoire du Moresnet neutre avait la forme d'un triangle dont le sommet, au nord, était le point culminant du Vaalserberg, « point de contact » des trois anciens départements français de l'Ourthe, de Meuse-Inférieure et de la Roer (aujourd'hui tripoint des frontières entre l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas).

La base du triangle, au sud, était la chaussée de Liège à Aix-la-Chapelle[18] (aujourd'hui Lütticher Straße, portion de la route nationale 3). Sa limite occidentale était un segment de la droite tracée entre le « point de contact » précité et celui des trois anciens cantons d'Aubel, d'Eupen et de Limbourg. Ce segment sert aujourd'hui de limite tant entre les communes de Plombières et de La Calamine qu'entre la Communauté française et la Communauté germanophone de Belgique. Sa limite orientale était un segment de la droite reliant le « point de contact » et le point d'intersection de la chaussée de Liège à Aix-la-Chapelle avec la limite de l'ancien canton d'Eupen.

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant la contestation prusso-hollandaise[modifier | modifier le code]

Aux XVIIIe et XIXe siècles, la mine de zinc de Moresnet neutre était considérée comme la plus riche d’Europe. Plus de deux millions de tonnes de minerai de zinc en avaient été extraits en cinq siècles[réf. nécessaire].

Naissance du territoire contesté[modifier | modifier le code]

En 1816, le Royaume de Prusse et le royaume des Pays-Bas, ne trouvèrent pas d'accord sur l'exercice de la souveraineté sur la municipalité de Moresnet, notamment à cause de la mine de smithsonite très importante d'Altenberg (Vieille Montagne). La municipalité fut scindée en trois parties : Moresnet, intégré aux Pays-Bas, Neu-Moresnet, devenu prussien, et la partie intermédiaire et contestée, qui devint neutre et fut contrôlée conjointement par les deux États. Les souverains déléguèrent chacun un commissaire royal pour administrer Moresnet neutre. Ces commissaires agissaient avec les mêmes pouvoirs que les préfets du premier Empire[12].

La Belgique succède aux Pays-Bas[modifier | modifier le code]

La révolution belge de 1830 eut des répercussions sur Moresnet neutre. La Belgique succéda en effet aux Pays-Bas dans leurs droits sur le territoire contesté. Le commissaire hollandais Joseph Brandès quitta son poste aussitôt l'indépendance belge acquise ; il ne fut remplacé par un commissaire du gouvernement belge que cinq ans plus tard[12].

Parallèlement, les exploitants de la mine s'organisèrent sous forme sociétale : la Société des Mines et Fonderies de Zinc de la Vieille-Montagne naquit en 1837. Sa politique sociale paternaliste permit à la population de Moresnet neutre de croître vertigineusement[12].

Épuisement de la mine et première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lorsque la mine de la Vieille Montagne fut épuisée en 1885, l’existence même de Moresnet neutre fut remise en question. Plusieurs propositions furent avancées pour y amener de nouvelles activités économiques, telle la création d’un casino ou d’un service postal émettant ses propres timbres, mais les autorités belges et germaniques s'y opposèrent[12].

L’initiative la plus remarquable fut avancée par le docteur Wilhelm Molly (de), qui proposait de faire de Moresnet une micronation sous forme du premier État utilisant officiellement l’espéranto, sous le nom d’Amikejo, « Lieu d’amitié ».

Cependant, ni la Belgique ni la Prusse (ou plus exactement l'Allemagne en 1871) n’avaient abandonné leurs revendications sur le territoire et vers 1900, à la suite du refus de la Belgique d’ouvrir des négociations sur son statut, les Allemands s’orientèrent vers une politique plus agressive, incluant plusieurs actions de sabotage et d’obstruction administrative.

Le 8 août 1914, l'armée allemande pénétra dans Moresnet neutre avant d'envahir la Belgique. C'était le début de la Première Guerre mondiale. En 1915, l'Allemagne annexa Moresnet. La même année, deux citoyens ayant tiré sur les forces allemandes furent fusillés[12].

Fin de l'existence du territoire contesté[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, le Traité de Versailles établit en 1919 la souveraineté belge sur Moresnet neutre, ainsi que sur le village allemand voisin de « Neu-Moresnet ». Ces territoires furent de nouveau annexés par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, mais furent restitués à la Belgique en 1944. Après l'annexion à la Belgique en 1920, la commune prit le nom de La Calamine ou Kelmis ; elle fusionna en 1977 avec Neu-Moresnet et Hergenrath.

La tour Roi Baudouin construite à Moresnet à proximité immédiate (environ 50 mètres) du tripoint de Vaalserberg s’élève à 50 mètres ; elle offre de nos jours un panorama sur la colline qui marque les trois frontières entre la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas. Cette colline constitue avec ses 322,20 mètres d'altitude le point culminant de ce dernier pays.

Statut du territoire[modifier | modifier le code]

Certains auteurs d'époque ont affirmé que Moresnet neutre était un condominium. Les auteurs contemporains contestent néanmoins cette interprétation, dans la mesure où le condominium implique la reconnaissance, par les États qui en font partie, des droits que possèdent les autres États concernés sur le territoire en question. Or, tant la Prusse que les Pays-Bas, puis la Belgique, revendiquaient la pleine propriété de Moresnet neutre. Il faut dès lors privilégier la qualification de territoire mixte, ou de territoire indivis[11],[12].

Droit applicable[modifier | modifier le code]

Durant son siècle d'existence, Moresnet neutre demeura soumis au droit napoléonien, et donc au Code civil de 1804 et au Code pénal de 1810. Le droit international public enseigne en effet que Moresnet neutre devait être considéré comme un territoire conquis, suite à la victoire des Alliés sur l’Empire de Napoléon. Dans une telle situation, les vaincus conservent leurs lois civiles et pénales tant que la législation n’a pas été abolie par le nouveau souverain. Moresnet neutre comptait deux nouveaux souverains en les personnes du roi de Prusse et du roi des Pays-Bas (puis de la Belgique). Ceux-ci n'adoptèrent des arrêtés communs qu’en matière de contributions et de commerce des viandes de boucherie. Cela signifie que le droit napoléonien resta d’application à Moresnet neutre[12].

Littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir paragraphe sur le drapeau
  2. L'hymne officiel en langue espéranto
  3. (en) Jost Delbrück, « Demilitarization », dans Rudolf Bernhard (dir.), Encyclopedia of public international law, t. 3 : Use of force, war and neutrality, peace treaties (A-M), Amsterdam, New York et Oxford, North-Holland, (réimpr. 1991), 1e éd., XV-299 p., 27 cm (ISBN 0-444-86234-X et 9780444862341, OCLC 755005852, notice BnF no FRBNF37397350), p. 150-153 [lire en ligne], p. 151 [lire en ligne (page consultée le 19 juin 2016)].
  4. (en) Peter Schneider, « Condominium », dans Rudolf Bernhard (dir.), Encyclopedia of public international law, t. 10 : States, responsability of states, international law and municipal law, Amsterdam, New York et Oxford, North-Holland, (réimpr. 1991), 1e éd., XV-543 p., 27 cm (ISBN 0-444-86241-2 et 978-0-444-86241-9, OCLC 468413747, notice BnF no FRBNF37397790), p. 58-60 [lire en ligne (page consultée le 19 juin 2016)].
  5. Paragraphe sur le docteur Molly et la langue espéranto
  6. « Moresnet-Neutre (1816-1919) : monnaie » [html] (consulté le 19 juin 2016).
  7. a, b, c et d (nl) Enno de Witt, De grens : langs de randen van Nederland, Amsterdam, Athenaeum-Polak & Van Gennep, , 1e éd., 463 p., 22 cm (ISBN 90-253-7032-2 et 978-90-253-7033-6, OCLC 833403764).
  8. a, b et c « Moresnet neutre : un État minuscule conçu sur une planche à dessin » [html], sur GrenzRouten – Routes des Frontières, Aix-la-Chapelle (consulté le 19 juin 2016) [lire en ligne (page consultée le 19 juin 2016)].
  9. Projet de loi réglant le statut du territoire de Moresnet-Neutre [PDF] (consulté le 19 juin 2016), exposé des motifs, p. 3.
  10. Lucien Gallois, « La paix de Versailles : les nouvelles frontières de l'Allemagne », Annales de géographie, vol. 28, no 154,‎ , p. 241-248 (OCLC 754190406, DOI 10.3406/geo.1919.9290, lire en ligne [fac-similé]), § 3 (« La frontière belge »), p. 245.
  11. a et b Firmin Pauquet, « Le territoire contesté de Moresnet, dit Moresnet neutre : notes historiques sur son statut, sa législation et son administration », Bulletin de la Société verviétoise d'archéologie et d'histoire, vol. 47,‎ , p. 53-153 (OCLC 68826781, présentation en ligne).
  12. a, b, c, d, e, f, g et h Olivier Defourny, « Moresnet neutre, deux cents ans plus tard » [html], sur Contrepoints, (consulté le 2 août 2016).
  13. a, b, c, d et e « GA016 1816 : Moresnet » [html], sur Atlas de la Grande Région, Université du Luxembourg, (consulté le 18 juin 2016).
  14. a et b « GA048 1915 : Moresnet » [html], sur Atlas de la Grande Région, Université du Luxembourg, (consulté le 18 juin 2016).
  15. a et b « GA050 1920 : Moresnet » [html], sur Atlas de la Grande Région, Université du Luxembourg, (consulté le 18 juin 2016).
  16. http://www.moresnet.nl/francais/index_fr.htm
  17. http://museen.aachen.de/content/mus/grenzrouten_fr/themen_fr/4neutral-moresnet_fr/index.html
  18. Annexe [html], sur moresnet.nl (consulté le 20 juin 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Hachin, « Un territoire contesté : [le] Moresnet dit “neutre” », Revue de Lille,‎ (OCLC 457539014, notice BnF no FRBNF30567214)
  • Selm Wenselaers, De laatste Belgen. Een geschiedenis van de Oostkantons, Meulenhoff/Manteau (2008)
  • Vies de zinc. Portraits de travailleurs, image d'entreprise, Exposition à la Maison de la Mettalurgie, Liège (octobre 2012 - juin 2013) consacrée aux albums dits de Saint-Paul de Sinçay, du nom du directeur général de la Société anonyme des Mines et Fonderies de Zinc de la Vieille-Montagne.
  • Un si petit territoire, roman sur Moresnet, Éditions de Fallois, (ISBN 978-2-87706-977-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]