Armand Frappier

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Armand Frappier ( à Salaberry-de-Valleyfield dans la province de Québec au Canada - à Montréal) est un médecin, microbiologiste, professeur et chercheur québécois.

Il a été le directeur fondateur de ce qui se nommait (de 1938 à 1974) l'Institut de microbiologie et d'hygiène de l'Université de Montréal (IMHUM), un organisme à but non lucratif, mais profitable, suivant le modèle de l'Institut Pasteur. Cet institut est devenu une des constituantes de l'Université du Québec en 1972, puis est devenu un des quatre centres de recherche de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) en 1999.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Désirant, plus que tout, contrer la tuberculose qui lui avait enlevé sa mère (en mai 1923 et âgée de seulement 40 ans) et d'autres membres de sa famille, Armand Frappier obtient un baccalauréat ès arts du Collège de Valleyfield, s’inscrit en 1924 à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et devient médecin en 1930. Il obtient une maîtrise en sciences chimiques en 1931. Frappier défraie lui-même ses études grâce au sextuor "Les Carabins", un orchestre qui se produit en différents lieux, comme au magasin Dupuis Frères, au restaurant Kerhulu et Odiau ou sur les petits navires d'excursion de la Canada Steamship Lines. Il réalise aussi les analyses courantes dans les laboratoires des hôpitaux Saint-Luc et de la Miséricorde de Montréal sous la supervision du Dr George H. Baril.

Alors à une croisée des chemins, c'est le Dr Télesphore Parizeau, doyen de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, qui lui conseille de se diriger du côté de la bactériologie (le terme alors utilisé pour la microbiologie). Selon Parizeau, il s'agit d'une jeune discipline pleine de promesses.

Le sextuor "Les Carabins". Armand Frappier est le troisième à partir de la droite.

Aux États-Unis et en France[modifier | modifier le code]

En 1931, Armand Frappier reçoit une bourse de la Fondation Rockerfeller. Ceci lui permet d'aller se perfectionner en immunologie et prophylaxie, vaccination, aux États-Unis et à l'Institut Pasteur à Paris. Aux États-Unis, il se rend notamment à l'Université de Rochester, aux laboratoires d'hygiène de l'État de New York (à Albany), de même qu'au Trudeau Sanitorium situé dans les Adirondacks.

À l'Institut Pasteur, il étudie auprès d'Albert Calmette et Camille Guérin, les co-découvreurs du Bacille Calmette-Guérin (connu sous le nom de "vaccin BCG"), un vaccin pour prévenir et guérir la tuberculose. Le Dr Armand Frappier revient au Québec avec une souche atténuée du bacille tuberculeux et s'affaire à produire le vaccin à Montréal. Bien qu'un laboratoire de l'Université de Montréal ait déjà servi à créer ce vaccin auparavant, c'est la premier fois, avec Armand Frappier, que le vaccin est produit selon les normes très strictes de l'Institut Pasteur. À partir de ce moment, la production du vaccin au Québec sera l'affaire d'Armand Frappier et de son futur institut. Le Conseil national de recherches du Canada avait d'ailleurs demandé à Frappier de démontrer l'innocuité du vaccin. D'abord offerte à petite échelle, la vaccination avec le BCG sera étendue à l'ensemble de la province du Québec à partir de 1949. Le vaccin devient un élément central de la lutte antituberculeuse dans la province et la principale production (et source de revenus) de l'Institut qu'Armand Frappier fondera, peu de temps après, en 1938. À noter que le BCG suscitera toujours une intense méfiance dans le reste de l'Amérique du Nord et que l'utilisation universelle de ce vaccin restera limitée au Québec (Malissard, 1998, 1999a, 1999b, 2000).

En 1937, Armand Frappier retourne faire un stage d'études à l'Institut Pasteur, notamment pour parfaire ses connaissances sur les anatoxines. Il profite aussi de ce séjour en Europe pour visiter des laboratoires à Berlin, à Vienne, à Milan, à Rome et à Sienne. Il est impressionné par les travaux des chercheurs qu'il rencontre et revient d'Europe avec la conviction que la microbiologie est plus que jamais la voie de l'avenir.

L'Institut de microbiologie et d'hygiène de l'Université de Montréal (IMHUM)[modifier | modifier le code]

De 1933 à 1963, il réorganise le département de bactériologie de la faculté de médecine de l’Université de Montréal et y introduit l’enseignement des 2e et 3e cycles. Dès 1933, Armand Frappier y enseigne la microbiologie et la médecine préventive. Il poursuivra cette fonction de professeur pendant plus de 35 ans. Il est aussi le fondateur en 1945 et le doyen durant 20 ans de l'école d’hygiène de cette université.

La principale réalisation du Dr Frappier demeure toutefois la fondation d'un institut moderne voué à la microbiologie. Le docteur Frappier précise sa proposition en ayant en tête les besoins réels de la société :

" ...besoin de développer dans la province le secteur de la bactériologie [microbiologie] sous un grand nombre de ses aspects médicaux et industriels, besoin de former des experts dans ce domaine, besoin de créer et de rendre toutes sortes de services pertinents à la santé publique et à l’industrie, besoin de mettre à la portée du gouvernement et des hôpitaux des produits essentiels et indispensables à une nation qui se veut moderne."[1]

À cet effet, dès 1934-1935, le Dr Frappier va être accompagné par des étudiants, des médecins, des pharmaciens, des chimistes et des vétérinaires qui vont former la première cohorte de scientifiques de l’Institut. Beaucoup ont effectué leurs études supérieures aux États-Unis ou en Europe, à l’instar d’Armand Frappier, ou dans des établissements reconnus comme l’Hôpital St-Luc ou l’École vétérinaire d’Alfort (France). Parmi eux, citons : Victorien Fredette, le premier assistant du Dr Frappier, Lionel Forté, Jean Tassé, Maurice Panisset, Jean Denis, Vytautas Pavilanis, Paul Marois ou encore Adrien Borduas.

Pour financer son projet d’Institut, le Dr Frappier tente de sensibiliser les autorités, notamment le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis. Son Institut permettra d'assurer l'autonomie du Québec en matière de vaccins et de certains produits biologiques. Cette autonomie et l'attrait d'un impact économique pour le Québec rallie les autorités, si bien que le gouvernement accorde 75 000 $ au Dr Frappier (environ 1,3 millions de dollars en monnaie de 2018).

L’Institut est donc fondé en 1938 sous le nom dInstitut de microbiologie et d’hygiène de Montréal, un nom qu’on change en 1942 pour l’Institut de microbiologie et d’hygiène de l’Université de Montréal (IMHUM).

L'organisme loge tout d'abord dans d'exigus locaux appartenant à l'Université de Montréal, sur la rue St-Denis. Puis, en 1942, l'Institut devient l'un des premiers occupants du nouvel édifice de l'Université sur le flanc nord du mont Royal (l'actuel pavillon Roger-Gaudry de l'Université de Montréal). Il s'y entoure de jeunes collègues, s'occupe de leur formation et devient avec eux une référence mondiale dans le domaine de la microbiologie et de la médecine préventive.

L'institut est actif en recherche, enseignement, publications scientifiques et expertises dans tous les domaines des sciences biomédicales : immunologie, bactériologie, épidémiologie, médecine préventive et virologie. De plus, se basant sur le modèle de l'Institut Pasteur et des Laboratoires Connaught de l'Université de Toronto, il ajoute aux mandats d'enseignement et de recherche celui de production de vaccins et autres produits biologiques. Au nombre des vaccins produits, on retrouve :

L'institut produit également des milieux de culture (géloses et autres produits diagnostiques) ainsi que des services diagnostiques de pointe à l'intention des médecins, des vétérinaires et des laboratoires publics ou privés, ainsi que des sociétés (du domaine alimentaire entre autres). Sous Armand Frappier, les profits qui résultent de la vente des produits et services de l'institut sont donc réinvestis en recherche, comme à l'Institut Pasteur. Aufil des ans, toutefois, ces profits ne permettront pourtant de couvrir que 50 % des budgets de recherche. L'autre 50 % devra être reçu de subventions gouvernementales auxquelles s'ajoutent parfois quelques commandites ou contrats de recherche avec des sociétés..

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il contribue à la fondation et à l’installation des cliniques de donneurs de sang de la Croix-Rouge dans la province de Québec et organise les laboratoires de dessiccation du sérum normal humain à l’Institut qu’il dirige. Plus de 150,000 bouteilles de sérum desséché seront envoyées par caisse afin de soigner les blessés de guerre eu Europe.

L’équipe de l’Institut va s’accroître au fil des ans. De 8 membres en 1942, le personnel passe à 150 en 1951, puis à plus de 300 en 1958. L’Institut tire sa force de son interdisciplinarité en termes de recherche, à preuve la mise en place de différents services de l’Institut. Ainsi, la Section des recherches en microbiologie, hygiène publique et médecine préventive regroupe des services à la fois multidisciplinaires et complémentaires, parmi lesquels on compte le Service du BCG, le Service de la diphtérie et le Service des vaccins.

Le campus de l'Institut de microbiologie et d'hygiène de l'Université de Montréal à Laval-des-rapides, vers 1970[2].

Le docteur Frappier fait partie du bureau de nombreuses sociétés nationales et internationales. Il est, entre autres, membre de la Société Royale du Canada dont il reçoit, en 1979, le prix et la médaille T.W. Eadie pour ses œuvres. Il est aussi associé honoraire du Collège Royal des Médecins-Chirurgiens du Canada, associé étranger de l’Académie Nationale de Médecine en France, Fellow de la Royal Society of Medicine de Londres, Fellow de l’American Public Health Association et Membre d’Honneur de la Société Française de Microbiologie.

Il participe aux travaux de nombreux organismes de santé publique et de recherche sur la santé, au Canada et à l’étranger, et est l’un des instigateurs de l’organisation des agences officielles de recherche médicale au Canada. Il est membre de comités du Conseil National de Recherches du Ministère de la Défense du Canada dont il fut le président du Comité consultatif sur la guerre biologique et membre de comités du Conseil médical de recherche du Canada et du Ministère de la Santé nationale et du Bienêtre social. Il est également membre honoraire de la Société Canadienne de la Croix-Rouge. Il est aussi membre du Tableau d’experts sur la tuberculose de l’Organisation Mondiale de la Santé et président du Comité sur le BCG de l‘Union internationale contre la tuberculose.

En 1972, l'Institut est intégré au réseau de l’Université du Québec (créé en 1968). En 1975, suite à la retraite d’Armand Frappier, l’Institut prend le nom de son fondateur : Institut Armand-Frappier (IAF). Cette période est marquée par l'intensification et la diversification des activités de production de biens et services, par le développement de la microbiologie appliquée et industrielle surtout orientée vers l'alimentation et l'utilisation des ressources naturelles. En 1999, l'Institut est rattaché à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) et devient le Centre INRS-Institut Armand-Frappier. Bien que la mission de production de vaccins et autres produits biologique ait cessé, l'Institut poursuit sa mission de recherche et d'enseignement en microbiologie et en santé. Ainsi, le nouveau centre se consacre essentiellement à l’avancement de la recherche et au développement de l’enseignement supérieur, tout en maintenant certains services à la collectivité. Alors que s’achève la seconde décennie du XXIe siècle, ce centre compte environ 40 professeurs, de même que 140 étudiants de maîtrise et de doctorat inscrits dans ses cinq programmes d’études, soit la microbiologie appliquée, les sciences expérimentales de la santé, la biologie, la virologie et l’immunologie. Plusieurs partenariats internationaux sont mis sur pied. Ainsi, l’INRS-Institut Armand-Frappier fait notamment partie du Réseau international des instituts Pasteur, du Réseau de recherche en santé environnementale et du Centre canadien pour l’éthique dans le sport.

Sa retraite et son héritage[modifier | modifier le code]

[2]Banquet de retraite du Dr Frappier en 1975 à l'Hôtel Windsor de Montréal.

En 1974, après 37 ans à la direction de l'Institut, le docteur Frappier, à l'âge de 70 ans, quitte son poste. Son successeur, le docteur Aurèle Beaulnes, prend en charge la restructuration de l'Institut. Armand Frappier demeure toutefois en contact avec son Institut en agissant à titre de conseiller et de consultant. Il préside aussi de nombreux événements et travaille à organiser ses archives et à rédiger ses mémoires (qui seront publiées en 1992 aux Presses de l'Université du Québec sous le titre de Un rêve, une luttle. Autobiographie). Il décède le 17 décembre 1991 à Montréal.

Armand Frappier est reconnu comme un pionnier dans le domaine de la recherche en microbiologie et en médecine préventive au Canada. Il se range parmi les premiers chercheurs nord-américains à avoir confirmé l’innocuité et l’efficacité du BCG, à avoir développé des méthodes originales d’étude et d’utilisation de ce vaccin et à en avoir mis en évidence de nombreuses propriétés biologiques et cliniques. Avec sa collègue et sa fille, madame Lise Frappier-Davignon, il montre un effet de prévention non spécifique par ce vaccin dans le cas de la leucémie de l’enfant et établit une méthodologie pour ce type d’étude épidémiologique. Avec son collègue L. Kato, il favorise l’étude internationale de la lèpre et contribue à construire l’un des seuls laboratoires spécialisés à cette fin au monde.

Il laisse derrière lui un important legs scientifique, d'abord avec son Institut, mais aussi avec plusieurs cohortes de scientifiques formés en français au Québec. Par ses recherches et son action en santé publique, il a contribué à sauver un nombre très important de vies. De plus, conséquence du programme universel de vaccination au BCG, un exceptionnel registre de plus de 4 millions de fiches de vaccination est créé et sert encore aujourd'hui aux chercheurs en épidémiologie.

Une personnalité attachante[modifier | modifier le code]

Le Dr Armand Frappier pratiquait l’aequanimitas, une attitude qui consiste à contrôler ses émotions, à ne pas trop s'emporter, ni dans le malheur, ni dans le bonheur, à se maintenir d'humeur égale et de bonne humeur autant que possible. Écoutez la voix du Dr Armand Frappier, très détendu, à 67 ans, le 6 octobre 1972.[3]

Principaux honneurs décernés au Dr Armand Frappier[modifier | modifier le code]

À compter de décembre 1974, le Dr Armand Frappier, devenu septuagénaire, n'est plus un employé régulier ni le directeur de son institut (les règlements de l'université imposaient alors à quiconque la retraite avant l'âge de 70 ans et un jour).

Titres posthumes[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • 1992 - Création du Musée Armand-Frappier, un centre d’interprétation des biosciences ouvert au public, sur les terrains de l'institut par Lise Frappier-Davignon (1930-1999), médecin épidémiologiste, retraitée de l'Institut et fille aînée du Dr Armand Frappier
  • 1994 - Création d'un Prix du Québec à son nom, par le gouvernement du Québec
  • Plusieurs villes et organismes publics du Québec ont donné son nom à des voies de communication, des écoles, des Bibliothèques et d'autres lieux.
  • 2000 - Un timbre est émis par la Société canadienne des Postes, inspiré d'une photo du Dr Armand Frappier vers 1940, front plissé, yeux perçants, en veston bleu foncé, portant au cou un beau nœud papillon bleu, en vue plongeante, de biais, en plan américain, côté droit invisible, tenant un flacon de BCG au premier plan dans la main gauche, avec un microscope optique au troisième plan et vis-à-vis et, derrière le tout, ses premiers collègues chercheurs, estompés, l'observant avec intérêt, l'écoutant ; inscription au-dessus du microscope (verticale, à droite, en latin) : vox non echo (l'inscription signifierait être une voix (parlante, compétente, écoutée), non un écho (impersonnel, distordu, insignifiant…)) ; titre au catalogue : « Armand Frappier et la recherche médicale » ; concepteurs : Louise Delisle, Jean-Claude Guénette ; valeur nominale : 46 ¢ ; tirage : un million d'exemplaires ; date d'émission : le 17 janvier 2000
  • 2012 - Intronisation du Dr Armand Frappier au Temple de la renommée médicale canadienne[4]

Citations[modifier | modifier le code]

  • « La volonté de prévenir la maladie n'a pas pour seul objet l'individu et son milieu immédiat. La santé n'a pas de frontière nationale. » — Dr Armand Frappier[5]
  • « Armand Frappier est une grande figure à la fois du Canada et de la microbiologie mondiale, ayant mené cette science vers les sommets les plus élevés. » — Dr [Gaston] Cordier, doyen, Faculté de médecine de Paris, 1964[6]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Stanké, Jean-Louis Mongrain, Ce combat qui n’en finit plus, Montréal, Éditions de l'Homme, , Page 111
  2. a et b Source : Archives de l'INRS. Photographe : André Levac
  3. Animateurs-interviewers : Lise Payette et Jacques Fauteux. Fichier sonore tiré des Archives de Radio-Canada.
  4. « Le nom des lauréats de 2012 est annoncé : Héros des soins de santé nommés au Temple de la renommée médicale canadienne », sur cdnmedhall, .
  5. In Armand Frappier, Prix Marie-Victorin 1979
  6. Ibid.

Liens externes[modifier | modifier le code]