Utopia

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Utopia (livre))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Utopia (homonymie).
L'Utopie
Image illustrative de l'article Utopia
Gravure de Johann Froben pour une édition de 1518. Le coin en bas à gauche montre le voyageur Raphael Hythlodée décrivant l'île

Auteur Thomas More
Genre Satire
Titre original Utopia

Utopia (le titre complet en latin est De optimo rei publicae statu, deque nova insula Utopia, ou par extense, Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus de optimo rei publicae statu, deque nova insula Utopia) est un ouvrage de Thomas More paru en 1516. Il s'agit d'un livre fondateur de la pensée utopiste, le mot utopie étant lui-même dérivé de son titre. L'ouvrage a connu un succès particulier en France au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.

Le titre est construit d’après une racine grecque signifiant « lieu qui n'est nulle part », οὐ τοπος (ou topos) en grec[1].

Bien que Thomas More ne fût pas économiste, mais juriste, historien, théologien et homme politique, Utopia, qui n'était pas un traité d'économie, mais plutôt une satire de la société de son temps, fut repris au XIXe siècle, sans doute par un effet de biais, pour construire des théories économiques.

Récit[modifier | modifier le code]

Utopus conquiert Abraxa, terre rattachée au continent, et lui donne son nom. Il humanise « une population grossière et sauvage, [..] pour former un peuple qui surpasse [..] tous les autres en civilisation ». Ensuite, il fait creuser un isthme et la terre d'Abraxa devient une île, l'île d'Utopie. La genèse de l'île est symbolique des intentions d'Utopus; il a voulu en faire un lieu protégé, rebutant les voyageurs par sa difficulté d'accès. Les barrières naturelles mettent l'île à l'abri des influences extérieures. Quant au terme d'Abraxa, il n'est pas insignifiant : il désigne la ville des fous dans l'Éloge de la Folie de son ami Érasme. Désormais l'Utopie sera régie par les mathématiques, pure manifestation de l'intelligible. Dans l'île, tout est mesurable parce que le nombre seul garantit l'égalité. Par exemple, toutes les rues de la ville d'Amaurote mesurent 6,5 mètres de largeur. Sur l'île, la propriété privée est inconnue, les Utopistes travaillent six heures par jour et prennent leur repas en commun. Le temps libre est consacré à des loisirs comme les échecs ou l'apprentissage des belles lettres.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Utopia paraît en 1516 en latin chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Brabant (Pays-Bas des Habsbourg), un livre étrange dont l’auteur Thomas More (Morus en latin), avocat des bourgeois de Londres passé depuis peu au service de la diplomatie du roi d’Angleterre Henri VIII, était réputé l’ami d’Érasme.

L'ouvrage connut un succès immédiat. D’autres éditeurs entreprirent d’éditer le livre :

Utopia est traduit en italien à Venise en 1548, en français à Paris en 1550, en anglais à Londres en 1551 chez Ralph Robinson.

Les humanistes, en se consacrant à la redécouverte de l’Antiquité et de ses savoirs, les clercs qui s’interrogeaient sur le présent et l’avenir de l’Église romaine, les magistrats au service du droit et des États, les bourgeois instruits des villes marchandes, assurèrent la réputation de Utopia. Du coup, l’éditeur brabançon qui en avait eu la primeur en tira huit éditions entre 1516 et 1520 ; le célèbre Johann Froben de Bâle — pour lequel travaillait Érasme — en publia deux éditions.

Accueil en France[modifier | modifier le code]

L’Utopie de Thomas More a eu en France un retentissement particulier au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle : en 1643, en 1715, en 1730, en 1741, en 1780 : éditions, traductions nouvelles, rééditions, n’ont cessé de se succéder, faisant ainsi de cette œuvre l’un des livres les plus lus de la littérature européenne moderne pendant les Lumières.

L'originalité comme le succès de ce roman ont conduit à des imitations et cette œuvre se trouve ainsi à l'origine d'un nouveau genre littéraire auquel on donne précisément le nom d'utopie.

Au XIXe siècle, le mot utopie a servi à la construction de systèmes socialistes, avec d'autres sources plus idéologiques que l'intention initiale de Thomas More :

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Utopus, mort depuis des années, reste le concepteur génial de tout ce qui se trouve sur l'île. Les rues, les égouts, les remparts, les habitations, les lois, les règles sociales... sont le résultat de son œuvre en Utopie.
  • Raphaël Hythlodée, explorateur qui décrit l'Utopie.

Postérité[modifier | modifier le code]

Utopia est passé dans le langage courant : une « utopie » signifie un rêve impossible, un désir inaccessible.

Le thème et les personnages d'Utopia ont inspiré de nombreuses créations et improvisations, non seulement littéraires, cinématographiques, mais aussi musicales.

Article détaillé : Utopia (homonymie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La prononciation anglaise du préfixe permet la confusion avec une autre racine grecque, « eu », ce qui autorise des traductions comme « bon endroit » ou « lieu de bonheur » (eu-topos en grec). Cette interprétation est à l'origine de la création du terme « dystopie », supposé être l'inverse de l'utopie.[réf. nécessaire]
  2. Voir l'article saint-simonisme et l'analyse qu'en fait Pierre Musso.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]