Histoire de la pensée économique

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L'Histoire de la pensée économique appartient à la fois au domaine de l'Histoire et à celui de l'Économie. Elle s'attache à présenter et à comprendre l'évolution des formes et des contenus de la pensée économique. (voir aussi Histoire de la philosophie, Histoire des sciences)
En tant que discipline historique, elle utilise la chronologie et « exige de constantes références à l'histoire générale et à l'histoire des faits économiques » [1]. En tant que discipline économique, elle ne peut s'affranchir « des auteurs eux-mêmes dont il faut connaitre les doctrines. (...) Or les économistes, depuis qu'il en existe se divisent en écoles qui se disputent et s'opposent sur les points les plus fondamentaux » [2]. Ainsi les thématiques étudiées par elle sont souvent marquées par la succession et souvent la controverse entre plusieurs paradigmes.
De plus, comme le rappelle André Piettre [3] : « Ces modes de penser se rattachent toujours à des mouvements beaucoup plus larges d'idées et de sentiments qui forment précisément le “climat” d'une époque. Relier les phases successives de la pensée économique aux moeurs intellectuelles et sociales de leur temps, expliquer, avant même d'exposer et pour mieux exposer : telle voudrait être notre démarche . Schumpeter lui même nous a donné l'exemple, dans son “Histoire de l'analyse économique” [4] en replaçant ses analyses des théories économiques dans leur “intellectual scenery ”».
De ce point de vue, on peut articuler la présentation de l'évolution de la pensée économique en 5 grandes phases historiques :

  1. Jusqu'au XVIe siècle, la pensée économique n'est pas formulée en tant que telle. Il s'agit généralement d'un prolongement de l'analyse philosophique, historique ou politique.
  2. De la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle, la pensée économique émerge en tant que forme d'analyse spécifique, dans le cadre de la doctrine mercantiliste. Antoine de Montchrestien invente ainsi le terme Économie politique pour qualifier son approche scientifique.
  3. Au XVIIIe siècle, la pensée économique s'affirme comme discipline indépendante, dotée d'institutions autonomes (revues scientifiques…). Formalisé par Adam Smith, le paradigme libéral ou classique contribue à la détacher définitivement de l'analyse politique.
  4. Au XIXe siècle, la révolution financière et la révolution industrielle contribuent à une remise en cause partielle du paradigme classique. Des théories alternatives (réformisme, socialisme, marxisme) plaident en faveur d'une action étendue de l'État pour réguler les activités économiques.
  5. De la fin du XIXe siècle à aujourd'hui, on assiste à la coexistence de plusieurs paradigmes concurrents : néo-classicisme, keynésianisme, libertarianisme… La pensée économique tend également à se décanter en une multitude de spécialités et de programmes théoriques.

Keynes[5] souligne l'importance d'une bonne connaissance de l'Histoire de la pensée en général et de la pensée économique en particulier : « […] les idées, justes ou fausses, des philosophes de l’économie et de la politique ont plus d’importance qu’on ne le pense en général. À vrai dire le monde est presque exclusivement mené par elles. Les hommes d’action qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales sont d’ordinaire les esclaves de quelque économiste passé. Les illuminés du pouvoir qui se prétendent inspirés par des voies célestes distillent en fait des utopies nées quelques années plus tôt dans le cerveau de quelque écrivailleur de Faculté  » (John Maynard Keynes[6] 1936 )

Sommaire

Qu'est-ce que l'histoire de la pensée économique ?[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas réellement de définition précise, mais quelques traits majeurs ressortent de l'étude des écrits des économistes :

  • L'histoire de la pensée économique examine les grandes théories économiques de manière rétrospective. Mark Blaug commence son ouvrage classique consacré à cette matière en écrivant :« Cet ouvrage est une étude critique des théories du passé : il se consacre à l'analyse théorique des principaux économistes »[7].
  • Si l'histoire de la pensée économique est « balottée entre l'histoire proprement dite et la théorie économique »[8] il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'étudier des idées et des concepts qui présentent un degré minimum d'énonciation cohérente. L'histoire de la pensée économique permet de réfléchir sur ces théories, de s'interroger sur leur consistance et leur cohérence, sur la façon dont elles ont été comprises, utilisées ou réfutées. Elle permet par là d'avancer dans la compréhension du mouvement général des idées et des faits.
  • Une des difficultés de la discipline vient de ce que les grands économistes ont souvent écrit sur la façon dont ils se situent eux-mêmes et contribuent par leurs concepts, leurs idées et leurs valeurs à l'histoire de la pensée économique. On doit donc s'attendre à ce que leurs commentaires relèvent souvent d'un « parti pris ». D'autre part quand un livre ou un auteur veut aller à l'essentiel, ou fait l'objet d'une controverse, il n'est pas rare qu'on s'en tienne à des exposés généraux - sinon simplificateurs - de théories et concepts qui méritent en réalité une analyse plus nuancée et une mise en perspective à la fois plus large et plus profonde [N 1].
  • On s'est longtemps interrogé sur la légitimité d'inclure dans le champ d'analyse les écrits antérieurs à la seconde moitiè du XVI° siècle. Si les idées des mercantilistes et des physiocrates sont généralement prises en compte, l'histoire de la pensée économique ne pouvait réellement débuter qu'avec Adam Smith[9]. Alors que l'économie ne semble être considérée jusque là au mieux comme « secondaire », un des mérites de Smith - aux yeux de ses contemporains mais aussi pendant longtemps encore - a été de préciser son rôle et sa place dans la société globale, voire pour certains de ses disciples constituer le principe unificateur des sociétés [10].
  • Cette vision « euro-centrique », puis devenue « occidentalo-centrique », doit être remise en cause du fait des nouveaux apports réalisés grâce à une meilleure connaissance des civilisations anciennes (voir ci-dessous). Depuis, la perspective a effectivement changé et nécessite un élargissement de l'horizon espace-temps traditionnellement considéré. Ce qui ne va pas cependant sans soulever de nouvelles difficultés : D'une part, en ces lieux et à ces époques, il ne semble pas exister de « théorie économique » au sens moderne du terme. D'autre part, le statut et la place de l'économie dans la réalité sociale ne sont pas toujours bien cernés et demeurent une question hautement complexe : l'approche de l'économie de don - pour ne citer que cet exemple - en est l'illustration frappante.

De la Préhistoire jusqu'aux débuts de l'Antiquité Grecque[modifier | modifier le code]

Les prémices de la pensée économique peuvent être détectées dans toutes les civilisations : Arabe, Chinoise (voir Qin Shi Huang), Grecque, Indienne, Mésopotamienne, Perse, Romaine, etc.

En Mésopotamie[modifier | modifier le code]

Une tablette cunéiforme des archives du palais royal d'Ebla du XXVe siècle. L'usage d'une subdivision en casiers témoigne d'une combinatoire élaborée

Le croissant fertile constitue l'une des cinq régions terrestres où l'agriculture est apparue de manière indépendante. En raison d'une situation géographique et environnementale privilégiée, la région dispose dès le VIIe millénaire av. J-C d'un large patrimoine de cultures et de bétail[11]. L'intensification de la production alimentaire autorise l'émergence de sociétés humaines complexes et, concurremment, de structures de gestion élaborées. Dès le IVe millénaire av. J-C, on assiste à l'apparition de plusieurs concepts et outils fondamentaux pour la pensée économique.

L'apparition de l'écriture découle probablement des besoins croissants de la population suméro-akkadienne en matière de comptabilité. Les premières tablettes d'Uruk développent des modes de représentations efficaces de l'échange commercial et du stockage bureaucratique : découpée en son milieu la face indique d'un côté les retraits (idéogramme BA qui suggère la distribution) et de l'autre côté les entrées (idéogramme GI) ; le revers figure le total de l'opération (idéogramme BAR)[12]. Ces premières modélisations se complexifient rapidement. À l'époque d'Uruk III (3200-3000 av. J-C), les scribes commencent à recourir à des tableaux à deux ou trois colonnes, afin de distinguer plus efficacement les composants de l'opération : « Le principe essentiel qui préside à toutes ces divisions tient dans ce qu’une information unique doit être notée par casier ; ceux-ci renferment donc des unités syntagmatiques aisément repérables à l’œil et rapidement identifiables comme telle »[13].

Cette cohabitation d’informations suscite des effets de voisinages entre des unités pas forcément comparables. Comme toutes les sociétés orales, la civilisation suméro-akkadienne disposaient non pas d’un système numéral abstrait mais de plusieurs systèmes numéraux concrets : certains nombres ne s'appliquaient qu'au dénombrement des hommes, d'autres aux dénombrement du bétail etc. Vers 3100 av. J-C, on commence à faire usage d’une numérotation purement abstraite, reposant sur une base sexagésimale[14].

Le rapprochement ne concerne pas que les symboles arithmétiques, mais également les biens eux-mêmes. Les tablettes donnent à voir un tableau d’ensemble, une figuration de l’activité économique ou administrative, indépendamment de la qualité des biens. Dès le début du IIIe millénaire av. J-C, les mésopotamiens transforment certaines denrées en moyen d’échange : elles ne sont pas acquises pour elles-mêmes mais comme intermédiaire en vue d’un échange ultérieur. Au cours des siècles suivants, l'argent s'impose comme la monnaie de référence.

La conceptualisation croissante des activités commerciales entraîne l'avènement d'une terminologie économique élaborée. Les correspondances des marchands assyriens témoignent ainsi d'une prise de conscience du marché en tant qu'entité abstraite. Des termes assez simples acquièrent une signification complexe : šīmum ou achat désigne progressivement la situation financière globale[15] ; maḫīrum ou confrontation se rapporte à l'espace réel ou conceptuel du marché (soit la confrontation dynamique des prix les uns avec les autres)[16]. Les acteurs économiques tendent parallèlement à s'institutionnaliser. Des compagnies commerciales (ou batum), disposant de succursales, exercent ainsi leurs activités dans une relative indépendance vis-à-vis des administrations bureaucratiques[17].

En dépit de sa sophistication, cette pensée économique mésopotamienne ne s'exprime quasiment que dans des documents privés à visée utilitaire. La littérature mésopotamienne théorique dite sapientale n'envisage l'acte économique que dans une optique morale et éthique, prêchant, par exemple, la prudence dans la conduite des affaires[18].

En Chine[modifier | modifier le code]

Selon Michel Cartier[19] : Dans la « Discussion entre Mencius et Xu Hang » est décrite une hiérarchie sociale ( gouvernants, paysans, artisans et marchands) dépendante de la participation des hommes aux activités productives . Les échanges décrits entre groupes correspondent à des échanges de surplus où les prix sont déterminés en référence au niveau social : les objets destinés à la classe supérieure sont plus chers que les autres.
Au cours de la dernière période des Royaumes combattants, les Mohistes établissent une distinction entre le profit commun et le profit égoïste: Ils prônent un partage égalitaire des biens et condamnent le gaspillage.
Des pensées plus structurées sont données en 654 av. J.-C. dans le « Guanzi », ouvrage encyclopédique et composite attribué à Guan Zhong, chancelier qui fonde la prospérité du royaume de Qi, ainsi que dans divers textes de l'école légiste - comme le « Shangjun Shu » de Shang Yang en 338 av. J.-C. - dont le maître-mot est « Enrichir le pays et renforcer l'armée » .
On trouve dans le Guanzi :

  1. une des premières formulations de la théorie du Marché, assimilé à une pesée
  2. une réflexion sur la monnaie considérée davantage comme une marchandise que comme un étalon
  3. la préconisation que l'État doit assurer lui-même la production et le commerce du sel et du fer, produits indispensables dans la vie des sujets.

En 81 av. J.-C., sous la Dynastie Han, les confucéens dénoncent comme immorales les idées du « Guanzi », qui sont dès lors tenues pour hétérodoxes.
Pour autant ces idées ne vont pas cesser d'influencer la pratique des politiciens. On peut citer à titre d'exemple [20] la gestion des émissions monétaires et la réglementation des marchés :

Dans ces deux cas, les usages agressifs de la théorie sont remplacés par le maintien des équilibres. Le premier exemple est celui de la régulation du commerce des céréales par des greniers : Les céréales acquises au titre de l'impôt sont stockées dans les greniers et sont -en cas de nécessité- mises sur le marché pour combattre la hausse des prix. De la même manière, les autorités régulent la situation monétaire et mettent en circulation des quantités de monnaie plus ou moins importantes.
La mise en pratique des théories du Guanzi suppose une connaissance précise de la conjoncture économique. les autorités surveillent les fluctuations du prix des denrées et des taux de change interne entre les différents signes monétaires, en particulier -à partir de la Dynastie Ming- le change entre les sapèques ( pièces de bronze de la monnaie officielle ) et les métaux précieux ( argent et or ) qui n'ont que le statut de marchandises

Voir aussi sur le sujet: Les publications du Centre d'Études Chinoises[21].

En Inde[modifier | modifier le code]

Pièce en argent de l'Empire Maurya, portant les symboles de la roue et de l'éléphant. IIIe siècle av. J.-C.
  • Le philosophe indien Chânakya (340-293 avant J.-C.) bénéficie d'une éducation “d'excellence” dispensée à l'époque dans la ville-monastère très renommée de Nalanda, puis enseigne dans la ville de Taxila, où les activités d'enseignement existent déjà depuis plus de 500 ans et attirent des étudiants de provenances aussi diverses que lointaines.
Également connu sous les noms de Kautilya ou “VishnuGupta”, Chanakya est le précepteur du premier Empereur Indien de l'empire Maurya : Chandragupta (c. 340 -293 av. J.-C.). Ses travaux, perdus à la fin de la dynastie Gupta, ne sont retrouvés qu'en 1915 .( voir http://en.wikipedia.org/wiki/Chanakya )
Alors que ses travaux précèdent l'auteur de Le Prince de 1 800 ans, il est considéré dans le monde occidental comme étant le Machiavel indien”, en raison des nombreux aspects abordés dans sa pensée et que l'on retrouve plus tard dans l'économie moderne [22],[23]. Auteur prolifique, notamment en économie politique, il produit deux ouvrages majeurs:
Arthashastra (La Science des richesses et du bien-être) est son magnum opus[24]. Dans cet ouvrage sont abordés en détail des thèmes multiples et très modernes comme la politique monétaire, la politique fiscale, la politique sociale, les relations internationales, ainsi que la Stratégie militaire.
Neetishastra est un traité sur la « vie idéale », où l'auteur indique au peuple les « bonnes conduites », et au souverain les « bonnes pratiques » pour conduire son royaume
Un auteur B.S Sihag, le considère comme un précurseur de nombreux concepts modernes et -pour l'époque- comme l'un des penseurs les plus féconds dans les domaines de l'économie et de la Science Politique[25],[26],[27],[28]. Le lecteur qui voudra se faire une idée sur la question pourra se reporter aux deux articles précédents et à son livre[29].
  • D'autres pratiques comme l'Hawala, ("confiance" ou "échange" en hindi) ou Hundi (dans le sous-continent indien), correspondent à un système traditionnel de paiement informel distribué servant de moyen de financement du commerce sur les grandes routes d'échange (comme la route de la soie) au début du Moyen Âge.
Cette pratique financière ancienne -elle est mentionnée depuis le VIIIe siècle dans les textes de fiqh (science du droit musulman)- est utilisée comme moyen de paiement et d'échange et consiste en un ordre écrit de paiement de la part d'un créditeur à un débiteur, au bénéfice d'une tierce personne. Le principe de base de tout Hawala est de faire circuler l'argent dans un réseau d'agents de change (les hawaladars) : un client donne une somme d'argent à l'un de ces agents, qui contacte l'agent le plus proche du destinataire de cette somme et lui demande de lui verser cette somme (moins une commission, généralement) en échange de la promesse de la lui rembourser plus tard.
Ce système fonctionne sans transmission de moyen de paiement (outil de représentation de valeur, comme la monnaie). Il ne dépend pas davantage de l'application légale de contrats : il repose entièrement sur la confiance existant entre les agents du réseau et fonctionne même en l'absence de cadre juridique et légal commun. Il n'y a pas de registre centralisé, et les transactions passant par ce système ne sont généralement pas consignées : la seule information requise pour le fonctionnement est de tenir à jour le montant total de la dette courante entre chaque agent du réseau, dettes qui peuvent être réglées de n'importe quelle façon choisie par les agents.À l'époque des Rois ou du Rajha, le procédé sert les transferts de fonds de longue distance. En Asie du Sud il s'érige en système bancaire complet, et ne sera remplacé progressivement par le système bancaire classique qu'à partir du XXe siècle. .

L'Économie de Service : de l'Antiquité grecque jusqu'au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'Économie au service de la Cité : L'Antiquité[modifier | modifier le code]

Le Monde grec[modifier | modifier le code]

C'est le monde grec qui forge le mot économie : « οἰκονομία ». En grec, oikos (οἴκος) signifie la maison (en tant qu’unité sociale et économique), et nomos (νόμος), l’ordre, la loi, la norme.
Les penseurs grecs qui s'intéressent à l’économie ne sont pas des économistes mais des philosophes[30] : la science politique, qui se rapporte à la cité, est majoritairement considérée comme la première des sciences. L’économie, considérée comme l’art d’administrer ses biens, est subordonnée à la politique. L'activité économique, pour être essentiellement centrée sur l’individu, est souvent regardée comme une activité servile, sinon suspecte.
La réflexion est cependant loin d'être absente : le terme Économique figure dans le titre d'au moins deux traités, l'un de Xénophon, l'autre d'Aristote.
Leur objet est de connaitre et formuler les lois (« nomos ») propres à optimiser l'utilisation des biens d'une maison, l'oikos, entendue comme unité collective de production d'une famille élargie ou d'un clan. La richesse produite est appréciée du point de vue de l'abondance des biens produits et de leur utilité.

La crise sociale et intellectuelle du VIe au IVe siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

La pensée des philosophes grecs ne peut se comprendre sans référence au contexte économique et social de l'époque : l'état athénien se forme par l'union de tribus et de clans vivant en Attique[31]. La propriété individuelle du sol, le commerce et l'usage de la monnaie se développent. L'État est organisé en trois classes : les nobles (eupatrides), les agriculteurs (géomores) et les artisans (démiurges). La plupart des citoyens sont de petits paysans, en situation précaire. Ces paysans pauvres se révoltent à plusieurs reprises : à Mégare, à Samos, à Chio… Au VIe siècle av. J.-C., ils portent au pouvoir Solon qui établit une nouvelle constitution. Une coalition s'établit entre paysans, artisans et marchands pour briser le pouvoir des nobles (Réformes de Clisthène en 508 av. J.-C.).
Les hommes en surnombre s'exilent et fondent des colonies : le commerce extérieur progresse et pose la question des alliances militaires, notamment avec Sparte (Guerre du Péloponnèse : 431-404) qui finit par l'emporter.
L'équilibre économique et social de la Cité est bousculé par l'émergence de “nouveaux riches” qui cumulent réussite commerciale et propriété foncière. Les paysans pauvres sont contraints de quitter la terre mais ne trouvent pas de travail en ville car le labeur salarié est réservé aux esclaves : une plèbe de chômeurs se forme et la Cité entre dans une ère de décadence généralisée.

Essor du Grand Siècle Grec : le Ve siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Les débats de cette période - considérée comme “le grand siècle grec” - voient s'introduire de nouvelles idées :

Le citoyen grec est conscient de posséder une Dignité en tant que membre d'un groupe organisé et gouverné suivants des Lois valables pour tous les hommes libres[32]. Il n'est plus le serviteur d'un chef, mais seulement soumis à la Loi. Dans le même temps, L'usage de l'argent et du commerce qui se développe depuis le VIIe siècle av. J.-C. ébranle cependant les représentations et les pratiques sociales.
L'accumulation de monnaie par l'usure ou le négoce posent question : Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, les considère comme des activités stériles, voire déshonorantes. Ces procédés font l'objet d'une autre discipline qu'Aristote appelle chrématistique (de khrêma, la richesse).
L'Économique est toujours explicitement distingué de la Politique, laquelle fait l'objet d'un autre traité d'Aristote, dans lequel l'auteur s'efforce de définir comment fonder l'harmonie et la justice entre les différentes classes de personnes et de familles qui constituent la Cité.

Les œuvres satiriques de l'époque traduisent bien l'ampleur de ce débat : ainsi, dans le Ploutos d'Aristophane, le dieu de la Richesse (Πλοῦτος, Ploutos), rendu aveugle par Zeus, distribue ses largesses aux hommes mauvais plutôt qu'aux hommes honnêtes. Ceux-ci le conduisent dans un temple dont le dieu lui rend la vue et lui donne à voir le spectacle des troubles qu'il a causés : un sycophante (homme enrichi aux dépens du peuple) vient crier qu'il est ruiné, Hermès (dieu du Commerce) ne reçoit plus de dons des fidèles et doit gagner sa vie comme aide-cuisinier, les prêtres sont privés de leur gagne-pain car l'on n'offre plus de sacrifices aux dieux [33].

L'interrogation demeure profonde dans l'opinion publique à propos du lien entre « Bien moral » et « Richesse » avec l'apparition du « nouveau riche » :

Le riche « traditionnel » était vu comme le propriétaire foncier, chef naturel d'un groupe d'agriculteurs, possédant les droits sur la Terre, mais dont la richesse permet de mieux remplir sa fonction sociale.
Le « nouveau » riche est vu comme celui qui accumule de l'argent pour satisfaire ses caprices personnels et pour s'affranchir des contraintes sociales[33].
Sophistes, Cyniques et Utopistes ( fin du Ve siècle av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

La fin du “grand siècle grec” (Ve siècle av. J.-C., dit aussi siècle de Périclès) provoque une époque de troubles et de bouillonnement des idées. Les sophistes (“nouveaux philosophes”)[34] tiennent des discours individualistes et cosmopolitistes qui contestent les cadres sociaux traditionnels (critique de l'esclavage par exemple) et militent pour la liberté du commerce.
Protagoras[35],[36] proclame que :

  1. « L'homme est la mesure de toutes choses ». Pour lui, il vaut mieux connaitre les choses humaines que le monde inanimé.
  2. « L'homme vit en société ». Il faut donc s'interroger sur ce qu'est la Société. Celle-ci est censée répondre au besoin des Hommes de se défendre contre les dangers qui les assaillent.
  3. « La société repose sur un contrat passé entre les hommes afin de s'accorder mutuelle protection ». Ce qui est possible parce que le Dieu suprême Zeus a accordé à l'espèce humaine des dons que nulle autre ne possède : le respect ou la pudeur (αἰδώς), le droit ou la justice (δίκη).
  4. « La Loi n'est pas quelque chose de naturel : elle résulte d'une convention ». Puisqu'il n'y a rien d'absolu, il s'agit de convaincre dans la discussion et les controverses publiques : c'est pourquoi les sophistes enseignent l'art de l'argumentation en vue de “terrasser” l'adversaire dans le débat politique.

Les Cyniques lancent au contraire des idées plus collectivistes (Antisthène,Diogène).
Des mouvements utopistes plus orientés vers la politique prétendent reconfigurer la propriété et l'organisation de la société (Phaleas de Chalcédoine, Hippodamos de Milet). Aristophane s'en moque dans l'Assemblée des femmes (392 av. J.-C.).

Socrate (470-399 av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Socrate, par le témoignage de sa vie faite de détachement et de pauvreté, dénonce l'individualisme extrême des Sophistes et l'exaltation de la richesse qui “attache l'homme à quelque chose d'inférieur à lui-même”. Son enseignement oral (il n'a laissé aucun écrit) s'attache à restaurer la notion de “nature humaine” en tant qu'ensemble de normes raisonnables et morales de nature supérieure, et influencera de manière directe la pensée de Platon et d'Aristote.

Xénophon (circa 426355 av. J.-C.)[modifier | modifier le code]
Xénophon

Xénophon est, comme Platon, un disciple de Socrate. Il mérite de figurer dans l’histoire de la pensée économique, non seulement parce qu’il est le premier à employer ce terme, mais encore parce qu’il y consacre plusieurs ouvrages.
L’Économique retrace un dialogue entre Socrate et Ischomaque, autour d’un thème unique, celui de l’administration d’un domaine agricole. On retrouve l'idée selon laquelle la pensée économique antique est intimement liée à l’administration domestique. L'ouvrage comprend aussi des développements sur les stratégies d’accroissement des richesses : ainsi le père d’Ischomaque dit acheter des terres à bas prix pour les revendre bien plus cher après les avoir défrichées. L’art – ou la science – de l’économie est de facto celui du bon gestionnaire. Tandis que bon père de famille peut ainsi savoir ce qui est bon pour l’administration d’une cité, alors que le rôle revient à la femme d'entretenir la maison (oikos). Identiquement, la politique est vue comme l’affaire des hommes, tandis que le travail, est réservé aux seuls esclaves. Ainsi parle l’Économique: Ischomaque enseigne cet art à sa femme et ce sera le rôle de celle-ci que d'en faire l'application.
Les Revenus est un ouvrage où Xénophon propose de multiplier les exploitations agricoles et industrielles dans l’Attique, et d’exploiter à plein rendement les mines d’argent du Laurion. À cette occasion, il aborde (mais de façon peu approfondie) des concepts comme ceux de la demande et de la valeur des biens, ainsi que le rapport qu’ils entretiennent entre eux. L'œuvre est un projet politique et économique pour toute une région, et entend défendre un point de vue cohérent.
En somme, les ouvrages de Xénophon portent sur la manière de bien gérer un domaine agricole, c'est-à-dire sur l'“économie domestique” (l'expression en grec est une parfaite tautologie), même si Les Revenus (ouvrage de maturité) montre que ces enseignements sont applicables ailleurs et situe l'économie comme l'art de satisfaire les besoins d’une société.
[réf. nécessaire]

La doctrine économique de Platon[modifier | modifier le code]
Platon

Platon (428 ou 427347 ou 346 av. J.-C.), nait dans une famille dont plusieurs de ses membres sont à la tête du parti oligarchique alors que le régime politique en place est loin d'être démocratique. Il connait une crise intérieure à 20 ans, lorsqu'il rencontre Socrate. Désormais, il ne veut plus que servir « le bien et le juste » et ne veut plus participer à l'action politique et aux vulgaires et basses compétitions qui la caractérisent [37]. L'action efficace exige au contraire que l'on se tienne d'abord à l'écart pour découvrir la vérité dans la contemplation , « la théoria » [38]
Pour préparer la libération de son âme, l'homme doit avoir une vie « bonne », c'est-à-dire une vie conforme à la « justice ». En cherchant à dire ce qu'est la justice et comment s'y conformer que dans son ouvrage « la République », Platon est conduit à parler de l'organisation sociale et notamment de l'organisation économique[39]. Il va exposer cette pensée dans plusieurs ouvrages :

  1. Dans « La République » , il trace le tableau de l'État idéal
  2. Dans « le Politique » et le « Timée » principalement, il explique pourquoi les cités réelles sont aussi éloignées de la perfection.
  3. Dans « Les Lois », il pose les moyens de rapprocher quelque peu la réalité de l'Idéal.
La Cité Idéale[modifier | modifier le code]

La République est consacré à la recherche de la Justice dans la société et dans l'individu. « La “Cité idéale” est la cité parfaitement juste ; voila posée l'exigence première de la plupart des réformateurs sociaux qui viendront ensuite»[39]. Le dialogue commence par un exposé des fausses notions de justice[40]. Puis Platon évoque :

  • la question de l'organisation de la société : « la société est un groupement d'individus qui trouvent avantage à vivre ensemble parce que cela leur permet de diviser entre eux les tâches et de se spécialiser de plus en plus dans l'exercice d'une action déterminée. Ainsi apparaissent les divers métiers puis le commerce intérieur et extérieur. » [41]. Or on trouve déjà dans la Cité des « classes d'individus » : La classe des agriculteurs, gens de métiers et commerçants qui assurent la prosperité matérielle, la classe des guerriers ou gardiens qui assurent la sécurité extérieure ou intérieure, la Classe des chefs qui ont pour mission de diriger l'ensemble du groupe social. Or les individus ne sont pas également aptes à entrer dans les trois classes de la société. C'est le hasard plus que l'hérédité qui fait les qualités des individus qu'il s'agit de former et de sélectionner selon les vertus de sagesse, de courage, de tempérance et de justice. Mais qu'est ce que la justice ? et en particulier quu'est ce que la justice sociale ? Pour Platon, elle résulte du fait que l'on soit capable d'analyser rationnellement les différentes catégories sociales et d'organiser la sélection des citoyens : « A chacun la fonction sociale qu'il mérite par l'ensemble de ses qualités physiques, intellectuelles et morales » [42].
  • La question du régime des biens : Cela ne relève pas de la justice proprement dite, l'individu n'a aucun droit sur la richesse sociale, mais seulement le devoir de mener une vie conforme à la fonction qui lui revient. D'où le principe absolu que les gardiens et les chefs ne doivent pas travailler, qu'ils ne doivent pas se souiller au contact des affaires d'argent et de négoce. Ils sont entretenus par la société, vivent en communauté, ne possèdent rien en propre et ignorent l'usage de la monnaie[43].

Platon n'indique pas le régime pertinent pour les classes « inférieures ». Implicitement on comprend qu'ils sont libres de produire, de posséder et d'échanger sans toutefois qu'ils ne deviennent trop riches ou trop pauvres.

Les Cités réelles[modifier | modifier le code]

Dans «la République», Platon expose que la réalité de la société est loin de cette vision. Le gouvernement idéal devrait être un « gouvernement des meilleurs », une aristocratie, au sens premier du terme. Mais des régimes imparfaits sont en place et se succèdent [44] :

- une première forme dégénérée est la « timocratie », soit le gouvernement des militaires, réduisant les citoyens à l'état de serfs.
- les militaires venant à s'enrichir, une « oligarchie » se met en place où prospèrent selon Platon des « êtres crasseux qui de tout tirent profit » [45].
- L'inégalité se faisant de plus en plus scandaleuse, la révolte se produit qui introduit la « démocratie ».
- Mais ce régime, réputé attrayant, attribue des droits égaux à des hommes inégaux et conduit les hommes à s'enivrer de liberté, jusqu'au jour où devenus incapables de juger sainement, ils font appel à un homme qui a tôt fait de se transformer en tyran et d'installer sa « tyranie ».

Les causes de ce tableau pessimiste sont exposées tour à tour dans « le Timée », « Le Critias » et « le Politique ». Pour autant, « Cela ne signifie pas que les chefs des Cités ne puissent rien faire d'utile. (...) En chaque individu, il y a du divin et du bestial en proportions plus ou moins grandes. Il faut essayer de faire prédominer le divin sur le bestial. On retrouvera ainsi peut-être quelque chose de l'Idéal perdu » [46]

La Cité possible[modifier | modifier le code]

Platon écrit vers la fin de sa vie le plus considérable de ses dialogues : « Les Lois » qui contient une série de textes législatifs concernant les principaux points de la constitution politique et sociale d'une Cité.
Platon part du constat des imperfections de la Société : l'autorité est mal exercée, l'esprit d'indiscipline se développe et surtout, en raison du voisinage funeste de la mer, le commerce est né et « a engendré dans les âmes une disposition à se dédire sans cesse et à être de mauvaise foi »[47]. Platon insiste sur la nécessité d'établir l'égalité des fortunes. Or dit-il, cela ne peut se faire ni par voie d'autorité, ni en comptant sur le fait que les riches vont distribuer aux pauvres une partie de leurs biens, le principal obstacle provient de l'existence d'inégalités économiques établies depuis longtemps [48].
Pour être efficace, il vaut mieux légiférer dans les conditions plus favorables de la fondation d'une nouvelle Cité et d'établir l'amitié entre tous ses citoyens [49] L'idéal serait la communauté absolue des biens, des femmes et des enfants.
Mais plus réalistement il s'agit d'instaurer l'amitié entre tous par l'attribution de propriétés égales et d'obliger chacun à mener une vie identiquement frugale [50].

Les Lois proposent également un partage égalitaire de la terre qui ne pourra être aliénée et qui devra être transmise à un seul héritier [51] , d'interdire la détention de l'or et de l'argent qui seront réservés pour les échanges extérieurs.
Ceci implique que tous les citoyens soient agriculteurs. Les récoltes sont recensées en trois parts égales ( Citoyens, esclaves, étrangers). Les deux premières sont affectées mensuellement aux citoyens et aux esclaves. La troisième est vendue sur des marchés soigneusement régelmentés et surveillés aux étrangers en échange des produits de leur industrie[52].
Les métiers sont confiés à des étrangers [53] qui ne pourront exercer plus d'un métier à la fois[54].
Afin de préserver l’équilibre de la cité et parvenir au plus haut degré de la vertu politique, il est nécessaire de poser une limitation de la fortune et des biens de chacun: « Dès qu'une famille jouira d'une fortune supérieure au quadruple de la valeur du lot de famille, on lui confisquera le supplément» [55].
Les gardiens des Lois et autres magistrats sont élus après avoir passé un examen [56]. Les magistratures ne sont pas rémunérées.

Au total Platon ne fait pas preuve d'un optimisme excessif. Même si l'on établit ces lois, l'avenir de la Cité dépendra selon lui des choix qui seront faits pour les magistrats et les gouvernants [57].

Aristote : économie de Nature, économie de Cité[modifier | modifier le code]
Aristote

Aristote (circa 384322 av. J.-C.) accorde dans sa pensée une place beaucoup plus importante à l’économie : Auteur fondamental de l'Antiquité, il influencera de manière prépondérante toute la période médiévale.

Dans les Économiques et l'Éthique à Nicomaque, Aristote pointe la différence fondamentale qui sépare à ses yeux l'économique de la chrématistique ( de khréma, la richesse, la possession) qui est l'art de s'enrichir, d’acquérir des richesses.
Selon lui, l'accumulation de la monnaie pour elle-même est une activité contre nature qui déshumanise ceux qui s'y livrent : Avec Platon, il condamne le goût du profit et l'accumulation de richesses.

Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien.
La chrématistique lui apparait comme ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses pour permettre un accroissement du pouvoir politique. À ce titre elle doit être condamnée d'un point de vue philosophique.

Au contraire, il valorise l’agriculture et le « métier » qui fondent une économie naturelle où les échanges et la monnaie servent uniquement à satisfaire les besoins de chacun. Aristote garde toujours le souci d’agir conformément à la nature. Celle-ci fournit « la terre, la mer et le reste » : l’économique est donc l’art d’administrer, d’utiliser les ressources naturelles, ce qui s'oppose totalement à l’art d’acquérir et de posséder.

Aristote inclut dans cette vision l’idée d’un rapport de réciprocité : l'économique ne peut être séparé du social: l’échange est comme un « retour sur équivalence » ; C'est un motif supplémentaire de condamnation de la chrématistique, qui substitue l’objet à la relation sociale et finalement l’argent à l’objet.
Chez Aristote, de fait, l'échange, même basé sur la monnaie, est toujours envisagé comme permettant de renforcer le lien social : Alors qu'il est absent de la tribu (où seul le troc existe), son apparition dans la cité contribue à faire la société.

Car s'il n'y avait pas d'échanges, il ne saurait y avoir de vie sociale ; il n'y aurait pas davantage d'échange sans égalité, ni d'égalité sans commune mesure.

L’apport d’Aristote est donc remarquable à plusieurs niveaux :

  1. C'est tout d’abord la distinction fondamentale qu’il établit entre l'économie naturelle (économique) et l'économie d’argent (chrématistique) ;
  2. C'est une réflexion fine sur le rôle de l'échange dans le lien social.
  3. L'autre résultat original et remarquable de sa réflexion est la différenciation opérée entre valeur subjective et valeur commerciale d’un bien, que l’on peut facilement rapprocher des notions de valeur d'usage et de valeur d'échange qui apparaîtront au XVIIIe siècle.
  4. On trouve aussi dans l'éthique à Nicomaque des concepts éthiques comme les quatre causes (cause matérielle, cause formelle, cause efficiente, et cause finale), qui esquissent les notions de valeur d'échange et de valeur d'usage utilisées par les théories économiques modernes.
Les Utopies finales (IVe-Ier siècle av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Après Platon et Aristote, un courant multiforme se développe dans un œkoumène en expansion. L'élargissement du monde connu résulte, entre autres, de l'épopée d'Alexandre, qui envahit l'Asie et contribue fortement à étendre le cadre géographique du monde grec.
Puis, l'empire macédonien est divisé entre les successeurs d'Alexandre, les Diadoques : des monarchies apparaissent dont certaines promeuvent des mesures d'économie dirigée, en particulier le royaume ptolémaïque en Égypte[58]. Le mysticisme oriental introduit alors de nouveaux courants de pensée qui entament l'ordre de la raison propre au génie grec de la période précédente.
Les tendances au naturalisme conduisent à idéaliser l'état de nature pour en faire une sorte « d'âge d'or » qui aurait été corrompu par la suite. Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur l'inégalité, fera référence à l'un de ces auteurs, notamment Dicéarque de Messène[59], et Marx et Engels n'en sont pas éloignés lorsqu'ils évoquent le Communisme primitif.
Les tendances au rationalisme font rejeter coutumes religieuses et traditions sociales (Épicure). Évhémère, en tant que premier théoricien de l'athéisme systématique, est l'auteur d'un plan rationnel de cité communiste (l'île de Panchaïe).
Les tendances à l'universalisme invitent tous les hommes à la communion dans l'humain, et sont à ce titre les premières philosophies de la personne. Ainsi, dans le courant stoïcien, Posidonios (l'un des maîtres de Cicéron) présente une première critique systématique de l'esclavage aux IIe siècle av. J.-C. et Ier siècle av. J.-C., et influence le droit romain dans le sens d'un adoucissement de la condition servile.

Le Monde Romain[modifier | modifier le code]

Rome[modifier | modifier le code]

Avec l'essor et le développement d'un Empire, les romains font montre d'un intérêt plus orienté vers les questions liées à la gestion et l'organisation pratique. Parmi les éléments notables de cet apport qui va inspirer de façon durable l'Occident on peut citer :

  1. la question de la gestion des espaces et de l'économie rurale avec des réflexions sur les thèmes de la colonisation avec la gestion des territoires et populations conquis; avec la publication de recueils de gestion de l'économie rurale rédigés par des auteurs comme Caton, Columelle Pline l'Ancien ou Varron avec l'institution de la Villa ou du Latifundium. Caton et Varron, assez représentatifs de la mentalité romaine, placent l’agriculture au-dessus du commerce et condamnent le prêt à intérêt, donc le commerce de l’argent, même si dans la pratique (non théorisée), les monetarii font le commerce de l’argent et pratiquent le prêt à intérêt, en même temps que les autorités manipulent les monnaies.
  2. la création du Droit avec l'instauration du Droit de propriété ou des règles propres à l'héritage
  3. la réflexion sur les liens constitutifs de la Société : D'une part les Historiens et moralistes contribuent à fonder ou à restaurer un idéal de la cité et de la citoyenneté qui connait son apogée sous l'Empereur Auguste. D'autres par le lien de Clientèle s'efforcent de s'attacher un ensemble « d'obligés ».
  4. au IIIe siècle-Ve siècle ap. J.-C., sous le Bas-Empire, les idées dirigistes qui se font jour pour contrer les difficultés économiques et sociales: Dioclétien met en place une taxation générale des prix. Sont aussi Instaurées des « Collegia » et des Corporations publiques.

[réf. nécessaire]

L'apport de la première chrétienté[modifier | modifier le code]
Le Partage des biens
Le Statut des personnes
La « Cité de Dieu » et L'« Augustinisme politique »[modifier | modifier le code]

Selon Saint Augustin (354-430), les hommes vivent dans le cadre de deux cités : la « cité terrestre » au sein de laquelle les hommes dépendent les uns des autres et mènent une existence pécheresse, et la « cité de Dieu » dans laquelle ils se retrouvent dans la communauté de la foi et ne dépendent plus que de Dieu. Augustin refuse les perspectives utopiques et millénaristes défendues au II° siècles par certains Pères de l'Église. Pour lui, seule la seconde cité est importante pour le quotidien des chrétiens, qui doivent se soumettre et œuvrer dans le cadre imparfait mais réel des institutions existantes. Cette thèse donne naissance par la suite à « l'Augustinisme politique »[60] et à la distinction fondamentale selon laquelle il existe «un partage des tâches entre le pouvoir temporel (l'État) et le pouvoir spirituel (l'Église) ».

La doctrine de Saint Augustin facilite l'intégration de l'Église et de la société féodale dans la première phase du Moyen Âge, caractérisé par une économie pour l'essentiel non marchande. Cependant, avec la reprise économique et la mutation politique qui prend son ampleur aux XII° et XIII° siècles, la pensée de Saint Thomas d'Aquin conduit à une approche nouvelle des problèmes pour répondre au double défi de l'émergence d'une pensée qui se veut plus rationnelle et plus scientifique[61].

L'économie au service du Bien Commun : L'époque médiévale[modifier | modifier le code]

Naissance et évolution du système domanial[modifier | modifier le code]

Selon Georges Duby [62] : « Au VII° siècle l'existence de grands domaines est attestée (...) qui sont l'objet d'une exploitation directe (...) reposant sur l'emploi d'une troupe d'esclaves. Pourtant déjà, et le cas semble de plus en plus fréquent dans les régions les plus évoluées, on découvre des “ villae ” dont la terre n'est pas toute entière mise en valeur par les serviteurs de la maison: pour une part elle est partagée entre des “ tenures ”, entre des exploitations satellites concédées à des familles paysannes... Toutefois ces “ manses ” comme on commence à les nommer au VII° siècle dans la région parisienne, ne sont plus seulement peuplées d'hommes libres. Certains sont occupés par des esclaves ... Il semble que les grands propriétaires aient découvert à cette époque qu'il était profitable de marier certains de leurs esclaves, de les caser dans un “manse ”, de les charger de cultiver les terres attenantes et de nourrir ainsi leur famille. Le procédé déchargeait le maitre, réduisant les frais d'entretien de la domesticité. Il stimulait l'ardeur au travail de l'équipe servile et en accroissait la productivité. Il assurait aussi son renouvellement puisqu'il confiait aux couples d'esclaves le soin d'élever eux-mêmes leurs enfants jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de travailler. (...) En même temps que se restreignait l'étendue des terres en exploitation directe, se multipliait le nombre des tenanciers... Se met alors en branle une lente mutation de l'esclavage qui le rapproche peu à peu de la condition des tenanciers libres. C'est un des évènements majeurs de l'Histoire du Travail et qui fut certainement un facteur décisif du développement économique. »

« Nous sommes mal informés sur les devoirs des exploitants à l'égard du maître de leur terre .... Dans les provinces les plus romanisées, il se peut qu'ait survécu l'usage de contrats aux termes desquels la terre était concédée pour un temps déterminé en échange seulement de redevances en nature.(...) Plus au Nord, en revanche, il semble bien que la concession d'une tenure ait astreint le paysan libre, non seulement à livrer des grains, du bétail ou du vin, mais à mettre ses bras ou ses bêtes de trait au service du domaine pour certaines tâches déterminées, réparer les bâtiments seigneuriaux, construire des clôtures, charrier les récoltes, porter les messages et parfois mettre en culture une portion des champs seigneuriaux. [63]»

Le fonds culturel commun[modifier | modifier le code]

Les penseurs économiques du Moyen Âge sont avant tout des théologiens. Joseph Schumpeter a d'abord considéré les scolastiques de la fin du XIVe siècle au XVIIe siècle comme les fondateurs les plus proches de la science économique. Raisonnant dans le cadre du droit naturel ils préfigurent l'économie moderne dans le domaine de la politique monétaire, de l'intérêt, et la théorie de la valeur dans le cadre du droit naturel[64].

Apport judéo-chrétien[modifier | modifier le code]

L'Ancien Testament contient de nombreux jugements et prescriptions économiques. Il ordonne l'absence de propriété perpétuelle sur la Terre et instaure une redistribution périodique. Il interdit les prêts à intérêt, et enfin il hiérarchise selon leur honneur les activités économiques, faisant de l'agriculture la première et du commerce la dernière.

Le Nouveau Testament encourage l'homme à mettre en valeur ses talents, en faisant fructifier des placements (parabole des talents). Si l'homme travaille la terre, c'est un moyen de mettre en valeur ses talents en agriculture, et de même dans tous les domaines de l'activité humaine, dans l'industrie et le commerce par exemple. Mais le Nouveau Testament prévient aussi contre les tentations matérielles liées à l'accumulation et à l'utilisation superflue des richesses. Il insiste sur une répartition équitable des biens (Lazare).

Au IVe siècle se produit une séparation nette entre christianisme et judaïsme sur les questions économiques : le judaïsme commence à élaborer une codification de l'économie (voir Intérêt de l'argent et religions monothéistes), tandis que le christianisme continue d'interdire le prêt à intérêt. Situation qui aura des conséquences très importantes par la suite sur les relations entre les chrétiens et les juifs : ces derniers vont souvent assurer la fonction de banquier, interdite aux chrétiens. Cela fut sans doute une des causes majeures de l'antijudaïsme au Moyen Âge.

Les théologiens[modifier | modifier le code]

Saint Thomas d'Aquin

Le Moyen Âge voit un renouveau des échanges commerciaux et une multiplication des opportunités de profit.

Une grande partie des théologiens de l’époque, au premier lieu desquels Thomas d'Aquin, ne s’attachent pas à décrire les mécanismes économiques mais cherchent plutôt à définir leur moralité, leur caractère licite ou illicite selon la morale chrétienne. Les Franciscains font peut-être exception à cela, avec des théorisations poussées du marché (voir par exemple celle effectuée par Pierre de Jean Olivi). Au XIe et XIIe siècle, une controverse oppose l'abbaye de Cluny et l'abbaye de Cîteaux sur l'usage de l'argent, qui commence à circuler de façon importante[65]. En effet, alors que Cluny dépense l'argent accumulé en cérémonies et en divers objets liturgiques pouvant être considérés comme à la limite de l'ostentation, Cîteaux réinvestit constamment les biens gagnés par le travail de ses moines dans l'acquisition de nouvelles terres[65]. Bien qu'alimenté par des dons à la hauteur de ses dépenses somptuaires, Cluny sera ainsi confronté à d'importantes dettes, tandis que Cîteaux prospèrera de façon durable [65]. Bernard de Clairvaux, de l'ordre cistercien, joua un rôle clé dans ce débat [65].

Les canonistes médiévaux posent la question du bien commun, notamment à travers les travaux de saint Thomas d'Aquin et de ses réflexions sur la propriété privée et la recherche du juste prix dans les échanges. Une grande partie d'entre eux reprennent les conceptions d’Aristote sur la stérilité de la monnaie ; a contrario, le franciscain Pierre de Jean Olivi, témoin de l'essor économique du Languedoc, théorise l'usage de la monnaie et distingue usage et propriété.

Ils interdisent conformément au dogme théologique le prêt à intérêt, ou l'« usure », définie dans le Décret de Gratien. Cette interdiction, entérinée par le troisième concile du Latran (1179) qui interdit aux « usuriers » d'être enterrés dans les cimetières chrétiens, entre dans le droit civil pour des siècles. Il faut cependant nuancer ce lieu commun: à partir du XIe siècle et de Renaissance du XIIe siècle, ce ne sont pas toutes les formes de prêt à intérêt qui sont condamnées, mais seulement celles qui servent au profit personnel, lequel est qualifié d'usure [66]. En revanche, lorsque le prêt à intérêt est effectué au bénéfice de la communauté, notamment par une personne morale (seigneur, abbaye, universitas), il est admis [66].

De même, le rôle éventuellement spéculatif de la monnaie, déjà entrevu et condamné par Aristote, génère une méfiance séculaire, source de nombreuses interdictions. Le prêt à intérêt ne sera pratiqué pendant longtemps que par les Syriaques (chrétiens d’orient) et plus tard par les Juifs.

Pour Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), les marchands doivent pratiquer un « juste prix » découlant de la coutume. Ce qui est censé les prévenir d’un enrichissement exagéré. L’activité commerciale doit être légitimée par un apport réel de richesse au produit via sa transformation, son transport ou à la limite par son caractère vital pour la survie du marchand et de sa famille. Il condamne par ailleurs le prêt à intérêt, car selon lui la reconnaissance de l’emprunteur ne doit pas se manifester par une récompense financière, mais par l’estime, la gratitude ou l’amitié.

Nicolas Oresme, évêque de Lisieux, précepteur et conseiller de Charles V, publie en 1366 « de origine natura, jure et mutationibus monétarum » qui est le premier texte de politique monétaire destiné au Prince. Il explique le rôle de la monnaie et l’amoralité de ses altérations. Il donne une première analyse des conditions de fonctionnement d’un système bimétallique.

Apport des penseurs économiques de l'Islam[modifier | modifier le code]

Finances publiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs problèmes seront abordés par les auteurs arabo-musulmans : ceux de l’impact des recettes fiscales, puis du rôle des dépenses publiques et du déficit public.

Trop d’impôt tue l’impôt[modifier | modifier le code]

Dès le VIIIe siècle, Al-Muqaffa (720-756/757) dénonce l’oppression fiscale dont sont victimes les paysans. L’agriculture n’est peut-être pas une source de richesse comparable au commerce maritime, mais elle n’en demeure pas moins encore le principal fondement de l’économie en ce siècle. Il est donc vital que l’État préserve cette activité de toute atteinte nuisible au développement de sa production. Abou Yoûsouf, Al-Dimashqî (en) (IXe-XIIe ?) et Miskawayh (932-1030) ne disent pas autre chose. Ce dernier décrit les multiples effets externes négatifs dus aux paysans qui abandonnent la terre et observe qu’avec la diminution du surplus agricole, le produit de l’impôt déjà en baisse ne parvient même plus au pouvoir central. De même Al-Mawardi (974-1058) recommande de ne pas tuer la matière imposable. Ibrahim ibn Ya'qub (1059-1126) préconise la nécessité d’imposer chacun selon sa capacité contributive. Ibn Khaldûn (1332-1406) plaide également dans ce sens, tout en replaçant se observations au cœur d’un cycle des finances publiques.

Le rôle des dépenses publiques et du déficit public[modifier | modifier le code]

Le Trésor doit prendre en charge toutes sortes de travaux publics, dit Abu Yousuf. Mais son raisonnement va plus loin : jusqu'où peut-on développer ces travaux qui finalement accroissent les recettes fiscales ? Réponse : jusqu'à ce qu'ils génèrent des externalités négatives (en langage moderne) qui feraient baisser le kharâj (l’impôt foncier). Le bon emploi des recettes fiscales, c’est également le souci d’Al-Turtûshi qui préconise de procéder à des dépenses d’intérêt collectif : « Ce qui sera prélevé, sera dépensé de telle sorte que le bénéfice qui en sera retiré retombe sur les sujets eux-mêmes. »

Que faire si le Trésor est dans la gêne ou quelque peu mal en fonds ? Plusieurs solutions existent dit Al-Mawardi y compris le déficit l’endettement public, suggérant ainsi un rejet de la charge du remboursement sur les générations futures. Contraint par les nécessités financières, Al-Mawardi présente une vision moderne des finances publiques, à deux doigts du principe du budget cyclique, c’est-à-dire de la recherche de l’équilibre budgétaire sur plusieurs années à défaut de le réaliser sur un an.

Al-Ghazâlî (1058-1111) admet la possibilité d’un emprunt public sous deux conditions : que la situation le justifie, et que les ressources de l’Etat en permettent le remboursement ultérieur.

Pour Ibn Khaldûn (1332-1406), l’augmentation des dépenses publiques accompagne la complexité croissante de l’Etat.

Ibn Khaldûn fait des dépenses publiques un rouage important du circuit économique. Du fait du poids de ses dépenses, l’Etat apparaît comme un acteur prépondérant sur la scène économique et sociale : l’auteur met donc l’accent sur le rôle moteur de la demande de l’Etat dans le circuit économique. L’argent prélevé par l’impôt doit revenir, sous une forme ou une autre, dans le circuit économique, c’est-à-dire aux consommateurs afin d’entretenir la demande privée, et par suite la production. Si la redistribution est insuffisante, elle engendre un ralentissement de l’activité économique qui réduira à son tour les recettes fiscales. Chez Ibn Khaldûn, la notion de multiplicateur keynésien n’est pas très loin !

Cycles économiques[modifier | modifier le code]

Platon avait décrit l’âge d’or, puis l’ère de décadence de la cité. La pensée arabo-musulmane reprendra ce thème, mais en l’approfondissant considérablement.

La perception des cycles[modifier | modifier le code]

Dans L’histoire de Bûyides, Miskawayh (932-1030) pressentait déjà l’existence de tels cycles. Al-Bîrûnî (973-1048/1050) précisera un peu plus la notion. Les phases du cycle commenceront à être décrites, encore très sommairement, par Al-Turtûshi (1059-1126) qui distingue néanmoins très nettement les phases de prospérité et les phases de décadence. Il n’indique cependant pas explicitement les causes ni les modalités du retournement, nous privant d’une véritable analyse cyclique. L’auteur réunit les éléments nécessaires, mais ne les utilise pas pour construire une dynamique de l’évolution économique ; Ibn Khaldûn s’en chargera.

L’analyse dynamique des cycles d’Ibn Khaldûn[modifier | modifier le code]

Ibn Khaldûn envisage le devenir de la civilisation dans sa totalité économique, politique, sociale et culturelle. Les cycles population-production et des finances publiques qu’il décrit sont réintégrés dans une remarquable dynamique d’ensemble.

Dans un premier temps, l’interdépendance des phénomènes donne lieu à un processus cumulatif expansionniste, composé de relations réciproques entre population et production.

L’analyse d’Ibn Khaldûn réunit tous les principaux éléments explicatifs d’une théorie de la croissance : croissance démographique, division du travail, progrès technique, gains de productivité, ainsi que la nécessité pour l’Etat de respecter la liberté de chacun, tant en matière de profit individuel que de propriété privée. Inversement toutefois, ces mêmes éléments peuvent engendrer un processus cumulatif à la baisse : c’est la phase de dégradation économique et politique..

Ibn Khaldûn propose même une explication très moderne du retournement qui survient au terme de la période d’expansion. La croissance engendre des effets négatifs (externalités négatives) : processus de développement déséquilibré au bénéfice des grandes cités qui attirent travailleurs et commerces au détriment des petites villes (une sorte d’effet d’agglomération à la Krugman), surpopulation relative et épidémies dans les grandes métropoles, fâcheux effets du goût du luxe (effets d’imitation, accroissement inconsidéré des dépenses somptuaires privées et publiques, déficits et endettements privés et publics). Cette croissance déséquilibrée entre les secteurs des biens de consommation et celui des investissements publics et privés, jointe à la désintégration des finances publiques, finit par précipiter la phase de décadence économique et politique, et, in fine, la chute de la dynastie au pouvoir. La théorie de la croissance et des cycles développée à la fin du XIVe siècle par Ibn Khaldûn, est à mille lieues des considérations de Platon.

Monnaie et prix[modifier | modifier le code]

Les auteurs arabo-musulmans ont repris l’analyse des fonctions de la monnaie de la pensée grecque, et plus précisément de celle d’Aristote. Mais leur réflexion, nourrie par l’observation des faits qu’ils cherchaient à comprendre, s’est très vite portée sur les incidences économiques et sociales de la circulation monétaire.

La mauvaise monnaie chasse la bonne[modifier | modifier le code]

Al-Ghazâlî (1058-111) observe et dénonce la circulation d’une monnaie contrefaite ou altérée à coté des bonnes pièces. Il rejette cette mauvaise monnaie, mais admet cependant quelle soit tolérée sur le marché, pour des raisons pratiques, à condition d’en informer les détenteurs. Il y a donc simultanément une circulation d’une bonne et d’une mauvaise monnaie, mais l’observation ne porte pas plus loin, de même, par exemple que celle d’Ibn Abd Al-Ra’uf. Ibn Taymiya, ainsi qu’Al-Qayyim (1292-1406), condamnent les pratiques répétées de dégradation des monnaies, ainsi que leur frappe trop importante. Il en résulte que la bonne monnaie fuit vers l’étranger, et il ne reste plus que de la mauvaise monnaie dans le pays. Al-Tilimsani (XIVe-XVe) s’élève également violemment contre ce fléau de l’époque, le faux monnayage et l’altération des monnaies. Enfin Al-Maqrîzî (1363-1442) observe et note la disparition progressive des dirhams d’argent, puis celle des dinars d’or, laissant bientôt la place à la seule monnaie de cuivre. Parmi les raisons invoquées, outre la thésaurisation, il cite les raisons commerciales, mais, la véritable cause qu’il met en avant, est la crise économique et sociale du pays (l’Egypte), et la gestion calamiteuse des finances publiques.

Al-Maqrîzî se situe donc dans la lignée d’Aristophane, Oresme, sans oublier ses devanciers arabo-musulmans, qui avaient déjà dénoncé ce phénomène. Il annonce, on ne peut plus clairement, la future loi de T. Gresham (1519-1579) « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». Toutefois, l’analyse d’Al-Maqrîzî est plus poussée que celle d’Ibn Taymiya ou de Gresham. Comme eux, il formule un comportement de substitution entre bonne et mauvaise monnaie, mais il va en proposer une explication qui va au delà de la simple reconnaissance d’un phénomène lié à la seule psychologie monétaire des individus. La crise politico-économique et la mauvaise gestion des finances publiques sont les vrais responsables de la fuite et de la disparition des métaux précieux, remplacés par une prolifération de monnaies de cuivre de mauvais aloi que nul ne désirait. L’explication d’Al-Maqrîzî dépasse donc la simple dimension monétaire.

La relation monnaie-inflation[modifier | modifier le code]

Les pratiques répétées de dégradation des monnaies, ainsi que de leur frappe trop importante, amènent des auteurs comme Ibn Taymiya, à réfléchir sur les implications de cette politique. Ibn Taymiya met en évidence une relation à respecter entre masse monétaire et volume de transactions, sous peine de voir diminuer le pouvoir d'achat de la monnaie et donc de porter préjudice à la population.

Al-Maqrîzî s’interroge sur la hausse des prix qu’il observait. Il distingue deux séries de causes. Les premières sont naturelles ou extra économiques, mais les causes véritables et fondamentales sont tout autres : il s’agit de la corruption et de la concussion à tous les échelons de la société, de l’augmentation de la rente, et de l’augmentation de la circulation monétaire. La solution préconisée par l’auteur est d’en revenir à un système d’étalon or.

Al-Maqrîzî propose une première expression de la théorie quantitative de la monnaie en reliant les prix à la circulation monétaire, faisant de lui un lointain précurseur de Jean Bodin, et même de Monsieur de Malestroit. Son analyse va même beaucoup plus loin, puisqu’il s’intéresse également aux effets de l’inflation : inégalités sociales et régression économique. Avant lui, Ibn Taymiya pointait aussi du doigt la désorganisation du commerce liée à la multiplication des pièces altérées et à l’inflation. De même, Al-Tilimsani observait les trois phénomènes suivant, qu’il relie parfaitement : 1) l’intense circulation des monnaies altérées a évincé la bonne monnaie d’or ou d’argent ; 2) cette grande quantité de mauvaise monnaie provoque l’inflation ; 3) l’inflation finit par appauvrir ses victimes si on n’y prend garde. Ibn Khaldûn, quant à lui, craint tout autant l’inflation que la déflation pour leurs effets négatifs sur l’activité économique, mais n’apporte pas vraiment d’éléments novateurs sur la relation monnaie-prix.

L’examen rapide de ces trois seuls thèmes, les finances publiques, les cycles économiques et les relations monnaie-prix, montre à quel point la réflexion arabo-musulmane, surtout à partir du XIIIe siècle , pouvait parvenir à une vision englobante des phénomènes économiques et sociaux.

Ainsi, dès le IXe siècle , la pensée de l’Islam s’est approprié les savoirs abandonnés par la Grèce ou Byzance, et que personne n’avait repris. Cependant, l’Islam ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Sous l’influence de l’évolution des structures économiques et sociales, ainsi que le poids de la religion et de la théologie, il y eut d’abord une islamisation de la pensée économique Cette islamisation n’a toutefois pas empêché la réflexion économique de se perfectionner et de s’étendre en terres musulmanes, du moins jusqu’au XVe siècle . La pensée grecque n’a pas délivré d’analyse aussi poussée et réaliste en matière de finances publiques. Elle apparaît bien frustre dans le domaine des cycles économiques et ne s’est pas vraiment exprimée sur la relation monnaie-prix. Elle n’a pas ce schéma économique général que l’on commence à discerner dans la pensée arabo-musulmane.

Ces multiples avancées dans le domaine économique illustrent à quel point il est difficile aujourd’hui de se contenter de la thèse du "grand vide" de J.A. Schumpeter, ou même de la "simple médiation" de la pensée grecque. La contribution de l’Islam à l’élaboration de la pensée économique est réelle et novatrice dans bien des domaines, mais l’Occident chrétien ne semble pas l’avoir intégrée dans sa quête de connaissance, comme il le fit pour la philosophie. La réflexion de l’Islam dans le champ économique commencera malheureusement à s’estomper à partir du XIIIe siècle , pour s’éteindre définitivement au début du XVe siècle . Le "grand sommeil" allait prendre place après ce "grand vide" qui n’avait jamais existé.

L'économie au service du Prince : Renaissance et Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Nouveau contexte global marqué par la Renaissance et la Réforme[modifier | modifier le code]

L'époque « moderne » de la Renaissance marque une période de changement radical des mentalités et de vision du monde, dû -entre autres- à l'apparition de l'imprimerie et aux grandes découvertes. De ce point de vue, le nouveau monde qui s'ouvre offre tout-à-coup des perspectives sur le plan économique.
Les besoins de réforme se font sentir depuis le XIVe siècle, justement sur ces questions. En effet, certains aspects économiques pervers de cette époque, comme le trafic des indulgences, sont de plus en plus mal ressentis par la population, en particulier dans les pays du nord de l'Europe. Les grandes découvertes, le commerce transatlantique et le traité de Tordesillas -qui partage les sphères d'influence dans le nouveau monde- favorisent un enrichissement rapide des pays du sud de l'Europe tandis que les Pays du Nord de l'Europe se sentent injustement exclus .
Les guerres de religion à la suite de la Réforme font émerger l'idée du libre-échange qui sera formulée plus tard par Hugo de Groot (Grotius).

La Réforme protestante[modifier | modifier le code]

La Réforme protestante de Luther se construit ainsi autour d'une réaction contre le système des indulgences.

Parmi les réformateurs protestants, Jean Calvin défend le prêt à intérêt, en préconisant un taux modéré de 5 %. Le crédit peut ainsi se développer dans les villes protestantes.

La Réforme protestante se développe donc dans ce climat de changement de mentalité, dans lequel le travail prend davantage de valeur par rapport au commerce pur. C’est la célèbre thèse de Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1905). Elle explique qu’avec la Réforme, le travail devient une nouvelle vertu : auparavant destiné à la seule survie, il devient l’origine de la richesse et de son accumulation qui, selon la logique protestante de la prédestination, serait un signe d’« élection divine ». Le travail et la richesse qu’il produit concourent à la gloire de Dieu ; le temps est précieux et l’épargne devient une vertu. La pensée protestante transmettrait aussi selon lui l’éthique du métier, mais assurerait surtout une rationalité plus grande que celle permise par la pensée catholique. Ce faisant, elle lève de nombreux obstacles moraux à l’activité économique.

En 1516, Thomas More fait une première critique des conséquences sociales de la naissance de ce nouveau système économique, que marquait le mouvement des enclosures[67] en Angleterre en décrivant dans Utopia une société imaginaire ou règnerait un régime de communautaire, sans aucune monnaie. Les échanges y étaient régis par un système de troc. Toutefois, on ne peut considérer Utopia comme un traité d'économie, et encore moins réduire la pensée de Thomas More à ce seul ouvrage : Thomas More n'était pas un économiste, mais plutôt un juriste, un homme politique, et un théologien (voir l'œuvre complet dans l'article Thomas More). Il est probable que, vu le peu de facilité dans l'impression, la traduction, et la diffusion des ouvrages à l'époque moderne, la postérité ait effectué un biais sur la pensée et l'œuvre de Thomas More, prenant Utopia comme argument pour la satire d'un système de privilèges aux limites, puis pour la construction de pensées uniformisantes, que nos contemporains assimilent vite, sans doute par un effet d'historicisme, au communisme. [réf. nécessaire]

École de Salamanque[modifier | modifier le code]

Parallèlement, en Espagne, l'École de Salamanque, à partir de la théorie des droits naturels, propose une conception subjective de la valeur et justifie la propriété privée et la liberté des échanges. Ses auteurs principaux sont les jésuites Francisco de Vitoria (14831546), Martín de Azpilcueta (14931586), Domingo de Soto (14941560), et Luis de Molina (15351600). Cette tradition sera reprise par les classiques français et l'Ecole autrichienne.

Martín d'Azpilcueta est un précurseur de la théorie quantitative de la monnaie. Ses réflexions économiques portent sur les effets de l'arrivée en grande quantité de métaux précieux des Amériques, et l'inflation européenne qui en découle. Il définit la théorie de la valeur-rareté : tout bien devient plus cher lorsque la demande est plus forte que l'offre. C'est la quantité de métal précieux dans un pays qui détermine le pouvoir d'achat de sa monnaie. Il défend le prêt à intérêt, contre les recommandations alors de l'Église catholique romaine.

Autres Réformateurs précurseurs de l'économie moderne[modifier | modifier le code]

Ces précurseurs vont contribuer à émanciper la pensée économique des réflexions scolastiques. Après eux l'économie est désormais une branche distincte de la philosophie et de la théologie. Les penseurs en économie ne sont plus issus de l'Église ni des milieux politiques. Ils ouvrent la voie aux idées d'abord mercantilistes puis physiocratiques qui seront successivement, chacune à leur manière, les principaux contributeurs à l'autonomisation progressive de la discipline «Économie». Après eux, la voie sera dégagée pour les fondateurs de la pensée économique moderne et notamment l'École dite Classique.

Pierre de Boisguilbert[69] qui dénonce la ruine de la consommation : «Pour trouver les causes de la ruine de la France,il ne faut que découvrir celle de la ruine de la consommation : il y en a deux essentielles...la consommation a cessé parce qu'elle est devenue absolument défendue et absolument impossible. Elle est devenue impossible par l'incertitude de la taille ... enfin la consommation est devenue impossible par les Aides et par les Douanes sur les sorties et passages du royaume »[70]
Sébastien Le Prestre, Marquis de Vauban (1663-1707) met en avant son « Projet de la Dime Royale » (1707) où est proposé de remplacer -comme le feront plus tard les Physiocrates- toutes les taxes existantes par un impôt unique de 1/10° prélevé sur la terre.
  • Richard Cantillon (1680-1704), économiste irlandais vit à Paris. Il annonce la phase scientifique de l'économie politique par la publication en 1755 d'un magistral « Essai sur la nature du commerce en général» dans lequel il est le premier à présenter une vue cohérente des phénomènes économiques [71] et des intuitions remarquables sur le revenu minimum, le rôle de la monnaie et de l'intérêt. Il analyse avec pénétration - avant Jean-Baptiste Say- la fonction de l'entrepreneur: Celui-ci effectue des paiements certains aux facteurs de production et vend à des prix incertains, assumant ainsi les risques de production [72] . Il définit pour la première fois les circuits économiques globaux : Schumpeter [73] lui attribue la paternité du « Tableau Économique » dont Quesnay va donner une formulation plus précise. Outre François Quesnay, il inspire les physiocrates, ainsi qu'Adam Smith : Richard Cantillon est en effet l'un des rares auteurs économistes à être cité par ce dernier dans son traité [74] , publié en 1776.

Les doctrines mercantilistes (1450-1750)[modifier | modifier le code]

William Petty

Jusqu'au Moyen Âge, les questions économiques sont traitées sous l'angle de la religion et les théologiens sont les principaux penseurs des questions économiques.
À partir des XVe et XVIe siècles un tournant majeur est amorcé par les marchands et les conseillers des princes. Tournant qui va créer la rupture.
En 1513, celle ci est bien marquée lorsque parait Le Prince de Machiavel où ce dernier ne craint pas d'expliquer que « dans un gouvernement bien organisé, l'État doit être riche et les citoyens pauvres ».
Sur le fond et d'un point de vue plus économique, le premier écrit qui contribue fortement au débat parait en 1615, sous la plume d'Antoine de Montchrestien: Son Traité d'économie politique utilise pour la première fois l'expression d'économie politique.

Avec lui, le Français Jean Bodin, l'Espagnol Luis de Ortiz et l'Anglais William Petty préparent l'avènement des idées mercantilistes qui vont occuper le devant de la scène durant la période allant de 1450 jusque vers 1750 [75] et qui continue d'influencer - jusqu'à aujourd'hui- sous des formes diverses le débat des idées. Ce mouvement nait dans une période qui se caractérise par la rencontre de deux tendances particulièrement favorables au changement : d'une part l'essor du « capitalisme commercial », encouragé par la multiplication des transports, les grandes découvertes ; d'autre part l'émergence de la notion d'État et des monarchies absolues en France et en Espagne entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle qui doivent tout faire pour s'imposer sur deux fronts : front extérieur face aux puissances étrangères ( pouvoir papal et pouvoirs rivaux en Europe), front intérieur pour unifier la population et le territoire [76].
Dans ce contexte, les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant, comme l'avait identifié l'économiste italien Antonio Serra dès 1613.
L'État tient un rôle primordial dans le développement de la richesse nationale, en adoptant des politiques protectionnistes établissant notamment des barrières tarifaires et encourageant les exportations. Le mercantilisme est protectionniste à l'extérieur mais à l'intérieur, au contraire, il vise à l'unification et au renforcement du marché national. Cette doctrine économique connaît son apogée du XVIe siècle au XVIIIe siècle, propagée par une littérature prolifique de pamphlets de commerçants ou d'États. Elle estime que la richesse d'une nation dépend de l'importance de sa population et de l'accumulation d'or et d'argent. Les nations qui n'ont pas accès aux mines peuvent obtenir l'or et l'argent en favorisant leur outil productif et en stimulant leurs exportations. Pour ce faire ils vont à la fois limiter les importations de produits finis et pousser aux importations de matières premières destinées à être manufacturées et exportées avec profit[77],[78].

Au cours de cette période, le mercantilisme est loin d'être un courant de pensée uniforme. Une littérature éclatée apparaît, dans laquelle les hypothèses évoluent et se diversifient, rendant l'idée d'un courant unique assez vague. Il se répand dans la plupart des nations européennes en s'adaptant aux spécificités nationales. On distingue parmi les écoles mercantilistes:

  1. le bullionisme (ou « mercantilisme portugais ou espagnol ») qui préconise l'accumulation de métaux précieux ;
  2. le colbertisme (ou « mercantilisme industriel français ») qui est tourné pour sa part vers l'industrialisation et dont Jean-Baptiste Colbert est la figure de proue,
    Jean-Baptiste Colbert
    Jean-Baptiste Colbert, la grande figure du mercantilisme en France
  3. le commercialisme (ou « mercantilisme britannique ») qui voit dans le commerce extérieur la source de la richesse d'un pays
  4. le caméralisme allemand qui se considère comme une science des choses de l'État)[79].

En France, les premiers ouvrages notables qui analysent le fonctionnement économique de l'État et proposent des actions au gouvernement pour améliorer son fonctionnement, sont:
En 1615, le Traité d’économie politique, d'Antoine de Montchrestien ;
En 1695, Le Détail de la France, la cause de la diminution de ses biens et la facilité du remède en fournissant en un mois tout l’argent dont le Roi a besoin et enrichissant tout le monde, de Pierre Le Pesant de Boisguilbert;
En 1700, La Dîme royale, de Vauban.

David Hume et Adam Smith vont plus tard critiquer les mercantilistes pour leur intérêt marqué pour la monnaie et la balance commerciale. Mais en réalité les mercantilistes ne s'intéressent pas uniquement à l'amélioration de la trésorerie de l'État. William Petty par exemple développe les premières réflexions sur des thèmes modernes comme celui de la masse monétaire, de la vitesse de circulation de la monnaie, ou sur l'intérêt du plein emploi pour la richesse de tous [80].
Au XXe siècle, beaucoup d'économistes reviennent sur les critiques faites à l'encontre du mercantilisme et reconnaissent l'exactitude de certaines de leurs théories. Entre autres, John Maynard Keynes reprend dans sa « Théorie Générale » les réflexions liant le niveau du taux de l'intérêt avec les variations de quantité de monnaie[81].
Au total, la théorie élaborée par les mercantilistes n'est pas le fruit d'un chrysohédonisme simpliste (le fait de placer le bonheur au sein de l'or). Il est exact qu'elle préconise d'une part l'enrichissement de la Nation par l'accumulation de métaux précieux (comme l'or et l'argent sont source de la richesse), ce qui implique la constitution active d'un excédent commercial. Mais d'autre part, elle prend pour objectif le renforcement de la puissance de l'État, personnifié par le monarque absolu.
La résultante réside dans la conquête des marchés extérieurs (ventes à l'extérieur des produits manufacturés) et la préservation (ou une extension) du marché intérieur (restriction aux importations). D'où une sorte de « guerre commerciale », fondée non seulement sur le protectionnisme interne mais aussi sur l'interventionnisme externe.
On doit par ailleurs aux mercantilistes (et notamment à William Petty) le développement et l'utilisation des statistiques et des méthodes empiriques en économie. Celles-ci dérivent de leur souci de surveiller la balance commerciale et les flux de métaux précieux, et parfois d'une sorte d'obsession du numéraire.

L'Économie de Liberté : Le Libéralisme[modifier | modifier le code]

Ce mouvement marque le tournant dans la pensée économique qui a commencé avec les travaux des physiocrates et se poursuit notamment avec la publication du traité d’Adam Smith sur la Richesse des Nations en 1776. Cette pensée se développe principalement en Grande-Bretagne et en France.
Karl Marx invente le terme classique pour distinguer les économistes « classiques » des économistes « vulgaires » : les économistes « classiques » étant -selon lui- ceux qui cherchent à déterminer l'origine de la valeur. Keynes adopte une vision plus large lorsqu'il fait référence aux « économistes classiques » : Pour lui, l'ensemble des économistes qui adhèrent à la loi de Say font partie de l'école Classique. De la sorte cette école s'étend jusqu'aux travaux de Pigou (1930).
[réf. nécessaire]

Prémices philosophiques[modifier | modifier le code]

Bernard de Mandeville (1670-1733)[modifier | modifier le code]

Bernard de Mandeville, écrivain anglais publie en 1714, La Fable des abeilles où il tend à opposer la vertu et la prospérité. Selon cet auteur, la richesse économique collective découle des « vices privés », en particulier de la consommation de biens de luxe condamné par les mercantilistes ou les physiocrates comme un gâchis. Cette idée de séparer la morale de l'efficacité montre la nécessité de rompre avec l'influence des valeurs et de refuser les a priori dangereux. En effet, la conclusion provocatrice de cet auteur est que les vices privés se révèlent en fait être profitables à la communauté et sont donc des « vertus collectives ». Son analyse fait de la consommation une action tout aussi utile que l'épargne et annonce les thèses futures de John Maynard Keynes. Par d'autres aspects, elle préfigure le libéralisme économique et, selon Friedrich Hayek, « l'ordre spontané » [82].

Influence des philosophes des Lumières[modifier | modifier le code]

Les philosophes des Lumières développent aussi des analyses économiques :
Montesquieu est salué par Keynes pour avoir compris le premier le rôle des taux d’intérêt comme instrument de la création monétaire dans De l’esprit des lois (1748), même si, avant lui, Jean-François Melon et surtout, Nicolas Dutot, dans ses Réflexions politiques sur les finances et le commerce (1738), ont en partie déjà fondé leurs analyses sur l'influence monétaire des taux d'intérêt. Dans cette œuvre, Montesquieu voit aussi le commerce comme source d'adoucissement des mœurs et de paix entre les nations au contraire des mercantilistes qui en faisaient le « nerf de la guerre ».
Jean-Jacques Rousseau décrit quant à lui le processus social de l’appropriation des terres, fondement de l’inégalité parmi les hommes et origine du Droit et de la société civile.
L'écossais David Hume apporte la première contribution majeure à la théorie du libre-échange en tentant de démontrer que les déséquilibres commerciaux sont naturellement corrigés par des mécanismes monétaires.

Les Fondateurs du Libéralisme Économique[modifier | modifier le code]

L'école classique marque vraiment l'avènement de l'économie moderne. La période classique commence avec le traité d’Adam Smith sur la Richesse des Nations en 1776 et se termine avec la publication en 1848 des Principes de John Stuart Mill. Cette pensée est historiquement développée en Grande-Bretagne et en France. C'est Karl Marx qui invente le terme classique en opposant les économistes classiques aux économistes vulgaires. Les classiques étant ceux qui ont cherché à déterminer l'origine de la valeur. Keynes adopte une vision plus large lorsqu'il fait référence aux Classiques car il étend cette école jusqu'aux travaux de Pigou (1930). Pour lui, l'ensemble des économistes qui adhèrent à la loi de Say font partie de l'école Classique.

Le mouvement physiocratique[modifier | modifier le code]

Le terme « Physiocratie » ou « gouvernement par la nature » ( issu du grec « phusis » la nature et « kratein » commander ) a été forgé par Pierre Samuel du Pont de Nemours. C'est une école de pensée économique et politique née en France vers 1750, qui connait son apogée au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle

Le Tableau Économique de François Quesnay[modifier | modifier le code]
François Quesnay

Le fondateur de cette école est François Quesnay: il en devient le chef de file incontesté après la publication du Tableau économique en 1758, où il représente la circulation des richesses dans l'économie. ( voir aussi : Anne Robert Jacques Turgot,1727-1781 Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766))

Le « Tableau économique » de Quesnay s'inspire de la théorie des cycles de François Véron Duverger de Forbonnais et du « zig-zag[83] » élaboré sous la direction de Vincent de Gournay et Richard Cantillon. Ces travaux révolutionnaires pour l'époque anticipent ceux d'Adam Smith : Ils s'intéressant à la création de la richesse, mais aussi et surtout à sa répartition via des diagrammes de flux et de stocks représentant de manière très élaborée le fonctionnement de l'économie.

Le but de ce groupe de marchands et de grands commis de l'État est de mettre en place les outils qui permettront au Roi de France de mieux mesurer la création de richesse et ainsi pouvoir faire de meilleures lois afin d'éviter les disettes via une production et une répartition optimisées des richesses. Cependant, en prenant pour hypothèse que le travail est la source de toute création de richesse, cette analyse va heurter de plein front les intérêts de l'aristocratie française, pour laquelle le simple fait de travailler était synonyme de dérogeance; si un Noble travaillait et que cela venait à se savoir, il en perdait sa noblesse, et seule une lettre de réhabilitation du Roi pouvait la lui rendre.

François de Quesnay en habile politique va dans le « Tableau économique » faire reposer la source de la richesse non plus sur le travail, mais sur la capacité « miraculeuse » de la terre à produire de la nourriture à chaque printemps. Il arrivera ainsi à se concilier les bonnes grâces des rentiers terriens tout en proposant un nouveau système prenant en compte autant que se peut les idées nouvelles et permettant de dépasser le mercantilisme (et le colbertisme) sans révolutionner la société.
Turgot, Catherine II la Grande, le roi Stanislas II font aussi partie de cette école de pensée.

La richesse produite par l'Agriculture[modifier | modifier le code]
Tableau économique de Quesnay

En opposition aux idées mercantilistes, les physiocrates considèrent que la richesse d'un pays consiste en la richesse de tous ses habitants et non pas seulement en celle de l'État. Cette richesse est formée de tous les biens qui satisfont un besoin et non de métaux précieux qu'il faudrait thésauriser. La richesse doit être produite par le travail.

Pour les physiocrates, la seule activité réellement productive est l'agriculture. La terre multiplie les biens : une graine semée produit plusieurs graines. Finalement, la terre laisse un produit net ou surplus. L'industrie et le commerce sont considérés comme des activités stériles car elles se contentent de transformer les matières premières produites par l'agriculture.

La Physiocratie distingue trois classes d'agents économiques :

  1. La classe des paysans, qui est la seule productive (producteurs terriens),
  2. la classe dite « stérile » composée des « marchands » et « industriels ».
  3. la classe des propriétaires.

Cette vision de l'économie est naturelle à une époque où l'immense majorité de la population est formée d'agriculteurs qui produisent tout juste de quoi assurer leur propre survie. La thèse selon laquelle la terre est la seule source de richesse, qui distingue les Physiocrates de leurs successeurs classiques, est néanmoins secondaire par rapport aux autres apports par lesquels les Physiocrates se distinguent de leurs prédécesseurs, qui ont été repris par les classiques et qui fondent l'économie moderne.

Vincent de Gournay et Turgot, souvent assimilés à l'école physiocratique, pensent au contraire que les manufactures et le commerce sont générateurs de richesses. Ils ne doivent donc pas être comptés parmi les physiocrates même si ces derniers leur ont fait beaucoup d'emprunts. [réf. nécessaire]

« Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises »[modifier | modifier le code]
Portrait de Vincent de Gournay

Dans la controverse sur le commerce des grains qui marque le milieu du XVIIIe siècle, les Physiocrates prennent parti contre les restrictions gouvernementales au commerce des blés (qui sont à l'époque la base de l'alimentation). Plus généralement, ils affirment que la meilleure façon de maximiser la richesse de tous est de laisser chacun agir à sa guise selon ses moyens et mettent ainsi au premier plan la liberté du commerce comme principe de politique économique[84].

Vincent de Gournay a popularisé la fameuse phrase « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises », probablement due au Marquis d'Argenson, et qui passera à la postérité. Ce programme résumé en une phrase connaîtra un renouveau particulier avec la mise en avant des idées libérales dans le dernier quart du XXe siècle, les partisans du libre-échange reconnaissant les physiocrates comme des précurseurs du libéralisme économique [85].

Promouvoir et défendre l'Ordre naturel[modifier | modifier le code]

L'ordre naturel repose sur le droit naturel et se trouve gouverné par des lois qui lui sont propres. Le rôle des économistes est de révéler ces lois de la nature. Et le rôle du pouvoir est de garantir l'application du droit naturel. Ainsi, chaque homme a droit à ce qu'il acquiert librement par le travail et l'échange.

La liberté et la propriété sont des droits naturels que le souverain doit respecter et protéger en les consacrant dans le droit positif. Les physiocrates ne remettent pas en question la monarchie, mais veulent que le souverain, loin de se comporter en monarque absolu ou en despote arbitraire, se soumette au droit naturel et le fasse respecter. Respect qui impose la mise en œuvre de toute son autorité. C'est le sens de l'expression « despotisme légal » utilisée par Lemercier de la Rivière, qui s'apparente plus au concept libéral d'État minimum qu'à l'acception courante du mot despotisme. [réf. nécessaire]

Adam Smith[modifier | modifier le code]

Adam Smith

Adam Smith (1723 - 1790, est considéré par beaucoup comme un des fondateurs de la pensée économique moderne. Son traité «Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations» (1776) connait un immense succès. Marwitz déclare en 1810 : « Il existe un monarque aussi puissant que Napoléon, c'est Adam Smith ». L'ouvrage est traduit et diffusé en France par JB Say au début du XIXe siècle.

  1. L'Homme est l'auteur de la Production et le principe de la Richesse. Smith contredit la thèse des physiocrates ( seule la terre produit de la richesse ): Dès les premières lignes de son traité il reprend les thèses de William Petty et de Condillac pour affirmer que la richesse découle du travail de l'Homme qui n'a de cesse de s'organiser pour devenir plus efficace. Il fournit à titre d'exemple la description d'une Fabrique d'épingles, qu'il semble avoir empruntée à l'Encyclopédie. Dans les sociétés développées, le Travail produit le capital, qui doit être subdivisé en capital fixe et capital circulant, et dont le rôle est de rendre le travail plus productif. L'Epargne -définie comme une consommation différée- doit être encouragée. La prodigalité manifestée à certains égards par les mercantilistes lui semble condamnable : « L'industrie ne peut augmenter que dans la mesure où le capital augmente et le capital ne peut augmenter que dans la mesure où l'épargne s'accroit » [86]
  2. L'Homme cherche son propre intérêt : « Il ne pense qu'à son propre gain ». Le Marché est le principe d'Équilibre (La Main Invisible). En recherchant son propre gain, l'homme est conduit par « une main invisible » à servir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions: il travaille nécessairement au plus grand revenu de la Société.”. Alors qu'avec les physiocrates les échanges sont conduits par des flux, le marché de Smith résulte du libre jeu des prix.
  3. L'accumulation du capital est le principe du Progrès. Smith distingue trois états de l'économie (Progressif, stationnaire, rétrograde) et affirme qu'une accumulation de capital supérieure à l'accroissement démographique aura pour effet une hausse des salaires et des profits.

Les Maitres classiques (XIXe siècle)[modifier | modifier le code]

Plusieurs générations d'auteurs appartenant à l'École classique vont se succéder :

En Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Thomas Malthus (1766 - 1836)[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage central -l'« Essai sur le principe de population » (1798))-, il explique que l'humanité est vouée à la misère : Les ressources disponibles augmentent en effet suivant une progression arithmétique (2, 3, 4, ...) alors que la population croît selon une progression géométrique (2, 4, 8, ...). Après avoir suscité une levée de boucliers, son analyse -qui conduit à prôner la restriction des naissances- se diffuse assez largement :
Elle est en phase avec le courant de dénatalité constaté de manière précoce et significative notamment en France. Elle donne des arguments aux partisans du protectionnisme agraire (voir la question du Tarif de garantie des prix agricoles mis en place en 1892 par le ministre Jules Méline).
Malthus rédige également une critique de la « Loi des débouchés » ou « Loi de Say » en pointant le rôle de l'épargne et -en particulier- de l'excès d'épargne. Thèse qui sera remarquée et reprise plus tard par Keynes dans ses analyses de la détermination de la demande effective.
La teneur générale des idées de Malthus contribue à forger la doctrine dite du Malthusianisme

David Ricardo (1772 - 1823)[modifier | modifier le code]
David Ricardo

L'ouvrage Des principes de l'économie politique et de l'impôt en 1817 est son chef-d'oeuvre d'analyse économique. Il constitue une vision d'ensemble de l'économie anglaise de son époque et développe plusieurs points théoriques importants en utilisant la méthode déductive et la formalisation des relations économiques
Par rapport à ses prédécesseurs, Ricardo se manifeste sur le plan de la forme par un mode d'énonciation plus abstrait et plus rigoureux :

« La méthode aanalytique de Ricardo est entièrement fondée sur deux principes : la réduction de la complexité économique en données de plus en plus nombreuses à mesure de la progression logique et l'établissement de relations causales entre les variables qui subsistent. D'où les possibilités offertes par Ricardo à la retranscription ultérieure de son texte à l'aide des mathématiques » [87]

Son apport théorique donne naissance ou formalise des concepts qui feront date notamment dans les domaines suivants:

  1. Valeur-travail qui devient une notion centrale en économie ( et sera reprise notamment par l'analyse marxiste)
  2. L' émission monétaire
  3. Le Commerce International
  4. Le Salaire naturel
  5. La théorie de la rente

Sur le plan du fond Ricardo privilégie l'étude des phénomènes de répartition de la richesse : En 1820 [88], il écrit à Malthus quelques années avant sa mort :

« L'économie politique est selon vous une enquête sur la nature et les causes de la richesse. J'estime au contraire qu'elle doit être définie : une enquête sur la distribution ... De jour en jour, je suis plus convaincu que la première étude est vaine et décevante et que la seconde constitue l'objet propre de la science »
Cobden et le Libre-Echange (1838)[modifier | modifier le code]

Plutôt méconnue est l'influence de Richard Cobden. Elle est pourtant considérable puisqu'il est l'apôtre inlassable du Libre-échange et qu'à ce titre, ll obtient en Angleterre (de 1846 à 1850) l'abolition des lois protectionnistes et douanières. En 1860, à la tête de la délégation anglaise, il négocie avec la France un traité de commerce libéral.

En France[modifier | modifier le code]

Jean Baptiste Say (1767-1832)[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Say est considéré comme le chef de file des économistes classiques français. Son renom est du à la publication en 1803 de son Traité d'économie politique, mais aussi à la « Loi des débouchés », aussi appelée « Loi de Say ».
Jean-Baptiste Say a une vision quasi-matérielle de l'économie : Selon la « Loi des débouchés », les produits s'échangent contre des produits et donc l'offre crée sa propre demande.

« il est bon de remarquer qu'un produit créé offre dès cet instant un débouché à d'autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains . Mais il n'est pas moins empressé de se défaire de l'argent que lui procure sa vente pour que la valeur de l'argent ne chôme pas non plus. Or on ne peut se défaire de son argent qu'en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d'un produit ouvre dès l'instant même un débouché à d'autres produits » ( Traité d'économie politique, 1803, Livre I )

L'ouverture des débouchés étant quasiment automatique, les causes des crises de production lorsqu'elles existent doivent être recherchées ailleurs que dans le fonctionnement du marché.
La monnaie n'est qu'un voile neutre qui recouvre les transactions : Elle ne peut donc être recherchée pour elle-même. Cette conception monétaire sera reprise et développée par les tenants de la Théorie quantitative de la monnaie . Elle sera combattue par Keynes qui montre que les agents peuvent thésauriser une partie de leur revenu et ne pas ré-injecter cette somme dans le circuit économique, contrairement à ce que prétend la « Loi des débouchés »

Frédéric Bastiat (1801-1850)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Frédéric Bastiat.
Paul Leroy-Beaulieu (1843-1916)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Paul Leroy-Beaulieu.

Aux États-Unis : Henry Charles Carey (1793-1879)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Henry Charles Carey.

L'effort de synthèse : John Stuart Mill (1806-1873)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : John Stuart Mill.

Les Néo-classiques : des choses aux mécanismes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : École néoclassique.
Vilfredo Pareto

L'École néoclassique naît de la « révolution marginaliste » dans les années 1870.

L'école de Vienne : Calcul différentiel et Utilité marginale[modifier | modifier le code]

Cette école est la première à utiliser l'utilité marginale comme déterminant de la valeur des biens et le calcul différentiel comme instrument principal de raisonnement. Elle se caractérise en particulier par une extrême mathématisation. Elle se constitue à partir des travaux de Stanley Jevons (1835-1882), Carl Menger (1840-1921) et Léon Walras (1834-1910). D'où les trois écoles issues du marginalisme : l'École de Lausanne, avec Léon Walras et Vilfredo Pareto; l'École de Vienne, avec Carl Menger (voir ci-dessous) et l'École de Cambridge, avec William Jevons. Fin XIXe siècle, ces auteurs réorientent l'origine de la valeur vers les conceptions avancées autrefois par Condillac ( idées qui avaient été éclipsées par la notion classique de cout de production ) et définissent la valeur par rapport à l'utilité de la dernière portion ou quantité disponible d'un bien, soit son utilité dite marginale. Le procédé est appliqué à bon nombre de mécanismes de détermination économique : répartition des biens, valeur des biens de production, niveau de l'Intérêt, valeur de la monnaie. [réf. nécessaire]

L'École de Lausanne : l'Équilibre en économie pure[modifier | modifier le code]

Léon Walras (1834-1910)[modifier | modifier le code]

Léon Walras s'attache à bâtir un modèle descriptif de l'activité économique:

  1. il reprend la méthodologie des travaux d'Augustin Cournot et Arsène Jules Dupuit ( ingénieur des Ponts et Chaussées) qui appliquent les mathématiques à l'étude des prix ( concurrence parfaite, duopole, monopole...)
  2. il décrit un modèle idéal, montrant l'interdépendance générale des variables économiques,incluses dans des relations mathématiques.
  3. il fournit une vision globale de l'économie, et le schéma le plus large d'une économie statique: il fait à ce titre l'admiration de J Schumpeter qui le qualifie de plus grand de tous les économistes.

Bien que Walras ne soit pas libéral, son œuvre contribue à renforcer les tenants du Libéralisme : Le modèle, représentatif d'une économie pure, et fonctionnant sous l'hypothèse de la concurrence parfaite (hypothèse à vrai dire idéale) est fréquemment invoqué par les libéraux pour démontrer et défendre la perfection du régime de concurrence (qui ne peut être en vérité un régime de fait). [réf. nécessaire]

Vilfredo Pareto ( 1848-1923)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Vilfredo Pareto.

La synthèse par L'École de Cambridge[modifier | modifier le code]

Alfred Marshall (1842-1924)[modifier | modifier le code]

Professeur à Cambridge, il introduit en Grande Bretagne les travaux des Écoles de Lausanne et de Vienne auxquels il apporte nuances et corrections:
Il perfectionne la vision de la dimension temporelle en proposant la distinction entre courte période et longue période, selon que la quantité de capital, la technique, la population, les goûts des consommateurs ont ou n'ont pas le temps de changer.
Il enrichit la démarche abstraite par une référence accrue à la réalité individuelle ou sociale et n'hésite pas à recommander des réformes sociales.
[réf. nécessaire]

Réaction et contestation du marginalisme[modifier | modifier le code]

L'École autrichienne[modifier | modifier le code]

L’École autrichienne d’économie, issue de Carl Menger en 1871, se distingue de l'École néoclassique en ce qu'elle rejette l’application à l’économie des méthodes employées par les sciences naturelles, et qu'elle s’intéresse aux relations causales entre les évènements plutôt qu'aux mécanismes d'équilibres. Outre Carl Menger, ses représentants les plus connus sont Ludwig von Mises et Friedrich Hayek.
La tradition autrichienne se rattache aux scolastiques espagnols du XVIe siècle (École de Salamanque), via les économistes classiques français.

Elle promeut le libéralisme non seulement en matière économique mais aussi et plus généralement dans le cadre politique et social. De ce point de vue Friedrich von Hayek et ses disciples en sont les représentants les plus actifs
L’École autrichienne est très active dans le débat d'idée puisqu'elle s’est successivement opposée à l’École historique allemande (à la suite de la Methodenstreit); à Léon Walras et aux néoclassiques; aux théories de la conception objective de la valeur et donc à Karl Marx et au socialisme;et enfin à Keynes et aux macroéconomistes.
Ces controverses sont encore vivaces et mettent la tradition autrichienne en conflit avec presque toutes les autres écoles de la pensée économique contemporaine.[réf. nécessaire]

L'institutionnalisme[modifier | modifier le code]

Thorstein Veblen publie en 1899 « Why is Economics not an Evolutionary Science? », le document fondateur de l'École institutionnaliste.
Il rejette de nombreux postulats de l'école néoclassique, comme l'hédonisme individuel justifiant la notion d'utilité marginale, ou l'existence d'un équilibre stable vers lequel l'économie converge naturellement.
L'École institutionnaliste comprend des héritages de l'École historique allemande. elle se développe principalement aux États-Unis, où ses représentants sont : Arthur R. Burns, Simon Kuznets, Robert Heilbroner, Gunnar Myrdal, John Kenneth Galbraith.
Les idées sont reprises dans les années 1970 par l'école de la Nouvelle économie institutionnelle qui se situent dans la lignée de la pensée introduite par Ronald Coase [89].

L'économie d'Intervention[modifier | modifier le code]

Prémices du socialisme[modifier | modifier le code]

Les classiques et leurs analyses sont rapidement critiqués.

Jean de Sismondi (1773-1842)[modifier | modifier le code]

En 1819, Jean de Sismondi publie ses « Nouveaux principes d’économie politique ou de la Richesse dans ses rapports avec la population » où il pointe les conséquences sociales de l'industrialisation visibles dans l’Angleterre de son époque : chômage, inégalité, paupérisation… dénonçant un libéralisme qui se construit en procurant des droits aux entrepreneurs et imposant des obligations aux ouvriers.
Il développe une pensée hétérodoxe en affirmant la prééminence du bonheur social sur la seule efficacité matérielle et rompt avec les analyses des classiques libéraux [90]:

- Il refuse la loi des débouchés de Say selon laquelle « les produits s’échangent contre des produits et le concept d'un équilibre général obtenu par le libre jeu de la concurrence.
- Il montre la possibilité de déséquilibres globaux dans l’économie, notamment sous la forme de crises majeures de surproduction. À ce titre, il introduit la notion de délai entre la production et la consommation ( un an dans le cas de l’agriculture par exemple). Pour lui le progrès technique n’accroît pas simultanément l’offre et la demande, car son premier effet est de permettre le licenciement des ouvriers qui ne sont réembauchés qu’à moyen terme, à condition qu'entretemps les déséquilibres de court terme ne provoquent pas de crise de surproduction.
- Il relève le pluralisme des idées et des jugements des différentes classes sociales sur l'état de l'économie et de la société
- Il considère que l'économie doit aboutir au bonheur de tous et à la justice sociale : « Nous ajoutons que la jouissance est le seul but de cette accumulation, et qu'il y a accroissement de la richesse national que quand il y a aussi accroissement des jouissances nationales ».

Certaines de ses préconisations préfigurent des thèmes de réalisations futures [91]  :

- La distribution des fruits du travail aux salariés qui permet de créer une demande et favorise l'écoulement de la production sera illustrée par le Fordisme
- La réduction du temps de travail qui évite la surproduction et le chômage, ajuste le volume d'emploi avec la consommation annonce le thème du travail choisi.

Bien que réformiste, Sismondi ne s'associe pas aux planificateurs et aux collectivistes. Il croit au marché, mais veut que des institutions en tempèrent la brutalité [92]

Le socialisme utopique[modifier | modifier le code]

L'époque est aussi celle de l’émergence de la pensée socialiste. Les socialistes utopiques dénoncent l’anarchie industrielle.
L'un d'eux,Charles Fourier, rêve de mettre en place des phalanstères, communauté de 1620 personnes sélectionnées pour leurs caractères et leurs aptitudes complémentaires afin que la communauté soit au mieux organisée et puisse prospérer. De nombreux phalanstères sont par exemple créés aux États-Unis. Des industriels philanthropes comme Robert Owen théorisent et montent des usines modèles où est recherchée la hausse de la productivité par la réduction du temps de travail, où sont expérimentés les cours du soir, où les familles sont prises en charges et jouissent de nombreux agréments : écoles, jardins d’enfants, etc. À l’image de Fourier, Owen rêve de mettre en place des « villages de coopération ».

Le saint-simonisme[modifier | modifier le code]

En France, Claude Henri de Saint-Simon promeut le progressisme industriel et souhaite mettre en place une intervention technocratique de l’État basée sur la planification industrielle. L’objectif est l’amélioration des conditions de la classe laborieuse. Autour de lui se forme une véritable « secte économique », le saint-simonisme. De son côté, Charles Brook Dupont-White énonce une critique radicale du capitalisme qui annonce celle du marxisme, et propose l'intervention de l'État comme régulateur du système.

Enfin, en Grande-Bretagne, le dernier des classiques anglais, John Stuart Mill prône que le libéralisme est la meilleure façon de produire des richesses mais indique qu’il n’est pas pour autant la meilleure façon de les répartir…

Marx et le marxisme[modifier | modifier le code]

Karl Marx

Au début des années 1840, des universitaires de gauche critiquent les économistes classiques et se font traiter d'« hégéliens de gauche » car ils se réclament de l'analyse critique pensée par Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Les plus célèbres penseurs issus de ce groupe sont Karl Marx et Friedrich Engels, qui écrivent ensemble ou séparément de nombreux ouvrages économiques, le plus célèbre étant Le Capital.

Le marxisme repose sur une vision philosophique du monde: le (matérialisme historique) qui entend redéfinir les domaines de la philosophie et de la sociologie.
L'économie occupe une place importante dans cette théorie hétérodoxe: Avec Marx, les termes traditionnels sur lesquels repose l'économie (le travail, la propriété, la consommation, la production, le capital, l'argent...) sont redéfinis, complétés et organisés dans un système analytique se voulant logique et cohérent, mais aussi fidèle aux mouvements de la réalité historique.
Sont notamment développées des théories de la valeur et de la valeur-travail, reprises aux classiques anglais (en particulier Ricardo), mais aussi des notions originales comme la mise en évidence de l'importance de l'investisseur -apporteur de capital- dans le cycle « Argent ⇒ Marchandise ⇒ Argent », ainsi que le concept de « Plus-value » (mode de production et répartition).

Ce courant inspire des penseurs de l'économie marxiste comme Rosa Luxemburg avec L'Accumulation du capital[93] (1913), ou plus récemment Paul Baran ou Paul Sweezy.[réf. nécessaire]

L'école historique[modifier | modifier le code]

L'école historique ( aussi qualifiée de courant de l'Historicisme) apparaît en Allemagne dans les années 1840 en réaction à l'universalisme des classiques. Son précurseur Friedrich List (1789-1846) considère que l'instauration du libéralisme n'est conforme qu'à l'intérêt national anglais [94] et que la supériorité de l'industrie britannique est telle que tous ne bénéficient également du libre échange . Il rejette par conséquent l'idée de « lois » économiques dissociées de leur contexte historique, social et institutionnel.

Pour elle, le développement économique ne peut être analysé grâce à une construction purement logique. Cette réaction est inspirée par le mouvement du positivisme:

« Tout ce qu'on appelle logique, métaphysique, idéologie est une chimère et une rêverie, quand ce n'est point une absurdité » [95].
« La prospérité d'un peuple ne dépend pas comme Say le pense de la quantité de richesses et de valeurs échangeables qu'il possède, mais du degré de développement des forces productives. Si les lois et les institutions ne produisent pas directement des valeurs, elles produisent du moins de la force prodcutive et Say est dans l'erreur quand il soutient qu'on a vu des peuples s'enrichir sous toutes les formes de gouvernement et que les lois ne peuvent créer de la richesse. » [96]
L'Allemagne est le pays où fleurit la pensée historiciste. Celle-ci trouve un large écho et contribue même à rendre ce pays plus ou moins imperméable -pendant la période allant de la fin du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle - aux influences exercées par le courant marginaliste en Europe. L'école historique allemande se forme dans les années 1840 avec les écrits de Bruno Hildebrand (1812-1878), Karl Knies (1821-1898) et surtout de Wilhem Roscher (en) (1817-1894).

Ce dernier inaugure le mouvement avec son « Précis d'économie politique d'après la méthode historique, [97] » où il déclare que la recherche économique doit être pluridisciplinaire, incorporant en non seulement les méthodes des économistes mais aussi celles des historiens et des sociologues .« La meilleure méthode étant celle de l'histoire et de l'éventuelle recherche des régularités et des différences, ce qui conduit au relativisme et à l'abandon de l'idée d'une science économique formalisable et universelle » [98]

Par la suite, Gustav von Schmoller, Adolph Wagner, Werner Sombart et Max Weber entre autres contribuent à cette école.

L'école historique anglaise se développe parallèlement et indépendamment de sa consœur germanique. Bien que s'appuyant sur une importante tradition empiriste et inductiviste héritée de Bacon et de Hume, elle n'aura pas la même aura que cette dernière. Il faut néanmoins remarquer que durant la période de transition séparant la domination de l'économie classique ricardienne et l'émergence du marginalisme dans les années 1870, l'école historique anglaise constitue -pour un temps- l'orthodoxie de l'économie politique britannique. Ainsi, W.S. Jevons aura toutes les peines du monde à s'imposer dans le milieu académique.
Très influencée par les auteurs allemands, la version française de l'historicisme n'a qu'une portée limitée et une unité contestable : Le rejet de l'école de Lausanne et de Léon Walras semblent en constituer le principal élément fédérateur. Ses principaux contributeurs sont Charles Gide (1847-1932) et François Simiand (1873-1935). Par contre, la recherche historique en France est profondément rénovée par l'important mouvement de l'École des Annales. L'un de ses héritiers particulièrement fécond dans le domaine de l'histoire économique sera l'historien Fernand Braudel.

Analyse et théories contemporaines[modifier | modifier le code]

Alors que -selon André Piettre[99]- dans la période précédente, la pensée économique s'était perfectionnée en suivant « une voie d'affinement mais aussi de rétrécissement incessant : Depuis la Nature (Physiocrates), vers l'Homme (Condillac et Smith ) puis vers les mécanismes (marginalisme, Théorie de l'équilibre), la démarche des théories contemporaines semble consister dans une remontée inverse, curieusement symétrique. »

Ainsi la démarche des penseurs contemporains va-t-elle :

  1. Repartir d'une analyse révisée des mécanismes fondamentaux (Néo-marginalisme, analyse parétienne, nouvelles théories des prix, du bien être, de la monnaie )
  2. pour retrouver l'homme et ses données psychologiques (les propensions) qui président aux grandes fonctions économiques ( telles qu'exposées par la révolution keynésienne)
  3. pour finalement replacer toute l'activité économique dans son milieu historique et sociologique ( étude des structures et des systèmes).

La révision des mécanismes (1800-1930)[modifier | modifier le code]

Mécanismes de la Valeur et des prix[modifier | modifier le code]

Les auteurs s'attachent à remédier aux défauts de la théorie classique et néo-classique des prix :

- Les néo-marginalistes : Ils forment la troisième génération de l'École de Vienne : des théoriciens du calcul économique ( Hans Mayer, Rosenstein-Rodan, Léo Schonfeld, R. Strigl), l'auteur de la théorie des Jeux (Oskar Morgenstern), des Néo-libéraux ( Ludwig von Mises, R.V Hayek ). Leur objectif est de faire évoluer le raisonnement marginaliste d'une forme trop "psychologisante" ( Hédonisme ) vers une forme plus théorique et plus fondamentale de “calcul économique”.
- Vilfredo Pareto et les courbes d'indifférence : Empruntant la notion à Edgeworth, Pareto fonde l'évaluation de l'utilité non pas dans l'absolu ( un seul bien est envisagé à la fois ) mais de façon relative et plus précisément comparative : l'utilité d'un bien est évaluée par comparaison avec celle d'un autre bien. L'utilité - ainsi retraduite via les courbes d'indifférence- donne une base objective et rigoureuse pour l'établissement d'une “économie pure”
- John Hicks, le taux marginal de substitution et l'Effet de Revenu : Plutôt que de raisonner sur la notion “d'utilité totale” à la manière de Pareto, John Hicks préfère raisonner sur le rapport entre les utilités marginales de deux biens considérés (X) et (Y), soit ce qu'il dénomme le“Taux marginal de substitution” . Le taux indique de combien la quantité du bien (X)diminue quand celle de (Y) augmente. « La notion est importante[100] car elle permet de définir le prix comme égal au taux marginal de substitution entre le produit et la monnaie. À partir de là, l'emploi que fait le Consommateur de son revenu va faire intrusion dans le raisonnement. La théorie de la Demande va en être transformée. » [101]. John Hicks attire également l'attention sur ce qu'il appelle l'effet de revenu en montrant - contrairement à ce que prévoit la théorie classique- qu'une hausse ou une baisse de revenu n'implique pas nécessairement un mouvement de même amplitude et/ou de même sens dans la demande d'un Bien
- John Morice Clark et le poids des coûts fixes : En 1923, John Morice Clark[102] montre que la structure des coûts d'une entreprise influe fortement sur son mode de calcul des prix : Notamment quand la proportion des couts qu'il appelle “constants” ( cad : fixes ) est plus importante, ce qui peut conduire en période d'expansion ou de dépression économique à une détermination du prix fort différente de celle indiquée par ma théorie classique. Plus tard, cet aspect sera complété par la constatation des pratiques dites de Full cost ou Coût complet en Entreprise.
- L'incidence de la structure des Marchés : Le point est perçu en 1838 par Antoine-Augustin Cournot dans sa « Recherche sur les principes mathématiques de la Théorie des Richesses ».
Piero Sraffa le reprend en affirmant que « les forces actives, faisant obstacle à la concurrence » doivent être étudiées [103]
Edward Chamberlin en 1927, développe la thèse selon laquelle les imperfections de concurrence pourraient bien être la règle et n'être plus l'exception tant les situations de monopoles sont fréquentes . Chamberlin pense que ces imperfections doivent être repérées et analysées non seulement au niveau de l'entreprise, mais aussi plus finement au niveau des produits.
L'économiste allemand Heinrich von Stackelberg établit en 1940 un premier tableau inventaire des situations de concurrence ( parfaite et imparfaites)[104]
John Kenneth Galbraith souligne combien le « poids » des entreprises peut influencer l'équilibre de la concurrence. Ce qu'il appelle le « pouvoir compensateur » découle du rapport de forces existant entre les structures.
- Prix administrés et Prix arbitraires : Bien qu'intervenant dans des domaines distincts (public ou privé), l'existence de ces catégories de prix ne manquent pas de jeter le doute sur le réalisme des mécanismes classiques de fixation des prix. John Kenneth Galbraith dans son essai « le Nouvel État industriel » paru en 1968 [105] ne craint pas d'affirmer que « le mécanisme de détermination des prix s'est inversé : il ne s'élève plus de la demande vers l'offre, il descend de la production vers la consommation ».

Mécanismes de la répartition[modifier | modifier le code]

L'opposition irréductible entre libéralisme et socialisme fait question [106]:
Selon le mot d'Auguste Comte, le libéralisme avec son « laisser-faire » apparait comme une « démission solennelle », une « théorie sans politique ». Alors que le socialisme se révèle être « une politique sans théorie ».
Des auteurs français et surtout anglais vont tenter d'opérer une synthèse :

  • Les marginalistes français comme le socialiste Adolphe Landry et le réformiste Aftalion laissent à penser que l'intervention -plutôt que le seul laisser-faire- permettrait d'améliorer les mécanismes de répartition. mais leurs démonstrations n'aboutissent qu'à des conclusions en demi-teinte : « Un régime utile doit décider de sa justice ».
  • Plus convaincante est la notion d'« économie de bien-être » développée par Arthur C. Pigou qui oppose l'économie de richesse avec l'économie de Bien-Être définie comme l'accroissement maximum des utilités des individus. Finalité qui d'après lui n'est possible :
qu'en répartissant plus judicieusement les instruments de production ( en égalisant les utilités marginales des facteurs de production)
qu'en répartissant de façon plus égale, ce qui revient à satisfaire d'abord les besoins de plus forte intensité ( en à grande échelle l'utilité marginale de la monnaie)
qu'en régularisant dans le temps le dividende national en vue de neutraliser les fluctuations et le chômage ( maximiser les effets du revenu par une stabilité plus assurée)
  • J.A.Hobson, économiste fabien, dénonce la théorie de l'utilité finale comme une « finale futilité » [107] et entend donner une justification plus forte au concept de Bien-Être. Pour lui l'« human welfare » a des racines plus profondes que l'« economic welfare » qui minimise le coût humain de la production et oublie le service de l'homme dans la consommation.
  • J.R.Hicks en 1934 complète la démarche de l'optimum de Pareto en y ajoutant la dimension de la distribution: Le bien être est la situation où la production et la distribution sont telles qu'elles permettent à chacun d'atteindre le point le plus élevé sur sa carte de préférence[108].
  • Oskar Lange [109] en économie socialiste, et A.P. Lerner à partir de positions keynésiennes [110] s'efforcent de résoudre la question.
  • Les approches abstraites des mécanismes de la répartition se révélant décevantes, plusieurs auteurs vont réintroduire de façon plus réaliste :
le salaire et son mode de détermination avec M.Dobb et JR. Hicks [111]
les facteurs psycho-sociologiques qui pour Aftalion affectent l'appréciation de l'utilité et de la désutilité du travail et pour F. de Menthon se manifestent par l'effet de l'opinion générale ou de l'action syndicale.

Mécanismes des relations fondamentales[modifier | modifier le code]

Alors que le Modèle élaboré par Walras semble représenter la synthèse aboutie et indépassable du fonctionnement du système économique, deux approches ouvrent des perspectives nouvelles :

  • Joseph Schumpeter (1883-1950) bouscule les idées en introduisant à différents niveaux de la pensée économique le concept de la dynamique. Ses principaux apports concernent la compréhension:
de l'évolution économique avec en particulier ses théories de l'entrepreneur et de l'innovation ( présentés comme les ressorts principaux du progrès), la théorie du circuit économique ( non point stationnaire mais affecté par l'introduction de l'effet-temps), la théorie de l'évolution ( poussée par l'intérêt et le profit )
des cycles économiques, avec un cycle en 4 phases ( prospérité, récession, dépression, reprise ) calqué sur la dynamique de l'innovation.
de l'évolution sociologique du capitalisme avec la constatation de trois phases longues liées à trois familles d'innovation :
  1. La révolution industrielle (1787-1843) avec le coton, l'acier et la vapeur
  2. Le cycle bourgeois ( 1842-1897) avec les Chemins de fer
  3. Le cycle néo-mercantiliste (1897--…) avec l'électricité, la chimie et l'automobile.
  • L'Économétrie qui -par une approche essentiellement quantitative- entend dépasser des méthodes en grande partie fondées sur la déduction abstraite. Les précurseurs sont aux États-Unis Henry Ludwell Moore[112] et en France Marcel Lenoir[113] . Ils entendent utiliser le raisonnement mathématique, mais à la différence des économistes mathématiciens antérieurs (Cournot, Walras, Albert Aupetit, ils veulent le faire reposer sur des fondements concrets et traiter des problématiques sur la base de faits mesurés. Le mouvement est initié en France par des auteurs comme R. Roy, Fr.Divisia, E.Milhau. Puis développé dans les années 1930 par le Centre polytechnicien d'études économiques X-Crise et repris à l'échelon international par la « Société internationale d'économétrie », enfin aux États-Unis par la « Cowles Commission for research in economics » et par la revue « Econometrica ».

Mécanismes monétaires[modifier | modifier le code]

Keynes, l'analyse fonctionnelle[modifier | modifier le code]

Le Modèle keynésien[modifier | modifier le code]

L'impact des idées keynésiennes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : keynésianisme.
Harry White saluant John Maynard Keynes (à droite, 1946)

La crise de 1929 met en exergue la portée limitée des enseignements de la théorie néoclassique : Les théoriciens orthodoxes ne parviennent pas en effet appréhender et analyser l'existence dans les années 1930 d'un phénomène de chômage massif. Sauf à invoquer la présence d'un « chômage volontaire » selon lequel, au taux de salaire fixé par le marché du travail, certains agents économiques ne préfèrent pas travailler. La négligence du chômage est pour John Maynard Keynes l'axe central de la critique qu'il adresse au parti conservateur :

« ce n'est pas accidentellement que le particonservateur nous a mené dans le pétrin où nous sommes. C'est la conséquence normale de sa philosophie, selon laquelle “ il ne faut pas chercher à employer tout le monde car cela conduirait à l'inflation”. » [114].

Alors que l'existence d'au moins un équilibre général est l'unique résultat démontré par la théorie néoclassique (encore aujourd'hui), Keynes va développer au contraire une théorie qualifiée de « générale »[115], car elle rend compte non seulement des situations d'équilibre de sous-emploi, mais aussi de plein emploi et ce, pour toutes les forces de travail et de capital. Son approche théorique qualifiée d'« hétérodoxe » est considérée comme la première théorie macroéconomique, qui remet en question plusieurs des principes néoclassiques : la monnaie n'est pas un voile jeté sur les échanges; le montant de l'épargne n'est pas déterminé sur le marché des capitaux; la détermination du taux d'intérêt est monétaire et non réelle.

Keynes montre qu'une économie de marché parvient le plus souvent à un « équilibre de sous-emploi » durable des forces de travail et de capital. Il rompt ainsi avec l’analyse néoclassique qui analysait le chômage comme « frictionnel » ou « volontaire », afin de montrer que l’économie peut durablement souffrir d’un chômage de masse que les mécanismes du marché seuls ne peuvent résoudre. Ainsi Keynes décrit une dynamique qui empêche toute reprise spontanée de l’économie. Une offre excédentaire initiale provoque des licenciements. Keynes nie la thèse néoclassique selon laquelle se produit un ajustement par les salaires, entrainant un réajustement des profits, puis un retour de l’investissement et de la croissance et « in fine » un retour de l’emploi. La montée du chômage crée au contraire une réduction de la demande . Cette baisse de la demande effective provoque dans l'économie une réduction des débouchés. D'où le scepticisme des entrepreneurs qui n’investissent plus ou ralentissent leurs investissements, ce qui provoque un effet négatif second d'aggravation de la crise. Il importe de ne pas oublier une autre partie de l'analyse : les taux d'intérêt monétaire déterminent principalement le niveau de l'activité économique [116].

Pour sortir de cette situation non optimale, l'« impulsion keynesienne » [117] préconise de stimuler la demande, ce qui vise à redonner confiance aux investisseurs. Pour ce faire, l’État dispose de plusieurs moyens d'intervention :

  1. Tout d’abord redistribuer les revenus des plus riches (qui ont une plus forte propension à épargner) aux plus pauvres (qui eux ont une forte propension à consommer).
  2. L’État peut aussi stimuler la création monétaire via une baisse des taux d’intérêt qui encouragera les gens à emprunter pour consommer et surtout rendra rentable des projets d'investissement dont l'Efficacité Marginale du Capital était inférieure au niveau du taux d'intérêt monétaire.
  3. Enfin l’État peut accroître ses dépenses publiques induisant une augmentation de la demande globale en lançant des programmes de grands travaux par exemple.

Pour ce faire, il peut même recourir au déficit budgétaire dont il peut espérer qu’il sera à moyen terme comblé par la reprise économique. Le financement de cette politique interventionniste s'opère soit par des prélèvements obligatoires supplémentaires, soit une émission de titres sur les marchés des capitaux. Les méthodes de Keynes qui s’appuient sur l’étude des agrégats économiques (entreprises, ménages, État…) et se distinguent de l’étude néoclassique des comportements individualistes, fondent la macroéconomie[118].

L'État-providence Beveridgien[modifier | modifier le code]

Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de succéder à la crise, un économiste et parlementaire britannique, William Beveridge, fait de nombreuses propositions visant à redéfinir le rôle de l’État d’après-guerre. Celles-ci vont profondément changer la conception du rôle de l'État dans l'économie en militant pour le renforcement de ce que l'on appelle « l'État-providence »
En 1942, dans un premier rapport « Social Insurance and Allied Services », il propose la mise en place d’un système totalement généralisé, uniforme et centralisé dont la mission et l'organisation sont détaillées . Le régime préconisé de sécurité sociale vise à « libérer l’homme du besoin » en garantissant la sécurité du revenu, face aux aléas de la vie : maternité, maladie, décès, chômage, accident du travail
En 1944, dans un second rapport «Full Employment in a Free Society», Beveridge considère le chômage comme le « risque majeur dans nos sociétés », et comme l’aboutissement définitif de tous les autres risques (maladie, maternité…). Pour lui les fonctions régaliennes dévolues à l'État lui font le devoir de garantir le plein emploi : « Ce doit être une fonction de l’État que de protéger ses citoyens contre le chômage de masse, aussi définitivement que c’est maintenant la fonction de l’État que de protéger ses citoyens contre les attaques du dehors, contre les vols et les violences du dedans» .

Les disciples de Keynes[modifier | modifier le code]

Les disciples de Keynes lui restent fidèles mais vont projeter son analyse hors de son contexte original (celui d'une crise économique), pour en faire une méthode de régulation permanente des marchés. Les prolongements sont nombreux qui donnent naissance à plusieurs courants :

le keynésianisme (macroéconomie traditionnelle)[modifier | modifier le code]
Les Néo-keynésiens et la théorie du déséquilibre[modifier | modifier le code]

Le mouvement Néo-keynésien ne doit pas être confondu avec celui des post-keynésiens ou des nouveaux keynésiens (voir ci-dessous) .
Le courant néo-keynésien (appelé aussi « école du déséquilibre » ou des « équilibres à prix fixes ») est une synthèse des théories keynésiennes et néoclassiques. Le courant est initié par John Hicks dans les années 1930 : Son modèle IS/LM est la conversion d'un modèle succinct de la Théorie générale en termes néoclassiques. Les principaux auteurs néo-keynésiens sont : Franco Modigliani, Paul Samuelson, Robert Mundell, Robert Solow ou encore Edmond Malinvaud en France. Ces économistes s'intéressent aux fondements microéconomiques de la macroéconomie :

Sur certains points, tel celui de la rationalité, les néo-keynésiens sont plus proches des conceptions de Friedman que de celles de Keynes. Adeptes des systèmes de marché des néoclassiques, ils reconnaissent cependant le caractère non volontaire du chômage ainsi que les imperfections du marché du travail comme causes de non-réalisation du plein emploi (asymétrie d'information, aléa moral, Théorie des insiders-outsiders...). [réf. nécessaire]

le courant post-keynesien[modifier | modifier le code]

Le courant dit « post-keynesien » est représenté par Michal Kalecki, Nicholas Kaldor, Joan Robinson, Roy Forbes Harrod, Evsey Domar (en)

Nouvelle économie keynésienne[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Nouvelle économie keynésienne.

Cette nouvelle école n'est pas un courant de pensée unifié, et ne retient qu'en partie la pensée keynésienne. Elle s'oppose à l'intervention systématique ou trop rigoureuse de l'État sauf si le marché est manifestement incapable d'assurer une régulation efficace.

Ses principaux participants, - George Akerlof, Joseph Eugene Stiglitz, Gregory Mankiw, Stanley Fischer, Bruce Greenwald, Janet Yellen et Paul Romer, sont d'accord sur deux points fondamentaux: la monnaie n'est pas neutre et les imperfections des marchés expliquent les fluctuations économiques[119].

l'École de la Régulation[modifier | modifier le code]

L'école de la régulation regroupe des auteurs comme Michel Aglietta, Robert Boyer, Alain Lipietz

Après Keynes, L'analyse dynamique[modifier | modifier le code]

La dynamique des flux[modifier | modifier le code]

Les travaux vont mettre en avant l'analyse des flux pour caractériser des phénomènes d'amplification, d'anticipation ou d'expansion.

[réf. nécessaire]

La dynamique des forces[modifier | modifier le code]

  • L'étude du progrès technique et de ses conséquences constitue un thème centrale d'analyse chez des auteurs comme Colin Clark, Jean Fourastié et Cobb-Douglas
  • La pression démographique comme dynamique d'évolution inspire les travaux travaux d'Adolphe Landry, Alfred Sauvy, Albert Hirschman et Walt Whitman Rostow
  • Les mobiles psycho-sociologiques sont convoqués pour compléter l'analyse des comportements des agents économiques : comportement des Entrepreneurs ou des Consommateurs, comportement réputé commun dans le cadre d'une Économie généralisée.
  • L'effet de puissance et de domination est l'objet des travaux de François Perroux: Effet de Domination et de l'économie dominante avec la déclinaison du concept depuis la firme jusqu'aux macro-décisions et à l'espace économique global. La perspective étant d'offrir une théorie générale du Progrès et de «l'Économie progressive».

La dynamique des structures, systèmes et régimes[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de plusieurs auteurs, la définition du concept de structure économique et son rôle dans l'évolution économique se précisent; L'économiste allemand Eugen Wagemann -Directeur de l'Institut für Konjoncturforschung de Berlin- publie « La Stratégie économique » (trad française en 1938) dans lequel est formalisée la distinction entre conjoncture (ce qui se transforme : le fonctionnement) et structure (ce qui est plus permanent: les organes).
Le sociologue allemand Walter Eucken [120] introduit la distinction entre les économies dirigées à partir d'un centre et les économies d'échange dirigées par le marché ou l'usage de la monnaie

Effort de construction[modifier | modifier le code]
La question de la dynamique des Systèmes[modifier | modifier le code]

Diversification actuelle de la pensée économique[modifier | modifier le code]

On note une grande diversification des courants de pensée économiques de nos jours, notamment par l'application de nouvelles approches techniques :

Par ailleurs, l'essor des sciences de gestion (management, marketing, organisation, relations humaines, technologies de l'information) a perfusé en économie, aboutissant en particulier à la reconnaissance du savoir, de la compétence et de l'information comme facteur essentiel (économie de la connaissance) de production et de développement, en plus des trois « classiques » : ressources naturelles, travail et capital.

Le courant Néo-libéral anglo-saxon et français

Avant et après la seconde guerre mondiale, certains libéraux (en France : Jacques Rueff et Louis Baudin, aux États-Unis : Walter Lippmann, Friedrich Hayek et Ludwig von Mises) se réunissent et mettent en avant des idées qui font éclore l'École du Néo-libéralisme
L'économie de marché est décrite comme la référence unique souhaitable, devant être “garantie et construite” par :

  • un cadre juridique clair ( libre entreprise et propriété privée...)
  • la stabilité financière et monétaire et l'équilibre budgétaire
  • un mécanisme de libre détermination des prix.
  • un État luttant contre les excès et organisateur -s'il le faut- de la concurrence, en promouvant des “marchés institutionnels”[réf. nécessaire]

L'école autrichienne[modifier | modifier le code]

L'école autrichienne, d'abord assimilée à l'école néoclassique, a toujours soutenu des positions très différentes de celles de Walras et Jevons et est maintenant considère comme hétérodoxe. [réf. nécessaire]

Ordoliberalisme ou école de Fribourg[modifier | modifier le code]

L'Ordolibéralisme est un courant du libéralisme, apparu en Allemagne dès les années 1930. L'État est chargé de garantir un cadre politique, mais doit s'abstenir d'interventions sur les marchés. Walter Eucken l'avait exprimé ainsi : "Oui à la planification des structures par l'État - non à la planification et au dirigisme du circuit économique par l'État." D'autres représentants sont Franz Böhm (comme Eucken professeur à Fribourg), Wilhelm Röpke, Alexander Rüstow ou Müller-Armack. Le miracle économique allemand (Wirtschaftswunder) est attribué à l'adoption de ces idées dans le système d'une économie sociale de marché par le ministre des finances Ludwig Erhard.

les Néo-walrasiens[modifier | modifier le code]

(Kenneth Arrow, Gérard Debreu) Ce courant qui entend démontrer comment l'équilibre est non seulement possible mais automatique peut être qualifié de théorique et d'a-historique. En partant d'un modèle représentant le fonctionnement de l'économie en situation de concurrence, la recherche porte dur les mécanismes de l'équilibre. Dans cette ligne de pensée, on peut inclure les modèles de croissance, dont l'un des plus connus est celui de Solow[réf. nécessaire]

l'École des Choix publics[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théorie du choix public.

La théorie des choix publics s'est imposée comme une discipline de l'économie qui décrit le rôle de l'État et le comportement des électeurs, hommes politiques et fonctionnaires. Elle entend ainsi appliquer la théorie économique à la science politique. Le texte fondateur de ce courant est The Calculus of Consent publié en 1962 par James M. Buchanan (« Prix Nobel » d'économie 1986) et Gordon Tullock.
La politique y est expliquée à l'aide des outils développés par la microéconomie. Les hommes politiques et fonctionnaires se conduisent comme le feraient les consommateurs et producteurs de la théorie économique, dans un contexte institutionnel différent : entre autres différences, l'argent en cause n'est généralement pas le leur (Cf. le problème principal-agent). La motivation du personnel politique est de maximiser son propre intérêt, ce qui inclut l'intérêt collectif (du moins, tel qu'ils peuvent le concevoir), mais pas seulement. Ainsi, les hommes politiques souhaitent maximiser leurs chances d'être élus ou réélus, et les fonctionnaires souhaitent maximiser leur utilité (revenu, pouvoir, etc.)
[réf. nécessaire]

La Nouvelle économie classique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nouvelle économie classique.

La Nouvelle économie classique ou Nouvelle macroéconomie classique est un courant de pensée économique qui s'est développé à partir des années 1970. Elle rejette le keynésianisme et se fonde entièrement sur des principes néoclassiques. Sa particularité est de reposer sur des fondations micro-économiques rigoureuses, et de déduire des modèles macroéconomiques à partir des actions des agents eux-mêmes modélisés par la micro-économie.
Les nouveaux classiques comprennent Robert Lucas Jr, Paul Romer, Finn E. Kydland, Edward C. Prescott, Robert Barro, Neil Wallace (en), Thomas Sargent
[réf. nécessaire]

l'École de Chicago[modifier | modifier le code]

(Frank Knight, Jacob Viner, George Stigler, Gary Becker)

l'École monétariste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : monétarisme.

Au début des années 1960, plusieurs économistes menés par Milton Friedman (chef de file de l'école de Chicago) tentent de relancer la théorie quantitative de la monnaie mise à mal par les analyses keynésiennes. Étudiant le cas américain (M. Friedman et Anna Schwartz, Une histoire monétaire des États-Unis) il remarque que toute évolution brutale de la masse monétaire (aussi bien son augmentation préconisée par les keynésiens dans le cadre des politiques interventionnistes, que sa diminution dans le cadre de politique de rigueur) est synonyme de déséquilibres économiques. Renouant avec la théorie quantitative de la monnaie, ils recommandent une politique monétaire restrictive où l'émission de monnaie serait limitée à une proportion fixe de la croissance du PIB, assurant une expansion parallèle à celle de l’activité. Les monétaristes pronent également la mise en place d'un change flottant permettant le rééquilibrage automatique de la balance extérieure. Ces conclusions remettent en cause la base des politiques keynésiennes et suscitent de nombreux débats depuis.[réf. nécessaire]

La théorie des cycles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : cycle économique.

À l'évidence, l'activité économique ne se déroule pas de manière régulière et continue. Dans le court terme ( on parle de conjoncture) ou à plus longue échéance ( on évoque la croissance économique ), elle connait tantôt des phases d'accroissement plus ou moins rapide, tantôt des périodes de stagnation, voire des temps de décroissance momentanée, sinon d'effondrement.
Il est important tant pour les analystes que pour les décideurs de pouvoir comprendre l'importance et la portée de phénomènes selon qu'ils sont censés caractériser :

  1. la conjoncture économique, c'est-à-dire l'évolution de l'activité économique, avec des hauts et bas relativement rapprochés sur des périodes plutôt courtes (typiquement sur quelques années).
  2. La Croissance et le développement économique et social, avec des phases d'amplification, de stagnation, ou de déclin remarquables seulement sur des observations faites en longue période ( soit plusieurs générations humaines).

En observant certaines régularités dans les fluctuations de l'activité, des auteurs ont contribué à bâtir la « théorie des cycles » . Celle-ci s'efforce de rendre compte et de comprendre le phénomène de succession de phases et d'en tirer une approche autant que possible préventive des crises et des reprises de en économie. [réf. nécessaire],

Théorie de l'Offre[modifier | modifier le code]

La théorie de l'offre ou supply-side, est un courant développé à partir des années 1970 aux États-Unis qui vise à démontrer que la déréglementation ainsi que la diminution de la fiscalité agissent sur l'offre favorablement et permettent d'agir en profondeur sur l'économie. Ce courant, basé en particulier sur la courbe de Laffer, a eu une influence certaine sur la politique économique de Ronald Reagan, les reaganeconomics ainsi que sur celle de Margaret Thatcher. L'école des choix publics est relativement proche de ce courant, les principaux représentants en sont Arthur Laffer, Robert Mundell, sans en faire partie s'inscrit par certains aspects dans ce mouvement. [réf. nécessaire]

La Théorie du capital humain[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Capital humain.

La théorie du capital humain est une théorie/concept économique introduit par Theodore W. Schultz, puis précisé par Gary Becker -dans Human Capital, 1964- visant à rendre compte des conséquences économiques de l'accumulation de connaissances et d'aptitudes par un individu ou une société. Il comprend donc non seulement le savoir, l'expérience et les talents (capital-savoir), mais aussi sa santé physique ou sa résistance aux maladies. [réf. nécessaire]

La Théorie des contrats implicites[modifier | modifier le code]

La théorie des contrats implicites cherche à expliquer la défaillance du marché suivante : les salaires ne varient pas en fonction de la productivité marginale des travailleurs. Les observations empiriques montrent une progression constante des salaires au cours de la carrière. Cela s'explique par l'aversion au risque des travailleurs et par la peur de manquer de personnel de la part des employeurs. Cela conduit à l'établissement d'un contrat implicite passé entre ces deux agents où le salarié accepte un salaire inférieur au marché en période de plein-emploi/haute conjoncture et un maintien de son salaire en période de sous-emploi/basse conjoncture (Azariadis, Implicit contracts and unemployment equilibria, 1975).

Selon Bernard Salanié, « l'objet de la théorie des contrats est d'appréhender les relations d'échange entre des parties en tenant compte des contraintes institutionnelles et informationnelles dans lesquelles elles évoluent. »[réf. nécessaire]

Éconophysique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Éconophysique.

L'éconophysique est un domaine de recherche scientifique multidisciplinaire qui se propose de résoudre des problèmes économiques en appliquant des méthodes et théories développées pour expliquer des phénomènes physiques complexes relevant notamment de la physique statistique. Les banques centrales avec des modèles stochastiques dynamiques d'équilibre général ou les sociétés d'investissement comme Capital Fund Management sont les premières à tirer parti des avancées de cette discipline[121],[122].

L'intérêt des physiciens et mathématiciens pour l'économie et les sciences sociales n'est pas nouveau. Daniel Bernoulli avec la publication de son article Specimen theoriae novae de mensura sortis portant sur le paradoxe de Saint-Petersbourg est l'un des premiers scientifiques à appliquer les statistiques aux comportements humains. Il est à l'origine de la formalisation des concepts économiques d'utilité, de risque et de prime de risque[123].

Alors que les modèles économiques classiques expriment une vision d'équilibre statique (équation linéaire, équilibre statique), la fin du XX siècle voit des physiciens -non satisfaits par les approches et les explications traditionnelles de l'économie et fort des succès de la physique statistique- proposer d'appliquer les méthodes et les outils de la physique. Très tôt ils étudient les informations contenues dans les données financières et se proposent d'expliquer des phénomènes économiques généraux[124].

Le terme d'«éconophysique» est mentionné pour la première fois à Calcutta en 1995 lors d'une conférence de physique statistique par H. Eugene Stanley pour désigner l'ensemble des articles écrits par des physiciens et ayant pour objet l'économie ou la finance. Cet intérêt est soutenu par l'explosion des données financières et économiques qui permettent de confronter les modèles à la réalité[125].

En 1983 Emmanuel Farjoun et Moshe Machover remarquent que les sciences physiques sont capables de faire des prévisions utiles sur le comportement macroscopique d'ensembles (du mouvement brownien aux lois de la thermodynamique), qui vu localement apparaissent aléatoires et chaotiques [126]. Selon eux, les économistes néo-classiques, marxistes, ou keynésiens sont englués dans une vision de causalité datant d'Adam Smith à la recherche d'un équilibre hypothétique [127]. Partant du constat que le postulat de cet équilibre étaient centrales dans les théories proposés jusqu'alors en économie politique et que les modèles associés sont inefficaces confrontés aux multiples crises économiques, ces auteurs se propose de changer radicalement les hypothèses de base et jettent les bases d'une approche probabiliste de l'économie politique. Ils reprennent la problématique de formation des prix et du profit mais en conceptualisant diverses quantités sous la forme de variables aléatoires. En particulier, s'ils se positionnent dans la tradition des économistes classiques et marxistes insistant sur le rôle du travail dans la création de richesse (voir valeur travail), ils rejettent l'hypothèse, simplificatrice mais irréelle, d'un taux de profit uniforme. Selon eux, la compétition d'un marché libre ne peut engendrer au mieux qu'un équilibre statistique. De même ils contestent la dimension déterministe d'un prix. Il suffit d'aller sur un marché acheter des légumes pour voir que le prix du kilogramme de tomate n'est pas une variable déterministe : il n'est pas constant ni sur un jour ni sur un même marché. Aussi les prix doivent être considéré comme des variables aléatoires[128]. Law of Chaos ne définit pas un modèle économique probabiliste rigoureux mais suggère des pistes pour une telle modélisation[129].

Dans "Classical Econophysics"[130] les auteurs explorent la voie entrouverte par Emmanuel Farjoun et Moshe Machover en s'appuyant en particulier sur la théorie de l'information et les simulations multi-agents. Ce livre part des concepts développés par les auteurs classiques Smith, Ricardo et Marx. Ainsi la première partie est une analyse de la création de valeur par le travail. La seconde partie est une étude des échanges des biens, la monnaie et la formation du capital. La troisième partie décrit un modèle multi-agents qui bien que simple atteint un équilibre statistique qui reproduit la distribution des revenus observés dans les pays développés. Enfin la dernière partie est une critique de la théorie développée par Friedrich August von Hayek basée selon eux sur une mauvaise compréhension de la théorie de l'information.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir introduction du livre de Daniel Martina la pensée économique, Armand Colin 1991

Références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Denis, Histoire de la pensée économique, Thémis Paris 1966
  2. H. Denis, op. cit.
  3. Avant-propos, in « Pensée économique et théories contemporaines » , Dalloz Paris 1970
  4. History of economic Analysis, London 1955, p. 407
  5. G. Lelarge, Dictionnaire thématique de citations économiques et sociales, Hachette Éducation, Paris, 1993, p. 115
  6. Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, chapitre 24
  7. Blaug 1999, p. 1
  8. Béraud 1992, p. 12
  9. Béraud 1992, p. 1549
  10. Béraud 1992, p. 15
  11. Jared Diamond, De l'inégalité parmi les sociétés, folio, p. 142
  12. Jean-Jacques Glassner, Écrire à Sumer, Seuil, pp. 124-125
  13. Jean-Jacques Glassner, Écrire à Sumer, Seuil, pp. 133
  14. Denise Schmandt-Pesserat, How Writing came about, University of Texas Press, pp. 123-124
  15. Klaas Veenhof, Aspects of Old Assyrian Trade and its Terminology, p. 379
  16. Klaas Veenhof, Aspects of Old Assyrian Trade and its Terminology, p. 389
  17. Klaas Veenhof, Aspects of Old Assyrian Trade and its Terminology, p. 397
  18. Francis Joannès, article Sagesse dans le Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, p. 750
  19. La Chine Plurielle, Centre Sèvres Paris, (janvier 2009)
  20. Michel Cartier, ibidem
  21. Institut Ricci, 14 rue d'Assas 75006 Paris, www. institutricci.org
  22. Jha 1998, p. 267–282
  23. (en) I. W. Mabbett, « The Date of the Arthaśāstra », Journal of the American Oriental Society, American Oriental Society, vol. 84, no 2,‎ 1964, p. 162–169 (DOI 10.2307/597102, JSTOR 597102)
  24. Sihag 2005, p. 723-755
  25. L. K. Jha, K. N. Jha (1998). "Chanakya: the pioneer economist of the world", International Journal of Social Economics 25 (2-4), p. 267–282.
  26. Waldauer, C., Zahka, W.J. and Pal, S. 1996. Kauṭilya's Arthashastra: A neglected precursor to classical economics. Indian Economic Review, Vol. XXXI, No. 1, pp. 101-108.
  27. Tisdell, C. 2003. A Western perspective of Kauṭilya's Arthasastra: does it provide a basis for economic science? Economic Theory, Applications and Issues Working Paper No. 18. Brisbane: School of Economics, The University of Queensland.
  28. Sihag, B.S. 2007. Kauṭilya on institutions, governance, knowledge, ethics and prosperity. Humanomics 23 (1): 5-28.
  29. (en) B.S. Sihag, Kautilya on institutions, governance, knowledge, ethics and prosperity., Humanomics 23(1): 5–28, 2007
  30. Henri Denis, Histoire de la pensée économique, Thémis PUF, Paris 1966 pp. 5 à 12
  31. Henri Denis, op.cit. p.7
  32. Henri Denis, op. cit P.9
  33. a et b Henri Denis, op.cit. p.10
  34. voir Gorgias et Protagoras
  35. Henri Denis, op cit p.16
  36. J. Boncoeur et H.Thouement, Histoire des idées économiques, TI : De Platon à Marx, Nathan Paris, 1989, p.16
  37. Lettres VII, 324, c,d,e et 325 a-e
  38. H. Denis, Histoire de la Pensée économique, Thémis, Paris 1966, P.13
  39. a et b H. Denis,op.cit.P.17
  40. La république, Liv I, 334 a,b, / 338 c / 347 c / 348-352 /
  41. H. denis op.cit. p.20
  42. cité par H. Denis, op. cit. p.22
  43. La république, Liv II , 415, d
  44. H. Denis, op. cit. P.24
  45. La République, Liv VIII, 554,a
  46. H. Denis, op. cit. p. 26-27
  47. Lois, 704, a
  48. H. Denis, op. cit. p.29
  49. Lois, 738,c
  50. Lois, 741
  51. Lois, 740-742
  52. Lois, 849
  53. Lois 846, d
  54. Lois, 846,d
  55. Lois, 744, b, c
  56. Lois, 753,754
  57. Lois, 968 cité par H. Denis, op. cit. p. 33
  58. Cl. Préaux, l'économie des Lagides, Bruxelles, 1939
  59. R.V.Pohlmann, Geschichte des sozailen Frage, 2 vol.
  60. J. Boncoeur et H. Thouement, in Histoire des Idées économiques, TI de Platon à Marx, Nathan Paris 1989, ISBN 978-2-09-188977-1
  61. Boncœur et Thouement, Op. cit
  62. Guerriers et paysans, Gallimard 1973, P. 42-52
  63. Georges Duby, op. cit.
  64. Schumpeter 1954, p. 97–115
  65. a, b, c et d Giacomo Todeschini (2004), Richesse franciscaine. De la pauvreté volontaire à la société de marché, éd. Verdier, 2008, chap. I
  66. a et b Giacomo Todeschini (2004), Richesse franciscaine. De la pauvreté volontaire à la société de marché, éd. Verdier, 2008, chap. I et notamment p. 21 sq.
  67. imposition de la propriété privée des terres
  68. Hans Schmauch: Nikolaus Coppernicus und die preußische Münzreform. Braunsberg 1940; Nicolaus Copernicus Gesamtausgabe. Band V, S. 113
  69. Factum de la France, 1707
  70. cité par H.Denis in Histoire de la Pensée Économique, Thémis, Paris 1966
  71. Raymond Barre, Traité d'économie politique, Thémis 1966, Tome I p.32
  72. R. Barre op.cit
  73. History of Economic analysis, New York 1954, P222
  74. Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
  75. Villey 1985, p. 37
  76. Heckscher 1955, p. 20
  77. The New Encyclopedia Britannica, 2007, vol. 8, p. 26
  78. Blaug 207, p. 343
  79. Villey 1985, p. 53
  80. HULL C.H., The Economic Writings of Sir William PETTY, Cambridge, 1899.
  81. Voir les textes des mercantilistes Malynes et Misselden cités par E.F. Heckscher dans «Mercantilism » (Stockholm 1931) et repris par Keynes dans sa «Théorie Générale » ( Trad française Paris 1939, P.355).
  82. Friedrich Hayek, "Lecture on a Master Mind : Dr Bernard Mandeville", Proceedings of the British Academy, 1966, vol. 52, p. 125-141
  83. Simone Meysonnier, La Balance et l'horloge, La genèse de la pensée libérale en France au XVIII eme siècle, ed. Les éditions de la passion.
  84. Les physiocrates sont les premiers libéraux ; ils considèrent que l'État ne doit pas intervenir dans l'économie et qu'il doit respecter les lois physiques qui la guident. Les intérêts individuels, et surtout ceux des agriculteurs, sont conformes à l'intérêt général. Il faut respecter l'ordre naturel de l'économie et respecter la propriété privée. Marc Montoussé, Théories économiques, Paris, Bréal, 1999, p. 11
  85. Idem
  86. Richesse des Nations Chap 4 .
  87. Préface de Pierre Dockès aux Principes de l'économie politique et de l'impôt, Flammarion Paris 1971
  88. Lettre à Malthus du 9 octobre 1920, citée par A. Piettre, Fondements, moyens et Organes de la répartition du revenu national, in Annales des 35° Semaines sociales Dijon 1932, Éditions de la Chronique sociale (1952)
  89. dans son article de 1937 : « The nature of the firm »
  90. Histoire des pensées économiques, Sirey Paris 1993 p.245
  91. Histoire des pensées économiques, op cit, p.248
  92. Histoire des pensées économiques, op.cit. p.249
  93. Rosa Luxembourg : R. Luxemburg : L'accumulation du capital
  94. Histoire des pensées économiques, T1, Sirey Paris 1993 p.198
  95. Auguste Compte , 1819
  96. F List, Système national d'économie politique , 1841
  97. Université de Gotingen, 1843
  98. Histoire des pensée économiques, TI, Sirey Paris 1993, p. 198
  99. Histoire de la Pensée économique et des Théories contemporaines, Dalloz Paris 1970
  100. A. Piettre, op cit
  101. Ou plutôt la re-découverte, car Hicks reconnait en toute loyauté que la notion était l'œuvre d'un économiste russe : Eugen Slutsky ( 1915)
  102. “The economics of overhead costs”, Chicago Press, 1923
  103. The laws of returns under competitive conditions, Economic Journal 1926, p 535 et suiv.
  104. H.v.Stackelberg, Die grundlagen der Nationalökonomie, Veltw. Archiv. 1940, P; 267
  105. JK Galbraith, « Le nouvel État Industrie », Paris Gallimard, 1968
  106. Pensée économique et théories contemporaines, André Piettre (Dalloz 1970)
  107. J.A. Hobson, The industrial system, 1909 ; Work and Wealth : a human evaluation,1914,; The economics of unemployment, 1922; Economices and ethics, 1930
  108. JR.Hicks et RC Allen, A consideration of the theory of value, Economica 1934
  109. The foundations of welfare economy, Econometrica 1942
  110. Economics of Control, N.Y. 1944
  111. Theory of Wages, 1932
  112. Economic cycles, New York 1914
  113. Étude sur la formation et le mouvement des prix, Paris 1913
  114. Essais de persuasion, Gallimard 1929, traduction française 1933
  115. « Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie », publiée en février 1936 et traduite en français chez Payot vers 1942
  116. Théorie Générale, chap 17
  117. Théorie économique et impulsion keynésienne, A. Barrère, Dalloz Paris 1952
  118. on peut toutefois noter que Ricardo avait déjà fait des études sur l’influence de la répartition des revenus entre classes sociales
  119. Marc Montoussé (1999), Théories économiques, Paris, Bréal, p.242
  120. Grundlagen der Nationalokônomie, Iéna 1941
  121. Econophysique Université de Fribourg
  122. Seminaire sur le point de vue d'un physicien sur l'économie par J.-P. Bouchaud, ENS
  123. Econophysique Université de Houston
  124. Econodynamics Pokrovskii, Vladimir N.
  125. Econophysique Boston University
  126. Emmanuel Farjoun et Moshe Machover, Laws of Chaos (1983)
  127. Adam Smith, in an economy with perfect competition, one can associate with each commodity an ‘ideal’or ‘natural’ equilibrium price, and that in a state of equilibrium all commodities are sold at their ideal prices, which are so formed as to guarantee identical uniform rates of profit to all capitals invested in commodity production
  128. "Anyone who has ever been to a vegetable market knows that the price of tomatoes varies not only from day to day (indeed, hour to hour) but also from stall to stall. If you have just bought 1 kilogram of tomatoes for 50 pence, you know that the price of your kilogram of tomatoes is 50 pence. But you are not really entitle to make the statement: ‘The price of tomatoes today in this town is 50 pence per kilogram.’ Other people may have paid 45 or 55 pence for an identical quantity of similar tomatoes. Strictly speaking, there is no such thing as the price of tomatoes, even if it refers to a particular day in a particular town." Law of Chaos page 10
  129. "We are acutely aware that what we have at this stage is not a worked-out and well-rounded theory, but a skeleton of a research programme, which only long years of theoretical and empirical investigation can flesh out" Law of Chaos page 11
  130. W. Paul Cockshott, Allin F. Cottrell, Gregory J. Michaelson, Ian P. Wright and Victor M. Yakovenko, Classical Econophysics, Routledge, 2009

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Livres

  • Mark Blaug, La pensée économique, Paris, Economica,‎ 1999
  • Claude Jessua, Hisroire de la théorie économique, Paris, Puf,‎ mars 1991
  • André Béraud, Nouvelle Histoire de la pensée économique, Paris, La découvertes,‎ 1992
  • (en) Eli Heckscher, Mercantilism, Allen Unwin,‎ 1955
  • (en) Charles F. Horne, The Code of Hammurabi : Introduction, Forgotten Books, Yale University,‎ 13 novembre 1915, 81 p. (ISBN 978-1605060514)
  • (en) Samuel Noah Kramer, History Begins at Sumer, University of pennsylvania press,‎ 1er avril 1988 (ISBN 978-0812212761)
  • (en) Ibrahim M. Oweiss, Ibn Khaldun, the Father of Economics, New York University Press,‎ 1988 (ISBN 0-88706-698-4)

Revues

  • (en) Mark Blaug, « The Social Sciences: Economics », The New Encyclopedia Britannica, vol. 27,‎ 2007
  • (en) Jean David C. Boulakia, « Ibn Khaldun: A Fourteenth-Century Economist », The Journal of Political Economy, vol. 79, no 5,‎ 1971 (DOI 10.1086/259818) *(en) L.K. Jha, « Chanakya: the pioneer economist of the world », International Journal of Social Economics, vol. 25, no 2/3/4,‎ 1998, p. 267-282 (DOI 10.1108/03068299810193443)* (en) Balbir S. Sihag, « Kautilya on publics goods and taxation », History of Political Economy Economics, vol. 37, no 4,‎ Hiver 2005, p. 723-753 (DOI 10.1215/00182702-37-4-723)
  • Daniel Villey, Petite histoire des grandes doctrines économiques, Paris, Litec,‎ 1985

Encyclopédies

  • (en) Craufurd D. Goodwin, « History of economic thought », The New Palgrave,‎ 2008
  • (en) N.A, « Mercantilism », The New Encyclopedia Britannica, vol. 8,‎ 2007

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publication depuis l'année 2000[modifier | modifier le code]

  • Henri Denis, Histoire de la pensée économique, PUF, coll. « Quadrige Manuels »,‎ 2008, 725 p. (ISBN 978-2130563174)
  • Alain Leroux et Pierre Livet, Leçons de philosophie économique (trois tomes), Economica,‎ 2005-2007, 1561 p. (ISBN 978-2717849417, 978-2717850789 et 978-2717853124)
  • Jacques Valier, Brève histoire de la pensée économique d'Aristote à nos jours, Editions Flammarion, coll. « Champs Essais »,‎ 2009, 240 p. (ISBN 978-2081229006)
  • Robert L. Heilbroner, Les grands économistes, Paris, Seuil, coll. « Points Economie »,‎ 2001, 400 p. (ISBN 978-2020481014)
  • Jean-Marc Daniel, Histoire vivante de la pensée économique : Des crises et des hommes, Pearson Education, coll. « Référence »,‎ 2010, 470 p. (ISBN 978-2744074509)
  • Jean Boncoeur et Hervé Thouement, Histoire des idées économiques (deux tomes), Armand Colin, coll. « Circa »,‎ 2004, 465 p. (ISBN 978-2200340179 et 978-2200340186)
  • J-L Bailly, Jérôme Buridant, Gilles Caire et Christian Lavialle, Histoire de la pensée économique, Bréal, coll. « Grand Amphi Economie »,‎ 2008, 415 p. (ISBN 978-2749501277)
  • François Etner, Histoire de la pensée économique, Economica,‎ 2000, 384 p. (ISBN 978-2717840186)
  • Jean-Jacques Friboulet, Histoire de la pensée économique, SCHULTHESS,‎ 2010, 321 p. (ISBN 978-3725559381)
  • Ghislain Deleplace et Christophe Lavialle, Histoire de la pensée économique, Dunod, coll. « Maxi fiches »,‎ 2008, 192 p. (ISBN 978-2100499076)
  • Gérard-Marie Henry, Histoire de la pensée économique, Armand Colin, coll. « U Histoire »,‎ 2009, 365 p. (ISBN 978-2200345051)
  • Jean-Claude Drouin, Les grands économistes, PUF, coll. « Major »,‎ 2009, 128 p. (ISBN 978-2130577478)

Publication antérieure à l'année 2000[modifier | modifier le code]

  • Mark Blaug (trad. Alain et Christiane Alcouffe), La pensée économique, Economica,‎ 2008, 5e éd., 950 p. (ISBN 978-2-7178-3656-1)
  • André Piettre, Pensée économique et théories contemporaines, Paris, Dalloz,‎ 1969
  • Jacques Wolff, Histoire de la pensée économique, LGDJ / Montchrestien, coll. « Domat économie »,‎ 1998, 304 p. (ISBN 978-2707604576)
  • Alain Béraud et Gilbert Faccarello, Nouvelle histoire de la pensée économique (trois tomes), La Découverte, coll. « Div Science Soc »,‎ 1993, 1756 p. (ISBN 978-2707121653, 978-2707132246 et 978-2707132253)
  • Maurice Baslé, Histoire des pensées économiques, Paris, Sirey,‎ 1997
  • Ghislain Deleplace, Histoire de la pensée économique, Paris Dunod, Sirey,‎ 1999 (ISBN 978-2100533046)
  • Michel Beaud et Gilles Dostaler, La Pensée économique depuis Keynes, Paris, Seuil,‎ 1996 (ISBN 2-02-028969-5)
  • Françoise Dubœuf, Introduction aux théories économiques, Repères, coll. « La Découverte »,‎ 1999 (ISBN 2707129577)
  • Philippe Steiner, Sociologie de la connaissance économique. Essai sur les rationalisations de la connaissance économique (1750-1850), PUF,‎ 1998
  • Karl Pribram, Les fondements de la pensée économique, Economica,‎ 1986
  • Nicolas Brejon de Lavergnée, Traité d'économie politique: Histoire, doctrines, théories, Ellipses,, coll. « Universités »,‎ 1998, 288 p. (ISBN 978-2729895105)
  • Alain Samuelson, Les grands courants de la pensée économique, Presses Universitaires de Grenoble (PUG),‎ 1990, 535 p. (ISBN 978-2706104893)
  • Jacques Wolff, Les Pensées économiques : les courants, les hommes, les oeuvres (deux tomes), Montchrestien,‎ 1988-1989, 700 p. (ISBN 9782707603593 et 978-2707604125)
  • (en) Joseph Schumpeter, History of Economic Analysis,‎ 1954

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Pensée économique orientale :

Pensée scolastique: