Myrina (Mysie)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

38° 50′ 43″ N 26° 59′ 04″ E / 38.84527778, 26.98444444

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Myrina.
Éros harpocratique, figurine en terre cuite de Myrina, musée du Louvre

Myrina (en grec ancien Μυρίνα) est une ancienne cité grecque de Mysie, située sur la côte occidentale de l'actuelle Turquie, à 37 km au sud-ouest de Pergame.

Présentation du site de Myrina[modifier | modifier le code]

Géographie[modifier | modifier le code]

Myrina est une cité éolienne située en bordure du golfe elaïtique [1].

Elle s'est développée au nord de l'ancien estuaire du fleuve appelé Pythicos dans l'antiquité[2]. La ville occupait la plaine de Kalabassary[3] et remontait sur les pentes de trois collines. Les deux premières sont situées au nord ouest, le Kato-Tepe [4] et l'Epano-Tepe [5], la troisième se trouve au sud et s'appelle le mont Divlit.

Myrina a une situation privilégiée puisqu'elle se trouve à une trentaine de kilomètres de Smyrne et de Pergame. De plus, elle est très proche des cités de Kymé, Aïgai et de Grynion.

Si Myrina peut facilement communiquer avec ses proches voisines, elle est également en contact avec le reste de l'Asie Mineure grâce aux systèmes de communications qui se sont succédé dans l'Antiquité. Il y a d'abord eu avant la domination romaine, une route intérieure qui la reliait à la voie conduisant d'Éphèse à Phocée[6]. Puis, Rome a établi à partir de 129 av. J.-C. un réseau routier; Myrina se trouvait alors sur une voie qui partait d'Éphèse et rejoignait Cysique en passant par les cités de Smyrne et de Pergame[7].

Il est plus difficile de déterminer les limites du territoire de Myrina. On sait par Strabon[8] que Grynion dépendait de Myrina, il en est de même pour Aïgai.

En outre, on a retrouvé des bornes marquant les frontières de la cité et datant de la fin de la période hellénistique.

Enfin, en ce qui concerne la cité proprement dite, il en reste peu de choses. Les seuls éléments encore visibles sont un pan de mur byzantin (ou d'époque romaine tardive) sur l'Epano-Tepe[9], un môle et des restes de quais. On trouve également de larges plaques de granit disposées en éventail sur la plage[10] ; une citerne datant probablement du IIIe siècle av. J.-C. a été retrouvée à l'ouest de l'Epano-Tepe ainsi que des pans de murs cimentés remontant sans doute à la basse époque romaine ou byzantine. Enfin, G.E. Bean[11] interprète la dépression que forme le versant occidental de l'Epano-Tepe comme l'emplacement du théâtre de la cité. Dominique Kassab ne confirme pas cette hypothèse mais, elle soutient également le fait que la ville ait possédé un théâtre.

Le vestige le plus important de Myrina est évidemment la nécropole qui se situe sur les versants de l'Epano-Tepe et du mont Divlit ainsi que dans la plaine qui les sépare.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le parcours historique de Myrina est semblable à celui des autres cités d'Asie Mineure et ne se caractérise pas par son originalité.

Il existe deux légendes pour expliquer la naissance de la ville. La première met en scène le héros Myrinos[12], tandis que la deuxième raconte que la reine des Amazones Myrina a fondé la cité et lui a donné son nom[13]. Hérodote[14] et Velleius Paterculus[15] nous rapportent eux aussi l'histoire de la fondation de Myrina, pour eux, il s'agirait des Éoliens, venus de Béotie et de Thessalie, qui auraient colonisé la côte occidentale de l'Asie Mineure et fondé douze villes parmi lesquelles se trouve Myrina.

On retrouve par la suite des témoignages sur l'existence et la vie de la cité. Elle passe ainsi sous la coupe de Crésus, roi de Lydie, puis de Cyrus II, Grand Roi achéménide. Lors des guerres persiques, elle se retrouve dominée par le dynaste Gongylos d'Eretrie[16]. Puis, à partir du IVe siècle av. J.-C., elle entretient des rapports avec le sanctuaire de Delphes sans doute en raison du culte rendu à l'Apollon de Grynion et au temple d'Apollon Chestérios près d'Aigai.

Myrina appartient aussi à la confédération délienne à laquelle elle verse chaque année un talent[17] (quand Smyrne en verse douze). En 218 av. J.-C., elle passe sous la domination pergaménienne lorsque Attale Ier décide de conquérir l'Éolide. Les rapports qu'ont entretenus les deux cités ont été sans nul doute importants, on peut citer pour exemple le fait qu'Eumène II ait choisi un myrinéen, entre autres, pour annoncer dans le monde grec la première célébration des Niképhoria triétériques de 181 av. J.-C. De plus, Pergame a connu une grande prospérité à la suite de la paix d'Apamée en 188 av. J.-C. Elle en fit profiter les cités qui étaient sous sa domination, dont Myrina.

Enfin, au début du IIe siècle av. J.-C., la ville va commencer à émettre (comme certaines de ses voisines) des tétradrachmes d'argent à l'effigie de l'Apollon de Grynion, d'Héraclès ou encore d'Athéna à la manière pergaménienne. On retrouvera ces monnaies jusqu'en Syrie[18].

En 17 ap. J.-C., elle est détruite par un tremblement de terre, puis reconstruite par l'empereur Tibère, avant d'être atteinte par un nouveau séisme en 106.

On sait peu de choses des ressources économiques de Myrina. Son trafic maritime et fluvial était peu développé. La seule activité connue est la production des terres cuites. La cité devait également profiter des industries de la laine d'Aigai et de l'ostréiculture, enfin, le sanctuaire de Grynion devait être également une source de revenus non négligeable. De plus avec la construction de la voie romaine au IIe siècle av. J.-C., Myrina était traversée par les pèlerins se dirigeant vers ce sanctuaire et un relais entre Smyrne et Pergame, ce qui rapportait également des revenus. À partir de cette même époque, la cité a montré des signes d'enrichissement avec l'émission d'une monnaie et l'apparition d'une coroplathie de luxe.

Fouilles[modifier | modifier le code]

Histoires des fouilles[modifier | modifier le code]

En 1870, une nécropole d'époque hellénistique et romaine est découverte accidentellement à Myrina, sur une colline voisine de la ville. Le premier matériel est alors donné à l'École française d'Athènes, ce qui explique la présence d'un grand nombre d'objets au musée du Louvre. Quatre campagnes, menées entre 1880 et 1882 respectivement par Edmond Pottier, Salomon Reinach et Alphonse Veyrier, permettent de répertorier 5000 tombes et d'en fouiller 350. Il s'agit en général de tombes individuelles, des urnes cinéraires ont également été retrouvées. Elles ont dégagé un très grand nombre d'objets : monnaies, miroirs et surtout figurines en terre cuite qui rivalisent avec celles de Tanagra.

La majeure partie des découvertes a été partagée entre le musée du Louvre, le musée archéologique d'Istanbul[19] et l'École Française d'Athènes.

Plus récemment des fouilles de sauvetage ont été entreprises par Ekrem Akurgal du département des Antiquités Turques[20]. Ces fouilles ont permis de compléter les collections de terres cuites.

La nécropole[modifier | modifier le code]

Elle n'a été explorée qu'en partie et cette zone s'étend sur les versants de l'Epano-Tepe et du mont Divlit ainsi que dans la plaine qui les sépare. Elle date des périodes hellénistique et romaine, c’est-à-dire entre le IIIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle.

Il est probable qu'une nécropole antérieure existe ou ait existé puisque l'on a retrouvé des objets datant des périodes précédentes. En effet, trois fosses étaient remplies de sarcophages brisés et entassés semblant provenir de sépultures plus anciennes. Trois lécythes à figures noires datant d'avant l’époque hellénistique ont aussi été retrouvés. Enfin, des débris de stèles présentent une écriture dont le style daté du IVe siècle av. J.-C. tendent à prouver que la nécropole a un passé encore plus ancien.

Salomon Reinach et Edmond Pottier, estiment avoir dégagé environ 5000 tombes. Il n'y a pas d'orientation prédominante. Les sépultures sont disposées par groupes de vingt à soixante, aucun tombeau n'est jamais isolé.

Les tombes sont creusées à même le sol qui est fait de tuf. Elles prennent la plupart du temps une forme quadrangulaire ou ronde, il y a également des chambres funéraires. Il existe d'autres formes d'ensevelissement plus rares: la fosse peut être tapissée de pierres taillées, le mort peut disposer d'un sarcophage de pierre ou de terre cuite.

Certains tombeaux étaient recouverts de plaque de couverture. De plus, 63 stèles portant le nom du défunt ont été retrouvées.

Il existe à Myrina deux formes d'ensevelissement, l'inhumation qui est la plus fréquente, et l'incinération qui pouvait avoir lieu dans la fosse funéraire elle-même comme pour le tombeau B. Salomon Reinach et Edmond Pottier émettent l'hypothèse que parfois le corps n'ait pas été entièrement brûlé mais, que la tête ou d'autres membres aient été épargnés.

En ce qui concerne le mobilier, sur les 5000 tombes ouvertes, seules 350 contenaient des objets. La plupart du temps, il s'agit d'offrandes très modestes: petits vases en argile, miroir, strigile, monnaie de bronze, fiole en verre..., de plus, l'identité de certains morts était indiquée sur une plaque de bronze. Il y a enfin des objets de plus grande valeur comme les figurines de terres cuites ou de bronze et quelques bijoux.

Les statuettes sont, la plupart du temps, brisées, ces dégâts datent de l'antiquité et ont été faits intentionnellement.

La quantité de terres cuites qui a été trouvée à Myrina est très importante, on peut citer le nombre d'objets contenus dans les collections du Louvre qui s'élève à environ 1700 figures[21].

Première partie : Catalogue des figures ailées[modifier | modifier le code]

L’étude porte sur le catalogue qui a été constitué dans les pages suivantes. Il a été fait à partir des collections du Musée du Louvre et des musées des Facultés de Lettres de bordeaux, Lille, Lyon et Montpellier.

En effet, ces collections constituées en grande partie à partir des fouilles entreprises par Edmond Pottier et Salomon Reinach, se suffisent à elles-mêmes pour exprimer la diversité et la qualité des figures de terres cuites trouvées sur le site de Myrina. Il n’a donc pas été nécessaire de s’appuyer sur d’autres collections pour constituer ce catalogue. Cependant, des exemples provenant de collections étrangères ont pu servir pour illustrer le propos de cette étude.

Eros[modifier | modifier le code]

Eros enfant[modifier | modifier le code]

Sans attributs[modifier | modifier le code]

Nu[modifier | modifier le code]

N°01 : EROS NU Musée du Louvre, Paris, n°MYR 107. Origine : Myrina. Dimension : 0,115 m. Datation : première moitié du IIe siècle. Décor : Traces de blanc jaunâtre sur les chairs. Technique : Pas de trou d’évent, pas de trou de suspension. État de conservation : Bon, il manque les ailes et la main gauche. Le bras droit et les jambes sont recollés. Bibliographie : Besques, Myrina, 9.49, pl.59c. TK, II, 332 ; Kleiner, 256.

Eros est debout, la jambe gauche est posée au sol, tandis que la droite est en retrait. Il tourne la tête vers la droite. Son visage est souriant. Il est nu. Sa coiffure se compose d’une tresse centrale et d’un chignon dressé sur l’arrière du crâne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dominique Kassab, Myrina, petite cité grecque,1985.
  2. Aujourd'hui Güzelhisa.
  3. Aujourd'hui Karadut.
  4. Aujourd'hui Oteki-Tepe.
  5. Aujourd'hui Berki-Tepe.
  6. Hérodote, 2, 106 et Nécropole, p.26.
  7. W.M. Romsay, Contributions to the History of the Southern Aeolis,J.H.S., 2, 1981, p. 47-50.
  8. Strabon, 13, 3, 5 (C 622).
  9. Nécropole, p.22.
  10. Kassab, 1985
  11. G.E. Bean, Aegean Turkey, Londres, 1979.
  12. Pomponius Mela, De Choregraphia, 1,90. et Étienne de Byzance.
  13. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], II, 55, 5-6 et Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], XI, 5, 4 (C 505).
  14. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], I, 149.
  15. Velleius Paterculus, Historiae Romana, I, 4, 4.
  16. Xénophon, Helléniques [lire en ligne], III, 1, 6.
  17. IG 13 266.I.144
  18. Archeologia no 174 (1983), p. 20.
  19. Anciennement Tchinli-Kiosk.
  20. Ulhenbrock.
  21. Myrina, 1963,p.V.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Kassab, Statuettes en terre cuite de Myrina, Bibliothèque de l'Institut français d'études anatoliennes d'Istanbul, 1988 (ISBN 2720010634).
  • Géraldine Vieuille, Etude iconographique des figurines ailées en terre cuite de la nécropole de myrina à l'époque hélénistique,mémoire de maitrise Nanterre UPX, réalisé sous la direction de Mme Michèle Daumas, 1995.