Critique de la faculté de juger

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Critique de la faculté de juger ou Critique du jugement[1] (allemand : Kritik der Urteilskraft) est un ouvrage philosophique d'Emmanuel Kant, publié en 1790. On considère en général cet ouvrage comme la troisième grande œuvre de Kant, après la Critique de la raison pure et la Critique de la raison pratique, et comme une œuvre fondamentale de l'esthétique moderne.

Dans cet ouvrage, Kant tente de compléter son système philosophique et de créer un lien entre ses deux premières critiques. Il s'agit de jeter un pont par dessus l'abîme creusé entre l'usage théorique de la raison, qui est au fondement de la connaissance de la nature (Critique de la raison pure), et l'usage pratique de la raison, qui commande toute action morale (Critique de la raison pratique). La première partie est consacrée à une esthétique (analyse du jugement esthétique), la deuxième partie à une téléologie (analyse de la place de la nature).

C'est dans cet ouvrage que Kant expose sa distinction entre jugement déterminant et jugement réfléchissant. Il y a en fait trois problématiques principales dans cet ouvrage, qui semblent, à première vue, hétérogènes : d'une part le jugement de goût, réflexion qui part d'une critique de l'esthétique telle qu'envisagée par Baumgarten, qui voulait en faire une science rationnelle; d'autre part une réflexion sur les êtres organisés ou l'individualité biologique ; enfin une interrogation sur la finalité ou systématicité de la nature[2] Selon Alain Renaut, qui reprend ainsi une thèse d'Alfred Baümler de 1923, le point de rencontre entre la problématique de la beauté et des êtres organisés, c'est la question de l'irrationnel[2]. La querelle du panthéisme (ou du spinozisme), qui oppose à partir de 1775 Mendelssohn et Jacobi autour des conséquences du rationalisme des Lumières, forme l'arrière-fond de la troisième Critique[2].

Fonction du concept de finalité[modifier | modifier le code]

Le sentiment de plaisir ou de déplaisir est l’intermédiaire entre la faculté de connaître (Erkenntnisvermögen) et la faculté de désirer (Begehrungsvermögen) et le principe qui sert de liaison est la finalité (Zweckmäßigkeit). C’est donc lui qui sera la solution à la dichotomie de l’esprit humain (théorie et morale).

Finalité et esthétique[modifier | modifier le code]

Celle-ci se montre d’une part dans le jugement esthétique (Ire partie) et d’autre part dans le jugement téléologique qui détermine le rapport entre l’homme et la nature (IIe partie). Dans les deux cas la faculté de juger n’est pas déterminante comme dans le cas de la raison théorique où un concept déterminé est subsumé sous un concept. Elle est réfléchissante c’est-à-dire qu’on déduit le concept général à partir du particulier.

La détermination de l’esthétique est un processus cognitif subjectif dans lequel on attribue le prédicat « beau » ou « laid » à un objet. Ces jugements de goût doivent être indépendants de l’intérêt de celui qui l’émet. De plus ils doivent être subjectifs et donc ne pas être soumis à un concept. En outre ce jugement doit prétendre être universel et être nécessaire. Tout comme dans le domaine éthique ou théorique, Kant s’intéresse aux conditions de possibilités du jugement et met de côté la détermination matérielle du Beau. Contrairement au Beau le sublime n’est pas lié à un objet ou à sa forme. Aussi bien le Beau que le sublime plaisent par eux-mêmes. Mais le sublime ne produit pas de sentiment de plaisir mais d’admiration et de respect. Le sublime n’est pas possible dans les arts selon Kant, celui-ci est tout au plus une mauvaise imitation du sublime dans la nature.

Finalité et nature[modifier | modifier le code]

Kant considère ensuite la finalité inscrite dans la nature elle-même. La fin n’est pas une propriété des objets en eux-mêmes : elle est pensée par nous et organise les phénomènes. Tout comme la liberté dans la critique de la raison pratique, la fin est une idée régulatrice. Par une théorie mécaniste du vivant nous ne pouvons pas expliquer la structure du vivant et le fait que les phénomènes de la nature.

Le « libre jeu des facultés »[modifier | modifier le code]

Pour Kant, le beau ne peut être assimilé à l'utile ou à l'agréable : quand on contemple une belle œuvre d'art, les facultés comme l'entendement ou l'imagination ne sont pas ordonnées à une fin cognitive, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas mobilisées pour acquérir quelque connaissance, ou quelque plaisir à partir de l'œuvre en présence. Les facultés sont alors en « libre jeu » : elles s'accordent entre elles, elles se stimulent l'une l'autre, ne sont en aucun cas subordonnées l'une à l'autre. De ce libre jeu vient la satisfaction esthétique.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Alexis Philonenko, la traduction la plus exacte serait Critique de la faculté judiciaire proposée par E. Weil. Mais cette traduction est rarement retenue car la langue française contemporaine donne un sens trop précis à « judiciaire »
  2. a, b et c Introduction à la Critique de la faculté de juger (Aubier, 1995), par Alain Renaut.