Platyrrhini

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Les singes du Nouveau Monde ou platyrhiniens (du grec ancien platus, « large » et rhinos, « nez ») sont un groupe de singes de l'ordre des primates. Répartis depuis le Mexique jusqu'à l'extrême sud du Brésil, ils se différencient des singes des autres continents par une demi-douzaine de caractéristiques primordiales.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

 v · d · m  Formule dentaire
mâchoire supérieure
3 2 ou 3 1 2 2 1 2 ou 3 3
3 2 ou 3 1 2 2 1 2 ou 3 3
mâchoire inférieure
Total : 32 ou 36
Dentition permanente
des singes du Nouveau Monde

Les singes du Nouveau Monde, appelés céboïdes ou platyrhiniens, se distinguent des singes de l’Ancien Monde par une demi-douzaine de caractéristiques essentielles :

  • Ils possèdent 36 dents et non 32 (sauf les ouistitis et les Saguinus qui en ont aussi 32). Ils ont trois prémolaires sur chaque demi-mâchoire, contre deux chez les singes de l’Ancien Monde.
  • Ils possèdent un nez aplati et des narines à ouvertures latérales, alors qu’il est plus étroit avec des narines à ouvertures frontales chez les singes de l’Ancien Monde. D'ailleurs, Platyrrhini signifie « nez plat ».
  • Leur pouce est moins opposable et a parfois presque disparu, comme chez les atèles (les Colobinae africains présente la même convergence évolutive).
  • Ils possèdent une longue queue parfois préhensile, portant chez certaines espèces des dermatoglyphes[1], alors que les singes de l’Ancien Monde ont une queue non préhensile et parfois pas de queue du tout.
  • Ils sont tous arboricoles et d’un poids modeste (120 grammes à 12 kilogrammes).
  • Ils présentent un polymorphisme de la vision en couleurs dû à une variation allélique sur la copie unique du gène du pigment visuel rouge/vert présent sur le chromosome X. Ils sont dichromatiques (mâles et femelles homozygotes) ou parfois trichromatiques (possibilité génétiquement réservée aux femelles hétérozygotes, à l’exception des hurleurs chez qui certains mâles présentent aussi un trichromatisme) alors que les singes de l’Ancien Monde sont tous trichromatiques (perception sur trois longueurs d’onde). Les callitrichidés ont quatre phénotypes de vision en couleur, on en rencontre jusqu’à six chez les atèles. Selon une théorie récente, le trichromatisme, qui permet de distinguer le rouge du vert, aurait été favorisé par la nécessité de détection des jeunes feuilles tendres (souvent rouges, et plus souvent rouges dans l’Ancien Monde que dans le Nouveau) et non celle des fruits (théorie classique). Toutefois, le trichromatisme, seul à doter de la capacité de différentiation rouge/vert, fournit une meilleure information quant au taux en sucre du fruit observé. Le signal de couleur jaune/bleu, le seul qui soit accessible aux dichromates, n’est pas pertinent pour l’estimation de la concentration en glucose. Le dichromatisme présente en revanche un avantage pour détecter les objets camouflés, donc un avantage sélectif pour détecter les aliments cachés et les prédateurs.
  • Ils possèdent un organe de Jacobson fonctionnel, pas les singes de l’Ancien Monde. Leurs bulbes olfactifs sont toutefois trois fois moins développés que chez les lémuriens.
  • Ils procèdent à des marquages sur des substrats par sécrétions glandulaires et par l’urine (les singes de l’Ancien Monde ont davantage investi dans la communication visuelle et vocale). Outre l'épouillage collectif (grooming) et réciproque, sorte de « toilettage social » qui est moins hygiénique que hiérarchique et amical, les singes du Nouveau Monde pratiquent un « toilettage olfactif » : ils imprègnent leur fourrure de leur propre urine. Ils s’en aspergent le corps puis se frottent vigoureusement, pour renforcer leur odeur corporelle qui est connue du seul groupe où ils évoluent.

Au point de vue génétique, la variation morphologique du chromosome Y est une caractéristique courante chez les singes du Nouveau Monde, pas chez ceux de l’Ancien Monde.

D’un point de vue écologique, les singes néotropicaux, à tendance frugivore-insectivore, sont moins diversifiés que leurs homologues de l’Ancien Monde, peut-être en raison d’une histoire évolutive plus récente concentrée en une seule radiation majeure comme à Madagascar. De plus, il n'y a souvent qu'une seule espèce d’un genre donné qui occupe un site géographique alors que chez les singes de l’Ancien Monde jusqu’à 6 espèces de Cercopithecus peuvent coexister en un même site en Afrique équatoriale.

Classification des singes du Nouveau Monde[modifier | modifier le code]

Plusieurs phylogénies sont proposées notamment par McKenna & Bell en 1997[2], Horovitz en 1999[3], Rosenberger en 2002[4]

Selon Horacio Schneider, qui fonde sa classification sur des travaux biomoléculaires, les céboïdes incluent trois groupes monophylétiques qui se seraient séparés il y a 14 à 20 Ma.

  1. Les cébidés. Ce sont les petits singes néotropicaux. Ils représentent une famille qui comprend trois sous-familles :
    • Les callitrichinés sont représentés par des singes nains plus ou moins ommivores que sont les ouistitis (Callithrix, Mico, Callibella et Cebuella), les tamarins (Saguinus), le callimico (Callimico) et les tamarins-lions (Leontopithecus).
    • Les cébinés incluent de petits singes opportunistes omnivores au cerveau développé. Ils sont éclatés en deux tribus, les capucins Cebus (Cebus) et sapajous Cebus (Sapajus) formant la tribu des Cebinii et les saïmiris ou singes-écureuils celle des Saimiriini. En 2006, en Patagonie, on a découvert un fossile vieux de 16,4 Ma d’une espèce nommée Killikaike blakei apparentée aux cébinés.
    • La sous-famille des aotinés, avec les douroucoulis ou singes de nuit (Aotus), les seuls singes nocturnes de la planète, a une place controversée : Groves estime qu’elle mérite une famille propre (les Nyctipithecidae), Rosenberg classe ces singes dans la tribu des Homunculini en compagnie des titis et dans la famille des pithéciidés et Tyler va même jusqu’à les considérer comme un groupe frère des anthropoïdes.
  2. Les pithéciidés. Ils regroupent d’une part des singes de taille moyenne granivores et inclus dans la tribu des Pitheciini : les sakis (Pithecia), les sakis à barbe (Chiropotes) et les ouakaris (Cacajao). Ils regroupent d’autre part de petits singes monogames inclus dans la tribu des Callicebini : les titis (Callicebus).
  3. Les atélidés. Ce sont les grands singes néotropicaux. Les hurleurs (Alouatta) appartiennent à la tribu des Alouattini, alors que les muriquis (Brachyteles), les atèles ou singes-araignées (Ateles), le « lagotriche » à queue jaune (Oreonax flavicauda) et les lagotriches ou singes laineux (Lagothrix) appartiennent à la tribu des Atelini.

Tout en admettant que la classification de Horacio Schneider soit la plus accomplie à ce jour, les experts du congrès d’Orlando 2000 ont finalement tranché pour l’éclatement des céboïdes en 5 familles et 18 genres :

Blanchisserie évolutive[modifier | modifier le code]

Selon une théorie proposée par le primatologue américain Philip Hershkovitz, les populations animales qui restent isolées pendant une période considérable tendent à avoir un pelage de plus en plus « délavé ». Le processus démarre avec une fourrure agouti (brune avec des séries grises) qui se transforme en brun rougeâtre uniforme avant d’évoluer vers le blanc intégral.

Le blanc est une caractéristique exceptionnelle chez les primates (et même chez les mammifères), qu’on retrouve à Madagascar chez les élégants propithèques. Il n’est pas sélectionné uniquement dans les milieux polaires (ours, renard, etc.). Cette couleur permet un excellent camouflage dans une canopée trouée à travers laquelle perce la lumière solaire. Dans ce type de forêt, les scientifiques ont toujours beaucoup de mal à remarquer et à suivre les singes blancs ou partiellement blancs, comme le ouistiti à jambes jaunes, le tamarin bicolore ou l’ouakari chauve.

Les troncs des arbres à feuilles caduques, de couleur pâle, sont nombreux dans l’aire de distribution du Ouistiti à mains jaunes (Mico chrysoleucus), si bien que ce primate tout aussi pâle passe inaperçu lorsqu’il bondit de tronc en tronc, guidé par le gouvernail de sa magnifique queue touffue. De plus, à contre-jour, l’animal disparaît littéralement, se confondant avec la lumière crue du soleil.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Si vous voulez consulter la taxonomie actuellement en vigueur pour les singes du Nouveau Monde et issue de l'atelier "Primate Taxonomy for the New Millennium" (Orlando, Floride, USA, du 25 au 29 février 2000), lisez :
    (en) Anthony B. Rylands, Horacio Schneider, Alfredo Langguth, Russell A. Mittermeier, Colin P. Groves et Ernesto Rodriguez-Luna, « An Assessment of the diversity of New World primates », Neotropical Primates, vol. 8, no 2,‎ août 2000 (résumé)
  • Toward a Phylogenetic Classification of Primates Based on DNA Evidence Complemented by Fossil Evidence, par Morris Goodman, Calvin A. Porter, John Czelusniak, Scott L. Page, Horacio Schneider, Jeheskel Shoshani, Gregg Gunnell et Colin P. Groves, in Molecular Phylogenetics and Evolution, Vol. 9, No. 3, juin 1998.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. N. Petit Maire Heintz et R. Morelec Remarques sur les dermatoglyphes caudales de quelques Alouatta Mammalia. Volume 34, Issue 4, Pages 683–685, ISSN (Online) 1864-1547, ISSN (Print) 0025-1461, //1970 (Résumé)
  2. « Platyrrhini After McKenna & Bell, 1997 », sur Home Mikko's Phylogeny Archive
  3. « Platyrrhini After Horovitz, 1999 », sur Home Mikko's Phylogeny Archive
  4. « Platyrrhini After Rosenberg, 2002 », sur Home Mikko's Phylogeny Archive