Phénol (groupe)

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Le phénol, le plus simple des composés phénoliques

En chimie organique, les phénols sont des composés chimiques aromatiques portant une fonction hydroxyle -OH. Les dérivés portant plusieurs fonctions hydroxyle sont appelés des polyphénols.

Certains phénols ont des fonctions biologiques importantes (défense biochimique contre les microbes et champignons chez les végétaux notamment) chez certaines espèces, mais ils sont toxiques, voire hautement toxiques pour l'homme et d'autres espèces. Quand ils sont anormalement disséminés dans l'environnement, les phénols sont des polluants de l'air, du sol ou de l'eau.

De nombreuses substances phénoliques sont écotoxiques et toxiques[1],[2]. Certains métiers de l'industrie y sont particulièrement exposés[3].

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Les éléments de base de la famille portent des noms d'usage ;
La molécule la plus simple de cette famille est dénommée phénol ; produit chimique très utilisé comme base par l'industrie chimique pour la production de nombreux autres composés organiques et produits chimiques commercialisés.

Origine et familles[modifier | modifier le code]

Dans la nature, ce sont des alcools aromatiques produits par les végétaux. Les phénols simples, déchets du métabolisme végétal, sont assemblés en polyphénols comme la lignine. Les composés phénoliques définissent un ensemble de substances que l’on a appelé pendant longtemps « matières tannoïques » d’une façon générale et imprécise parce qu’on ne connaissait pas encore la nature de ces substances.

Quatre principales familles de composés phénoliques se distinguent : les acides-phénols, les flavones, les anthocyanes et les tanins.

Propriétés acido-basiques[modifier | modifier le code]

Les phénols sont plus acides que les alcools. Un ion phénolate, base conjuguée d'un phénol, est stabilisé par résonance et est plus stable qu'un ion alcoolate. En effet, lors de la prise du proton du groupe hydroxyle, le doublet électronique est partagé sur quatre carbones ; ainsi, la charge est délocalisée sur autant de carbones et l'ion est beaucoup plus stable que sur un alcool où la charge négative serait trop importante et s'approprierait le proton laissé immédiatement après.

Cet acide est toutefois un acide relativement faible ; en conséquence, sa base conjuguée, l'ion phénolate, est une base forte.

Les propriétés plus acides des phénols font en sorte qu'ils réagissent avec les bases fortes comme l'hydroxyde de sodium (NaOH), comparativement aux alcools. Cette propriété peut être utilisée pour séparer un mélange d'alcool et de phénol.

Resonance phenolate.JPG

Substitutions électrophiles[modifier | modifier le code]

Le groupe -OH a un effet « activant » qui facilite les substitutions électrophiles.
Le remplacement (substitution) d'un atome d'hydrogène H du cycle benzénique par un autre atome ou groupe d'atomes se porte préférentiellement sur les positions 2, 4 et 6 (par rapport au groupe -OH) de ce cycle :

6Phenol2.svg2 4

Quelques substitutions :

  1. la nitration du phénol conduit au 2,4,6-trinitrophénol ;
  2. l'alkylation des phénols.

Exemple : réaction entre deux molécules de phénol et une molécule de méthanal CH2=O ; dans l'état final de la réaction, le groupe méthylène -CH2- issu du méthanal s'est substitué à un H en position 2, 4 ou 6 de chaque molécule de phénol (position 2 de la première molécule et position 6 de la seconde dans l'illustration ci-dessous). Le groupe méthylène -CH2- unit les deux cycles benzéniques ; on est en présence d'une réaction de condensation avec expulsion d'une molécule d'eau.

Phenol2.svg

-HFormaldehyde-2D.svgH-Phenol2.svg Phenol2.svg- CH2 - Phenol2.svg + H2O

Cette réaction est la première étape d'une polymérisation qui peut se poursuivre grâce à l'existence des trois sites réactifs (ou sites actifs) 2, 4 et 6 sur chaque molécule de phénol (fonctionnalité[4] égale à 3), il se constitue alors un réseau tridimensionnel[5] (voir Phénoplaste).

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le phénol est largement utilisé par la chimie organique et industrielle, par exemple pour produire des composés plus complexes (ex. : alkylphénols, caprolactame, acide salicylique, chlorophénols, nitrophénols, acide picrique, acide adipique), eux-mêmes utilisés pour produire des plastifiants, résines, adhésifs, durcisseurs, dissolvants, isolants, explosifsetc.

Exemples de composés phénolés[modifier | modifier le code]

Outre les composés cités plus haut, voici quelques autres composés phénolés :

Dégradation et biodégradation[modifier | modifier le code]

Certains phénols sont difficilement ou lentement biodégradables[6], ce qui en fait des polluants préoccupants du sol (fréquent dans les friches industrielles) et des nappes phréatiques[7].

Diverses techniques ont été expérimentées pour leur destruction en tant que polluants, in situ ou ex situ, dont par la chaleur (thermolyse) ou des oxydations catalysées et/ou effectuées en conditions dites supercritiques (formes d'oxydation par voie humide)[8]. Ces réactions sont éventuellement dopées par des catalyseurs pluri- ou monométalliques (ex. : platine ou ruthénium supportés sur cérine ou sur « cérine dopée »), il se forme un dépôt carboné tout au long de la réaction, composé d'espèces organiques adsorbées sur toute la surface du catalyseur ; on y trouve « des composés polycycliques aromatiques de la famille des chroménones, des xanthénones et des fluorénones ont pu être extraits et identifiés par des techniques chromatographiques couplées à la spectrométrie de masse. Ces espèces sont issues de la condensation du phénol avec des produits de son oxydation incomplète »[8].

Exposition environnementale[modifier | modifier le code]

Elle est devenue préoccupante à partir de la seconde moitié du XXe siècle, alors que l'industrie produisait des quantités croissantes de phénols aujourd'hui retrouvés partout, dans l'eau, l'air, les sols, les aliments et les organismes vivant et notamment dans l'environnement du fœtus qui y est exposé à une période où il est très vulnérable.

Cette exposition peut peut être évaluée via des analyses d'urine, qui bénéficient de progrès techniques permettant de doser avec une précision croissante les phénols, dont par exemples les conjugués de bisphénol A, de 2,5-dichlorophénol ou encore de 2-hydroxy-4-méthoxybenzophénone[9]. Il est toutefois important de veiller à ne pas contaminer les échantillons (qui ne doivent pas par exemple être prélevés ou stockés avec des matériaux contenant des phénols[10]). L'heure de la miction peut aussi avoir une importance pour la teneur en phénols de l'urine.

Toxicologie[modifier | modifier le code]

De nombreuses substances phénoliques sont écotoxiques et toxiques pour l'homme par inhalation[11], ingestion ou contact avec la peau[12],[13],[14] (nécessitant une décontamination adéquate[15]). (À titre d'exemple, une crème dermique contaminée par du phénol a pu causer la mort d'un patient[16]). L'intoxication peut être aiguë ou chronique[17]. Le contact avec la peau peut à la fois induire un effet local et systémique (via un passage transcutané)[18]. Il est néphrotoxique et peut conduire à une défaillance rénale mortelle, même après une contamination percutanée[19].

Le phénol peut être toxique seul ou en combinaison avec d'autres molécules (acide sulfurique par exemple[20]) et avec de nombreux effets toxiques[21].

Sa cinétique dans l'organismes, son métabolisme chez l'Homme[22], et les mécanismes de détoxication chez les mammifères sont mieux connus[23], dont chez le lapin de laboratoire[24].

Certains phénols présentent en outre un potentiel d'effets potentialisants, seuls[25] ou en synergie avec d'autres composés[26].

Certains phénols sont très répandus dans l'environnement depuis quelques années (dont le bisphénol A). Même à faible dose[27], certains sont des perturbateurs endocriniens, notamment pour les garçons qui y sont très fréquemment exposés in utero[28], avec alors un risque accru d'anomalies de développement du fœtus[29], de féminisation, de malformations de l'appareil génital mâle[30], et d'obésité quand ils grandiront[31],[32],[33] (comme pour le parabène[34],[35]), dont en France où une étude menée en 2014 a retrouvé des traces de phénols dans les urines de la plupart des femmes enceintes testées et montré qu'au sein d'une population de garçons nouveau-nés, le taux de triclosan[36] urinaire maternel a été associée à une croissance fœtale réduite en fin de grossesse et avec une réduction du périmètre crânien à la naissance. Les parabènes ont au contraire été associés à une augmentation du poids à la naissance, et une association positive a été trouvée entre l'exposition in utero au parahydroxybenzoate de méthyle avec le poids, qui est restée manifeste jusqu'à 36 mois après la naissance[37].

Écotoxicologie[modifier | modifier le code]

Les capacités des animaux à le métaboliser varient beaucoup selon l'espèce[38], ce qui peut notamment être montré par le suivi du carbone 14[39] (lequel peut aussi être utilisé pour l'étude de sa cinétique environnementale plus globale[40]).

Les phénols sont souvent écotoxiques et se montrent très toxiques chez de nombreuses espèces (toxicité démontrée via l'expérimentation animale notamment[41]), notamment dans le milieu aquatique, en eaux douces[42],[43], et tout particulièrement pour les larves et embryons d'organismes aquatiques[44],[45], ainsi que dans les estuaires[46] et en mer.

Les conditions de milieu, en particulier la température, peuvent renforcer ou diminuer sa toxicité[47].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche toxicologique Phénol, INRS, 8 p. [PDF]
  2. Fiche de données toxicologiques et environnementales Phénol, INERIS, 47 p. [PDF]
  3. Dosemeci M., Blair A., Stewart P.A., Chandeler J. et Trush M.A. (1991), Mortality amoung industrial workers exposed to phenol, Epidemiology, 2, 188-193.
  4. J.-P. Trotignon et al., Précis de Matières Plastiques, AFNOR, Nathan, 1996, p. 2, 131 (ISBN 2-09-176572-4).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [PDF] Fiche toxicologique Phénol, INRS, 8 p.
  • [PDF] Fiche de donn€ées toxicologiques et environnementales Phénol, INERIS, 47 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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