Maurits Cornelis Escher

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M. C. Escher

Nom de naissance Maurits Cornelis Escher
Naissance 17 juin 1898
Leeuwarden, Pays-Bas
Décès 27 mars 1972 (à 73 ans)
Laren, Pays-Bas
Nationalité Néerlandaise
Activités Dessin, gravure sur bois, lithographie, mezzotinto
Influencé par Giovanni Battista Piranesi
Récompenses Chevalier de l'ordre d'Orange-Nassau

Œuvres réputées

Relativité, Chute d'eau, Autoportrait au miroir sphérique

Maurits Cornelis Escher (prononcé en néerlandais /ˈmʌurɪts kɔrˈneːlɪs ˈɛʃər/, Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, 1898 - 1972), généralement nommé M. C. Escher, est un artiste néerlandais, connu pour ses gravures sur bois, lithographies et mezzotintos souvent inspirées des mathématiques. Elles représentent des constructions impossibles, des explorations de l'infini, des pavages et des combinaisons de motifs qui se transforment graduellement en des formes totalement différentes.

Son œuvre expérimente diverses méthodes de pavage en deux ou trois dimensions ou représente des espaces paradoxaux qui défient nos modes habituels de représentation. L'œuvre de M. C. Escher a séduit de nombreux mathématiciens à la communauté desquels il se défendait d'appartenir. Il aimait dire à ses admirateurs : « Tout cela n'est rien comparé à ce que je vois dans ma tête ! ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Maurits Cornelis, surnommé « Mauk »[1], nait le 17 juin 1898 à Leeuwarden, Frise, aux Pays-Bas, dans une maison qui forme actuellement une partie du musée de céramique Princessehof (en). Il est le plus jeune fils de George Arnold Escher, ingénieur hydraulique, et de sa deuxième épouse, Sara Gleichman. En 1903, la famille déménage à Arnhem, et Maurits Cornelis y suit les enseignement primaire et secondaire jusqu'en 1918.

Escher est un enfant souvent malade et il est placé dans une école spéciale à l'âge de 7 ans ; il redouble la 2e année de son école primaire[2]. Bien qu'il excelle en dessin, ses notes sont généralement faibles. Il suit également des leçons de charpentier et de piano jusqu'à ses 13 ans. En 1919, Escher intègre l'école d'architecture et des arts décoratifs de Haarlem. Il étudie brièvement l'architecture, mais rate un certain nombre de matières (en partie à cause d'une infection cutanée persistente) et change pour les arts décoratifs[2]. Il y étudie sous Samuel Jessurun de Mesquita (en), un artiste avec qui il garde le contact jusqu'à ce qu'il soit tué avec sa famille par les nazis en 1944. En 1922, Escher quitte l'école, ayant acquis une maitrise du dessin et de la xylographie.

Années ultérieures[modifier | modifier le code]

En 1922, Escher voyage à travers l'Italie (Florence, San Gimignano, Volterra, Sienne, Ravello) et l'Espagne (Madrid, Tolède, Grenade). Il est impressionné par la campagne italienne et par l'Alhambra, un château maure du XIVe siècle à Grenade. Les détails décoratifs complexes de l'Alhambra, basés sur des formules mathématiques et présentant des motifs répétitifs emboîtés sculptés dans la pierre des murs et des plafonds, ont une profonde influence sur les travaux d'Escher[3]. Il retourne régulièrement en Italie les années suivantes. Il remplit ses cartons de dessins de paysages italiens vus sous des perspectives inhabituelles, ou de minuscules bêtes et plantes observées à la loupe.

En 1923 en Italie, Escher rencontre Jetta Umiker qu'il épouse en 1924. Le jeune couple s'installe à Rome où nait leur premier fils, Giorgio Arnaldo Escher. Le couple a par la suite deux autres fils : Arthur et Jan[4].

En 1935, le climat politique italien sous Mussolini devient insoutenable pour Escher. Il ne possède pas d'intérêt pour la politique, ne parvenant pas à s'impliquer dans d'autres idéaux que l'expression de ses propres concepts à travers ses moyens artistiques, mais est opposé au fanatisme et à l'hypocrisie. Quand son fils ainé est contraint, à l'âge de 9 ans, de porter un uniforme du Balilla à l'école, la famille décide de quitter l'Italie. Elle déménage à Château-d'Œx en Suisse, où elle demeure pendant deux ans[5].

Escher, très épris des paysages italiens qui étaient sa source d'inspiration, n'est pas heureux en Suisse. En 1937, la famille déménage à nouveau, à Uccle, dans le banlieue de Bruxelles en Belgique. La Seconde Guerre mondiale les contraint à déménager une dernière fois en janvier 1941, cette fois-ci à Baarn, aux Pays-Bas, où Escher vit jusqu'en 1970. La plupart des œuvres connues d'Escher datent de cette période ; le temps nuageux, froid et humide des Pays-Bas lui permet de se concentrer entièrement sur son travail, et c'est seulement en 1962, quand il doit subir une opération chirurgicale, qu'il connait une période de pause dans sa création.

Escher s'installe à la maison de Rosa Spier (nl) à Laren en 1970, une maison de retraite pour artistes où il peut avoir un atelier personnel. Il y meurt le 27 mars 1972.

Travaux[modifier | modifier le code]

Parmi les exemples connus de son travail, on compte Dessiner, un dessin où deux mains se dessinent l'une l'autre, Le ciel et la mer dans lequel des jeux d'ombre et de lumière transforment des poissons dans l'eau en oiseaux dans le ciel, et Montée et descente où des files de gens montent et descendent des escaliers dans des boucles infinies, sur une construction qui, bien qu'impossible à construire, peut être dessinée en utilisant des astuces de perspective. On peut le remarquer dans Maison aux escaliers, qui comporte deux points de fuite au lieu d'un seul pour donner une impression d'infini. C'est aussi dans cette œuvre qu'apparaissent les célèbres robots enrouleurs.

Le travail d'Escher possède une importante composante mathématique, telle que le ruban de Möbius, et nombre des mondes qu'il a dessinés sont articulés autour d'objets impossibles tel que le cube de Necker et le triangle de Penrose. Sa rencontre et son amitié pour le mathématicien britannique Roger Penrose furent décisives dans ses apports aux arts graphiques.

Il effectue également des travaux sur la perspective cylindrique. Il démontre simplement avec l'exemple d'un homme allongé sous un double fil électrique que la perspective avec des droites partant vers un point de fuite est fausse. Les lignes sont en effet courbes, puisqu'elles se croisent d'un côté comme de l'autre de l'observateur en tendant vers l'infini.

Le tableau inachevé Exposition d'estampes a récemment été résolu par une équipe de mathématiciens de l'Université de Leyde : le vide laissé au centre du tableau a été comblé à l'aide de la grille de torsion utilisée par Escher et plusieurs fonctions de dilatation et de projection en utilisant, semble t-il, la surface de Riemann[6].

Thèmes[modifier | modifier le code]

Les commentateurs s'accordent à répartir les travaux d'Escher en deux parties: ceux réalisés avant 1937, et ceux produits à partir de cette année et où il commença à donner plus librement cours à l'expression de sa propre imagination.

Le premier groupe correspond à la période passée en Italie et en Suisse. Il reproduisait alors les paysages et l'architecture italienne en détail. Mais cette première période voit déjà des compositions propres à Escher avec une représentation toute personnelle du monde observé. On voit déjà apparaître l'utilisation double de contours: une délimitation de figures fonctionnant dans deux directions. Il travaille sur la perspective curviligne qu'il appelle perspective cylindrique et qui sera décisive pour la création des décors représentant une rotation de caméra en dessin animé.

Dans la seconde période, Escher s'intéresse moins au monde réel. Il commence à lier différents aspects de l'espace et à faire, de plus en plus, un double usage des contours. Il répète parfois à l'infini les juxtapositions de figures tout en leur imprimant une métamorphose ou en utilisant la translation, la rotation, la réflexion ou l'homothétie. Ces compositions sont probablement les plus connues d'Escher, tout comme ses architectures impossibles.

Ses recherches le menèrent même à mettre le doigt sur les fractales.

Quant aux techniques utilisées, Escher utilisa presque exclusivement la découpe de bois jusqu'en 1929. La lithographie et la gravure sur bois l'intéresseront ensuite beaucoup plus.

Droits[modifier | modifier le code]

Façade du musée Escher à La Haye, Pays-Bas.

En 1969, le conseiller d'affaires d'Escher, Jan W. Vermeulen, auteur d'une biographie de l'artiste, crée la M.C. Escher Stichting (Fondation M.C. Escher) et transfère à cette entité quasiment toutes les œuvres uniques d'Escher, ainsi que plusieurs centaines de ses tirages d'origine. La fondation prête ces œuvres au musée de La Haye. À la mort d'Escher, ses trois fils dissolvent la fondation et deviennent partenaires pour la propriété des œuvres. En 1980, cette société est vendue à un marchand d'art américain et au musée de La Haye. Le musée obtient la plus petite partie des œuvres, mais la totalité de la documentation.

Les trois fils d'Escher conservent les droits d'auteur, qu'ils vendent plus tard à Cordon Art, une société néerlandaise. Le contrôle de ces droits est ensuite transféré à la M.C. Escher Company B.V. de Baarn, qui délivre les droits d'utilisation sur toutes les œuvres d'Escher et sur ses textes écrits et oraux, ainsi que sur les marques. L'enregistrement de la marque « M.C. Escher » est initialement refusé aux États-Unis, mais la compagnie néerlandaise a obtenu gain de cause devant les tribunaux au motif que l'artiste ou ses héritiers ont le droit de détenir une marque sur son nom.

Une entité voisine, la Fondation M.C. Escher de Baarn, effectue la publicité des œuvres d'Escher en organisant des expositions, en publiant des livres et en produisant des films sur l'auteur et son travail.

Les principales collections institutionnelles d'œuvres originales de M.C. Escher sont détenues par le Escher Museum (une filiale du musée municipal de La Haye), la National Gallery of Art (Washington, États-Unis), le musée des beaux-arts du Canada (Ottawa), le musée d'Israël (Jérusalem), l'Huis ten Bosch (Nagasaki, Japon) et la Bibliothèque publique de Boston.

Influence[modifier | modifier le code]

Gödel, Escher, Bach : Les Brins d'une Guirlande Éternelle de Douglas Hofstadter[7], publié en 1979, traite des idées d'auto-référence et de boucles étranges (en), puisant dans un vaste ensemble de travaux artistiques et scientifiques, dont l'œuvre de M. C. Escher et la musique de Johann Sebastian Bach, afin d'illustrer les idées derrière les théorèmes d'incomplétude de Gödel.

L'astéroïde (4444) Escher (en) est nommé en l'honneur de M.C. Escher en 1985.

Le jeu vidéo Antichamber (en) s'inspire de l'œuvre d'Escher.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Au cours de sa vie, M.C. Escher réalise 448 lithographies et xylographies, et plus de 2 000 dessins et esquisses[8]. Il illustre également des livres, des tapisseries, des timbres et des œuvres murales.

Parmi les réalisations d'Escher :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Divers, M. C. Escher: His Life and Complete Graphic Work, Abradale Press,‎ 1981 (ISBN 978-0810981133), p. 9
  2. a et b (en) Barbara E Bryden, Sundial: Theoretical Relationships Between Psychological Type, Talent, And Disease, Gainesville, Floride, Center for Applications of Psychological Type (ISBN 0-935652-46-9)
  3. (en) Greg Roza, An Optical Artist: Exploring Patterns and Symmetry, Rosen Classroom,‎ 2005 (ISBN 978-1-4042-5117-5), p. 20
  4. (en) « The Man, The Legend, The Artist », The Geometry Center
  5. (en) Bruno Ernst, The Magic Mirror of M.C. Escher, Taschen,‎ 1978, p. 15
  6. Escher : l'énigme résolue du dessin inachevé par Azar Khalatbari, Sciences et Avenir, page 74.
  7. (en) Douglas R. Hofstadter, Gödel, Escher, Bach: An Eternal Golden Braid, Basic Books,‎ 1979 (ISBN 0-465-02656-7)
  8. (en) « Biography of M.C. Escher », Site officiel

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]