Malécites

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Les Malécites, également appelés Etchemins, sont une tribu amérindienne d'Amérique du Nord. Elle se nomme elle-même Wolastoqiyik.

Ils habitent les vallées du fleuve Saint-Jean et de ses affluents, à cheval sur la frontière séparant le Nouveau-Brunswick et le Québec au Canada, et le Maine aux États-Unis. Leurs coutumes et leur langue de la famille algonquienne sont proches de celles de leurs voisins Micmacs, Passamaquoddy et Pentagouets.

Aujourd'hui, environ 3 000 Malécites vivent au Nouveau-Brunswick, au sein des tribus Madawaska, Tobique, Woodstock, Kingsclear, St. Mary et Oromocto. Ils sont 600 à Houlton (Maine) et 800 au sein de la Première Nation Malécite de Viger (au Québec)[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'exonyme « Malécite » provient d'un mot micmac signifiant probablement « locuteurs paresseux »[E 1]. Certains Micmacs les appellent quant à eux les « Amérindiens des rats musqués » ou « mangeurs de rats musqués »[E 1]. Les Malécites se nomment eux-mêmes les Wolastoqiyiks, ce qui signifie le « peuple du fleuve Saint-Jean » ou les « amérindiens du fleuve Saint-Jean ». L'étymologie populaire donne la définition de « belle rivière » à la racine Wolastoq[E 1].

Les Malécites sont parfois appelés les Etchemins. Ce nom, utilisé pour la première fois à Tadoussac, est d'origine inconnue mais ne provient probablement pas de la langue malécite-passamaquoddy[E 1]. En 1692, Antoine de Lamothe-Cadillac fait probablement allusion à ce peuple en parlant des « Marisiz »[E 1]. Le terme « Amalécites » est utilisé pour la première fois par Chauvignerie en 1736 et utilisé jusqu'au XXe siècle pour désigner les membres de ce peuple vivant au Québec[E 1]. Au Nouveau-Brunswick, les formes « Milicite » et « Melicite » sont préférées en anglais au cours du XIXe siècle, avant que le terme Malecite soit préféré par les ethnologues au début du XXe siècle ; le terme « Maliseet » est toutefois préféré par les Amérindiens, en plus d'être le plus populaire[E 1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Les origines des Passamaquoddys et des Malécites sont floues, mais ils semblent originaires du même peuple, qui se serait séparé en deux au milieu du XVIIIe siècle ou plus tôt[E 2]. Depuis cette époque, les Malécites sont en effet résident de la vallée du fleuve Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick et au Québec, tandis que les Passamaquoddys résident dans la vallée de la rivière Sainte-Croix et au bord de la baie de Passamaquoddy[E 2].

Période traditionnelle (1603-1785)[modifier | modifier le code]

Il est probable que des pêcheurs basques, français,portugais, espagnols et anglais rencontrent des Malécites dès le XVIe siècle ou même plus tôt[E 3]. La première rencontre est documentée par Samuel de Champlain, à Tadoussac en 1603[E 3]. Au XVIIe siècle, les Malécites ont surtout des contacts avec les Européens, et ces contacts sont généralement amicaux[E 2]. Il y a toutefois au plus 1 000 « Etchemins » en 1612, et leur nombre diminue dramatiquement au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, à cause des maladies emportées par les Européens, la dépendance envers les provisions françaises, l'alcoolisme et probablement des empoisonnements planifiés[E 4]. Lors des guerres entre les français et les britanniques, les Malécites s'allièrent aux Français dont ils furent un élément défensif majeur[réf. nécessaire].

De Mons note que le village de Ouiguoudi, aujourd'hui Saint-Jean, compte de nombreuses habitations, dont l'une, servant au conseil, pouvant loger une centaine de personnes[E 3]. En 1728, ils ratifièrent le traité de paix avec les Britanniques conclu à Boston et de ce fait reconnurent la souveraineté britannique sur la Nouvelle-Écosse comme les autres Indiens de Nouvelle-Angleterre. Mais leur ressentiment envers les Britanniques perdura jusqu'à la capitulation de Québec, en 1763.[réf. nécessaire] Certains villages estivaux sont fortifiés durant le XVIIe siècle. À l'époque, le principal est Médoctec, situé à l'extrémité du réseau de navigation menant aux territoires Passamaquoddys et Pentagouets[E 5]. Eqpahak, situé l'actuel Fredericton, est mentionné pour la première fois en 1733, et, à la fin du XVIIe siècle, un village s'élève à l'embouchure de la rivière Nérépis[E 3]. Les îles Harts et Eqpahak, face à Eqpahak, servent à la fois pour la chasse hivernale et comme lieu neutre pour régler les conflits[E 5]. Médoctec est abandonné en 1767 et sa population se déplace à Eqpahak[E 5]. Les Malécites doivent céder Eqpahak aux Loyalistes en 1794[E 5].

Période loyaliste (1785-1900)[modifier | modifier le code]

Le Traité de Jay ou Traité de Londres signé en novembre 1794 accorda aux Malécites le droit de voyager librement entre les États-Unis et le Canada.[réf. nécessaire] Après la perte d'Eqpahaq, les Malécites se déplacent à Kingsclear (Pilick), qui devient ensuite la réserve Kingsclear 6[E 2]. La réserve Tobique 20 est mise sur pied afin d'inciter les Malécites à devenir agriculteurs et sédentaires; ils décident toutefois de continuer leur mode de vie semi-nomade et utilisent plusieurs campements le long du fleuve[E 2]. Ces campements sont situés près de Saint-Jean, à Apohaqui, à Gagetown, à Pokiok, à Upper Woodstock, à Saint-Basile et dans le comté d'Aroostook, au Maine[E 2]. Le village de Saint-Basile devient une réserve[E 2]. Au début du XIXe siècle, de nombreuses personnes migrent de Tobique vers Cacouna et l'L'Isle-Verte, au Québec ; la réserve de Viger est créée pour cette raison en 1827[E 2]. En 1827, le Gouvernement du Bas-Canada octroi à des britanniques des concessions de terre pour l'installation de colons britanniques sur l'ensemble du territoire malécite du Bas Saint-Laurent, au Québec. Ces terres furent revendues aux Québécois à la suite du départ des colons britanniques . Vers 1874, le gouvernement du Canada a créé pour les Malécites une réserve de quelques hectares sur le territoire de l'actuelle municipalité de Saint-Épiphane, dans la MRC de Rivière-du-Loup. En 1869, il abolit cette réserve pour en céder les terres à des québécois. En 1876, le Gouvernement créa une nouvelle réserve, à Withworth, dans un environnement non propice à l'habitation, et les Malécites ne s'y installèrent pas. En 1891, la réserve de Viger fut créée: avec un quart d'hectare, elle est la plus petite réserve indienne au Canada. Les Malécites n'y ont jamais vécu en permanence.[réf. nécessaire] La réserve The Brothers 18, consistant en deux îles près de Saint-Jean, est donnée en 1938[E 2]. Pour compenser la perte de Médoctec, le gouvernement du Nouveau-Brunswick achète la réserve de Woodstock 23 en 1851[E 2]. Les Malécites souffrent de plus en plus de l'acculturation, tandis qu'ils vivent en plus grand nombrent dans les villes, où ils vendent de l'artisanat ou travaillent dans les chantiers[E 2]. La réserve de Devon 30 est donc créée en 1867 près de Fredericton. Celle de Saint-Mary's 24 est mise sur pied en 1928 afin d'accueillir la population grandissante[E 2]. Une réserve est établie près du lac Chiputneticook en 1881[E 2]. La réserve de Canoose est créée plus en aval de la rivière Sainte-Croix[E 2]. Oromocto 26 est créée en 1895, sur le site d'un campement[E 2].

En 1820, la population atteint à nouveau le niveau du premier recensement 1612 et, à part certaines périodes de déclin, elle augmente continuellement par la suite[E 3]. La population double entre 1910 et 1970, passant de 848 à 1812 personnes[E 3].

Période contemporaine (1900- )[modifier | modifier le code]

Au cours du XXe siècle, les réserves les plus isolées sont peu à peu abandonnées au profit des plus centrales. Un autre mouvement pousse une autre partie de la population à quitter les réserves vers des localités plus dynamiques, où une partie sont toutefois assimilés. Plus aucune famille n'a de mode de vie traditionnel au début du siècle[E 2]. Les Malécites de la rivière Sainte-Croix s'en vont dans celles de la vallée du fleuve Saint-Jean. Les communautés d'Apohaqui, Saint-Jean, The Brothers et Pokiok sont aussi abandonnés. De nombreux Malécites de la haute vallée du fleuve se déplacent vers le comté d'Aroostook, au Maine, attirés par l'industrie de la pomme de terre. D'autres Malécites et Passamaquoddys se déplacent dans la réserve Penobscott d'Old Town, au Maine. De nombreux Malécites et Passamaquoddys se déplacent vers les villes industrielles du Connecticut et du Massachusetts. Les Malécites du Québec se sont mariés avec des Canadiens français et la plupart sont assimilés de nos jours. Les Malécites faisaient partie de la confédération Wabanaki ou Waban'aki (peuple du soleil levant), regroupant les Penobscot, les Passamaquoddy, les Abénaquis du Maine et les Micmacs. Cette coalition avait été formée entre ces peuples pour contrer l'agression des Iroquois. Ils partageaient une partie de leur territoire avec ces tribus.

On a longtemps cru que les Malécites étaient disparus du Québec.[réf. nécessaire] En 1989, le Gouvernement du Canada a reconnu la persistance de cette nation en redonnant le statut indien à plus de 500 Malécites[2]. Actuellement, il y a deux réserves malécites au Québec, celle de Viger à Cacouna et celle de Withworth[3]. Il y a aujourd'hui uniquement 537 membres de la nation malecites.[réf. nécessaire]

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Usages traditionnels[modifier | modifier le code]

Les Malécites possédaient une économie principalement agricole. Ils vivaient de chasse et de pêche et cultivaient aussi le maïs.[réf. nécessaire]

Occidentalisation[modifier | modifier le code]

Il n'y a plus de Malécites de souche, à la suite du grand nombre de mariages interethniques ayant eu lieu depuis le XVIIe siècle[E 3].

Malgré cette occidentalisation, une bonne partie du folklore et de la mythologie est toujours connue de la population[E 6].

Efforts de revalorisation[modifier | modifier le code]

Culture[modifier | modifier le code]

Mythologie et religion[modifier | modifier le code]

Koluscap est le héros mythique des Passamaquoddys et des Malécites, responsable de plusieurs phénomènes naturels et de la forme actuelle des animaux[E 6]. Les personnages mythologiques représentent les qualités humaines: Malsum, le frère jumeau de Koluscap, représente le mal; Tortue est à la fois bouffonne et l'objet de risée; Lièvre est à la fois farceur et dupe; tous sont des chamans[E 6]. D'autres légendes on rapport à la traitrise de certains Malécites lors de raids Mohawks ainsi qu'aux géants cannibales en provenance du grand nord[E 6].

Il existe de nombreux autres personnages surnaturels, classés en trois catégories: les agents de contrôle social, les prédécesseurs et le sources de pouvoirs spéciaux[E 7]. L'apotamkin est représentatif du premier groupe; un équivalent du Bonhomme sept-heures ou du Croque-mitaine, il garde des enfants prisonniers de la glace à l'automne ou laissés sur des plages sans surveillance[E 7]. Kehtaqs est un fantôme, annonçant une catastrophe; selon la légende, un Malécite de Woodstock est devenu un khetaqs et sa clameur est audible à chaque fois qu'une tempête approche alors que son rire morne peut être entendu à la veille d'un décès[E 7]. Le wesqotewit est une boule de feu plus fréquente que kehtaqs ; elle peut être une partie d'une personne pouvant se déplacer sur de grandes distance durant le rêve de cette dernière[E 7]. Les Malécites croient au petit peuple; Kiwolatomuhsis est un nain construisant des amas d'argile et de sable au bord des ruisseaux; une personne peu voir l'avenir avec les objets qu'ils laissent derrière eux, un petit objet en forme de cercueil annonce la mort par exemple[E 7]. Des morceaux de corne de wiwilomeq, un escargot de mer géant, qui correspondrait en fait à l'alligator, conférerait une plus grande puissance à l'acquéreur et lui était bénéfique s'il avait le courage de se présenter devant wiwilomeq.

Le sorcier, ou motewolon, est une personne possédant un esprit gardien, le puwhikon; la corne de wiwilomeq peut notamment servir de puwhikon[E 7]. Si le puwhikon est blessé, le motewolon l'est aussi; seule la personne blessant le puwhikon peut guérir le motewolon[E 7]. Certaines comportements sont tabous, le motewolon ne peux pas tuer le puwhikon, par exemple[E 7]. Le corps d'un motewolon tué ne pourrit pas; il peut manger les personnes passant à proximité et après en avoir mangé trois, se transforme en un kiwahq, un géant cannibale avec un cœur de glace[E 7]. La puissance d'un kiwahq est déterminée par la grosseur de son cœur et les femmes kiwahq sont plus fortes[E 7].

La danse est associée à la religion mais certaine avaient lieu lors d'exécutions ou avant une bataille[E 7]. Les Malécites le faisaient au son d'une planche, d'un tambour, d'un flageolet, d'une corne faite d'un bois de chevreuil évidé et d'une flute[E 7]. Il existe toujours quelques troupes de danse traditionnelle[E 7].

Certains objets contiennent du keskamsit, ou mana; ces objets sont trouvés par hasard et sont de forme étrange[E 7]. Une personne en possède rarement plus d'un et peut aussi attraper malchance de la même façon qu'il trouve un objet contenant du keskamsit, mais sans qu'elle soit présente dans un objet; le meurtre inutile d'un animal peut aussi apporter la malchance[E 7].

Les sources ne s'entendent pas si un herboriste, ou nutsihpiluwet, est aussi un motewolon. Le nutsihpiluwet peut être un homme ou une femme, et chaque communauté en compte deux ou trois. Ces connaissances sont en fait peu répandues, la croyance voulant que les remèdes perdent de leur efficacité à chaque fois qu'une nouvelle personne les apprend. Un inventaire complet à toutefois été fait et certaines nutsihpiluwet sont toujours en activité[E 7].

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Malécite-passamaquoddy.

Peu de Malécites sont bilingues. Les jeunes ont tendance à être surtout anglophones[E 3].

Sport et jeux[modifier | modifier le code]

L'altestakon est un jeu de hasard toujours utilisé, se jouant avec un bol du même nom, des dés et des osselets[E 7].

Traditionnellement, des sports semblables au baseball et au soccer (football) étaient pratiqués, en plus de la crosse; le baseball était pratiqué au printemps, lorsque les différentes tribus se réunissaient après la chasse[E 7]. Le baseball moderne est adopté vers les années 1920 et devient le sport le plus populaire[E 7].

D'autres jeux d'adresses et de tir ainsi que la course à pied étaient populaires, particulièrement à la réunion du printemps; ceux-ci ont été supplanté par le tir à la carabine à la fin du XIXe siècle[E 7].

La danse de l'échange, accompagnée d'une chanson, avait lieu à l'hiver et consistait à passer des objets d'une personne à l'autre, dans le but de donner un objet sans valeur ou curieux à une personne insouciante[E 7].

Population[modifier | modifier le code]

Population malécite du Québec en 2004[4]
Communautés Total résidents non-résidents
Whitworth n.d. n.d. n.d.
Cacouna 775 1 774
Malécites (Total) 775 1 774

Notes[modifier | modifier le code]

Un livre fait référence aux Malécites, il s'agit des Prairies Célestes de S. Habchi.

Références[modifier | modifier le code]

  • (en) Vincent O. Erickson et William C. Sturtevant (dir.), Handbook of North American Indians, vol. 2, Government Printing Office,‎ 1978:
  1. a, b, c, d, e, f et g Erickson et Sturtevant 1978, p. 135
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Erickson et Sturtevant 1978, p. 125
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Erickson et Sturtevant 1978, p. 123
  4. Erickson et Sturtevant 1978, p. 126
  5. a, b, c et d Erickson et Sturtevant 1978, p. 124
  6. a, b, c et d Erickson et Sturtevant 1978, p. 132
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u Erickson et Sturtevant 1978, p. 133
  • Autres références:

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]