Rangjung Rigpe Dorje

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Rangjung Rigpe Dorjé

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Le 16e karmapa

Naissance 14 août 1924
Denkhok, Kham, Drapeau du Tibet Tibet
Décès 5 novembre 1981 (à 57 ans)
Zion, Drapeau des États-Unis États-Unis
École/tradition Karma-kagyu

Karmapa

Rangjung Rigpe Dorjé (tibétain : རང་འབྱུང་རིག་པའི་རྡོ་རྗེ་, Wylie : rang byung rig pa'i rdo rje ) (14 août 1924 Denkhok - 5 novembre 1981, Zion, USA) était une personnalité du bouddhisme tibétain considérée dans cette tradition comme la 16e incarnation du Karmapa. Chef spirituel de la lignée Karma Kagyu du bouddhisme tibétain, il est né à Denkhok dans le district de Dergé dans le Kham (Tibet oriental), près de la rivière Drichu.

Biographie[modifier | modifier le code]

Au Tibet[modifier | modifier le code]

Rangjung Rigpe Dorjé est né à Denkhok dans le Kham (Tibet oriental) le 14 août 1924 dans une famille noble du nom de Athoub (ou Atup). Le tulku Tcheukyl Dordjé (le 5e Dzogchen Rinpoché, Thubten Choeky Dorje), abbé du monastère de Dzogchen Nyingmapa, avait prédit la naissance d'un grand bodhisattva à la future mère alors qu'elle était enceinte. Sur son conseil, elle s'installa dans une grotte où avait médité Padmasambhava, en attendant la naissance.

Le 11e Taï Sitou Rinpoché, reconnut l'enfant comme étant le nouveau karmapa. Les détails de la naissance correspondaient aux indications mentionnées dans la lettre de prédiction confiée par le 15e karmapa à son assistant, Jampal Tsultrim. L'enfant fut amené au monastère de Palpung où il reçut sa première ordination et prit les vœux de bodhisattva auprès de Taï Sitou Rinpoché et de Kongtrul Rinpoché de Palpung, les deux principaux disciples de son prédécesseur. L'enfant avait 8 ans et résidait toujours au royaume de Dergé lorsqu'il reçut la Coiffe Vajra et les robes de cérémonies du karmapa, qui lui furent apportées du monastère de Tsourphou. Il visita le monastère de Palpung, s'arrêtant en chemin pour bénir la fameuse imprimerie du monastère de Dergé. C'est là qu'il fut intronisé comme 16e karmapa, Rangjung Rigpé Dorjé, par l'abbé du monastère de Palpung, Taï Sitou Rinpoché, qui l'accompagna ensuite pour le long voyage qui devait le conduire à Tsourphou, siège des Karmapas au Tibet central où il fut accueilli par Gyaltsab Rinpoché, Kongtrul de Palpung, et Pawo Rinpoché.

En 1932, Rangjung Rigpe Dorjé reçut sa confirmation et la cérémonie de la coupe de mèche de cheveux du 13e dalaï-lama à Lhassa. Le jeune karmapa ayant enlevé la coiffe qu'il portait, le 13e dalaï-lama s'étonna que l'enfant n'ait pas retiré sa seconde coiffe, que l'assistance ne vit cependant pas. Il avait vu la Coiffe adamantine du karmapa, démontrant la réalisation spirituelle du dalaï-lama et l’authenticité du karmapa[1]. Le dalaï-lama écrivit pour l'occasion une prière de longue vie pour le karmapa qui resta quelques temps au Norbulingka à ses côtés[2]. Le karmapa a ensuite été intronisé au monastère de Tsourphou par Taï Sitou Rinpoché et le Gyalwang Drukpa.

Rangjung Rigpe Dorjé étudia avec Bérou Khyentsé Rinpoché et le grand pandit Bo Gongkar, célébré comme le dernier grand érudit Kamtsang Kagyu de l'époque. Gongkar Rinpoché avait mémorisé la totalité des Tripitaka et comptait parmi ses étudiants l'érudit accompli Sakya, Detchoung Rinpoché. Alors qu'il étudiait avec Gongkar Rinpoché, le 16e karmapa raconta à son lama les épisodes de ses existences précédentes. Quelques années plus tard, le 16e karmapa fut invité à se rendre en Chine, mais n'accepta pas cette invitation personnellement, préférant déléguer Bérou Khyentsé Rinpoché pour le représenter.

De gauche à droite, Jamgön Kongtrul Rinpoché, le 4e Palpoung Ongan Rinpoché, Dzigar Kongtrul Rinpoché, le 16e karmapa, le 11e tai sitou et 2 lama non identifiés, monastère de Palpoung au Tibet oriental, en 1939.

À Dzongsar, au monastère de Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö, le grand érudit Rimé, Rigpé Dorjé accomplit la cérémonie de la coiffe noire. Khyentsé Rinpoché vit Rangjung Rigpé Dorjé sous l'aspect de Düsum Khyenpa, le 1er Karmapa. De retour à Palpung, Rigpe Dorje reçut les initiations, lectures rituelles et instructions de l'ensemble des pratiques spirituelles de la tradition Sakyapa (Droup Thap Kun Tou).

En 1940, le 16e karmapa entreprit le voyage de retour vers Tsourphou. Là, pendant les 3 années suivantes, il s'adonna intensivement à la pratique.

En 1947, avec le 14e dalaï-lama, le 16e karmapa se rendit au Sikkim, au Népal et en Inde, pour visiter les lieux de pèlerinage bouddhiste.

En 1954, avec le 14e dalaï-lama et le 10e panchen-lama, le 16e karmapa se rendit à Pékin.

Les premiers conflits locaux au Kham[modifier | modifier le code]

En 1955, de graves conflits éclatèrent dans les districts de Dergué et de Nang-Shin au Kham. Le 16e Karmapa se rendit à Tchamdo où il essaya de ramener la paix entre les Khampas et les forces chinoises. Les deux parties promirent d'observer une trêve de cinq ans.

Début 1957, de graves conflits avaient de nouveau éclaté au Kham. Un flot de réfugiés affluait vers le Tibet central. Parmi eux se trouvaient beaucoup de lamas Kagyu tels le 9e Sangyé Nyenpa Rinpoché, Taï Sitou Rinpoché, Talep Rinpoché et leurs disciples, qui vinrent à Tsourphou. À cette époque, le 16e Karmapa reconnut le nouveau Kongtrul Rinpoché de Palpung et Bongsar Khyentsé Rinpoché. De Chetchen Kongtrul, le 16e Karmapa reçut les transmissions scripturaires et les enseignements du Longtchen Dzeudun, le profond ouvrage en sept volumes de Longtchenpa qui traite du Maha Ati (Dzogchen).

Depuis le Kham, inexorablement, le conflit gagna le Tibet central. Le 16e Karmapa envoya Taï Sitou Rinpoché, Sangyé Nyenpa Rinpoché et le maître de méditation Kalou Rinpoché au Bhoutan. Le jeune Jamgoeun Kongtrul de Palpung fut envoyé à Kalimpong, en Inde, dans sa famille, les Sandou, de riches marchands. Par contre, le 16e Karmapa lui-même refusa de partir à cette époque, disant qu'il gagnerait le Bhoutan si la situation se détériorait. Son intention était de rester à Tsourphou jusqu'au dernier moment, de façon à porter assistance aux réfugiés.

L'Exode[modifier | modifier le code]

Monastère de Rumtek au Sikkim, siège du karmapa en exil

Les conflits entre l'armée communiste chinoise et la résistance khampa faisaient maintenant rage dans tout le Tibet. Se rendant compte qu'il devait maintenant quitter le Tibet de façon à veiller à la préservation du Dharma, le 16e karmapa résolu de partir.

En mars 1959, le 16e karmapa accompagné de 160 personnes, dont de nombreux moines, des tulkou, Urgyen Tsomo et des laïcs, transportant des objets de culte, dont la Coiffe noire, quitta le Tibet pour le Bhoutan. Il y fut accueilli par la princesse Ashi Wangmo[3].

À la frontière du Bhoutan et de l'Inde, le 16e Karmapa rencontra le Premier Ministre du Sikkim qui lui transmit l'invitation du Maharaja Tashi Namgyal à venir résider au Sikkim. Le 16e Karmapa accepta l'invitation et il fut chaleureusement accueilli par la famille royale et la population. On lui demanda où il souhaitait s'établir. Il répondit qu'en tant que réfugiés tibétains, ils gardaient l'espoir de pouvoir un jour retourner au Tibet. Toutefois, puisque le 9e Karmapa avait fait édifier le monastère de Rumtek, il désirait y établir son siège en exil.

Pendant l'hiver 1959-1960, le 16e Karmapa se rendit en Inde où il rencontra d'abord le 14e Dalaï Lama à Bénarès et, plus tard, le Pandit Nehru, alors Premier Ministre. L'été, le 16e Karmapa conféra de nombreuses initiations à la foule qui se pressait pour le voir. Les gouvernements du Sikkim et de l'Inde lui remirent des fonds importants pour l'aider à construire un nouveau monastère, sur un terrain de trente hectares près de l'ancien monastère de Rumtek.

Le 16e Karmapa a ordonné plus de 3000 moines et reconnu des centaines de tulkus. Il a fait publier une nouvelle édition du Kanjur, l'encyclopédie des enseignements du Bouddha.

L'activité en Occident[modifier | modifier le code]

En 1974, il a demandé à Guendune Rinpoché de fonder un monastère (Dhagpo Kundrel Ling) en Auvergne, des centres de retraite traditionnels et un temple en France. Un grand centre d'étude est également établi en Dordogne Dhagpo Kagyu Ling. Il a accompli trois tournées de par le monde. Le troisième voyage l'a plus particulièrement amené à se rendre en Amérique et en Asie du Sud-Est. Il a ainsi établi des centres du Dharma et des monastères un peu partout, en vue de protéger, préserver et répandre l'enseignement du Bouddha.

Sa mort[modifier | modifier le code]

Photo du 16e karmapa

Le 16e karmapa est mort le 5 novembre 1981 dans un hôpital à Zion, près de Chicago aux États-Unis. Il fut incinéré à Rumtek[4].

Le Dr Mitchell Levy fit un compte rendu des événement médicaux survenus lors de sa mort[5]. Le matin de sa mort, une défaillance cardiaque fut notée sur l'électrocardiogramme. Il fit probablement une crise cardiaque, avec un arrêt cardiaque de 10 secondes et une chute de la tension artérielle qui put être corrigée et stabilisée pendant 30 minutes avant une chute complète suivie d'un nouvel arrêt cardiaque. La réanimation avec massage cardiaque dura 45 minutes. L'épinéphrine, l'adrénaline et le calcium en injection intra-cardiaque furent sans effet. Environ 15 minute après l'arrêt des efforts de réanimation, soit 1 heure après son arrêt cardiaque, sa tension remonta à 14/8 et son pouls repartit à 80, un événement que le médecin considéra comme le plus miraculeux qu'il ait vu chez le karmapa et laissant le sentiment au personnel médical que la force de sa conscience était revenu faire tout redémarrer. Après sa mort, il demeura 3 jours en état de méditation (tukdam) sur son lit d’hôpital[6],[7]. Le Dr. Ranulfo Sanchez, chirurgien de l'hôpital de Zion, mentionne que 36 heures après le décès, la région du cœur du karmapa était encore chaude[8].

Kalou Rinpoché, lors de sa visite à Dhagpo Kagyu Ling en novembre 1984, déclara que le 16e karmapa avait prédit que l'activité de sa 17e incarnation serait encore plus grande que celle de la précédente.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mick Brown, The Dance of 17 Lives (en), p. 39
  2. Lama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, 2011, Ed. Albin Michel. (ISBN 978-2-226-22150-6), p. 281
  3. Lama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, 2011, Ed. Albin Michel. (ISBN 978-2-226-22150-6), p. 295
  4. HH the 16th Karmapa Video YouTube
  5. voir le compte rendu dans Reginald Ray, Le Secret du monde du Vajra
  6. Diana Finnegan, Karmapa 1110-2010, 900 ans, 2011, p. 91-93
  7. (en) Death of the 16. Karmapa, Wikiversité
  8. Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort, p. 351

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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