Stephen Toulmin

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Stephen Edelston Toulmin (né le , mort le ) est un philosophe britannique, auteur et enseignant.

Influencé par le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein, Toulmin a consacré son travail à l’analyse des raisonnements moraux. Dans tous ses écrits, il cherche à développer les arguments pratiques qui peuvent être utilisés dans l’évaluation de l’éthique sous-jacente aux questions morales. Ses travaux ont été utilisés plus tardivement dans le champ de la rhétorique, pour l’analyse des arguments rhétoriques. Le « modèle d’argumentation » de Toulmin, un diagramme contenant six composants corrélatifs utilisés pour les arguments d’analyse, est considéré comme son travail le plus influent, particulièrement dans le champ de la rhétorique et de la communication, et dans la science informatique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Stephen Toulmin est né à Londres en Angleterre le . Tandis qu’il était à l’université de Cambridge, Toulmin entra en contact avec le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein, dont l’examen des relations entre les usages et les significations du langage influença beaucoup son propre travail. De fait, la thèse doctorale de Toulmin, intitulée Un examen de la place de la raison dans l’Éthique, applique les théories de Wittgenstein à l’analyse des arguments éthiques.

Son premier livre fut The Philosophy of Science: an Introduction (1953, traduction proposée : La philosophie des sciences : une introduction).

Tandis qu’il enseignait à l’université de Leeds, il publia l’un de ses livres les plus influents dans le champ de la rhétorique, The Uses of Argument (1958, traduction proposée : Les usages argumentatifs), qui enquête sur les défauts de la logique traditionnelle. Bien que ce livre fut pauvrement reçu en Angleterre et caricaturé comme « le livre anti-logique de Toulmin » par les collègues philosophes de Toulmin à Leeds, il fut approuvé par les rhétoriciens des États-Unis, où Toulmin a travaillé comme professeur invité.

Toulmin publie en 1972 Human Understanding: The Collective Use and Evolution of Concepts (traduction proposée : La connaissance humaine : l’usage collectif et l’évolution des concepts), qui examine les causes et les processus de l’évolution conceptuelle. Dans ce livre, Toulmin utilise la comparaison alors toute nouvelle entre l’évolution conceptuelle et le modèle darwinien de l’évolution biologique pour penser le processus du changement conceptuel comme un processus évolutionnaire. Toulmin se rattache ainsi au courant de l'épistémologie évolutionniste.

En 1973, il publie en collaboration avec l’historien Alan Janik Wittgenstein’s Vienna (traduction proposée : La Vienne de Wittgenstein), qui souligne l’importance de la signification historique dans le raisonnement humain : contrairement aux philosophes qui croient en la vérité absolue, comme Platon et sa logique formelle idéalisée, Toulmin soutient que la vérité est une qualité relative, dépendante des contextes historiques et culturels (que d’autres auteurs ont appelé « schémas conceptuels »).

En 1988, il écrit en collaboration avec Albert R. Jonsen The Abuse of Casuistry: A History of Moral Reasoning (traduction proposée : Les abus de la casuistique : une histoire du raisonnement moral), qui expose les différents procédés de résolution des cas moraux.

Philosophie des sciences[modifier | modifier le code]

En 1972, Toulmin publie Human Understanding qui affirme que le changement conceptuel est un processus évolutionniste. Ce livre attaque la position de Thomas Kuhn sur le changement conceptuel (cf. La Structure des révolutions scientifiques, 1962). Kuhn pensait que le changement conceptuel était un processus révolutionnaire (en opposition au processus évolutionniste de Popper), durant lequel des paradigmes qui s'excluent mutuellement rivalisent pour remplacer le paradigme précédent. Toulmin critique les éléments relativistes de la thèse de Kuhn : il montre que les paradigmes s'excluant mutuellement ne fournissent pas de terrain de comparaison ; en d'autres termes, la thèse de Kuhn donne trop d'importance au « champ instable » tout en ignorant le « champ stable », ou champ communément partagé par tous les paradigmes argumentatifs ou scientifiques.

En contraste avec le modèle révolutionnaire de Kuhn, Toulmin a proposé un modèle évolutionniste du changement conceptuel comparable au modèle d'évolution biologique de Charles Darwin. Toulmin explique que le changement conceptuel implique les processus d'innovation et de sélection. L'innovation correspond à l'apparition des variations conceptuelles, tandis que la sélection correspond à la survie et à la perpétuation des concepts les plus solides. L'innovation se produit quand les professionnels d'une discipline particulière viennent à voir les choses différemment de leurs prédécesseurs ; la sélection fait subir aux nouveaux concepts un processus de débat et d'enquête que Toulmin considère comme un « forum de compétition ». Les concepts les plus solides survivront au forum de compétition en tant que révisions des concepts traditionnels. Ces derniers seront donc remplacés par de meilleurs concepts.

Pour le point de vue absolutiste, les concepts sont valides ou invalides indépendamment du contexte ; pour le point de vue relativiste, un concept n'est jamais meilleur ou pire qu'un concept rival qui vient d'un contexte culturel différent. Dans la perspective de Toulmin au contraire, qui renvoie dos-à-dos ces deux points de vue, l'évaluation dépend d'un processus de comparaison, qui détermine si oui ou non un concept donné entraînera une augmentation de notre pouvoir explicatif par rapport à ses rivaux.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]