Tournant linguistique

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Le tournant linguistique, plus souvent désigné par l'expression anglaise linguistic turn, est originellement une expression par laquelle Gustav Bergmann[1] désignait en 1953 une manière de faire de la philosophie initiée par Ludwig Wittgenstein dans son Tractatus logico-philosophicus. D'une manière générale, il s'agit d'un changement méthodologique et substantiel, affirmant que le travail conceptuel de la philosophie ne peut avoir lieu sans une analyse préalable du langage.

Le tournant linguistique a notamment connu des applications en histoire.

Généralités[modifier | modifier le code]

L'idée de fond est de traquer les énoncés mal formés et sans signification réelle, tout en vérifiant la structure logique réelle qui sous-tend les formulations d'idées dans le langage naturel. Cette approche, revendiquée aussi à l'origine par Bertrand Russell et Gottlob Frege, est caractéristique de l'essor de la philosophie analytique. Elle est solidaire du développement de la logique et de la philosophie de la logique, et a été l'instrument d'une forte critique de la métaphysique sous les coups des membres du cercle de Vienne et des représentants du positivisme logique. Elle a aussi donné naissance à la philosophie du langage ordinaire, qui apporte un regard moins logiciste sur la question (Austin, Strawson et la seconde philosophie de Wittgenstein sont représentatifs, chacun à leur manière, de ce dernier développement). Ce changement d'approche, mêlé à d'autres influences affaiblissant l'intention d'analyse logique qui en était à l'origine indissociable, a affecté les sciences humaines, et par extension, l'expression de tournant linguistique est aussi associée à un courant historiographique américain apparu à la fin des années 1960[2].

En histoire[modifier | modifier le code]

Démarche en histoire[modifier | modifier le code]

Le linguistic turn est une démarche historienne qui considère que toute recherche historique doit nécessairement s’intéresser au langage ou au discours, qui deviennent donc objets d’étude. Cela se justifie épistémologiquement : étant donné qu’il travaille sur des textes, que la réalité qu’il analyse n’est accessible que par la médiation du langage, l’historien n’appréhende en fait que la représentation discursive de la réalité.

Dans cette vision, l’histoire ne serait plus une discipline scientifique, mais deviendrait un genre littéraire, qui doit être appréhendé en privilégiant la critique textuelle. Les partisans de cette méthode s’appuient principalement sur la philosophie post-structuraliste de Jacques Derrida et Michel Foucault.

Influences en histoire[modifier | modifier le code]

Le linguistic turn en histoire s’est érigé en critique de l'histoire économique et sociale de l'École des Annales et du marasme de l’histoire intellectuelle américaine, lors du tournant épistémologique du début des années 1970.[réf. nécessaire]

Concernant à l’origine essentiellement l’histoire intellectuelle américaine, le linguistic turn touche l’Europe dès la fin des années 1980 et s’étend progressivement aux autres domaines de la recherche historique. Le linguistic turn influencera par la suite la gender history et le new historicism.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Logical Positivism, Language, and the reconstruction of Metaphysics, 1953, in Bergmann, Gustav, Collected Works Vol. I: Selected Papers I, edited by E. Tegtmeier, Frankfurt/Lancaster: Ontos-Verlag, 2003.
  2. (en) Le départ peut être situé au moment de la publication de l’anthologie de Richard Rorty (dir.), The Linguistic Turn. Recent Essays in Philosophical Method, The University of Chicago Press, 1967.