Immigration illégale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un fort différentiel économique explique en partie l'immigration clandestine. Ici le mur de Nogales qui sépare à gauche les États-Unis et à droite le Mexique.

L'immigration illégale, ou immigration clandestine, est l'entrée sur un territoire national d'étrangers ne possédant pas les documents l'autorisant, ou la poursuite de leur séjour une fois la validité de ces documents expirée.

Les personnes se trouvant dans cette situation sont des étrangers en situation irrégulière, aussi appelées « clandestins », ou « sans-papiers ». Peuvent également se trouver dans la clandestinité des personnes n'ayant pas obtenu le renouvellement de leur titre de séjour, sous le coup d'une interdiction de territoire, ou après une demande d'asile rejetée.

L'immigration clandestine concerne généralement les habitants de pays relativement pauvres cherchant un meilleur niveau de vie dans les pays plus riches que celui dont ils sont issus. Mais contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les plus pauvres qui migrent, mais ceux qui en ont les moyens (coût très élevé du voyage), et qui espèrent à l'étranger une meilleure promotion sociale que celle qu'ils auraient dans leur pays.

Dans l'illégalité, les clandestins prennent fréquemment des risques importants, pouvant mettre leur propre vie en péril, afin de rejoindre des pays présentant des conditions de vie qu'ils espèrent meilleures. Ils n'hésitent donc pas à tout abandonner pour tenter l'aventure, souvent « aidés » dans cette entreprise par des passeurs peu honnêtes leur faisant payer un prix exorbitant pour leur fournir les moyens de franchir les obstacles naturels (mers, montagne, fleuve, etc.) ou humains (poste frontière, mur) dans des conditions de sécurité extrêmement précaires.

Voies[modifier | modifier le code]

  • Vers l'Espagne, les passages se font par le détroit de Gibraltar depuis les côtes marocaines entre Larache et Hoceima et les côtes algériennes, à Oran. Pour les îles Canaries les bateaux partent depuis les côtes du sud marocain, entre Tarfaya et Dakhla, de la Mauritanie, à Nouadihibou, du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée Conakry. Ceuta et Melilla, deux villes espagnoles au Maroc, sont deux autres points d'entrée pour l'Europe, même si leurs frontières sont fermées avec des doubles grillages de six mètres de hauteur.
  • Les routes pour l'Italie partent de la Tunisie et surtout de la Libye, entre Zuwarah et Misratah (canal de Sicile), se dirigeant vers l'île de Lampedusa et la Sicile. Dernièrement les migrants commencent à partir aussi depuis Annaba, en Algérie, vers la Sardaigne.
  • Pour la Grèce les migrants clandestins passent par la Turquie et embarquent à partir des côtes turques autour de Izmir, vers les petites îles grecques de Samos, Lesvos, Hios et Rhodes. Un autre passage est constitué par la frontière entre Turquie et Grèce. Sur l'autoroute pour Alexandroupolis et Orestias, chaque année des milliers de migrants entrent en Europe cachés à l'intérieur des camions en direction de la Grèce. Une fois à Athènes les migrants rejoignent Patras pour embarquer vers l'Italie, sur les ferry se dirigeant vers Ancone, Brindisi et Venise.

Chaque année des centaines de jeunes migrants meurent le long de ces routes, victimes des naufrages comme du désert. En fait pour rejoindre la Méditerranée, les immigrants sub-sahariens traversent d'abord le désert du Sahara pour rentrer soit en Libye, soit en Algérie.

  • Vers les États-Unis, les passeurs mexicains (appelés « coyotes ») font traverser le Río Grande ou l'océan Atlantique dans des conteneurs, contre plusieurs milliers de dollars. Aux États-Unis, des citoyens volontaires forment des milices armées qui patrouillent le long des frontières mexicaines (voir Immigration aux États-Unis).

Victimes[modifier | modifier le code]

Il a été estimé que 19 144 immigrés sont morts aux frontières de l'Europe entre 1988 et 2013, dont 8 479 sont disparus en mer[1]. En mer Méditerranée, ont perdu la vie 8 315 migrants. Dans le Canal de Sicile 2 511 personnes sont mortes, entre la Libye, l'Égypte, la Tunisie, Malte et l'Italie, dont 1 549 disparus, et 70 autres ont perdu la vie le long des nouvelles routes entre l'Algérie et l'île de Sardaigne; 4 091 personnes sont mortes au large des îles Canaries et du détroit de Gibraltar entre le Maroc et l'Espagne, dont 1 986 disparus; 895 personnes sont mortes en mer Égée, entre la Turquie et la Grèce, dont 461 disparus; 603 personnes sont mortes en mer Adriatique, entre l'Albanie, le Monténégro et l'Italie, dont 220 disparus. Mais on ne traverse pas la mer seulement à bord de pirogues. En naviguant cachés à bord de navires de cargaison régulièrement enregistrés, au moins 146 hommes sont morts asphyxiés ou noyés

Mais avant d'arriver à la mer, la traversée du Sahara est non moins dangereuse. Les aventuriers africains le traversent sur des camions comme sur des véhicules tout terrain le long des pistes entre le Soudan, le Tchad, le Niger et le Mali d'un côté et la Libye et l'Algérie de l'autre. Ici au moins 1 587 personnes sont mortes depuis 1996. Mais selon les survivants, presque chaque voyage compte ses victimes. Le nombre des victimes pourrait donc être bien plus élevé. Les chiffres incluent aussi les victimes des déportations collectives pratiquées par les gouvernements de Tripoli, d'Alger et de Rabat, désormais habitués à abandonner des groupes de centaines de migrants dans les zones frontalières situées en plein désert[2].

En Libye, les migrants sont maltraités. Il n'y a pas de données officielles, mais au cours de 2006 le Human Rights Watch et l'Afvic ont accusé Tripoli de détentions arbitraires et de torture dans les centres d'arrestation, dont trois sont financés par l'Italie. En septembre 2000 à Zawiyah, dans le nord-ouest du pays, au moins 560 étrangers ont été tués pendant des assauts xénophobes[3].

En voyageant cachées dans des camions, 283 personnes ont été trouvées mortes. Et 182 migrants se sont noyées dans les fleuves délimitant la frontière, la plupart dans l'Oder-Neisse, entre la Pologne et l'Allemagne, l'Evros entre la Turquie et la Grèce, le Sava entre la Croatie et la Bosnie; et le Morava entre la Slovaquie et la République tchèque. 112 autres personnes sont mortes d'hypothermie en tentant de franchir la frontière dans les montagnes, la plupart en Turquie et en Grèce. En Grèce, le long de la frontière avec la Turquie, il y a encore des champs de mines. En essayant d'entrer en Grèce après avoir traversé le fleuve Evros, au moins 88 personnes y sont mortes[4].

Au moins 192 migrants sont morts sous le feu de la police de frontière, dont 35 dans les enclaves espagnoles au Maroc, Ceuta et Melilla, 50 en Gambie, 40 en Égypte et 32 en Turquie, le long de la frontière avec l'Iran et l'Irak. Mais d'autres personnes ont été tuées aussi en France, en Belgique, en Espagne, en Allemagne, au Maroc et en Libye. 41 personnes enfin ont été retrouvées mortes dans le train d'atterrissage d'avions de ligne, 21 personnes sont mortes à Calais ou cachés sous les trains dans le tunnel sous la Manche en direction de l'Angleterre, 2 se sont noyés en essayant traverser la Manche et 12 ont perdu la vie sous autres trains en Italie, Grèce et Suisse.

Refoulés[modifier | modifier le code]

Le Maroc expulse les immigrés clandestins pour le compte de l'Union européenne à la frontière de l'Algérie. L'Algérie, à son tour, les repousse vers les pays voisins. Au Mali, à 5 km de la frontière à Tinzaouaten, 800 à 1 000 candidats à l'émigration (juillet 2007) restent sans abri sous un soleil de plomb de 40° et subissent humiliations et privations[5]. Parmi eux, il y a trois catégories de candidats migrants : ceux qui veulent retourner chez eux mais n'en ont pas les moyens; ceux qui ne veulent pas retourner chez eux les mains vides pour éviter la honte; il y a aussi des passeurs qui s'y mêlent et qui vendent des illusions en attendant le moment de partir.

Les voies de recours juridiques contre les abus des droits de l'Homme sont la saisine de la Commission africaine des droits de l'Homme, qui ne peut intervenir que lorsque les recours possibles sont épuisés dans le pays (au Maroc, par exemple) ou encore le Conseil des droits de l'homme des Nations unies à Genève. Dans ces conditions, un candidat refoulé à la frontière n'a ni l'information, ni les moyens nécessaires pour intenter de telles actions, sans l'appui d'une organisation[5].

Immigration illégale par pays[modifier | modifier le code]

En Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

Une décision de limiter la proportion de travailleurs immigrés à 20 % de la population de l'Arabie saoudite à commencé à être appliquée en 2013. Un tel pourcentage ramènerait leur nombre à 4 millions contre de 9,3 millions en 2012[6].

Au début novembre 2013, en application de cette décision, une vague d'expulsions d'immigrés candestins à touché 900 000 personnes depuis le début de l'année[7],[8] et l'on prévoit un million d'autres expulsions à cette date[9].

En France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Immigration illégale en France.

En Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

Après la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud a commencé à accueillir des réfugiés venant d'autres pays africains, souvent clandestins[10]. Le gouvernement a mis en place une politique stricte vis-à-vis de l'immigration illégale : un million de personnes ont été reconduites à la frontière dans les années 1990[10].

Aux Antilles de l'est[modifier | modifier le code]

Plusieurs Dominicains et d'autres nationalités antillaises tentent d'immigrer vers Porto Rico et vers d'autres îles dans les Antilles, voire vers la Floride.

Mexique[modifier | modifier le code]

Un flux important existe depuis le Mexique vers les États-Unis.

Environ 100 000 Mexicains tentent chaque années de traverser la frontière Mexique/États-Unis. Seuls 10 % d'entre eux parviennent à passer.

En Asie du Sud-Est[modifier | modifier le code]

Entre autres, des flux de Philippéens vers des pays voisins, vers des pays arabes et vers les États-Unis existent.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Coindreau, Patrick de Gramont, Bernard Metz, L'Immigration illégale : enjeux de sécurité intérieure et extérieure pour l'Europe, éditions des Riaux, 2007.
  • Bogumil Terminski, Les Migrations, les réfugiés, les droits de l'homme : un guide bibliographique des publications parues en langue française, UNHCR, Genève, 2011.
  • Claude Valentin-Marie, Prévenir l'immigration irrégulière : entre impératifs économiques, risques politiques et droits des personnes -- Direction des affaires sociales et de la santé du Conseil de l' Europe, Direction générale III-Cohésion sociale, Conseil de l`Europe, Strasbourg, 2004.
  • Denis Salas, Immigration illégale et pratiques judiciaires en France, Hommes & Migrations, no 1241, janvier-février 2003.
  • Jean Valluy, Quelles sont les origines du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration ?, Cultures & Conflits, 2008/1 (no 69).