Huppe fasciée

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Upupa epops

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Huppe fasciée

Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Bucerotiformes
Famille Upupidae
Genre Upupa

Nom binominal

Upupa epops
Linnaeus, 1758

Répartition géographique

alt=Description de l'image Upupa_distribution.png.


     /    Répartition du genre Upupa

     /    Habitat permanent

     /    Zone de nidification

     /    Zone d’hivernage

Statut de conservation UICN

( LC)
LC : Préoccupation mineure

La Huppe fasciée (Upupa epops) est une espèce d'oiseau, l'une des trois représentantes de la famille des Upupidae et du genre Upupa. Les deux autres espèces, la Huppe africaine Upupa africana et la Huppe de Madagascar Upupa marginata, ont longtemps été considérées comme des sous-espèces de la Huppe fasciée. Ces espèces sont parfois placées par certains auteurs dans leur propre ordre, les Upupiformes.

Morphologie[modifier | modifier le code]

  • Longueur : de 26 à 32 cm (bec : de 5 à 6 cm)
  • Envergure : environ 45 cm
  • Poids : de 60 à 80 g
  • Longévité : environ 11 ans

La huppe fasciée est un oiseau de taille moyenne, au plumage orangé (femelle légèrement plus terne), barré de noir et blanc sur les ailes et la queue. Elle possède une huppe érectile, longue, orange, se finissant par du noir. Son bec est long, mince et recourbé. Ses ailes sont larges et arrondies, et ses pattes courtes mais puissantes.

Comportement[modifier | modifier le code]

C'est un oiseau peu farouche mais qui se tient à bonne distance de l'observateur humain.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Essentiellement insectivore, la huppe capture la grande majorité de ses proies au sol. Diverses espèces d'insectes (scarabées, grillons, fourmis, courtilières, chenilles, larves diverses, etc.) et de petits invertébrés (mille-pattes, limaces, escargots dont elle casse la coquille) figurent à son menu, mais elle recherche spécialement les insectes colonisant les bouses et déjections de mammifères, qu'elle attrape grâce à son long bec recourbé. Il lui arrive aussi de capturer de temps en temps des insectes en vol et sur ou dans le bois-mort au sol et sur pied. Elle se nourrit aussi de sauterelles, criquets et petits serpents. Les anciens égyptiens la nommaient "Le purificateur d'Égypte".

Reproduction[modifier | modifier le code]

Œufs de Huppe fasciée Muséum de Toulouse

La huppe va nicher dans un trou d'arbre ou de rocher. Elle occupe parfois certaines constructions (bergeries, fermes et même des pavillons modernes), ainsi que les nichoirs artificiels et fréquemment d'anciennes loges de pics mais se contente souvent d'une anfractuosité ou l'ouverture se réduit à une simple fissure. Les déjections que les parents n'enlèvent pas font fuir les prédateurs par leur odeur.

En Europe, la huppe fait une, parfois deux couvées par an. La ponte a lieu en mai-juin: les 5-6 œufs, blanc grisâtre ou verdâtre, sont pondus sur le sol recouvert de quelques légers matériaux (plumes ou mousse). L'incubation est de l'ordre de 16 à 18 jours[1].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition
La Huppe fasciée peuple les régions chaudes et tempérées de l'Ancien Monde.
Habitat
Elle fréquente les jardins, les vergers et les vignes ainsi que les zones ouvertes de terre nue ou d'herbe rase où elle peut aisément se nourrir.

Migration[modifier | modifier le code]

Les huppes européennes migrent en général jusqu'en Afrique tropicale pour passer la mauvaise saison de l'hémisphère Nord. L'hivernage est rare et accidentel en France, les rares cas signalés concernent probablement des oiseaux blessés ou affaiblis.

En France, son arrivée est précoce, enregistrée dès la fin février dans le Sud, en mars ou avril dans les régions plus septentrionales. Elle quitte ces latitudes dès qu'elle a terminé sa nidification, au mois d'août et plus rarement en septembre.

Systématique[modifier | modifier le code]

L'espèce a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758[2].

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Position systématique[3]

Traditionnellement classée dans l'ordre des Coraciiformes, la classification de Sibley & Monroe classa la famille des Upupidae dans l'ordre, nouveau, des Upupiformes. Depuis, le COI l'a intégrée dans l'ordre des Bucerotiformes.

Sous-espèces [4]
Sous-espèces séparées 

Étymologie[modifier | modifier le code]

Du latin upupa, origine onomatopéique tirée de son chant (« houp-oup-oup »), qui lui a valu son nom dans beaucoup de langues et dialectes, par exemple en anglais (hoopoe), en italien (upupa), en hollandais (weide-)hop etc. De même, elle est appelée « bout bout » dans le centre de la France. Elle est aussi nommée « pue pue » dans certaines régions, allusion à la mauvaise odeur de son nid. Le qualificatif « fascié » fait référence aux rayures noires et blanches de son plumage (huppe, ailes et rectrice).

La Huppe fasciée et l'Homme[modifier | modifier le code]

Menaces et conservations[modifier | modifier le code]

Modification du milieu de vie

La modification du milieu de vie de la huppe fasciée, c'est-à-dire le bocage, depuis le début des années 1950 par les méthodes de l'agriculture productiviste (disparition du pâturage extensif, remembrement, destruction des vieux arbres et des haies champêtres) est la menace la plus sérieuse qui pèse sur cette espèce.

Pesticides

L'épandage massif de pesticides pour lutter contre les insectes ravageurs des cultures nuit à la huppe fasciée car ils suppriment les gros insectes comme les hannetons, les capricornes, les lucanes cerfs-volants ou les carabes qui forment la base de son alimentation. D'autres espèces d'oiseaux se nourrissant de gros insectes, comme la chevêche d'Athéna, souffrent aussi de cette pollution.

Statut de conservation

La huppe fasciée est une espèce en régression en Europe occidentale et méridionale.

Depuis 1950, elle a disparu de la limite nord de son aire de répartition (Benelux, pays scandinaves) et a vu ses effectifs régresser dans plusieurs pays, dont la France (en particulier au nord de la Loire), mais aussi la Turquie et la Russie.

Depuis 1990, les populations sont cependant stables (et parfois en augmentation) dans la majorité des pays d'Europe centrale et orientale, de la Suisse à la mer Noire.

Protection[modifier | modifier le code]

La Huppe fasciée bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis 1981 (arrêté du 17 avril 1981 abrogé et remplacé), voir l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection[5]. Il est donc interdit de la détruire, la mutiler, la capturer ou l'enlever, de la perturber intentionnellement ou de la naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu. Qu'elle soit vivante ou morte, il est aussi interdit de la transporter, colporter, de l'utiliser, de la détenir, de la vendre ou de l'acheter.

De plus, la huppe est protégée par la loi dans la plupart des pays européens. Elle n'est pas recherchée par les chasseurs, même si certains en tuent parfois (illégalement) dans certains pays, comme à Malte.

Par contre, elle est plus souvent capturée en Afrique du Nord, où certaines parties de son corps sont utilisées pour des pratiques médicales et "magiques".

Préservation de l'habitat naturel[modifier | modifier le code]

La préservation du bocage et notamment l'entretien des vieux arbres à cavités comme les chênes, les châtaigniers, les hêtres et des haies champêtres favorise la sauvegarde de la huppe fasciée. La limitation stricte des épandages de pesticides assurera également la survie des gros insectes, base de l'alimentation de la huppe.

Pose de nichoirs[modifier | modifier le code]

Localement, la pose de nichoirs a pu permettre la conservation de l'espèce, voire son retour dans des régions où elle avait disparu, comme en Suisse romande.

Culture[modifier | modifier le code]

La Conférence des oiseaux mené par une huppe (au-dessus du perroquet vert au centre-droit)

Db[modifier | modifier le code]

G22

Le hiéroglyphe représentant la huppe correspond au son db(3). Probablement, 'db' est dérivé d'un nom ancien 'db3' pour l'oiseau : "celui qui bloque (avec du limon)", c'est-à-dire qui bloque le trou du nid creusé dans un arbre. Dans l'écriture hiéroglyphique du mot 'db.t' ("brique d'adobe"), le signe d'une huppe est presque obligatoire, le mot dérivant du même verbe "bloquer" (Drs. Carles Wolterman, égyptologue). [réf. nécessaire]

Elle est assez souvent représentée dans l'art égyptien ancien[6]. Elle est peinte dans des paysages, en vol, posée au sol ou plus souvent perchée dans un arbre (sycomore) ou dans des papyrus.

Une paroi de la tombe de Khnoumhotep II à Beni Hassan (XIIe dynastie) représente un acacia avec cinq oiseaux dont une huppe (en bas, à gauche). De nombreux papyri modernes, vendus sous le nom d'«arbre de vie», s'inspirent de cette peinture censée symboliser les cinq âges de l'Homme (elle pourrait être une forme que prend l'âme humaine, après la mort[7]).

Comme dans un des bas-reliefs du mastaba de Ptahhotep à Saqqarah (Ve dynastie), elle est aussi souvent associée à un jeune garçon qui la tient par les ailes.

À l'époque ptolémaïque, certaines statuettes[8],[9] représentent Harpocrate, dieu enfant, tenant une huppe à l'aigrette repliée comme une pointe.

Au Ve siècle, le lettré Horapollon, dans ses Hieroglyphica, présente la huppe comme un modèle de piété filiale[10]. Le nom égyptien tardif qwqwpd, transcrit koukouphas en grec ancien, a donné celui de Saint Cucufa. Cet nom est derive probablement du nom de l'oiseau dans le Bible: duchifat

الهدهد (hudhud : nom arabe de la huppe)[modifier | modifier le code]

Dans les pays arabes[11], elle est considérée comme une protection contre le mauvais œil. Dans le Coran (Sourate XXVII : Les fourmis, 20-27), la huppe est la messagère du Roi Salomon à la Reine de Saba.

C'est un des oiseaux, personnage principal, de La Conférence des Oiseaux, un recueil de poèmes médiévaux en langue persane publié par le poète Soufi Iranien Farid Al-Din Attar en 1177. Sur l'illustration ci-contre, la huppe est au centre, à droite.

Selon Ibn `Abbâs, Mahomet a interdit de tuer cinq animaux : La fourmi, l’abeille, la grenouille, la pie-grièche et la huppe. Rapporté par Abû Dâwûd dans le chapitre du comportement (5267) et Ibn Mâjah dans le chapitre de la chasse (3223) avec une chaîne de rapporteurs authentiques.

דוכיפת (khīfat : nom hébreu de la huppe)[modifier | modifier le code]

Le Lévitique (XI, 13-19) la déclare impropre à la consommation[11]. Elle a été choisie en 2008, comme oiseau national de l'État d'Israël.

Puput[modifier | modifier le code]

Puput est le nom occitan (et catalan) de la huppe.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Des sorciers Africains, Nord-Africains, Israéliens et proche-orientaux s'en servent comme talismans : œil, patte, plume, organes, etc.

Les trous où nichent la huppe ont la réputation de dégager une odeur fétide, qui repousse les attaques de présumés prédateurs. Cette odeur est due d'une part à la non-évacuation des fientes mais aussi à un liquide dont s'enduisent les huppes, qui provient d'une glande.

Cette odeur du nid des huppes est certainement[12] à l'origine du mot « salope », qui se composerait donc de sale et hoppe (forme dialectale régionale du mot huppe). Le mot « dupe » viendrait aussi du nom de cet oiseau[réf. souhaitée].

Héraldique[modifier | modifier le code]

La huppe est représentée dans le blason de quelques villes d'Europe centrale et orientale :

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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Autres liens[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Beaman & S. Madge, Guide encyclopédique des oiseaux du paléarctique occidental, Nathan, Paris, 1998.
  • P. Cabard & Chauvet, B. L’Étymologie des noms d'oiseaux, Belin, 2003.
  • Paul Géroudet (mise à jour par CUISIN M.), Les passereaux d'Europe, Delachaux et Niestlé, Lausanne & Paris, 1998 (4e édition, tome 1).
  • J. Del Hoyo, A. Elliott & J. Sargatal, Handbook of the birds of the WorldVol 6 : Mousebirds to Hornbills, Lynx Edicions, Barcelone, 2000.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Atlas zoologique : toutes les espèces d'Europe, Comptoir Du Livre,‎ 1991 (ISBN 2-86721-235-9)
  2. Linnaeus, C. 1758: Systema Naturae per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, Tomus I. Editio decima, reformata. Holmiæ: impensis direct. Laurentii Salvii. i–ii, 1–824; pages 117–118
  3. Handbook of the birds of the World — Vol 6
  4. D'après The Howard and Moore Checklist of the Birds of the World (3e édition) et Alan P. Peterson
  5. Le statut juridique des oiseaux sauvages en France, Ligue pour la protection des oiseaux, 2006, 96 pages (ISBN 2952126747)
  6. Ludwig Keimer, Quelques remarques sur la huppe (Upupa epops) dans l'Égypte ancienne
  7. Ludwig Keimer p.317
  8. Ludwig Keimer, Musée du Caire
  9. Ludwig Keimer, Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles p. 305-306
  10. Orapollo - I Geroglifici, BUR, Milan, 1996, p. 145
  11. a et b P. Cabard & B. Chauvet, L’Étymologie des noms d'oiseaux
  12. Henriette Walter et Pierre Avenas, la mystérieuse histoire du nom des oiseaux.