Horapollon

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Horapollon, nom signifiant Horus Apollon Ὡραπόλλων (ou Horapollon le Jeune, Horapollon de Phénébythis), est un philosophe alexandrin qui a vécu dans la deuxième moitié du Ve siècle.

Vie[modifier | modifier le code]

Il est issu d’une famille aisée, originaire du village de Phénébythis, près d'Akhmîm. Son grand-père et homonyme, Horapollon le Grammairien (ou Horapollon l'Ancien), enseignait à Ménouthis près d'Alexandrie. Horapollon le philosophe suit son exemple et se fait le défenseur des traditions.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Le groupe de philosophes auquel il se rattache cherche avec curiosité les vestiges de l'antique civilisation. L'écriture des monuments pharaoniques retient son attention. Il rédige ainsi, en copte, Hieroglyphica, un ouvrage inspiré de glyphes provenant de monuments égyptiens ainsi que d'ouvrages antérieurs sur le sujet ; on y retrouve environ un tiers des textes de Chérémon d'Alexandrie (milieu du Ier siècle). Horapollon puise parfois aux bonnes sources, certaines idées se retrouvent dans un ouvrage philosophique très ancien, conservé par une copie exécutée sous le roi Taharqa :

« C'est le cœur qui prend toutes les déterminations et la langue qui répète ce qu'a pensé le cœur. »

Ses Hieroglyphica se répartissent en deux livres, traduits en grec par un certain Philippos. Le texte primitif paraît avoir été assez maltraité. Une copie du manuscrit grec est découverte en 1419, dans l'île d'Andros, par Cristoforo Buondelmonti, un prêtre florentin qui explora les îles grecques. Le texte est diffusé à Florence quelques années après, puis édité pour la première fois en 1505 à Venise par Alde Manuce. Comme le dit Umberto Eco :

« Selon toute probabilité, la deuxième partie des Hieroglyphica est l'œuvre du traducteur Philippe, et, dans cette deuxième partie, les références à la tradition hellénistique tardive du Physiologus et des autres bestiaires, herbiers et lapidaires qui en découlent, sont très évidents. (...) Les illustrations apparaissent dans des éditions ultérieures, comme la traduction latine de 1514 illustrée par Dürer. »

— La recherche de la langue parfaite, p. 176

Influence[modifier | modifier le code]

Le livre a une très grande influence sur la littérature savante et ésotérique du XVIe siècle et au-delà[1]. Les livres d'emblèmes le citent souvent comme source :

« Aussi avons nous apprins d’Orus Apollo & autres, que la corneille est prinse pour une marque de concorde[2]. »

Horapollon exerce également une grande influence sur les débuts de l'égyptologie, mais malheureusement dans un sens assez peu favorable. Bien qu'ayant vécu longtemps après la disparition des hiéroglyphes, Horapollon possédait une connaissance de l'écriture perdue et ses explications du système sont souvent correctes. En revanche, elles sont profondément allégoriques car destinées à un auditoire grec qui a longtemps cru au symbolisme mystique des signes hiéroglyphiques. La preuve en est fournie par une série d'espèces animales dont quelques-unes n'ont jamais figuré dans les hiéroglyphes. La fantaisie est reine : « fils » est représenté par une oie en raison de l'amour extrême que les oies ressentent pour leur progéniture plus que les autres animaux ; « ouvrir », par le lièvre qui a toujours les yeux ouverts ; « cinq », par l'étoile, à cause des planètes dont les mouvements règlent la marche du monde.

Critiques[modifier | modifier le code]

Jean-François Champollion émet, dès 1824, l'idée que :

« Horapollon n'est qu'un guide propre à égarer ceux qui se confient à lui. Ses prétendus hiéroglyphes sont des anaglyphes, c'est-à-dire un genre de peinture allégorique très distincte, et des hiéroglyphes phonétiques, et des hiéroglyphes idéographiques ; et c'est surtout au trop d'attention accordé à cet auteur et à la prévention où l'on était que ses hiéroglyphes étaient les seuls, les vrais hiéroglyphes, que sont dues les rêveries de tant d'hommes habiles sur ce sujet. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. E. Iversen, The Myth of Egypt and its Hieroglyphs in European Tradition, Copenhague, 1961.
  2. In Andrea Alciato, Emblemata, Concordiae Symbolum, édition française de 1584

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Hieroglyphica, édition grecque imprimée pour la première fois à Venise en 1505
  • Hieroglyphica, première traduction latine de B. Trebatio en 1515
  • Hieroglyphica, première traduction française dans une édition anonyme de 1543
  • Hieroglyphica, traduction française de B. Van de Walle & J. Vergote (1943).
  • Hori Apollinis Hieroglyphica, saggio introduttivo, edizione critica del testo e commento di Francesco Sbordone, Naples, Loffredo, 1940, 226 p.

Études sur Horapollon[modifier | modifier le code]

  • Claude-Françoise Brunon, « Le ciel d'Horapollon », Les astres, Montpellier,‎ 1996, p. 153-168.
  • Louis Keimer, Interprétation de quelques passages d'Horapollon, 1947.
  • Jean Maspéro, « Horapollon et la fin du paganisme égyptien », Bulletin de l‘Institut français d'archéologie orientale, no 11,‎ 1914, p. 163-195.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]