Reichsstatthalter

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Le terme de Reichsstatthalter (« gouverneur impérial » ou « gouverneur du Reich ») désignait un haut fonctionnaire chargé de l'administration d'un territoire du Reich, à l'époque de l'Empire allemand des Hohenzollern, mais aussi à l'époque du Troisième Reich, dans le système administratif et politique nazi.

Statthalter des Reiches, 1879-1918, Alsace-Lorraine[modifier | modifier le code]

Après sa création par Bismarck, la Confédération de l'Allemagne du Nord, emmenée par le Royaume de Prusse, alliée aux États d'Allemagne du Sud (Grand-duché de Bade, Royaume de Wurtemberg et Royaume de Bavière), soit une bonne partie de l'ancienne Confédération germanique, vainc la France lors de la guerre franco-prussienne de 1870. La France est alors contrainte de céder à l'Empire allemand ses régions germanophones, l'Alsace-Lorraine (Elsaß-Lothringen). Alors que le Deuxième Reich est constitué comme une fédération de vingt-cinq membres, les territoires nouvellement annexés sont placés sous le contrôle direct de l'empereur Guillaume Ier, sous le nom de Reichsland Elsaß-Lothringen. Le titre de Reichsstatthalter, sorte de gouverneur, est alors créé pour administrer ce territoire en 1879. Auparavant, du 1er septembre 1871 au 30 septembre 1879, les territoires annexés étaient dirigés par un Oberpräsident, chargé de transformer progressivement l'Alsace-Lorraine en un véritable État, identique aux vingt-cinq autres. Le titre de Reichsstatthalter fut aboli lorsque l'Alsace et la Lorraine furent cédées à la France, après la défaite allemande à l'issue de la Première Guerre mondiale.

Titulaire
1er octobre 1879 - 17 juin 1885 Baron Edwin von Manteuffel (jusqu'à son décès)
17 juin 1885 - 5 octobre 1885 Suppléant non identifié
5 octobre 1885 - octobre 1894 Prince Clovis de Hohenlohe-Schillingsfürst
octobre 1894 - 31 octobre 1907 Prince Hermann zu Hohenlohe-Langenburg (1832 - 1913)
1er novembre 1907 - avril 1914 Comte Karl von Wedel
1er mai 1914 - octobre 1918 Johann von Dallwitz
14 octobre 1918 - 21 novembre 1918 Rudolf Schwander

Reichsstatthalter, 1933-1945[modifier | modifier le code]

Création et prérogatives[modifier | modifier le code]

Membres du parti nazi effectuant le salut hitlérien à l'occasion d'une réunion dans le théâtre municipal de la ville de Posen, en novembre 1939. La Pologne venant de tomber, Arthur Greiser, président du Sénat de Dantzig, est promu gouverneur du Reich de la nouvelle région du Warthegau ; il y participera au déroulement local du schéma directeur pour l'Est.

Au sein du Troisième Reich, les nazis créèrent à nouveau le titre de Reichsstatthalter. Cette fois-ci, l'objectif était de prendre le contrôle des États fédérés après la victoire aux élections de 1933, en créant d'abord un doublon de l'autorité fédéral, le Reichsstatthalter étant le représentant du parti nazi au sein de l'État. Les gouvernements indépendants des États fédérés furent abolis un à un, les nazis mettant ainsi au pas tout le monde dans le processus de Gleichschaltung (synchronisation).

Trois mois après son arrivée au pouvoir, le gouvernement nazi promulgue la Deuxième loi de synchronisation des États avec le Reich (Zweites Gesetz zur Gleichschaltung der Länder mit dem Reich), le 7 avril 1933. Les nouveaux Reichsstatthalter, reçoivent alors la tâche de superviser la mise en pratique des directives politique du chancelier Adolf Hitler au sein des États. Ces représentants disposaient notamment des prérogatives suivantes :

  • nomination et révocation du premier ministre de l'État ;
  • dissolution du Parlement et convocation aux nouvelles élections ;
  • promulgation des lois de l'État fédéré ;
  • nomination et révocation des principaux représentants de l'État et des juges ;
  • droit d'amnistie.

La loi sur les Reichsstatthalter (Reichsstatthaltergesetz) du 30 janvier 1935 leur donne des attributions encore plus larges. Ils sont dès lors les représentants permanents du gouvernement du Reich dans les États, et ils sont nommés afin de contrôler la bonne exécution des directives du Führer. Ils ont alors l'autorité pour « informer » les autorités de l'État fédéré de ces directives et des mesures nécessaires pour les mettre en œuvre. Le Reichsstatthalter peut tout bonnement être également nommé à la tête du gouvernement étatique.

Liste des Reichsstaatshalter[modifier | modifier le code]

Les Reichsstatthalter en Allemagne (territoires allemands avant 1939)
District de députation Siège Titulaire
Bade, Baden
(1940-45 Bade-Alsace, Baden-Elsaß)
Karlsruhe Robert Heinrich Wagner
Bavière, Bayern Munich Franz Ritter von Epp
Brunswick/Anhalt, Braunschweig/Anhalt Dessau 1933–1935 Wilhelm Friedrich Loeper
1935–1937 Fritz Sauckel
1937–1945 Rudolf Jordan
Hambourg, Hamburg Hambourg Karl Kaufmann
Hesse, Hessen Darmstadt Jakob Sprenger
Lippe/Schaumbourg-Lippe, Lippe/Schaumburg-Lippe Detmold Alfred Meyer
Mecklembourg-Schwerin/Lubeck/Mecklembourg-Strelitz, Mecklenburg-Schwerin/Lübeck/Mecklenburg-Strelitz
(1934-37 Mecklembourg/Lübeck)
(1937-45 Mecklelbourg)
Schwerin Friedrich Hildebrandt
Oldenbourg/Brême, Oldenburg/Bremen Oldenbourg 1933-42 Carl Röver
1942-45 Paul Wegener
Prusse, Preußen Berlin 1933-35 Adolf Hitler
1935-45 Hermann Göring (intérimaire)
Saxe, Sachsen Dresde Martin Mutschmann
Thuringe, Thüringen Weimar Fritz Sauckel
Wurtemberg, Württemberg Stuttgart Wilhelm Murr

Dans le plus grand des États allemands qu'est la Prusse, le gouvernement avait été renversé par le gouvernement fédéral lors du Preußenschlag dès 1932 ; Adolf Hitler disposait alors d'un contrôle direct. Toutefois, ce dernier le confia rapidement à Hermann Göring, nommé Premier ministre de Prusse sans élection préalable.


Les Reichsstatthalter en Autriche (territoire du Reich à partir de l'Anschluss)
District de députation Siège Titulaire
Autriche, Österreich (1938-1939) Vienne Arthur Seyss-Inquart
Josef Bürckel (de facto)
Gouvernorats distincts à partir de 1939
Carinthie, (Kärnten) Klagenfurt 1er avril 1940 - 27 novembre 1941 Wladimir von Pawlowski
1941-45 Friedrich Rainer
Bas-Danube, (Niederdonau) Vienne 1er avril 1940 - 8 mai 1945 Hugo Jury
Haut-Danube, (Oberdonau) ou Ober-Österreich Linz 1er avril 1940 - 5 mai 1945 August Eigruber
Salzbourg, Salzburg Salzbourg 1er avril 1940 - 29 novembre 1941 Friedrich Rainer (avec la Carinthie)
29 novembre 1941 - 4 mai 1945 Gustav Adolf Scheel
Styrie, (Steiermark) Graz 1er avril 1940 - 1945 Siegfried Uiberreither
Tyrol-Vorarlberg, (Tirol-Vorarlberg) Innsbruck 1er avril 1940 - 3 mai 1945 Franz Hofer (à partir du 10 septembre 1943, également commissaire spécial pour l'Alpenvorland, i.e. le Sud-Tyrol italien - Belluno, Bozen (Bolzano) et Trentino)
Grand Vienne (Groß-Wien) Vienne 1er avril 1940 - 10 août 1940 Josef Bürckel (auparavant Reichskommissar)
10 août 1940 - 12 avril 1945 Baldur von Schirach

Après l'Anschluss, le dernier chancelier autrichien avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Arthur Seyss-Inquart, devient le premier "Reichsstatthalter", ce pour l'ensemble du territoire autrichien annexé, entre le 15 mars 1938 et le 30 avril 1939. Il confiera cette tâche durant la majeure partie de son mandat au Commissaire au Reich pour la réunification de l'Autriche au Reich allemand (Reichskommissar für die Wiedervereiningung Österreichs mit dem Deutschen Reich) Josef Bürckel (en poste du 23 avril 1938 au 31 mars 1940). Par la suite, chaque Land (quoique avec quelques différences de limites, comme pour le Burgenland, coupé en deux) aura son propre Reichsstatthalter, généralement son dernier Premier ministre.


Les Reichsstatthalter des territoires annexés entre 1939 et 1941
District de députation Siège Titulaire
Reichsgau Dantzig-Prusse orientale (Danzig-Westpreußen) Danzig 1939-45 Albert Forster
Sudètes, Sudetenland Reichenberg 1939-45 Konrad Henlein
Reichsgau Wartheland Posen 1939-45 Arthur Greiser
Reichsgau Westmark (Rhénanie-Palatinat, Saarland et Lorraine) Saarbrücken 1941-44 Josef Bürckel
1944-45 Willi Stöhr

On remarquera que l’entité territoriale d’Alsace-Lorraine n’est pas reconstituée avec les territoires nouvellement annexés par l'Allemagne, après la défaite de la France en 1940. Scindées entre le Gau Westmark et le Gau Baden-Elsaß, la Moselle (CdZ-Gebiet Lothringen) et l'Alsace (CdZ-Gebiet Elsass) connaissent pourtant un sort similaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]