Identité de genre

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En sociologie, l'identité de genre se réfère au genre auquel une personne a le ressenti profond d'appartenir. Il s'agit à la fois du fait qu'une personne parle d'elle-même comme étant une femme ou un homme, ou bien se décrit de façon moins conventionnelle, et du fait que les autres personnes attribuent un genre à quelqu'un sur la base de ce qu'elles connaissent des indicateurs sociaux de genre (vêtements, coiffure, démarche, etc.).

Dans ce dernier cas ou peut plus précisément parler du "genre social" de la personne. On peut aussi parler du genre "légal" (de l'état civil) lequel ne correspond pas forcément avec l'identité de genre en termes de vécu et ressenti de la personne concernée.

Cette identité est conférée dès la naissance, voire auparavant du fait du recours à l'échographie. Mais l'identité conférée et l'identité ressentie peuvent parfois être différentes, absente ou double : une personne peut avoir une transidentité, être asexuée ou queer. L'identité de genre peut être également affectée par nombre de structures sociales, comme l'appartenance culturelle, le statut social, la situation professionnelle, l'éducation ou la famille. Elle permet l'intégration des normes sociales liées au sexe.

L'identité de genre est distincte de l'orientation sexuelle (hétérosexualité, bisexualité, homosexualité)[1].

Le terme "identité de genre" est aussi en général préféré (par exemple dans des recommendations à l'echelle européenne) au terme lié "identité sexuelle", pour éviter une confusion avec l'orientation sexuelle et pour centrer le problèmatique sur la question du ressenti, plus que l'aspect corporel.

Identité de genre - sous la surface[modifier | modifier le code]

La plupart des gens sont considérés comme « cisgenres » (« cisgendered » en anglais), leur identité sexuelle étant la même que leur sexe biologique (par exemple, un enfant né avec des organes sexuels féminins, élevé en tant que fille et qui se sent femme). Avant le XXe siècle, le sexe d'une personne était déterminé seulement par l'apparence des organes sexuels visibles, mais depuis la découverte des chromosomes et des gènes, ceux-ci sont aussi utilisés. Les personnes dont le sexe a été défini comme féminin ont des organes sexuels féminins et deux chromosomes X ; ceux définis comme étant de sexe masculin ont des organes sexuels masculins ainsi qu'un chromosome X et un chromosome Y. Toutefois, il y a des personnes qui ont des combinaisons de chromosomes, d'hormones et d'organes reproducteurs qui n'entrent pas dans les définitions traditionnelles d'« homme » et de « femme ». Les appareils reproducteurs varient d'une personne à une autre, certains individus ayant plus d'un type d'appareil reproducteur ; d'autres attributs physiques attribués au sexe d'une personne (forme du corps, pilosité faciale, voix grave ou aiguë, etc), peuvent ou non coïncider avec le genre attribué, homme ou femme, d'après l'apparence des appareils reproducteurs. Des recherches récentes suggèrent que deux personnes sur cent pourraient avoir une caractéristique intersexuée[2]. Les transgenres sont ceux dont l'identité de genre et/ou les organes reproducteurs et les chromosomes diffèrent des définitions traditionnelles. Les identités de genre, et plus spécifiquement les aspects considérés comme relevant du bon comportement ou de l'apparence correcte en fonction du genre, diffèrent selon la culture. L'identité de genre de la plupart des gens s'écarte d'une manière ou d'une autre des rôles stéréotypés d'« homme » et « femme », et certaines en divergent davantage que d'autres.

Pour bien comprendre la différence entre le sexe biologique et l'identité de genre, les cas le plus simples à prendre sont ceux où l'appareil reproductif extérieur (pénis, clitoris…) a été enlevé. La libido et la capacité d'exprimer son désir sexuel sont changés, mais l'identité de genre peut rester la même. Un contre-exemple très connu est celui de David Reimer[3], dont le pénis fut détruit lors d'une circoncision mal faite peu après sa naissance. Un clitoris lui fut construit chirurgicalement, et il fut élevé en tant que fille, mais il insista toujours sur le fait que son identité de genre était celle d'un garçon avant de connaître l'histoire de son enfance. Il refusait énergiquement son nouveau prénom féminin, déchirait ses robes, voulait jouer aux voitures avec son frère jumeau. En d'autres cas, l'identité de genre d'une personne et/ou son apparence (androgyne, homme ou femme) peut contraster avec son sexe physique (les organes reproducteurs).

Le terme d'identité de genre va donc au-delà du seul sexe biologique déterminé par les organes sexuels extérieurs. De toute façon, celui-ci peut-être indéterminé.

Il existe quatre types d'anomalies ou ambiguïtés sexuelles : les physiologiques, les chromosomiques (nombre de chromosomes différent de deux, XX avec le gène SRY ou XY sans le gène SRY ; ces deux problèmes sont causés par mutation ou translocalisation du gène SRY.), celles reliées spécifiquement aux gènes, les hormonales et les psychologiques (le cerveau étant protégé des hormones par la barrière hématoencéphalique, la divergence psychologique-physique n'est pas due aux hormones sexuelles bien qu'elles agissent peut-être prénatalement avant la formation de la barrière hématoencéphalique). Plusieurs d'entre elles ne sont pas découvertes à la naissance. Certaines le sont seulement à la puberté lorsque les caractères sexuels secondaires diffèrent de ce à quoi on s'attendait. D'autres n'apparaissent que lorsqu'une personne désire procréer et se rend compte qu'elle est stérile. D'autres encore ne se révèlent que lorsqu'une personne est atteinte d'une maladie grave et que des examens poussés le lui confirment[4].

Création de l'identité de genre[modifier | modifier le code]

La création de l'identité de genre est un processus complexe qui commence avec la conception et implique non seulement le développement du fœtus dans l'utérus mais aussi des expériences de vie. C'est un état constitutif résultant d'une synergie de l'inné et de l'acquis. Les langues et les traditions de la plupart des cultures catégorisent tous les individus en tant qu'homme ou femme, mais pour certaines, il existe d'autres catégories, tels que les berdaches Nord-Amérindiens, ni femmes ni hommes.

Quand l'identité de genre d'un individu est masculine, mais que ses organes génitaux sont féminins (ou vice-versa), l'individu peut vivre une dysphorie de genre, une grande insatisfaction causée par son expérience de vie en tant qu'homme ou femme sans les organes génitaux de son identité de genre.

Des recherches indiquent que l'identité de genre est établie dans la petite enfance ; dans les 24 premiers mois après la naissance et reste stable par la suite.[réf. nécessaire] Ces recherches ont généralement été menées en demandant aux transsexuels à quel âge ils se sont rendu compte que leur identité de genre n'était pas celle que leur imposait la société. Ces études confirment que l'âge de formation de l'identité de genre se situe autour de deux ou trois ans.

Des critiques ont été adressées à ces recherches, les déclarant biaisées par l'absence de questionnement sur l'âge de découverte de l'identité de genre chez les personnes non transsexuelles. L'accès à une thérapie par hormones de substitution et la chirurgie de réassignation sexuelle est généralement contrôlée par les médecins. L'une des questions que posent certains pour distinguer entre les « vrais » transsexuels et les autres est l'âge de la première identification au sexe opposé. Les chercheurs pourraient donc avoir involontairement exclus certaines personnes de leurs recherches en essayant de déterminer l'âge de la formation de l'identité de genre. Les transsexuels ont pu se sentir obligés de donner la « bonne » réponse dans l'espoir d'obtenir la thérapie par hormones de substitution. Patrick Califia, auteur de plusieurs ouvrages sur la sexualité[5], indique que les transsexuels savaient quelles réponses donner lors des questionnaires médicaux afin d'avoir droit à la thérapie et/ou la chirurgie :

« Aucun des spécialistes en sexualité ne semble réaliser qu'ils sont eux-mêmes responsables de cette situation où des personnes transsexuelles doivent décrire un ensemble prédéfini de symptômes et réciter une histoire qui a été élaborée en termes clairement prescrits pour obtenir des médecins l'autorisation d'accéder à ce qui devrait être leur droit inaliénable. »

Identité de genre et sexe[modifier | modifier le code]

Des individus estiment que leur identité de genre ne correspond pas à leur sexe biologique, dont les transgenres, les transsexuel(le)s et beaucoup d'intersexué(e)s. Ils souffrent lorsque la société leur impose une expression sexuelle (homme ou femme) basée sur le sexe biologique qu'ils estiment contraire à leur identité de genre.

Les intersexes sont ceux dont le sexe chromosomique n'a pas été traduit dans les organes génitaux, de par des problèmes hormonaux ou autres pendant la gestation du fœtus. Ils peuvent donc être classés avec un genre qu'ils ressentent comme inadapté ou étranger. Les causes du transgendérisme sont moins claires ; elles ont été le sujet de beaucoup de conjectures et aucune théorie psychologique n'a permis de l'expliquer. Les théories se basant sur une différence sexuelle dans le cerveau sont relativement récentes et difficiles à mener car elles requièrent une analyse destructive des structures internes du cerveau. Toutefois des recherches en génétique moléculaire ont été entreprises par l'équipe australienne du professeur Vincent Harley en relation avec l'Université de Californie à Los Angeles et une première série de résultats randomisés ont été publiés dans Biological Psychatry le 30 octobre 2008.

La chirurgie de réassignation sexuelle existe depuis quelques décennies. Une personne souffrant de la dysphorie de genre peut donc demander ce genre d'intervention médicale pour que ses organes génitaux s'accordent avec son identité de genre. Certaines personnes atteintes de la dysphorie de genre peuvent toutefois vouloir garder leurs organes génitaux d'origine mais adopter un rôle qui correspond à leur identité de genre.

Droit international des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Les Principes de jogjakarta, qui est un document sur l'application sur le droit international des droits de l'homme donnent une définition sur l'identité de genre. L'identité de genre y est compris comme faisant référence à l'expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu'elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris la conscience personnelle du corps (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l'apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autres) et d'autres expressions du genre, y compris l'habillement, le discours et les manières de se conduire[6]. Son Principe 18 est refuse la classification de l'identité de genre comme maladie mentale et l'"Annotations de jurisprudence sur les Principes de Jogjakarta" dénonce cette classification comme une cause des maltraitances médicales y compris l'électroconvulsivothérapie[7].

Relation avec le genre social[modifier | modifier le code]

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Le genre social est l'expression sociale de l'identité de genre à savoir l'ensemble des comportements sociaux assignés par la société à chaque personne en fonction de son sexe physique[réf. nécessaire].

La société française, comme la plupart des sociétés, admettent l'existence de deux genres sociaux bien distinct et très codifiés : homme et femme.

Le genre social est attribué d'après le sexe biologique apparent dès la naissance. Un enfant qui naît avec un pénis (sexe) sera désigné par le médecin comme garçon (genre) et la société attendra de lui qu'il se comporte d'une certaine manière pour cette raison (comportement de genre). Les sociétés tendent donc à assigner certains rôles aux individus considérés comme « mâles » et d'autres aux individus considérés comme « femelles », selon leur manière de déterminer le genre. Dans certaines cultures, il existe d'autres genres sociaux, par exemple les mâles chirurgicalement castrés, les eunuques (voir aussi hijra). Le lien entre l'identité de genre et le genre social peut être flou.

Des recherches faites dans les domaines de la biologie et de la sociologie ont fortement soutenu le point de vue « le sexe entre les oreilles est plus important que le sexe entre les jambes »[réf. nécessaire], qui implique que les personnes adoptent le genre social de leur identité de genre et s'expriment en tant que homme ou femme ou autre selon leur identité de genre. Il peut être très difficile de déterminer, par exemple, si une drag queen en particulier est une personne à identité de genre féminine qui apprend le genre social féminin ou si c'est une personne avec une identité de genre masculine qui aime imiter le genre social féminin pour amuser les autres ou pour se moquer des personnes plus strictes de sa culture ou encore pour toute autre raison.

Origine du concept[modifier | modifier le code]

Les psychologues ont commencé à étudier le développement de l'identité de genre des enfants pendant les années 1950 et 1960, en partie pour comprendre les origines de l'homosexualité (à l'époque encore pensée comme un trouble psychique). Le Gender Identity Research Project fut fondé en 1958 à l'Université de Californie à Los Angeles pour étudier les intersexués et les transsexuels. Le psychanalyste Robert Stoller parle de beaucoup des résultats de leurs analyses dans son livre Sex and Gender: On the Development of Masculinity and Femininity[8]. On lui attribue aussi l'introduction du terme « gender identity » lors du Congrès Psychoanalytique International de 1963. Le psychoendocrinologiste John Money joua également un rôle important dans le développement des premières théories concernant l'identité de genre. Son travail à la clinique de l'identité de genre à l'Université Johns-Hopkins (établie en 1965) développa et fit connaitre la théorie interactioniste de l'identité de genre, qui suggère que l'identité de genre reste fluide et sujette à négociation constante jusqu'à un certain âge. Son livre Man and Woman, Boy and Girl[9], fut très utilisé dans les universités[10].

Identités de genre non occidentales[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Berdache et Troisième sexe.

Fa'afafine[modifier | modifier le code]

Dans certaines cultures polynésiennes, les fa'afafine sont un troisième genre au même niveau que les hommes et les femmes. Ils sont biologiquement mâles mais se comportent de manière considérée comme typiquement féminine. Selon Tamasailau Sua'ali'i, les fa'afafine de Samoa sont physiologiquement incapables de reproduction. Les fa'afafine sont acceptés en tant qu'un genre naturel, et ne sont ni discriminés ni méprisés[11]. Les fa'afafine renforcent leur féminité par le fait qu'elles(ils) ne sont uniquement attirées que par les hommes hétérosexuels, et attirent uniquement l'attention de ceux-ci.Ils/elles ont été (et sont toujours) initialement reconnues par leur choix de travail, les fa'afafine exécutent les travaux de maison identifiés comme féminins[12].

Hijra[modifier | modifier le code]

Dans la culture du sous-continent indien, un hijra n'est considéré ni homme ni femme. La plupart sont biologiquement hommes ou intersexués, mais certains sont biologiquement femmes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Stop à la rumeur: parlons de genre », sur Laboratoire GenERe (ENS Lyon),‎ 28 janvier 2014 (consulté le 1er février 2014)
  2. (en) Melanie Blackless, Anthony Charuvastra, Amanda Derryck, Anne Fausto-Sterling, Karl Lauzanne, et Ellen Lee. février 2000. How Sexually Dimorphic Are We? Review and Synthesis. American Journal of Human Biology 12 (2): 151-166. DOI:10.1002/(SICI)1520-6300(200003/04)12:2%3C151::AID-AJHB1%3E3.0.CO;2-F. PMID 11534012 lire en ligne.
  3. (en) John Colapinto, As Nature Made Him: The Boy Who Was Raised as a Girl, Harper Collins, 2000 (ISBN 0-0020-0047-4)
  4. (en) Paul-Edmond Lalancette, La nécessaire compréhension entre les sexes, pages 79 à 87, Québec, 2008
  5. Dont (en) Sex Changes: The Politics of Transgenderism, Cleis Press, 2003 (ISBN 1-5734-4180-5) et (en) Public Sex: The Culture of Radical Sex, Cleis Press, 2000 (ISBN 1-5734-4096-5)
  6. Les Principes de Jogjakarta, Préambule
  7. Annotation de jurisprudence sur les Principes de Jogjakarta, p. 43
  8. Robert Stoller, (en) Sex and Gender: On the Development of Masculinity and Femininity, Science House, 1968 ; republié en 1994 par Taylor & Francis Group (ISBN 0-9464-3903-6)
  9. (en) John Money, Man & Woman, Boy & Girl: Gender Identity from Conception to Maturity publié par Jason Aronson, 1996 (ISBN 1-5682-1812-5)
  10. (en) Donna Haraway, Simians, Cyborgs, and Women: The Reinvention of Nature, 1991, Londres : Free Association Books, 133 (ISBN 0-4159-0386-6)
  11. (en) Tamasailau Sua'ali'i, Samoans and Gender: Some Reflections on Male, Female and Fa'afafine Gender Identities, dans : Tangata O Te Moana Nui: The Evolving Identities of Pacific Peoples in Aotearoa/New Zealand, Palmerston North (NZ): Dunmore Press, 2001 (ISBN 0-8646-9369-9)
  12. (en) Johanna Schmidt, « Paradise Lost? Social Change and Fa'afafine in Samoa », Current Sociology, no 51,‎ mai 2003, p. 417-432 (lire en ligne)

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Gender identity » (voir la liste des auteurs)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]