Eugène Freyssinet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Eugène Freyssinet

Naissance 13 juillet 1879
Objat, Corrèze
Décès 8 juin 1962 (à 82 ans)
Alpes-Maritimes
Nationalité Drapeau : France Française
Profession Ingénieur

Eugène Freyssinet (13 juillet 1879 à Objat, Corrèze - 8 juin 1962 à Saint-Martin-Vésubie, Alpes-Maritimes) est un ingénieur français, inventeur du béton précontraint dont le premier brevet est déposé le 2 octobre 1928. Il créa avec Edmé Campenon en 1943 la Société Technique pour l’Utilisation de la Précontrainte (STUP) qui devint en 1976 la société Freyssinet International en son hommage.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il fait l'École polytechnique (X1899) puis l'École nationale des ponts et chaussées.

Ingénieur des ponts et chaussées[modifier | modifier le code]

Nommé ingénieur des ponts et chaussées à Moulins en 1905[1]. Ingénieur ordinaire, il commence par construire des ponts d'intérêt local. À l'occasion d'un appel d'offres sur des projets de passages à niveau il fait la rencontre de l'entrepreneur François Mercier. Ce dernier ayant vu en 1907 un avant-projet en béton armé du pont Boutiron dans le bureau de Freyssinet au moment où il allait soumissionner le nouveau pont du Veurdre, il lui fit la proposition de construire trois ponts sur le même principe - pont du Veudre, pont Boutiron et pont de Châtel-de-Neuvre - au prix de l'estimation du seul pont du Veurdre. Le conseil général de l'Allier accepta cette proposition, et Freyssinet est nommé pour assurer le contrôle jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Décintrement par vérinage à la clé d'une travée[modifier | modifier le code]

Les ponts étant bétonnés sur cintre général, c'est à l'occasion du décintrement du pont de Pairéal-sur-Besbre de 27 m de portée qu'après le durcissement du béton il a utilisé pour la première fois la méthode du décintrement à l'aide de vérins placés en clé de voûte, en 1908. Par cette opération, les deux extrémités de chaque demi-arc s'écartent et se déplacent verticalement suivant approximativement deux arcs de cercles dont les centres sont les appuis de l'arc sur les culées. Cela entraîne un déchargement du cintre. Il obtient le prix Caméré de l'Académie des sciences pour la technique du décintrement par vérins.

Premiers essais de précontrainte[modifier | modifier le code]

Le rapport flèche sur portée étant particulièrement faible pour les trois ponts dont il doit faire la conception, Eugène Freyssinet va découvrir les déformations différées du béton en compression. Conformément au règlement du béton armé de 1906, Eugène Freyssinet n'avait pas tenu compte d'une déformation différée du béton sous l'effet de la compression du béton. Quelques mois après la mise en service, les clés des ponts avaient fléchi de plus de 13 cm. Devant ce phénomène imprévu, Freyssinet réutilise le vérinage à la clé qu'il avait mis au point précédemment pour remonter les clés.

Autres essais[modifier | modifier le code]

Il profite des années avant la Première guerre mondiale pour faire des essais sur modèles réduits sur la déformée différée du béton, le fluage. Il se renseigne auprès du Laboratoire des Ponts et Chaussées pour savoir pourquoi les mesures qui y ont été faites n'ont pas montré ce phénomène. Il apprend ainsi que les laborantins démontaient chaque soir les appareils de mesure qui étaient remis à zéro le lendemain matin, empêchant ainsi de mesurer ce phénomène.

En 1913, il invente les voûtes à nervures par dessus.

Début de la construction des ponts de Châtel-de-Neuvre et de Villeneuve-sur-Lot en 1914. Leur réalisation est arrêtée par la guerre.

Pendant la Première guerre mondiale il est nommé capitaine du Génie. En janvier 1916 il est mis en congé sans solde et devient directeur technique et associé de la Société Mercier, Limousin et Compagnie. Elle est devenue ensuite la Société Limousin et Compagnie, Procédés Freyssinet"

Ingénieur en entreprise[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, il participe à la construction du pont Albert-Louppe à trois travées identiques de 180 m de portée où il découvre les lois de la déformation différée des bétons.

Imathis[modifier | modifier le code]

Première page du brevet d'invention demandé le 2 octobre 1928 sur la précontrainte

Ses nombreuses recherches lui permettent de mettre au point des cintres roulants, des voûtes à nervures au-dessus et surtout, il découvre l'effet bénéfique des vibrations sur la mise en œuvre du béton.

Il est l'inventeur du béton précontraint dont il dépose le premier brevet le 2 octobre 1928. Ce premier brevet décrit un procédé de mise en précontrainte par prétension et fils adhérents.

En 1933, il consolide la gare maritime du Havre dont les fondations tassaient et menaçait de s'effondrer. Il est alors très proche de l'ingénieur et patron du BTP Pierre-Louis Brice[2].

Le pas décisif de la précontrainte est l'invention de la précontrainte par post-tension permettant de la libérer sans mettre en œuvre des bancs de mise en tension. Cette avancée est obtenue par le brevet déposé le 26 août 1939 et intitulé : "Système d'ancrage de câbles sous tension destinés à la réalisation de constructions en béton précontraint". Il décrit un système comprenant :

  • des câbles à fils parallèles
  • mis en tension par des vérins
  • bloqués par des cônes d'ancrage.

Le 16 octobre 1950, quatre ingénieurs, l'Italien Rinaldi, le Néerlandais Bruggeling, l'Anglais Gooding et l'Espagnol Fernandez Conde demandent la création d'une Fédération internationale de la Précontrainte pour permettre la connaissance et la diffusion de cette invention dans le monde. Cette Fédération voit le jour en 1952. Eugène Freyssinet participe à sa création.

Ingénieur conseil[modifier | modifier le code]

Le sauvetage de la gare maritime du Havre lui permet de faire la rencontre d'Edme Campenon. Ce dernier est vite persuadé de l'intérêt de l'invention de la précontrainte. Edme Campenon propose à Eugène Freyssinet de profiter de l'ensemble des chantiers de l'entreprise Campenon-Bernard, en France et en Algérie, pour appliquer et développer son invention de la précontrainte.

Postérité[modifier | modifier le code]

Eugène Freyssinet meurt en 1962 à 83 ans à Saint-Martin-Vésubie dans les Alpes-Maritimes. A l'époque de sa disparition, la technique du béton précontraint est utilisée dans le monde entier. Méconnu, l'héritage de Freyssinet n'en est pas moins remarquable  : La société STUP (Société Pour l'Utilisation de la Précontrainte) - créée en 1943- met en œuvre les brevets d'Eugène Freyssinet  : Elle est aujourd'hui une société florissante de 6.000 personnes, qui détient une centaine de brevets en cours de validité soit l'un des plus larges portefeuille de tout le génie civil français. Cette société a changé de nom en Freyssinet-International-STUP devenu ensuite Freyssinet . Aujourd'hui la société est une filiale de Soletanche Freyssinet et appartient au groupe Vinci). Elle est le spécialiste mondial des haubans supports des ponts, dont la technologie est dérivée de l'emploi des câbles pour contraindre le béton  : Elle a équipé des ouvrages de premier plan comme le Pont de Normandie, le viaduc de Millau et le pont de l'île Rousski à Vladivostock (détenant le record du monde de la plus longue portée pour pont à haubans).

Principales réalisations ou collaborations[modifier | modifier le code]

Hommage[modifier | modifier le code]

  • Le collège d'Objat, sa ville natale, a été baptisé en son honneur.
  • Un lycée de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) porte son nom.
  • Un lycée professionnel du bâtiment porte son nom à Verdun, en Meuse.
  • La rue Eugène Freyssinet à Guyancourt mène au siège de Bouygues Construction (nommée ainsi sur une idée de Francis Bouygues)[réf. nécessaire]

Citation[modifier | modifier le code]

  • Mon passage à l'école n'a pas fait de moi un polytechnicien au sens ordinaire du terme, c'est-à-dire un homme qui croit dur comme fer aux vertus et à la puissance du raisonnement déductif, particulièrement sous des formes mathématiques. [...] Il n'existe pour moi que deux sources d'information : la perception directe des faits et l'intuition en laquelle je vois l'expression et le résumé de toutes les expériences accumulées par la vie dans le subconscient des êtres, depuis la première cellule. Il faut, bien entendu, que l'intuition soit contrôlée par l'expérience. Mais quand elle se trouve en contradiction avec le résultat d'un calcul, je fais refaire le calcul, et mes collaborateurs assurent que, en fin de compte, c'est toujours le calcul qui a tort.
    Qu'on me comprenne bien : je ne nie pas la grandeur et la beauté des mathématiques ; elles ont fourni aux Einstein et aux de Broglie le langage avec lequel ils ont écrit la plus grandiose épopée que les hommes aient jamais conçue. Je ne conteste pas davantage leur utilité dans notre métier ; je ne me suis pas privé de les utiliser à l'occasion.
    Mais nous ne devons jamais oublier qu'elles ne nous fournissent que des moyens de changer la forme des données que nous possédons déjà, et quels que puissent être l'intérêt et l'utilité de telles transformations, nous ne retrouvons jamais à la fin d'un calcul que ce que nous y avons mis à l'origine. (Naissance du béton précontraint et vue d'avenir, dans la revue Travaux, juin 1954.)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Publications d'Eugène Freyssinet[modifier | modifier le code]

  • Théorie de retrait du ciment, p. 408, revue Annales des Ponts et Chaussées, 1932, n°3
  • Exposé sur l'idée de précontrainte, p. 327, revue Travaux, avril 1966, n°375
  • Relations entre les déformations et la constitution des ciments et des matériaux de structure colloïdale (résultats de recherches faites par Eugène Freyssinet entre 1926 et 1929), p.  884-920, revue Travaux, mai 1966, n°376, numéro spécial Un demi-siècle de technique française de la précontrainte - Tome II.
  • Idées et voies nouvelles (article d'abord publié dans le n°1, en janvier 1933, de la revue Science et Industrie, p. 921-936, revue Travaux, mai 1966, n°376, numéro spécial Un demi-siècle de technique française de la précontrainte - Tome II.
  • Cinquante ans de béton armé: l'évolution future des propriétés des matériaux, p. 179, revue Travaux, mai 1943, n°107
  • Observations sur le béton précontraint, p. 65, revue Travaux, février 1949, n°172
  • Texte de la conférence : Évolution du rôle des précontraintes dans les constructions et conséquences de leur utilisation systématique, p. 313, revue Travaux, août 1949, n°178
  • Rôle des déformations non élastiques du béton précontraint, p.  200, revue Travaux, février 1951, n°196
  • Naissance du béton précontraint et vues d'avenir, p. 463, revue Travaux, juin 1954, n°236
  • Eugène Freyssinet, Jean Muller, Quelques aspects de la résistance à la rupture en flexion des poutres continues précontraintes, p. 15, revue Travaux, juin 1957, n° 272
  • L'idée française de Précontrainte révolutionne l'art de construire, p. 355, revue Travaux, juillet 1957, n°273
  • Les Hangars à dirigeables de l'aéroport d'Orly, revue Le Génie civil, 22, 29 septembre et 6 octobre 1923
  • Influence de la quantité d'eau de gâchage sur la qualité des bétons examinée du point de vue des chantiers, revue Génie civil, 21 juillet 1928
  • L'Amélioration des constructions en béton armé par l'introduction de déformations élastiques systématiques, revue Génie civil, 15 septembre 1928
  • Progrès pratiques des méthodes de traitement mécanique des bétons. La reprise en sous-œuvre des fondations de la gare transatlantique du Havre, p. 199-210, revue Travaux, juin 1935, n°30
  • Une révolution dans la technique du béton, Eyrolles, Paris, 1936
  • Eugène Freyssinet (1879-1962), sa vie, ses œuvres (textes et documents réunis et présentés par la chambre syndicale nationale des constructeurs en ciment armé et béton précontraint), Paris, 1963
  • Un amour sans limite (présentations d'Henri Lemoine et Pierre Xercavins, annotations de Bernard Marrey), Éditions du Linteau, Paris, 1993 (ISBN 978-2910342005)

Ouvrages préfacés par Eugène Freyssinet[modifier | modifier le code]

  • Jean Barets, Le Béton précontraint, Eyrolles, Paris, 1950
  • Yves Guyon, Béton précontraint, étude théorique et expérimentale, Eyrolles, Paris, 1953 cac

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Association Eugène Freyssinet : Eugène Freyssinet et le Bourbonnais
  2. Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera, Les Patrons sous l'occupation, Odile Jacob, 1995, p. 150.
  3. Fiche Mérimée
  4. Notice du pont d'Oelde sur Structurae.com

Sur les autres projets Wikimedia :