Conjuration de Catilina

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Page d'aide sur les redirections Pour l'ouvrage de l'historien Salluste, voir Conjuration de Catilina (Salluste).

La conjuration de Catilina est un complot politique visant la prise du pouvoir à Rome en 63 avant J.-C. par le sénateur Lucius Sergius Catilina.

Devenue la capitale d'un empire en croissance rapide, la Ville est alors depuis longtemps à l’abri d’une attaque ennemie, mais depuis la Guerre sociale (de 91 à 88), elle doit faire face à de nombreux troubles qui mettent à mal les institutions de la République romaine et sa population. Le complot ourdi par Catilina et ses partisans ne ressemble pourtant en rien à ce que la République romaine a connu jusqu'alors. Déçu par un double échec lors de l'élection au consulat, Catilina organise secrètement une conjuration qui vise à éliminer une partie de l'élite politique romaine et à s'emparer du pouvoir politique suprême en s'appuyant sur les frustrations d'une partie de la nobilitas romaine et de certains notables italiens. Sur sa route, le conspirateur voit ses visées contrecarrées par la détermination du consul Cicéron, dont le mandat touche à sa fin au moment des faits. En bon orateur, Cicéron dénonce Catilina publiquement et avec virulence, puis conduit la contre-offensive militaire qui met finalement la conjuration en déroute. Catilina meurt au combat au début 62, tandis que Cicéron, salué du titre de « Pater patriae », connaît d'abord la gloire pour avoir sauvé la République, avant que cette même affaire ne le contraigne à l'exil en 58. Mais le sursaut républicain est de courte durée : en 60 déjà se forme - secrètement - le Premier triumvirat entre Jules César, Crassus et Pompée.

L'épisode est resté célèbre en raison de sa postérité littéraire : Cicéron en a laissé quatre fameux discours politiques, les Catilinaires, et l'historien romain Salluste en a également rendu compte dans un de ses ouvrages, La Conjuration de Catilina.


Généralisation du mécontentement[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Chronologie de la République romaine.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Buste de Sylla, Glyptothèque de Munich.

En 82, au terme de la seconde guerre civile entre Marius et Sylla, la Lex Valeria confère la dictature à ce dernier, ce qui entraîne l'Italie dans de nouveaux troubles sociaux et politiques. En effet, afin de récompenser ses vétérans, Sylla décide de leur octroyer des terres non pas prises sur l'ennemi mais confisquées à des citoyens romains (l'ager publicus)[M 1], bien souvent des partisans de son adversaire Caius Marius[M 2]. Environ 80 000 vétérans[M 3] bénéficient de ces mesures, créant une masse de paysans et de propriétaires aigris par cette spoliation. De plus, de nombreux nobles touchés par les proscriptions proclamées par Sylla en 81 et qui ne peuvent donc briguer aucune magistrature se rebiffent de plus en plus vivement contre ce qu'ils estiment être une injustice, en particulier en Étrurie. Enfin, l'abdication du dictateur en 79 laisse un vide dans les institutions de la République romaine et met en évidence l'incapacité de la république à gérer un territoire devenu très vaste. Sylla, le premier, montre que le pouvoir d'un « homme fort » est non seulement possible, mais peut-être aussi nécessaire à la survie de Rome.

C'est bien souvent dans la rue que se règlent les différends politiques. Par exemple, Lépide, consul en 78, décrète Sylla « ennemi public », ce qui provoque un véritable tollé. L'affaire se résout par les armes. Lépide est rapidement battu en 77 par Pompée et meurt peu après, mais l'un de ses lieutenants, Quintus Sertorius, s'enfuit en Espagne, où il organise un contre-gouvernement qui n'est définitivement vaincu qu'en 72[M 4]. La guerre civile est terminée, mais elle laisse des traces profondes.

Quant au Sénat de la République romaine[Note 1], sans être discrédité, il voit son aura affaiblie par les accusations de corruption à l'encontre de tribunaux contrôlés par les sénateurs[M 5] (en 70, 64 sénateurs sont marqués d'infamie[M 6]), ou par les difficultés qu'il éprouve à résoudre les crises extérieures. Incapable de mettre fin à la piraterie en Méditerranée, il confie en 67 à Pompée l'imperium consulaire de trois ans pour y remédier (lex Gabinia). Pompée se voit ainsi attribuer un commandement militaire extraordinaire[M 7] : le commandement suprême en mer et jusqu'à 70 km à l'intérieur des côtes, une armée de 20 légions, 500 navires, le droit de choisir ses légats, etc[M 8]. À la fin de l'été 67, la piraterie est éliminée[M 9] après une campagne éclair[M 10],[Note 2]. Par ailleurs, le départ de Pompée coïncide avec une baisse d'influence de la plèbe[S 1].

Difficultés économiques[modifier | modifier le code]

À la crise politique s'ajoutent les problèmes économiques qui accablent Rome depuis 67 à cause du coût de la troisième guerre de Mithridate et celle contre les pirates. Un bon nombre des vétérans syllaniens n'ayant pas les moyens d'exploiter leurs terres ou de payer leurs impôts, tentent désespérément de les revendre[M 11]. Mais la situation politique ayant changé depuis leur obtention, elles sont désormais considérées comme illégales et les repreneurs ne se pressent pas pour les acquérir. D'où un prix de vente bas qui provoque la ruine d'une partie d'entre eux, prêts désormais à suivre n'importe qui leur promettant d'améliorer leur condition[M 12]. Le développement des latifundia, de grandes exploitations à la culture souvent spéculative employant des esclaves, ainsi que la concurrence des blés étrangers, notamment égyptiens, moins chers et enfin les ravages causés par des guerres civiles, comme la révolte servile menée par Spartacus entre 73 et 71, sont les principales causes de la crise agraire.

Face à ces problèmes, Rome ne peut pas grand chose. La guerre coûte cher et ralentit aussi le commerce avec l'Orient : cela se traduit par une baisse importante des revenus d'une partie de la population, et incite les créanciers à réclamer leur argent à des débiteurs pris à la gorge, ce qui augmente les tensions. Les nobles sont aussi touchés par une crise qui affaiblit encore plus certains d'entre eux déjà ruinés depuis longtemps par leur goût du luxe. L'un d'entre eux se fait remarquer en 63

Catilina : un personnage controversé[modifier | modifier le code]

Né en 108 av. J.-C. dans la gens patricienne Sergia[S 2], Lucius Sergius Catilina compte dans sa famille un héros de la deuxième Guerre punique, un arrière-grand-père blessé 24 fois à la guerre, et, selon la légende, un des compagnons d'Énée[1]. Mais ni ces exploits anciens ni cette origine prestigieuse n'ont profité à Catilina, « patricien déchu », par appauvrissement et effacement politique de sa famille[2]. D'où chez Catilina, une certaine volonté à remettre en valeur sa position sociale.

Son carriérisme est servi par la grande capacité d'attraction qu'il exerce sur les gens, en particulier sur les jeunes de familles ruinées et aux mœurs parfois douteuses[S 3]. Il les séduit par son énergie, sa hardiesse et sa résolution, et ces derniers forment autour de lui une sorte de garde d'honneur. Il sert Gnaeus Pompeius Strabo durant la guerre sociale, puis soutient Sylla lors de sa dictature. Ce dernier était connu pour les largesses qu'il accordait à ses partisans ; il effectua pour lui-même des exécutions restées dans les mémoires par leur cruauté, dans le but de s'enrichir, fortune qu'il dilapide très vite. Toutefois, Catilina garde d'honorables amitiés, échappe aux purges du Sénat de 70 ainsi qu'à quelques procès subis par des personnes moins élevées socialement.

Poursuivant son cursus honorum, il obtient la charge de préteur (magistrat chargé des questions judiciaires) de la province d'Afrique en 68 durant deux ans, jusqu'à ce que ses administrés décident de porter plainte au Sénat l'accusant de concussion. Il est finalement acquitté en 64 grâce à l'appui des optimates (aristocrates) et par corruption. Mais cette affaire l'empêche de se porter candidat au consulat pour la même année. Il décide alors de fomenter - ou simplement d'y prendre part, on ne sait trop, car l'affaire connaît un épilogue discret - une première conjuration[S 4] dont l'objectif est d'assassiner les consuls en place pour les remplacer par Catilina ainsi qu'un de ses compagnons. Le complot, bâclé, est un échec, mais dont tous les conspirateurs sortent sans encombre.

Salluste laisse de Catilina plutôt le portrait d'un chef de bande démagogue et populiste que celui d'un politicien. L'historien romain lui prête aussi un lourd passé criminel[S 5] : « inceste » avec la vestale Fabia (demi-sœur de Terentia, la femme de Cicéron[M 13]), assassinat de son propre fils déjà adulte qui posait des problèmes à Aurelia Orestilla <Salluste, la conjuration de Catilina; chapitre XV/>pour favoriser son mariage avec cette dernière, etc. Il se fait même l'écho d'une rumeur : au moment de faire prêter serment aux conjurés, Catilina aurait fait circuler des coupes de sang humain et de vin auxquelles tous doivent boire pour garantir leur fidélité[S 6]. Plutarque dresse un tableau encore plus noir : il accuse Catilina d'inceste avec sa propre fille, du meurtre de son frère (qu'il fait passer sur la liste des proscrits pour couvrir son crime), et enfin d'avoir tué et mangé un homme lors du serment des conjurés[3].

La conjuration de Catilina[modifier | modifier le code]

Buste de Cicéron, au musée du Capitole.

En 64, Catilina échoue à l'élection consulaire de 64 pour l'année 63 contre Marcus Tullius Cicero. Il forme alors une cabale bien mieux organisée dans le but de renverser le pouvoir en place[S 7],[M 14]. Le moment semble bien choisi : le pays est tranquille et ne semble se méfier de rien, et Pompée est absent de Rome[S 8], guerroyant à l'autre bout du monde contre Mithridate[M 15].

Identité des conjurés[modifier | modifier le code]

Salluste donne la liste nominale des principaux conspirateurs[S 9], souvent issus de grande famille, mais de réputation plus que douteuse[M 16], mais ajoute « Faisaient encore partie du complot, mais un peu plus secrètement, un certain nombre de nobles qu'entraînait plutôt l'espérance du pouvoir que la misère ou quelque autre besoin ». Crassus est à l'époque soupçonné de soutenir la conjuration en sous-main[M 17].

Sénateurs[modifier | modifier le code]

De rang équestre[modifier | modifier le code]

  • M. Fulvius Nobilior
  • L. Statilius
  • P. Gabinius Capito
  • C. Cornélius
  • « enfin beaucoup de nobles citoyens des colonies et des municipes ». Pierre Grimal note que quelques personnalités romaines n'auraient pas suffi, et que Catilina avait recruté une véritable armée de mécontents dans la bourgeoisie des villes italiennes[M 24].

Les conjurés se trahissent[modifier | modifier le code]

Toutefois, avant l'épreuve de force, Catilina cherche à se montrer respectueux des lois et tente de s'emparer du pouvoir légalement : les Romains tiennent la royauté en horreur et utiliser les moyens légaux pour arriver à ses fins faciliterait grandement la tâche de Catilina. Cependant, la campagne est d'une rare violence verbale, Catilina inquiète par ses propos menaçants et des rumeurs circulent dans la Ville au sujet des discussions tenues lors de ses réunions politiques.

Cicéron manœuvre pour repousser les échéances du vote, mais il faut bien qu’il ait lieu[Note 3] : finalement, Catilina essuie une nouvelle défaite. Sa déception de perdre les élections consulaires pour la deuxième fois le pousse à chercher l’obtention de l'autorité d’une manière radicale.

Le doute plane à la suite des contestations du jurisconsulte Servius Sulpicius Rufus sur la légalité de l’élection de Lucius Licinius Murena[6], un lieutenant de Pompée, à la distinction consulaire, dont il est le compétiteur malheureux et qu'il soupçonne d’avoir corrompu des électeurs pour parvenir à ses fins[M 25]. Cependant, grâce à l’intervention de Cicéron, qui arrive à convaincre les sénateurs que les troubles politiques sont trop graves pour permettre la vacance d’un poste de consul[7], Murena se voit confirmé dans ses fonctions de consul designatus, avec Decimus Iunius Silanus. Catilina réagit violemment et radicalise son mouvement : il demande à ses conjurés, dont Manlius, un centurion installé en Étrurie, de se tenir prêt à lever des troupes, en particulier parmi les vétérans de Sylla[M 26].

Le secret est mal gardé ; les conjurés ne se sentent pas menacés - Catilina se vante d'avoir des soutiens dans de nombreuses provinces, et certains ne craignent pas de révéler le complot à des tiers. Le 21 octobre 63, la conjuration est connue de plusieurs sénateurs, dont Crassus[8], Cicéron et les consuls désignés Silenus et Murena, qui ont été prévenus du danger par Fulvia, maîtresse de l’un des conjurés, Quintus Curius. Celui-ci, rayé du Sénat pour infamie, connaît quelques revers de fortune, trahit le secret de la conjuration pour convaincre sa maîtresse de rester avec lui et lui promet monts et merveilles[S 10]. Selon Salluste, c'est cette révélation qui permet à Cicéron, homo novus, d'accéder au consulat[S 11]. Mis au courant, le Sénat, malgré son incrédulité, commence à prendre la mesure du danger qui le guette, mais il tergiverse[M 27], car il ignore encore exactement qui est le meneur de la révolte[M 28]. Les deux consuls en exercice, Cicéron et Gaius Antonius Hybrida, sont toutefois investis des pleins pouvoirs par le senatus consultum ultimum[M 29] ; Cicéron décrète l'état d’urgence. Cette mesure est prématurée puisque les conjurés ne se soulèvent qu'au nord de Rome (et non dans la Ville même). Cicéron se persuade que la mobilisation de quelques troupes saura arrêter les conjurés[M 30].

Contre-mesures[modifier | modifier le code]

Cicéron dénonce Catilina, fresque réalisée entre 1882 et 1888 par Cesare Maccari (1840-1919)

Première Catilinaire[modifier | modifier le code]

Temple de Jupiter Stator.

Le 8 novembre 63, Cicéron fait une déclaration en plein Sénat, que par sécurité il a réuni au temple de Jupiter Stator[M 31],[M 32]. Peut-être dans l'espoir d'apaiser les craintes ou celui de se défendre des soupçons nourris contre lui, Catilina fait alors une apparition dans l'assemblée. Ce qui donne à Cicéron l'occasion de tenir l'un de ses plus célèbres discours, la première Catilinaire[M 33].

« Alors le consul M. Tullius, sous le coup de la colère, ou de la crainte que lui causait la présence de Catilina, prononça un discours aussi brillant qu'utile à la République, discours qu'il rédigea et publia par la suite[Note 4]. »

— Salluste, La Conjuration de Catilina, chapitre XXXI[S 12].

Cicéron révèle alors que Catilina prépare un soulèvement en Étrurie. Il ajoute que, pendant la nuit qui précède, des conjurés ont tenté de l'assassiner à son domicile[S 13]. Il parvient à convaincre le Sénat de prendre des mesures. Mais Cicéron craint que Rome ne soit prise de troubles. Il semble en effet que Catilina ait joui d'une certaine sympathie parmi la plèbe, qui voit assez favorablement son entreprise[S 14]. On promet une récompense de 200 000 sesterces pour un homme libre, ou l'émancipation et 100 000 sesterces pour un esclave, à toute personne pouvant révéler les détails du complot[S 15] et l'on renforce les postes de garde à l'entrée de la Ville[S 16]. Cependant, les rumeurs liées à la révélation du complot inquiètent beaucoup l'opinion[S 17].

Catilina l'interrompt par trois fois, puis tente alors de se défendre en mettant en cause l'origine sociale de Cicéron, « un citoyen de rencontre », auquel il oppose l'ancienneté et la noblesse de sa famille, mais sa protestation est maladroite et déclenche le brouhaha : on le traite de « parricide » et d'« ennemi public ». Il est contraint de quitter précipitamment l'assemblée sous les clameurs, non sans avoir menacé les sénateurs au passage : « Puisque je suis traqué par mes ennemis qui veulent me précipiter dans l'abîme, j'éteindrai sous les ruines l'incendie qui me menace[S 18] ». Conscient de la précarité de sa situation, il quitte Rome le même soir et rejoint le camp de Manlius, où il tente d'accélérer les opérations.

Deuxième Catilinaire[modifier | modifier le code]

La deuxième Catilinaire est prononcée dès le lendemain au Forum, devant le peuple. Après la fuite de Catilina, Cicéron tente de justifier sa décision (de l'avoir laissé quitter librement la ville, et non de l'avoir exilé comme certains lui en font le reproche[9]) et essaie de rassurer la population[M 34].

Troisième Catilinaire[modifier | modifier le code]

L'affaire des Allobroges[M 35] démontre que Catilina a des alliés dans Rome même. Des délégués gaulois sont en effet venus à Rome pour se plaindre des conditions économiques de leur province et de la cupidité de leurs magistrats[S 19]. Les conjurés, faisant feu de tout bois, tentent de se rallier tous les mécontents, même des Gaulois. Contactés, les Allobroges hésitent sur le parti à prendre, puis se rallient au pouvoir en place[S 20]. Manipulés par Cicéron, ils obtiennent des conjurés de précieuses informations. Ils exigent même une lettre d'intention signée des conjurés, qui tombent sans se méfier dans le piège[S 21]. Interceptés à leur départ de Rome, les Allobroges remettent cette lettre au Sénat. Le Sénat n'a plus alors qu'à cueillir les partisans du coup d'État.

La conspiration met au jour un véritable plan « terroriste » pour prendre le pouvoir : plusieurs personnalités nommément désignées, dont Cicéron, doivent être assassinées, une douzaine de quartiers incendiés[S 22]. Les conjurés espèrent profiter de la confusion provoquée par ces actions. La révélation du plan retourne la plèbe, qui fait alors bloc autour du pouvoir[S 23]. Commence alors l'enquête du Sénat. Les conspirateurs, confondus par les nombreuses preuves qu'ils ont laissées, sont rapidement découverts.

Cinq conspirateurs, Statilius, Ceparius, Aulus Gabinius, Cethegus et Publius Cornelius Lentulus Sura, sont alors arrêtés et s'apprêtent à comparaître devant le Sénat. Mais bien qu'en état d'arrestation, ils tentent encore de provoquer le soulèvement[M 36]. Dès le 2 décembre, les principaux membres, sauf Catilina, sont hors d’état de nuire et retenus à Rome dans des résidences de clients ou de membres de leur famille en attendant leur jugement.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Quatrième Catilinaire[modifier | modifier le code]

Coupe schématique du Tullianum. Le cachot inférieur est traditionnellement celui des condamnés à mort

Le 5 décembre 63, aux nones de décembre, les conjurés sont condamnés à mort après un débat au Sénat, dont Salluste a retracé les arguments.

Les jours qui ont précédé le 5 décembre ont été mouvementés car de nombreux délateurs se sont spontanément présentés pour obtenir des parts de confiscation des accusés et ont même accusé quelques hommes de plus d’avoir participé à la conjuration. Parmi eux, Crassus[S 24] et Jules César[S 25], car leur complaisance envers les populares fait croire que la cause des opprimés et des mécontents que défend Catilina est la leur. Il est possible que les deux hommes aient regardé la conjuration sans trop d‘inquiétude mais il paraît improbable qu’ils se soient rangés derrière Catilina dans une entreprise hasardeuse, qui ne coïncidait pas avec leurs intérêts puisque Crassus possédait de nombreuses richesses, et que Jules César était une puissance montante (il venait d’être désigné préteur pour 62)[10],[Note 5].

Cicéron interroge l'assemblée sénatoriale : « Quels châtiments décidez-vous ? »[M 37] Silanus, le consul désigné, parle le premier et réclame la peine de mort[S 26]. Jules César prend alors la parole[S 27]. Au terme d'un long plaidoyer, il propose de les emprisonner à perpétuité dans les municipes d’Italie, plutôt que de les condamner à une peine illégale. La mort des condamnés serait de toute façon plus douce que la prison et pourrait donner naissance à la volonté de vengeance de certains. Le doute est semé parmi les sénateurs[S 28].

C’est l’intervention de Caton le Jeune, un optimas qui prône des valeurs conservatrices, qui scelle le sort des conjurés. Pour lui, la mort est la seule solution car les municipes ne sont pas sûrs, du moins pas plus que Rome, et il est possible que les accusés ne fassent pas leur peine entière. De plus, la seule solution légale serait de les exiler, mais ce serait leur permettre de rejoindre l’Étrurie, où le soulèvement continue, et de grossir les rangs de Catilina. Le vote est sans appel et le point de vue de Cicéron et de Caton l’emporte[S 29], même si Jules César a réussi à faire pencher Silanus vers son point de vue[M 38]. L’exécution a lieu juste après la séance : les cinq condamnés sont étranglés au Tullianum[S 30]. Aussitôt, sur le Forum, près des Rostres, Cicéron annonce au peuple, qui lui fait une ovation, que les conjurés « ont vécu » (« uixerunt »)[M 39]. Son rôle a été déterminant dans toute cette affaire, se plaît-il à rappeler.

Débâcle de la conjuration[modifier | modifier le code]

La fin de la conjuration se produit rapidement après les exécutions, juste le temps aux troupes que Cicéron a envoyées de mater le soulèvement d’Étrurie. Catilina, fort de 2 000 hommes (mais dont seul un quart est correctement armé), tente de louvoyer et de gagner du temps dans l'espoir de se renforcer, mais les seuls renforts qu'il accueille sont des esclaves en fuite, qu'il finit par congédier[S 31]. Il est obligé de se retirer dans les montagnes et tente de s'enfuir par Pistoria en direction de la Gaule transalpine. Poursuivi par Quintus Caecilius Metellus Celer, il se résout au combat[S 32]. La bataille a lieu le 5 janvier[M 40]. Les troupes loyalistes auraient dû être commandées par le consul Gaius Antonius Hybrida, que les historiens soupçonnent d'avoir secrètement encouragé Catilina, mais le consul prétexte une crise de goutte et cède le commandement à son lieutenant, Marcus Petreius[S 33]. Le combat est extrêmement violent. Tous les conjurés meurent sur le champ de bataille, en braves[S 34], comme Cicéron lui-même le reconnaît. Blessé au combat, Catilina est retrouvé agonisant[S 35].

Salluste peut alors conclure son récit :

« Nombre de soldats sortis du camp [des vainqueurs] pour visiter ou pour piller le champ de bataille, découvraient en retournant les cadavres ennemis les uns un ami, les autres un hôte ou un parent ; quelques-uns aussi reconnaissaient des adversaires personnels. Ainsi par toute l'armée régnaient des sentiments divers, où se mêlaient le plaisir et la tristesse, le deuil et la joie. »

— Salluste, La Conjuration de Catilina, chapitre LXI, 8[S 36].

À Rome, l'atmosphère est au règlement de comptes : plusieurs personnes sont accusés d'avoir trempé dans le complot et jugées : L. Vargunteius, Porcius Laeca, dont la maison avait été un lieu de réunion pour Catilina, le chevalier C. Cornélius qui avait tenté d'assassiner Cicéron. Publius Autronius Paetus, contre qui Cicéron témoigne, est exilé. Inversement, Cicéron défend et fait acquitter P. Sulla, suspecté mais sans éléments à charge solides[M 41]. César réfuta les accusations de complicités car Cicéron témoigna qu'il avait spontanément apporté des informations sur la conjuration, et fit emprisonner ses calomniateurs. Enfin Crassus quitte Rome avec sa famille et tous ses biens pour se réfugier en Macédoine[M 42].

Le rôle de Cicéron[modifier | modifier le code]

Le fait que ces événements se déroulent sous son consulat place évidemment Cicéron au premier plan. Le consul en tire d'ailleurs une gloire immédiate et une popularité indéniable[M 43]. Quintus Lutatius Catulus le salue du titre de « « Père de la patrie ». Après les nones de décembre, Cicéron envoie un résumé très détaillé de l’affaire à Pompée, qui a surtout pour effet d’agacer le destinataire[M 44]. Trois ans plus tard, la publication des Catilinaires est pour l’orateur une nouvelle occasion de magnifier son rôle.

Mais Cicéron ne cesse de se vanter et fatigue rapidement ses concitoyens : « Son triomphe est de courte durée[M 45]. ». Les Romains de l’époque ne sont pas dupes, ce qui amène ses ennemis à le discréditer, voire à le ridiculiser.

« Cicéron eut dès lors un grand pouvoir à Rome, mais il se rendit lui-même odieux à bien des gens : bien qu'il ne fît rien de répréhensible, il les indisposait à force de se louer lui-même et de se vanter sans cesse. On ne pouvait se rendre au Sénat, à une assemblée du peuple ou devant un tribunal sans être obligé d'entendre ressasser l'histoire de Catilina et de Lentulus. Pour finir, il remplit ses livres et ses écrits de ses propres louanges et il rendit ainsi son éloquence, qui était si plaisante et si pleine de charme, ennuyeuse et insupportable à ses auditeurs : cette vanité importune était comme une fatalité qui s'attachait à lui. Toutefois, malgré ce désir de gloire immodéré, il était exempt de toute jalousie et prodiguait les louanges à ses prédécesseurs et à ses contemporains, comme on peut le voir dans ses écrits[Note 6]. […]
Ces reproches lui étaient sans doute dictés par son ambition, et l'orgueil que lui inspirait son habileté oratoire l'amena souvent à abandonner toute décence. »

— Plutarque, Vies parallèles des hommes illustres : Cicéron, 24, 1 et 25,1[11].

Outre les Catilinaires, Cicéron fait référence à la conjuration de Catilina dans plusieurs de ses discours, notamment Pro Murena, dans lequel il défend Muréna d'accusations de corruption électorale[M 46], et Pro P. Sylla dans lequel il défend Publius Cornelius Sulla de trahison et de participation aux deux conjurations de Catilina[12] (collusion avec les Allobroges).

Critiques[modifier | modifier le code]

Toutefois, Cicéron a essuyé deux types de critiques : la passivité et l'abus de pouvoir. Le consul aurait longtemps louvoyé entre les factions et réagi tardivement, bien après avoir eu vent de la conjuration. Ce sont surtout les historiens modernes qui lui font ce reproche. L’abus de pouvoir – celui d’avoir condamné à mort des citoyens romains sans véritable procès – est quant à lui très ancien. L'exploitation systématique de ce reproche par ses adversaires s'explique par l'instabilité politique de l'époque, où les alliances se défont aussi vite qu'elles se nouent.

Dès la fin de son consulat, il doit faire face à une cabale contre lui[13] : Cicéron se voit d'abord interdire de faire l’apologie de sa magistrature par le tribun de la plèbe Quintus Metellus Nepos qui ensuite l'accuse d'avoir exécuté des citoyens sans jugement. Cicéron s'en défend dans un débat public, rappelant qu'il a été mandaté pour cela par les sénateurs. Caton, également tribun de la plèbe, oppose son veto contre les projets de Nepos[M 47],[M 48].

En 58, le tribun de la plèbe Publius Clodius Pulcher, un membre des populares soutenu par César et qui lui avait pourtant prêté assistance lors de cette même conjuration, dépose un projet de loi punissant automatiquement tout magistrat responsable de l'exécution sans jugement de citoyen romain. Le projet vise Cicéron sans le nommer ; délaissé par Pompée, il est contraint à l'exil[M 49].

Pourtant, malgré ses plaidoyers pro domo, ou peut-être à cause d'eux, Cicéron est poursuivi par le reproche de la condamnation des conjurés. Il s'en défend en affirmant que tout Rome le soutenait. De plus, son action est légitimée par le senatus consultum ultimum qui lui conférait des droits dictatoriaux[M 50], et il n’avait donc pas besoin de référer aux assemblées populaires, ici, les comices centuriates, pour décider du sort des conjurés.

Salluste impute la rumeur de la coupe de sang humain des conjurés à la volonté de défendre Cicéron contre ce reproche en noircissant au maximum l’action des conspirateurs[S 37].

Conséquences de la conjuration[modifier | modifier le code]

La conjuration de Catilina démontre que les guerres civiles sont loin d’être terminées. Cependant, le complot n'a pas la dimension sociale de la révolte de Spartacus, il ne répond qu'aux besoins et aux frustrations de quelques nantis romains, soutenus il est vrai par des notables provinciaux[M 51]. Le complot ne révèle aucun programme politique, aucune volonté de réforme institutionnelle[M 52]. Il marque simplement le clivage des points de vue des trois grandes idéologies politiques de l'époque : les populares de Crassus et de Jules César, les optimates de Caton, et les partisans de Cicéron, plus modérés, hommes de l’ordre équestre ou hommes nouveaux qui n’obtiennent le soutien ni des uns ni des autres, ce qui place Cicéron dans une position délicate. Dès le retour de Pompée d’Orient, la politique se résume aux relations entre les populares et les optimates, sans laisser à Cicéron d’autre choix que d’adhérer à l’un ou à l’autre des deux partis.

Œuvres inspirées par la conjuration de Catilina[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sylla épure le Sénat, puis il fait passer le nombre de sénateurs 300 à 600 (Jean-Michel David, op. cit., p. 193 et Marcel Le Glay, op. cit. p. 133).
  2. Pompée ne rentre à Rome qu'en 61, fort d'un prestige inégalé : il est le vainqueur de 14 nations. Le 29 septembre 61, on célèbre son triomphe (Marcel Leglay, Op. cit., p. 137).
  3. Selon Pierre Grimal, la date des élections est incertaine : fin juillet, comme il est d'usage, ou reportée à fin septembre (Cicéron, p. 152) ?.
  4. Cicéron publia son discours en 60, selon une note d'Alfred Ernout, p. 85.
  5. Selon Plutarque, c'est la crainte de la puissance de César - pourtant dénoncé par Quintus Curius et le délateur Lucius Vettus - et de celle de ses soutiens qui retient Cicéron de le mettre en accusation (Vies parallèles Cicéron, XXI). César aurait trempé dans la première conjuration de Catilina.
  6. Dans une note de l'édition Quarto des Vies parallèles p. 1595, on souligne que la défense de son consulat, outre l'expression de la vanité de Cicéron, est aussi une obligation politique.

Références[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Salluste : La Conjuration de Catillina[modifier | modifier le code]
  1. Salluste -41, p. 91 ; chap. XXXIV.
  2. Salluste -41, p. 58 ; chap. V.
  3. Salluste -41, p. 68 ; chap. XIV.
  4. Salluste -41, p. 71 ; chap. XVIII.
  5. Salluste -41, p. 69 ; chap. XV.
  6. Salluste -41, p. 77 ; chap. XXIII.
  7. Salluste -41, p. 70 ; chap. XVI et XVII.
  8. Salluste -41, p. 70 ; chap. XVI.
  9. Salluste -41, p. 71 ; chap. XVII.
  10. Salluste -41, p. 78 ; chap. XXIII.
  11. Salluste -41, p. 78 ; chap. XXIII.
  12. Salluste -41, p. 84 ; chap. XXXI.
  13. Salluste -41, p. 81 ; chap. XXVIII.
  14. Salluste -41, p. 90 ; chap. XXXVIII.
  15. Salluste, p. 83 ; chap. XXX.
  16. Salluste -41, p. 84 ; chap. XXXI.
  17. Salluste -41, p. 83 ; chap. XXIX et XXXI.
  18. Salluste -41, p. 85 ; chap. XXXII.
  19. Salluste -41, p. 93 ; chap. XL.
  20. Salluste -41, p. 93 ; chap. XLI.
  21. Salluste -41, p. 96 ; chap. XLIV.
  22. Salluste -41, p. 95 ; chap. XLIII.
  23. Salluste -41, p. 99 ; chap. XLVIII.
  24. Salluste -41, p. 100 ; chap. XLVIII.
  25. Salluste -41, p. 101 ; chap. XLIX.
  26. Salluste -41, p. 102 ; chap. L.
  27. Salluste -41, p. 103 ; chap. LI.
  28. Salluste -41, p. 109 ; chap. LII.
  29. Salluste -41, p. 114 ; chap.LIIV.
  30. Salluste -41, p. 116 ; chap. LV.
  31. Salluste -41, p. 118 ; chap. LVI.
  32. Salluste -41, p. 119 ; chap. LVII.
  33. Salluste -41, p. 121 ; chap. LIX.
  34. Salluste -41, p. 123 ; chap. LX.
  35. Salluste -41, p. 123 ; chap. LXI.
  36. Salluste -41, p. 124 ; chap. LXI.
  37. Salluste -41, p. 77 ; chap. XXII,, 3.
Autres sources primaires[modifier | modifier le code]
  1. Virgile, L'Énéide, Livre I, v. 510.
  2. Claude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen 264–27 av. J.-C., Tome 1 Les structures de l’Italie romaine, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes », Paris, 2001 (1re éd. 1979), (ISBN 2-13-051964-4), p. 196.
  3. Plutarque, p. 1580 ; chap. X.
  4. Plutarque, p. 1587 ; chap. XVII, 1.
  5. Cicéron Catilinaire, p. 10 ; Cat. I, VI-1 et 2.
  6. Cicéron Pro Muréna, p. 33 ; III-7.
  7. Cicéron Pro Muréna, p. 81 ; XXXIX, 84.
  8. Plutarque, p. 1585 ; chap. XV.
  9. Cicéron Catilinaire, p. 33 ; VI, 12.
  10. Suétone, p. 42 ; chap. XVIII.
  11. Plutarque, p. 1596.
  12. Cicéron Pro P. Sylla, p. 115 ; IV, 11.
  13. Plutarque, p. 23,1 ; 1594.

Sources modernes[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Le Glay 2000, p. 133.
  2. Jean-Michel David 1997, p. 206.
  3. Jean-Michel David 2000, p. 182.
  4. Jean-Michel David 2000, p. 185.
  5. Jean-Michel David 2000, p. 186.
  6. Jean-Michel David 2000, p. 189.
  7. Jean-Michel David 2000, p. 190.
  8. Marcel Le Glay 2000, p. 136.
  9. Jean-Michel David 2000, p. 190.
  10. Marcel Le Glay 2000, p. 136.
  11. Pierre Grimal 1986, p. 153.
  12. Jean-Michel David 2000, p. 192.
  13. Pierre Grimal 1986, p. 162.
  14. Jean-Michel David 2000, p. 196.
  15. Jean-Michel David 2000, p. 192.
  16. François Hinard 2000, p. 730.
  17. François Hinard 2000, p. 731.
  18. Pierre Grimal 1986, p. 153.
  19. François Hinard 2000, p. 730.
  20. François Hinard 2000, p. 731.
  21. François Hinard 2000, p. 731.
  22. François Hinard 2000, p. 731.
  23. Pierre Grimal 1986, p. 153.
  24. Pierre Grimal 1986, p. 153.
  25. François Hinard 2000, p. 733.
  26. Édouard Bailly 1926, p. IV.
  27. Pierre Grimal 1986, p. 154.
  28. François Hinard 2000, p. 732.
  29. Pierre Grimal 1986, p. 157.
  30. Pierre Grimal 1986, p. 156.
  31. François Hinard 2000, p. 732.
  32. Henri Bornecque 1926, p. 2.
  33. Édouard Bailly 1926, p. 2.
  34. Édouard Bailly 1926, p. 25.
  35. François Hinard 2000, p. 733.
  36. François Hinard 2000, p. 734.
  37. François Hinard 2000, p. 734.
  38. François Hinard 2000, p. 734.
  39. François Hinard 2000, p. 735.
  40. François Hinard 2000, p. 734.
  41. Grimal 1986, p. 169-170.
  42. Grimal 1986, p. 167.
  43. François Hinard 2000, p. 735.
  44. Pierre Grimal 1986, p. 167.
  45. François Hinard 2000, p. 731.
  46. André Boulanger 1943, p. 9.
  47. Jean Hellegouarc’h 1989, p. 77 (note 2).
  48. Pierre Grimal 1986, p. 163 et 166.
  49. « Plutarque, « vie de Cicéron » dans Vies des hommes illustres, chapitre 29 », sur remacle.org (consulté le 20 juillet 2012).
  50. Henri Bornecque 1926, p. IV.
  51. Jean-Michel David 1997, p. 212.
  52. Pierre Grimal 1986, p. 154.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Sources antiques[modifier | modifier le code]

Sources modernes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sites proposant des textes complets[modifier | modifier le code]

Sites traitant de Catilina[modifier | modifier le code]