Dictateur (Rome antique)
| Politique sous la Rome antique | |
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Le dictateur (en latin classique : dictātǒr, -ōris, masculin) est, dans la République romaine antique, un magistrat extraordinaire détenant les pleins pouvoirs (Imperium). Ce titre a été institué en 501 av. J.-C.[1]. Le titre original était magister populi (« maître du peuple »)[2].
Le titre de dictateur était aussi celui du premier magistrat de diverses cités du Latium, comme Nomentum ou Tusculum. On le rencontre aussi à Albe.
Sommaire |
Désignation et rôle du dictateur [modifier]
Le dictateur est généralement nommé en cas de forts troubles, par l'un des consuls en exercice, selon un rite précis : le Sénat romain approuve le principe de la dictature, et le consul le désigne pendant la nuit qui suit la décision du Sénat. Il est choisi parmi les anciens consuls, et pour une durée maximale de six mois.
Il reçoit les pleins pouvoirs (imperium), les pouvoirs des autres magistrats sont alors suspendus sauf ceux des tribuns de la plèbe[3]. Les 12 licteurs qui escortent chaque consul lui sont attribués, ce qui lui accorde 24 licteurs. Néanmoins, pour respecter le principe républicain de collégialité des magistratures, il doit obligatoirement désigner un maître de cavalerie (magister equitum) comme chef d'état-major.
En dehors des cas de conflit grave, Tite-Live cite des nominations de dictateur pour d'autres motifs : présence indispensable d'un magistrat détenteur de l'imperium pour la tenue des comices en l'absence des consuls pour cause de guerre, ou même nécessité rituelle, comme en 331 av. J.-C. :
- « comme les antiques traditions des annales rapportaient qu'autrefois, lors des sécessions de la plèbe, le dictateur avait planté un clou, et que cette solennité expiatoire avait ramené à la raison les esprits des hommes aliénés par la discorde, on s'empressa de créer un dictateur pour planter le clou[4]. On créa Cn. Quinctilius, qui nomma L. Valerius maître de la cavalerie. Le clou planté, ils abdiquèrent leurs fonctions »[5].
La même cérémonie de plantage d'un clou est exécutée en 263 av. J.-C. par le dictateur Cnaeus Fulvius Maximus Centumalus[6].
Évolution [modifier]
Dictature classique [modifier]
En 356 av. J.-C., un plébéien est pour la première fois nommé dictateur, à l'indignation des patriciens, qui remirent en cause l'élection du consul plébéien prévue par les lois licinio-sextiennes[7].
Cette magistrature tombe en désuétude au cours du IIIe siècle av. J.-C., et n'est réactivée qu'exceptionnllement durant la deuxième Guerre punique, car Rome est désormais à l'abri de toute menace directe, et la présence permanente à Rome du préteur urbain permet qu'un magistrat doté de l'imperium assure la tenue des comices. Enfin, le rituel du clou tombe dans l'oubli.
Dictature syllanienne [modifier]
En décembre 82 av. J.-C., Sylla se fit nommer dictateur par un interroi, mais pour un rôle tout à fait différent des dictateurs précédents. Ce rôle est défini par la lex Valeria, concue et votée pour la circonstance : entreprendre une réforme en profondeur des institutions romaines : il fut dictator legibus scribendis et rei publicae constituendae (dictateur chargé de rédiger les lois et d’organiser l’État). Sa dictature est donc très différente des précédentes, car elle est sans limite de temps et se rapproche du pouvoir législatif des decemviri des années 451/449 av. J.-C.. De surcroit, le consulat ne fut pas suspendu durant cette dictature[8]. Sylla abdiqua spontanément de sa dicture en 79 av. J.-C., après avoir mis en place ses réformes.
Dictature césarienne [modifier]
En 46 av. J.-C., Jules César se fit octroyer une dictature pour un an, puis pour dix ans, et enfin à vie, rompant avec le principe républicain de magistrature temporaire. À sa mort, Marc Antoine promulgua la lex Antonia abrogeant la dictature et l'éliminant des magistratures romaines. Octave se garda de la rétablir : avec l'Empire, la dictature perd toute raison d'être, l'empereur accumulant l'imperium consulaire, la puissance tribunicienne, la charge de grand pontife et le titre de « prince du sénat ».
Liste chronologique des dictateurs romains [modifier]
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Sauf précision contraire, les dates de cette page sont sous-entendues « avant Jésus-Christ ».
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Cette liste n'est pas exhaustive
VIe siècle av. J.-C. [modifier]
| An | Dictateur | Maître de cavalerie | Divers, causes, etc. | Histoire romaine |
|---|---|---|---|---|
| 501 | Titus Larcius Flavus | Spurius Cassius Vecellinus | En 498 d'après Denys d'Halicarnasse ; Faire face aux Latins et éventuellement aux Sabins | Livre II, 18 |
Ve siècle av. J.-C. [modifier]
IVe siècle av. J.-C. [modifier]
IIIe siècle av. J.-C. [modifier]
| An | Dictateur | Maître de cavalerie | Divers, causes, etc. | |
|---|---|---|---|---|
| 292 | Appius Claudius Caecus I | (?) | ||
| 287 | Quintus Hortensius | Ramener la plèbe écrasée de dettes qui s'est retirée sur le Janicule dans Rome / Periochae, Livre XI | ||
| Appius Claudius Caecus II | ||||
| 280 | Cnaeus Domitius Calvinus Maximus | |||
| 276 | Publius Cornelius Rufinus | |||
| 263 | Cnaeus Fulvius Maximus Centumalus | Quintus Marcius Philippus ? | ||
| 257 | Quintus Ogulnius Gallus | Marcus Laetorius Plancianus ? | ||
| 249 | Marcus Claudius Glicia | Lucius Caecilius Metellus ? | Guerre contre Carthage (c'est un affranchi, forcé d'abdiquer) / Periochae, Livre XIX | |
| Aulus Atilius Calatinus | Guerre contre Carthage / Periochae, Livre XIX & Florus, Abrégé de l'histoire romaine, Livre II, 2 | |||
| 246 | Tiberius Coruncanius | Marcus Fulvius Flaccus ? | ||
| 231 | Caius Duilius | Caius Aurelius Cotta ? | ||
| 224 | Lucius Caecilius Metellus | Numerius Fabius Buteo ? | ||
| 221 | Quintus Fabius Maximus Verrucosus I | Caius Flaminius Nepos ? |
IIe siècle av. J.-C. [modifier]
Aucun dictateur
Ier siècle av. J.-C. [modifier]
| An | Dictateur | Maître de cavalerie | Divers, causes, etc. | Guerres civiles |
|---|---|---|---|---|
| 82 | Lucius Cornelius Sulla I | Lucius Valerius Flaccus I | "Dictator - rei publicae constituendae causa" | Livre I, 99 |
| 81 | Lucius Cornelius Sulla II | Lucius Valerius Flaccus II | "Dictator - rei publicae constituendae causa" | Livre I, 100 |
| 80 | Lucius Cornelius Sulla III | Lucius Valerius Flaccus III | "Dictator - rei publicae constituendae causa" | Livre I, 102 |
| An | Dictateur | Maître de cavalerie | Divers, causes, etc. | Histoire romaine |
|---|---|---|---|---|
| 48 | Caius Julius Caesar I | Marcus Antonius I | "Dictator - rei gerendae causa" | Livre XLII, 20 |
| 47 | Caius Julius Caesar II | Marcus Antonius II | "Dictator - rei gerendae causa" | Livre XLII, 55 |
| 46 | Caius Julius Caesar III | Marcus Aemilius Lepidus I | "Dictator - rei gerendae causa" | Livre XLIII, 1 |
| 45 | Caius Julius Caesar IV | Marcus Aemilius Lepidus II | "Dictator - rei gerendae causa" | Livre XLIII, 33 |
| 44 | Caius Julius Caesar V | Marcus Aemilius Lepidus III | "Dictator perpetuus" | Livre XLIII, 49 |
Notes [modifier]
- Il s'agit soit de Caius Servilius Structus Axilla, tribun militaire à pouvoir consulaire cette année-là, qui serait aussi le fils de Quintus Servilius Structus Priscus Fidenas, le dictateur nommé, ou d'un Caius Servilius Structus Ahala, le consul de 427 av. J.-C. ou le tribun consulaire de 408 av. J.-C.
- Il a été nommé dictateur alors que Marcus Iunius Pera est encore dictateur, une première : deux dictateurs en même temps, avec deux missions différentes toutefois, l'un mène les troupes tandis que l'autre reçoit les pouvoirs dictatoriaux pour ramener à 300 le nombre de sénateurs, réduit d'un tiers à la bataille de Cannes.
- Tiberius Sempronius Gracchus est le maître de cavalerie de Marcus Iunius Pera, dictateur en même temps que Marcus Fabius Buteo.
Notes et références [modifier]
- Tite-Live, Histoire romaine, Livre II, 18
- Cicéron, République ; Sénèque, Lettres à Lucilius, 108, 31.
- Georges Hacquard, J. Dautry et O. Maisani, Guide romain antique, Hachette, coll. « Roma », 1991, 224 p. (ISBN 978-2010004889)
- Dictator claui figendi causa.
- Tite-Live, Histoire romaine, Livre VIII, 18
- Fastes capitolins
- Tite-Live, Histoire romaine, Livre VII, 17
- François Hinard, Sylla, Fayard, 1985, (ISBN 2-213-01672-0), pp. 223-226
- Les gentes romaines, S, Servilia
Bibliographie [modifier]
Auteurs antiques [modifier]
Auteurs modernes [modifier]
- Élisabeth Deniaux, Rome, de la Cité-État à l'Empire, Institutions et vie politique, Hachette, 2001 (ISBN 2-01-017028-8)