Dictateur (Rome antique)

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Politique sous la Rome antique
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Le dictateur (en latin classique : dictātǒr, -ōris, masculin) est, durant la République romaine, un magistrat extraordinaire détenant les pleins pouvoirs (imperium). Selon la tradition, le titre a été institué en 501 av. J.-C.[a 1], mais un magister populi (littéralement « maître du peuple ») existe déjà sous la Monarchie romaine[a 2],[a 3],[1].

Le titre de dictateur est aussi celui porté par le premier magistrat de cités du Latium comme Nomentum, Tusculum ou Albe la Longue.

Les origines : le magister populi[modifier | modifier le code]

À l'époque royale, lorsque le roi ne peut pas quitter Rome et mener l'armée en campagne lui-même, il nomme un magister populi à qui il confie temporairement le commandement de l'armée. Ce « maître du peuple » est peut-être déjà assisté par un magister equitum, un « maître de la cavalerie »[2].

Les dictateurs latins[modifier | modifier le code]

Dans de nombreuses cités latines, c'est un dictateur qui a succédé à l'ancienne monarchie après que le roi a été renversé. Le magistrat qui dirige la Ligue latine, confédération que forment les principales villes du Latium, porte également le titre de dictateur (dictator Latinus)[3].

La dictature sous la République[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste de dictateurs romains.

Désignation[modifier | modifier le code]

Pour faire face le plus efficacement possible en cas de troubles majeurs, après un désastre militaire ou durant une crise politique interne par exemple, les Romains instaurent une magistrature extraordinaire : la dictature. Le dictateur est nommé par un des deux consuls en exercice après que le Sénat a approuvé le principe de la dictature. Le consul le désigne pendant la nuit qui suit la décision du Sénat, afin d'éviter les auspices défavorables[4]. Le dictateur est généralement choisi parmi les anciens consuls. Les deux missions du dictateur, d'ordre civil ou militaire, revêtent la même importance aux yeux des Romains. Cicéron[a 4], puis plus tard l'empereur Claude par l'intermédiaire de la table de Lyon[a 5], associent étroitement ces deux missions qui justifient selon eux l'instauration d'une dictature[5].

Rôle et pouvoirs[modifier | modifier le code]

Une fois désigné, le dictateur reçoit les pleins pouvoirs (imperium). Les consuls en exercice durant son mandat perdent leurs pouvoirs tandis que ceux des autres magistrats lui sont subordonnés[6],[4]. Le dictateur reçoit un imperium absolu[7] sans qu'il soit nécessaire de voter une lex curiata comme pour les autres magistratures. Ainsi, l'imperium militiae dont il dispose est valable même à l'intérieur des limites du pomerium[4],[8].

Les douze licteurs qui escortent chaque consul lui sont attribués, il est donc précédé lors de ses déplacements d'une escorte de vingt-quatre licteurs[7], rappelant la nature quasi royale de ses pouvoirs[3]. Néanmoins, pour conserver en apparence le principe républicain de collégialité des magistratures, il doit obligatoirement désigner un maître de cavalerie (magister equitum) comme chef d'état-major. Par contre, il est libre de désigner la personne de son choix[4]. Mais même si le dictateur s'adjoint un auxiliaire, le maître de cavalerie reste le subordonné du dictateur et non son égal comme le sont les consuls l'un pour l'autre et dans les faits, le principe de la collégialité s'efface provisoirement[9].

Pour compenser des pouvoirs quasi-illimités qui pourraient se révéler dangereux si le dictateur s'en sert pour se maintenir au pouvoir, l'exercice de la dictature ne peut excéder six mois. Arrivés au bout de leurs mandats, même si la mission qui leur a été confiée n'est pas remplie, le dictateur et son maître de cavalerie doivent abdiquer[4],[7].

Les sources antiques mentionnent des exemples de nominations de dictateur sans que Rome ne traverse nécessairement une période de dangers militaires[9]. La nomination d'un dictateur peut en effet se révéler indispensable pour des urgences civiles comme la tenue des comices en l'absence de consuls ou pour mener à bien certains rites, comme la cérémonie du plantage d'un clou exécutée en 331 av. J.-C. par un dictateur[a 6]

« [...] comme les antiques traditions des annales rapportaient qu'autrefois, lors des sécessions de la plèbe, le dictateur avait planté un clou, et que cette solennité expiatoire avait ramené à la raison les esprits des hommes aliénés par la discorde, on s'empressa de créer un dictateur pour planter le clou. On créa Cn. Quinctilius, qui nomma L. Valerius maître de la cavalerie. Le clou planté, ils abdiquèrent leurs fonctions. »

— Tite-Live, Histoire romaine, VIII, 18

En 263 av. J.-C., c'est de nouveau un dictateur, Cnaeus Fulvius Maximus Centumalus avec le titre de dictator claui figendi causa, qui s'occupe de la cérémonie[a 7].

Évolution[modifier | modifier le code]

La dictature classique[modifier | modifier le code]

Les auteurs antiques font remonter la création de la dictature à la toute fin du VIe siècle av. J.-C., peu après la chute des Tarquins, avec la dictature de Titus Larcius Flavus[8], nommé pour faire face à la menace que représentent les Sabins[3].

En 368 av. J.-C. apparaît dans les fastes un dictateur qualifié de seditionis sedendae et rei gerundae causa, c'est-à-dire dont la mission est de mettre un terme à la sédition et de prendre en main le gouvernement de l’État. Après 367 av. J.-C., par trois fois un dictateur en vient à faire voter une loi destinée à apaiser les tensions sociales : en 342 av. J.-C. avec le vote de la Lex Valeria militaris, en 339 av. J.-C. avec le vote de la Lex Publilia Philonis et en 286 av. J.-C. avec le vote de la Lex Hortensia à la suite de la sécession de la plèbe[10].

En 356 av. J.-C., un plébéien est pour la première fois nommé dictateur, ce qui provoque l'indignation des patriciens qui remettent en cause à cette occasion l'élection du consul plébéien prévue par les lois licinio-sextiennes[a 8].

La dictature est régulièrement utilisée jusqu'à la fin du IIIe siècle av. J.-C. où elle finit par tomber en désuétude. Elle n'est plus utilisée qu’exceptionnellement durant la deuxième Guerre punique, Rome étant désormais à l'abri de toute menace directe. De plus, la présence permanente à Rome d'un préteur urbain permet qu'un magistrat doté de l'imperium assure la tenue des comices. Enfin, le rituel du plantage de clou tombe dans l'oubli. Après 202 av. J.-C., il n'y a plus de dictateur nommé à Rome[4].

La dictature de Sylla[modifier | modifier le code]

En décembre 82 av. J.-C., Sylla se fait nommer dictateur par un interroi, mais pour un rôle tout à fait différent des dictateurs précédents. Ce rôle est défini par la lex Valeria, conçue et votée pour la circonstance : entreprendre une réforme en profondeur des institutions romaines. Sylla est nommé dictator legibus scribendis et rei publicae constituendae, soit « dictateur chargé de rédiger les lois et d’organiser l’État ». Sa dictature est donc très différente des précédentes car elle est sans limite de temps et se rapproche du pouvoir législatif des decemviri des années 451 à 449 av. J.-C. De plus, le consulat n'est pas suspendu durant cette dictature[11]. Sylla abdique spontanément en 79 av. J.-C., après avoir mis en place ses réformes.

La dictature de César[modifier | modifier le code]

En 46 av. J.-C., Jules César se fait octroyer une dictature pour un an, puis pour dix ans et enfin à vie, rompant avec le principe républicain de magistrature temporaire. À sa mort, Marc Antoine promulgue la lex Antonia abrogeant la dictature et l'éliminant des magistratures romaines. Auguste ne la rétablit pas car avec l'avènement de l'Empire, la dictature perd toute raison d'être. En effet, l'empereur accumule l'imperium consulaire, la puissance tribunicienne, la charge de grand pontife et le titre de « prince du sénat ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Sources modernes :
  1. Briquel 2000, p. 156-157.
  2. Rougé 1991, p. 16.
  3. a, b et c Briquel 2000, p. 157.
  4. a, b, c, d, e et f Rougé 1991, p. 34.
  5. Magdelain 1990, p. 579.
  6. Hacquard, Dautry et Maisani 1991, p. 224.
  7. a, b et c Martin, Chauvot et Cébeillac-Gervasoni 2003, p. 97.
  8. a et b Martin, Chauvot et Cébeillac-Gervasoni 2003, p. 52.
  9. a et b Briquel 2000, p. 156.
  10. Magdelain 1990, p. 580.
  11. Hinard 1985, p. 223-226.
  • Sources antiques :
  1. Tite-Live, Histoire romaine, II, 18
  2. Cicéron, République
  3. Sénèque, Lettres à Lucilius, 108, 31
  4. Cicéron, De legibus, 3, 9
  5. Table claudienne, 29
  6. Tite-Live, Histoire romaine, VIII, 18
  7. Fastes capitolins
  8. Tite-Live, Histoire romaine, VII, 17

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Auteurs antiques[modifier | modifier le code]

Auteurs modernes[modifier | modifier le code]

  • François Hinard, Sylla, Fayard,‎ 1985 (ISBN 2-213-01672-0)
  • Élisabeth Deniaux, Rome, de la Cité-État à l'Empire : Institutions et vie politique, Hachette,‎ 2001, 256 p. (ISBN 2-01-017028-8)
  • Georges Hacquard, J. Dautry et O. Maisani, Guide romain antique, Hachette, coll. « Roma »,‎ 1991, 224 p. (ISBN 978-2010004889)
  • Jean Rougé, Les institutions romaines : De la Rome royale à la Rome chrétienne, Armand Collin, coll. « Histoire ancienne »,‎ 1991, 251 p. (ISBN 2-200-32201-1)
  • Jean-Pierre Martin, Alain Chauvot et Mireille Cébeillac-Gervasoni, Histoire romaine, Armand Colin, coll. « Collection U Histoire »,‎ 2003, 473 p. (ISBN 2-200-26587-5)
  • Dominique Briquel, « Les difficiles débuts de la liberté », dans François Hinard (dir.), Histoire romaine. Tome I, Des origines à Auguste,‎ 2000, 1080 p. (ISBN 978-2-213-03194-1), p. 131-161
  • André Magdelain, « Provocatio ad populum », Jus imperium auctoritas. Études de droit romain, Rome, École Française de Rome,‎ 1990, p. 567-588 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]