Compagnie suédoise des Indes orientales

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Le Götheborg en 2005 (réplique moderne d'un navire de la Compagnie suédoise des Indes orientales)

La Compagnie suédoise des Indes orientales (Svenska Ostindiska Companiet en suédois) est une entreprise commerciale fondée en 1731 dans le but de commercer avec les territoires situés à l'est du cap de Bonne-Espérance depuis le port de Göteborg en Suède. Entre 1732 et 1806, ce sont 132 expéditions maritimes qui ont été menées à destination de l'Extrême-Orient et, principalement, de la région de Canton en Chine. La disparition formelle de la compagnie date de 1813.

En 1727, à Ostende, l’Écossais Colin Campbell (1686-1757) et le Suédois Niclas Sahlgren (1701-1776) forment le projet d'une « Compagnie suédoise des Indes orientales ». Associés au Suédois Henrik König (1686-1736), ils négocient un privilège royal suédois qui, par lettres patentes du 14 janvier 1731, leur permet de constituer une telle compagnie pour 15 ans (1731-1746). Ce privilège est ensuite renouvelé tous les 15 ans, jusqu'en 1806.

La direction de la compagnie accueille des représentants des principales dynasties marchandes de la Suède de l'époque, issus notamment des familles Sahlgren, Alströmer, Grill et Tham. Mais on y dénombre aussi de nombreux marchands étrangers ou d'origine étrangère, comme l’Écossais Robert Finlay (1719-1785), le Suédois d'origine écossaise William Chalmers (1748-1811) et plusieurs membres de la famille König, d'origine allemande. Le rôle important joué par des Écossais doit beaucoup à la volonté de ces derniers de contourner le monopole de la Compagnie anglaise des Indes orientales.

La première expédition de la compagnie quitte Göteborg le 9 février 1732, à bord du Friedericus Rex Sueciae, un vaisseau de 20 canons et de 100 hommes d'équipage, commandé par Georg Herman af Trolle (1680-1765). Colin Campbell est du voyage. Toute se passe sans encombres jusqu'à Canton. Les marchandises alors acquises sur place sont principalement de la porcelaine et du thé. Le voyage de retour se révèle difficile, notamment avec l'intervention de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui, en janvier 1733, tente de bloquer l'expédition à Batavia en Indonésie. Le Friedericus Rex Sueciae rentre tout de même au port de Göteborg, le 27 août 1733, et sa cargaison, vendue aux enchères, semble avoir permis de dégager de substantiels bénéfices.

Les expéditions des années ultérieures se déroulent généralement à peu près comme suit :

  • départ de Göteborg avec une cargaison de fer, de cuivre et de bois comportant à la fois des matières premières (comme du minerai et des planches) et des produits finis (comme des haches et des fusils) ;
  • escale à Cadix en Espagne pour y échanger l'essentiel de la cargaison contre des pièces espagnoles en argent, ce métal étant alors très prisé par les chinois ;
  • arrivée à Canton, six mois après le départ de Göteborg ;
  • séjour d'environ six mois à Canton au cours duquel les marchands de l'expédition échangent les pièces espagnoles contre des marchandises chinoises, comme du thé, de la porcelaine, de la soie et du mobilier de luxe ;
  • départ de Canton environ un an après le départ de Göteborg ;
  • retour à Göteborg six mois plus tard, c'est-à-dire environ un an et demi après le début de l'expédition ;
  • vente de la cargaison aux enchères à Göteborg et répartition des bénéfices.

Les produits chinois que la compagnie importe en Suède sont souvent vendus à des commerçants étrangers qui les réexpédient vers d'autres pays européens. C'est notamment le cas du thé, souvent réexporté vers l'Angleterre. On estime, par ailleurs, qu'au cours de son existence, la compagnie a ramené en Europe plus de 50 millions d'objets en porcelaine.

Le rôle de la compagnie dépasse toutefois le cadre purement commercial puisqu'elle touche aussi aux domaines diplomatique (Colin Campbell est ainsi chargé d'une mission diplomatique à l'occasion de la première expédition, en 1732) et scientifique (l'un des directeurs de la compagnie, Magnus Lagerström (1691-1759), a ainsi constitué de riches collections en histoire naturelle au profit du naturaliste et botaniste Carl von Linné dont plusieurs disciples ont par ailleurs participé aux expéditions, comme Christopher Tärnström (1703-1746), Olof Torén (1718-1753), Carl Fredrik Adler (1720-1761) et Pehr Osbeck (1723-1805)). La Compagnie a aussi largement contribué à faire connaître la Chine et les produits chinois aux Suédois.

En revanche, et contrairement à ce qui s'est passé pour les compagnies des Indes d'autres puissances coloniales de l'époque (Angleterre, Danemark, France, Pays-Bas), la Compagnie suédoise des Indes orientales s'est développée indépendamment des tentatives visant à constituer un empire colonial suédois.

Il est difficile d'évaluer les bénéfices de la Compagnie suédoise des Indes orientales car les livres de comptes étaient tenus secrets et détruits à l'issue de chaque expédition. On estime néanmoins qu'investir dans un voyage de la compagnie pouvait rapporter 25 à 30 % de bénéfices, parfois plus.

Les anciens entrepôts de la compagnie existent toujours. Ils abritent l'actuel Musée municipal de Göteborg (Göteborgs Stadsmuseum en suédois).

La réplique d'un navire de la compagnie a été réalisée entre 1993 et 2003. Il s'agit du Götheborg qui reproduit les plans d'un navire qui fut construit en 1737 avant de couler en 1745, au retour d'un voyage en Chine.

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