Communauté allemande de Roumanie

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Régions jadis habitées par des minorités germanophones en Transylvanie
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Les Allemands de Roumanie[1] (Rumäniendeutsche) sont une minorité linguistique de Roumanie. Ils étaient 36 884 au recensement de 2011, mais ont été bien plus nombreux au cours de l'histoire.

Groupes[modifier | modifier le code]

Les Allemands sont arrivés sur l'actuel territoire de la Roumanie en plusieurs vagues, du XIIe siècle jusqu'au XIXe siècle. Par conséquent, ils ne forment pas une communauté homogène, mais plusieurs groupes diversifiés :

Historique[modifier | modifier le code]

Tous les Allemands de Roumanie ont été, dans l'histoire, de libres-artisans, maçons, mineurs, cultivateurs ou marchands, bénéficiant de franchises, patentes et privilèges ; il n'y a pas eu de servage parmi eux. Le groupe le plus ancien est celui des Saxons de Transylvanie, qui géographiquement a débordé sur les principautés voisines de Moldavie et Valachie. Les « Saxons » (qui comprenaient en fait aussi des Allemands venus de Thuringe, de Franconie, de la vallée du Rhin, d'Alsace) sont venus dès le XIIIe siècle en tant que bûcherons, maçons, orpailleurs et mineurs au service des rois de Hongrie et de leurs vassaux, les voïvodes transylvains, moldaves et valaques. Lors de la Réforme, les deux tiers d'entre eux ont adopté le luthéranisme (alors que leurs voisins Széklers magyarophones adoptaient, pour moitié d'entre eux, le calvinisme). Tous les autres groupes d'Allemands sont plus récents et sont restés catholiques : ils ont été colonisés ici au XVIIIe siècle et au XIXe siècle par les Habsbourg dans le cadre de l'Empire d'Autriche, à l'exception des Allemands bessarabiens et dobrogéens, arrivés entre 1820 et 1891, initialement installés par les Tzars russes au nord de la mer Noire, et des Allemands du Vieux Royaume, pour la plupart commerçants, tailleurs, coiffeurs, confiseurs ou ingénieurs venus à diverses époques en Roumanie.

Lors de l'unification de la Roumanie, tous ces groupes ont reçu la nationalité roumaine, ont pu sauvegarder leurs biens, presse et écoles, et envoyer des représentants au Parlement. Mais le pacte Hitler-Staline de 1939 se traduit en 1940 par l'annexion à l'URSS d'une partie de la Roumanie : les Allemands de ces régions (Bucovine du nord et Bessarabie) ainsi que ceux de Dobrogée, sont alors expulsés et rapatriés de force vers le Troisième Reich, pour y être recolonisés dans le Wartheland arraché à la Pologne, d'où ils seront à nouveau expulsés par l'Armée rouge en 1944-45 : la plupart n'y survivent pas.

Les Allemands de Roumanie ont eu des attitudes divergentes pendant la Seconde Guerre mondiale. Une minorité menée par Andreas Schmidt constitua une filiale locale du parti nazi, demanda et obtînt d'être considérés comme ressortissants du Reich et d'être enrôlés dans la Wehrmacht et non dans l'armée roumaine ; une autre minorité, surtout parmi les mineurs du Haut-Jiu et les bûcherons de Transylvanie et de Bucovine, de tradition socialiste, s'y refusa et rejoignit l'opposition au régime fasciste, mais la plupart se tînt dans une prudente expectative[2]. La fuite des premiers vers l'Allemagne commença à partir du 23 août 1944 lorsque la Roumanie déclara la guerre à l'Allemagne. Les décrets émis en septembre 1944 par le gouvernement allié Sanatescu considéraient les ressortissants du Reich comme des ennemis, civils ou militaires, à interner ou traiter en prisonniers de guerre, leur cas devant être éclairci ultérieurement, mais l'Armée rouge exigea que tous les Allemands de Roumanie sous uniforme allemand lui soient livrés, ce qui fut fait : la plupart (dont Andreas Schmidt) finirent leurs jours au Goulag[3]. Simultanément, les forces soviétiques commencèrent les expulsions de leurs familles, mais le gouvernement roumain protesta que ces expulsions handicapaient l'économie, sans pour autant s'y opposer[4]. De toute manière, après le coup d'état communiste du 6 mars 1945, le nouveau gouvernement roumain approuva toutes les exigences soviétiques et 213 000 Allemands de Roumanie furent expulsés sous divers prétextes, le plus fréquent étant celui de « collusion avec le fascisme »[5].

Après la guerre, au début de la période communiste, il restait dans le pays 384 708 Allemands sur les 786 000 d'avant-guerre, disposant d'écoles, journaux et théâtres dans leur langue[6], contrôlés bien sûr par le PC mais autorisés à tisser des liens culturels avec l'Allemagne de l'Est. Néanmoins, c'est vers l'Allemagne de l'Ouest que la plupart d'entre eux demandèrent à émigrer durant cette période, quitte à payer des taxes au gouvernement roumain au prorata des études effectuées. Le mouvement d'émigration connut un pic après la Libération de 1989 (chute de la dictature communiste) de sorte qu'au recensement de 2002, il restait 60 000 Allemands sur les 179 000 d'avant 1990.

Démographie[modifier | modifier le code]

Évolution de la population allemande de Roumanie[modifier | modifier le code]

  • 1930 : 745 421, soit 4,1 % de la population de la Roumanie[7], (23,7 % de la population du Banat[8], 8,9 % de la population de la Bucovine[9], 7,9 % de la population de la Transylvanie[8], 3 % de la population de la Bessarabie et 2,8 % de la population de la Dobroudja).
  • 1948 : 343 913, soit 2,2 % de la population de la Roumanie;
  • 1956 : 384 708, soit 2,2 % de la population;
  • 1977 : 359 109 ;
  • 1992 : 111 301 ;
  • 2002 : 60 008;
  • 2011 : 36 884.

Émigration[modifier | modifier le code]

Chiffres officiels des Allemands ayant émigré en Allemagne de l'Ouest pendant les dernières années du régime communiste :

  • 12 809 en 1985,
  • 11 034 en 1986,
  • 11 639 en 1987,
  • 10 738 en 1988,
  • 14 598 en 1989.

On estime qu'à la fin de 1989, il y avait quelques 250 000 - 260 000 Allemands en Roumanie.

Juste après la chute du régime communiste à la fin 1989, l'émigration a connu une forte croissance pour décroître par la suite :

  • 60 072 en 1990,
  • 15 567 en 1991,
  • 8 852 en 1992,
  • 5 945 en 1993,
  • 4 065 en 1994,
  • 2 906 en 1995,
  • 2 315 en 1996,
  • 1 273 en 1997.

En 2002, il y avait 59 764 Allemands en Roumanie, soit 0,3 % de la population du pays.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cet article est en bonne partie la traduction de l'article correspondant en roumain.
  2. Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21 août 1939) aux hostilités de Russie (22 juin 1941), Egloff, Fribourg/Suisse, 1944 et Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977
  3. Duţu A., Dobre F., Loghin L., Armata română în al doilea război mondial, 1941-1945 (L'Armée roumaine dans la seconde guerre mondiale), Dicţionar enciclopedic, éd. Enciclopedică, Bucarest 1999.
  4. Theodor Schieder (ed.) : Documents on the Expulsion of the Germans from Eastern & Central Europe, Bonn : Federal Ministry for Expellees, Refugees, & War Victims, vol.2/3 : The Expulsion of the German Population from Hungary and Rumania (1961).
  5. Florin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, éd. Univers Enciclopedic, Bucarest 2008.
  6. Constantin Daicoviciu, Alex. Graur (dir.), Republica populară Romînă, éd. Meridiane, Bucarest 1960, 870 pp., p. 94.
  7. Recensământul general al populației României din 29 Decemvrie 1930, vol. II, pag. XXIV.
  8. a et b Idem, pag. XXVII.
  9. Idem, pag. XXVI.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de)Johann Böhm: Die Gleichschaltung der deutschen Volksgruppe in Rumänien und das Dritte Reich 1941-1944, Frankfurt am Main 2003, ISBN 3-631-50647-3.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]