Clara Zetkin

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Clara Zetkin
Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxemburg, en 1910.
Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxemburg, en 1910.
Fonctions
Députée de la République de Weimar
6 juin 192020 juin 1933
Législature Ier à IXe législatures
Biographie
Nom de naissance Clara Eissner
Date de naissance
Lieu de naissance Wiederau, Saxe, Confédération germanique
Date de décès (à 75 ans)
Lieu de décès Arkhangelskoïe, près de Moscou
Nationalité Allemande
Parti politique SPD, USPD, Ligue spartakiste, KPD
Conjoint Friedrich Zundel (1899 - 1928)
Profession Enseignante
Journaliste
Femme politique marxiste

Clara Zetkin

Clara Zetkin née Clara Eissner le à Wiederau, en Saxe et morte à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le est une enseignante, journaliste et femme politique marxiste allemande, figure historique du féminisme.

Après avoir été membre jusqu'en 1917 de l'aile gauche du SPD, elle rejoint l'USPD (pacifistes) pour se retrouver dans le courant révolutionnaire que constitue la Ligue spartakiste. Ce courant donne naissance pendant la révolution allemande au Parti communiste d'Allemagne (KPD), dont Clara Zetkin est députée au Reichstag durant la République de Weimar, de 1920 à 1933.

L'historienne Nicole Gabriel attribue à Clara Zetkin un "rôle différent" de celui des autres figures féministes du socialisme de l'époque, étant la seule à avoir choisi d'emblée comme domaine d'action "l'agitation féminine" et la défense des droits des femmes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Clara Eissner nait fille d'un instituteur, Gottfried Eissner, et de la féministe Joséphine Vitale. Sa famille s'installe à Leipzig en , à la retraite de Gottfried, et Clara rentre à l'institut Von Streyber pour l'éducation des femmes, ce qui lui donne accès à l'une des plus hautes éducations qu'une jeune femme pouvait obtenir à l'époque, l'accès aux universités étant encore impossible aux femmes à l'époque. Elle eut notamment comme enseignante l'éducatrice et féministe Auguste Schmidt. Elle fréquente les mouvements féministes, participant aux discussions de l'Allgemeinen Deutschen Frauenverein (Association générale des femmes allemandes). Une camarade de classe, une jeune russe nommée Varvara, l'introduit auprès de la communauté narodnik de Leipzig, où elle rencontrera son compagnon Ossip Zetkin (de), révolutionnaire russe en exil. Elle découvre les idées du socialisme révolutionnaire et, par son frère Arthur, les publications de la social-démocratie allemande.[1]

Son père décède en , mais grâce à l'influence de sa mère dans les milieux féministes, en , l'institut la dispense de payer les droits d'inscription en dernière année qu'elle ne peut plus s'offrir. Elle obtient ainsi son diplôme de professeur en langues étrangères. Elle s'éloigne de sa famille et du féminisme "bourgeois" et adhère la même année au SAP, ancêtre du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), interdit la même année par les premières lois antisocialistes du chancelier impérial Otto von Bismarck.[2]

Période d'exil[modifier | modifier le code]

Malgré les lois antisocialistes, Clara Zetkin (qui a pris le nom de son compagnon sans mariage), participe clandestinement à la diffusion du journal du SPD, Der Sozialdemokrat. Ossip Zetkin est arrêté et expulsé d'Allemagne à l'été , elle-même est bientôt expulsée de Saxe, elle se réfugie à Zurich puis rejoint Ossip Zetkin à Paris en , où ils s'installent dans le 13ème.

Alors qu'Ossip devient le secrétaire du premier mouvement d'ouvriers immigrés à Paris, majoritairement composé de russes et de roumains, elle devient correspondante pour le journal du SPD, Der Sozialdemokrat. Ils rencontrent Louise Michel, Jules Guesde, Laura Marx et son mari Paul Lafargue. Elle contracte la tuberculose et retournera quatre mois à Leipzig en pour s'y soigner.[2] Clara Zetkin a deux enfants avec son compagnon, Maxime et Konstantin, mais celui-ci décède en .

Fondation de la Deuxième Internationale[modifier | modifier le code]

En , l'année du décès d'Ossip Zetkin, se tient Paris le congrès fondateur de la Deuxième internationale, dont elle participe à la préparation. Alors qu'il est attendu d'elle un rapport sur la situation des travailleuses en Allemagne, elle déclare devant ses camarades qu'elle ne l'effectuera point, la situation des travailleuses étant "identique à celle des travailleurs", mais qu'elle parlera plutôt du principe même du travail des femmes, et de la place qu'elles doivent prendre dans la lutte des classes.[3]

En effet, les socialistes sont encore divisés sur la question du travail des femmes : sa massification est accusée de faire baisser les salaires, et certains socialistes ont encore une vision conservatrice de la place "naturelle" de la femme au foyer, comme le défendaient les partisans de Proudhon lors de la Première Internationale. Son discours à Paris plaide pour une émancipation de la femme en deux temps, le premier étant l'accès au travail.

« Libérée de sa dépendance économique vis-à-vis de l'homme, la femme [qui travaille] est passée sous la domination économique du capitaliste. D'esclave de son mari, elle est devenue l'esclave de son employeur. Elle n'avait fait que changer de maître. Elle a toutefois gagné au change : sur le plan économique, elle n'est plus un être inférieur subordonné à son mari, elle est son égale. »

Elle contrecarre les arguments contre le travail des femmes, dont elle attribue les conséquences néfastes au système capitaliste. Enfin, elle fustige le "féminisme bourgeois" (comme de tradition chez les marxistes de l'époque) dont elle conteste les priorités.

« Nous n'attendons notre pleine émancipation ni de l'accession des femmes à ce qu'il est convenu d'appeler les professions libérales, ni d'une éducation identique à celle des hommes — bien qu'une telle revendication soit tout ce qu'il y a de naturel et de juste — ni de l'obtention des droits politiques.

Les pays dans lesquels existe le suffrage dit universel, libre et direct, nous montrent qu'en réalité il ne vaut pas grand-chose. Le droit de vote sans liberté économique n'est ni plus ni moins qu'un chèque sans provision. Si l'émancipation sociale dépendait des droits politiques, la question sociale n'existerait pas dans les pays où est institué le suffrage universel.

L'émancipation de la femme comme celle de tout le genre humain ne deviendra réalité que le jour où le travail s'émancipera du capital. C'est seulement dans la société socialiste que les femmes comme les travailleurs accéderont à la pleine possession de leurs droits.  »

Elle plaide enfin pour l'union des travailleurs et travailleuses au sein du mouvement socialiste.

« En marchant main dans la main avec le parti ouvrier socialiste, elles sont prêtes à partager toutes les peines et tous les sacrifices du combat, mais elles sont aussi fermement décidées à exiger après la victoire tous les droits qui leur reviennent. S'agissant des sacrifices et des devoirs aussi bien que des droits, elles ne veulent être rien d'autre que des camarades de combat, acceptées comme des égales dans les rangs des combattants. »

Il s'agit de l'un de ses premiers discours publics, mais celui-ci aura un fort impact : ralliant à ses arguments les représentants présents, elle fait inscrire dans la nouvelle ligne politique de l'Internationale la revendication de l'égalité économique, juridique et politique des femmes, le droit d'accéder librement au travail, et la recommandation pour les socialistes de tous les pays à inviter les femmes dans la lutte des classes.[3]

Retour en Allemagne et ascension politique[modifier | modifier le code]

L'organisation clandestine[modifier | modifier le code]

Copenhague, 1910, VIIIe Congrès de l'Internationale Socialiste, au centre Clara Zetkin avec Alexandra Kollontaï.

La même année (), de violentes grèves dans toute l'Allemagne obtinrent, en 1890, l'abolition des lois antisocialistes. En , Zetkin rentre en Allemagne et crée le journal Die Gleichheit (l'Égalité), dont elle devient rédactrice-en-chef et qu'elle publiera jusqu'en . Le journal devient un outil d'éducation populaire des femmes ouvrières et d'information sur leurs conditions de travail. Agitatrice infatigable, elle fait rallier de nombreuses femmes à la social-démocratie.

L'adhésion à un parti politique étant interdite aux femmes par la loi prussienne, elle crée une structure parallèle au SPD, qui existe à moitié dans la clandestinité, à moitié en contournant la législation. Cette structure se dote d'une ligne politique claire, d'une responsable centrale (Ottilie Baader) salariée par le SPD, et sera rejointe par Rosa Luxemburg, Hélène Stöcker, Luise Zeitz, Anita Augspurg, Minna Cauer, Lily Braun, et bien d'autres. A chaque congrès du SPD, les femmes socialistes envoient des déléguées élues en assemblées non-mixtes. A partir de , elles se dotent d'une instance suprême, la "Conférence des femmes", qui se réunit avant chaque congrès du parti et dont les comptes-rendus sont joints aux procès-verbaux de celui-ci.

Malgré les succès, Clara Zetkin est critiquée en interne pour son autoritarisme, son zèle à régenter et sa rigidité doctrinaire, qui l'oppose à l'aile réformiste du parti qui plaide vers plus de modération (et à laquelle appartient sa rivale Lily Braun). Elle s'oppose également, revendiquant l'égalité de traitement entre hommes et femmes, à la revendication de mesures légales spécifiques pour les travailleuses, exceptées les femmes enceintes. De plus, son journal, "Die Gleichheit" est également critiqué, non pas pour sa qualité mais pour le niveau de langue trop soutenu et le niveau de conceptualisation théorique, mettant la plupart des ouvrières, pour Lily Braun, "hors d'état de le comprendre".

Nicole Gabriel situe la fin de "l'ère Zetkin" (sic) vers 1906, alors que s'assouplissent peu à peu les lois interdisant la politique aux femmes, permettant aux femmes d'adhérer officiellement au SPD. Il est alors question de rattacher la section féminine, jusque-là autonome, au parti, voire même de la supprimer pour intégrer les femmes comme des travailleurs "comme les autres". D'après les minutes des vifs débats entre hommes et femmes, il semble que les femmes aient tenu à l'indépendance de leur structure.

Mais des questions de rapport de force entre réformistes et marxistes orthodoxes entrent en jeu : le mouvement des femmes de Clara Zetkin se situe de manière très majoritaire dans la ligne orthodoxe, et le maintien de de cette section autonome, au-delà des droits des femmes, donne une tribune forte à l'aile gauche du parti.

C'est dans ce climat qu'en Clara Zetkin organise la Première conférence internationale des femmes socialistes à Stuttgart, sa ville de résidence.

L'Internationale socialiste des femmes[modifier | modifier le code]

Si, pour Nicole Gabriel "on ne peut douter de la sincère volonté internationaliste de Clara Zetkin", la tenue du premier congrès de l'Internationale socialiste des femmes lui permet également de "renforcer sa place dans le parti, en tant que femme et représentante de l'aile gauche à qui elle offre une tribune". Les mouvements des femmes des différents pays invités étant très disparates dans leur taille, leur degré d'organisation et leur ligne politique, les ambitions de ce premier congrès était très modestes bien que politiquement fermes : établir un premier contact et définir sur une ligne très marquée à gauche une stratégie générale (Die Gleichheit parle "d'un tâtonnement, d'une première tentative pour créer des contacts réguliers").

En août 1910, lors de la deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, elle propose la création de la « Journée internationale des femmes », une journée de manifestation annuelle afin de militer pour le droit de vote, l'égalité entre les sexes, et le socialisme. Cette initiative est à l'origine de la journée internationale des droits des femmes, manifestation qui se déroule tous les ans le 8 mars.

Elle participe à l'aile gauche du SPD, et devient très proche de Rosa Luxemburg. Opposante à la Première Guerre mondiale, elle participe avec Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht à la création en 1915 de la ligue spartakiste et mène de nombreuses actions pacifistes, organisant notamment une conférence internationale pacifiste des femmes socialistes en 1915 à Berlin, ce qui lui vaut d’être arrêtée à plusieurs reprises, et emprisonnée.

La députée[modifier | modifier le code]

Buste de Clara Zetkin.

La révolution allemande de novembre 1918 permet au mouvement féministe d'obtenir le droit pour les femmes de voter et d'être élues. Clara Zetkin adhère au Parti communiste d'Allemagne (KPD), créé en décembre 1918 autour de la Ligue spartakiste. Elle est ensuite députée du KPD de 1920 à 1933.

Elle participe au congrès de Tours, le 18e congrès de la SFIO, qui voit sa scission avec une branche dite communiste qui adhère à la IIIe Internationale et donne naissance au SFIC (Section française de l'Internationale communiste, futur PCF). Son arrivée n'était pas prévue, au même titre que celle d'autres délégués étrangers ; sa présence est toutefois en partie décisive sur l'issue du congrès[4]. Ce ne sont pas tant ses discours qui eurent de l'effet mais son action en sous-main, alors qu'elle organise des réunions secrètes. Elle est envoyée par l'Internationale avec Alexandre E. Abramovitch et Stoïan Minev et doit favoriser son implantation dans le parti (le premier est cependant arrêté peu après et elle conserve l'essentiel de l'influence de la délégation). Les réunions sont organisées le 27 décembre au soir et lendemain matin et on s'entretient sur le statut de la dissolution ou non de la IIIe Internationale, les noms des dirigeants du parti qui va naître et son exclusion du trop modéré Jean Longuet[5]. Son action porte ses fruits.

Proche d'Alexandra Kollontaï au sein de l'Internationale, Clara Zetkin se retrouve néanmoins au cours des années 1920 très isolée politiquement, en particulier après l’exclusion de Paul Levi. Elle reste néanmoins présente dans les instances du KPD, membre du bureau central jusqu'en 1924 puis membre du comité central de 1927 à 1929. Elle est également membre de la direction du Comintern de 1921 à 1933. En août 1932, présidant le Reichstag en tant que doyenne, elle appelle à combattre le nazisme.

Nouvel exil et décès[modifier | modifier le code]

Contrainte de fuir l'Allemagne après l'arrivée des nazis au pouvoir et l'interdiction du KPD, Clara Zetkin meurt quelques semaines plus tard en exil à Moscou à 75 ans. Son opposition à Staline a suscité des doutes quant au caractère naturel de son décès. La tombe de Clara Zetkin se trouve le long des murs du Kremlin, sur la place Rouge.

Elle est récipiendaire de l'ordre de Lénine (1932) et de l'ordre du Drapeau rouge (1927).

Postérité[modifier | modifier le code]

Les principaux combats de Clara Zetkin ont été la lutte pour la suppression du capitalisme et l'instauration du socialisme, pour le droit de vote des femmes, le droit au divorce et à l'union libre, l'égalité entre les sexes.

Elle est évoquée par Louis Aragon dans les derniers chapitres de son roman Les Cloches de Bâle.

La RDA a rendu hommage à Clara Zetkin en faisant figurer son portrait sur les billets de 10 marks et en créant une médaille à son nom.

Clara Zetkin sur le billet de 10 marks de la RDA.

Berlin[modifier | modifier le code]

À Berlin, actuellement, seules une petite rue et une place excentrées (quartier de Marzahn-Hellersdorf) portent le nom de Clara Zetkin. Deux députées des Grünen (Verts), Lisa Paus et Anja Kofbinger, ont demandé que la Dorotheenstraße, qui mène au Reichstag, soit renommée Clara-Zetkin-Straße, nom que la partie orientale de cette rue avait d'ailleurs porté de 1951 à 1995[6].

Leipzig[modifier | modifier le code]

À Leipzig se trouve un espace vert de 125 ha au cœur de la ville qui, se prolongeant avec la forêt ripisylve lipsienne (Leipziger Auenwald), fait de Leipzig l'une des villes d'importance les plus sylvestres du monde. De 1955 à 2011, tout le parc se nommait Clara-Zetkin-Park. Depuis 2011 et suite à une vague de protestations, seule une fraction du parc, 39 ha, continue à porter ce nom, tandis que les autres parties du parc ont repris leur nom d'origine : Johannapark et Palmengarten[7]

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

[Gabriel 1989] Nicole Gabriel, « L'internationale des femmes socialistes », Matériaux pour l'histoire de notre temps, vol. 16, no 16,‎ , p. 34-41 (lire en ligne)

[Partington 2010] (en) John S. Partington, « Clara Zetkin's Reception in British Socialism and the British Women's Movement, 1889-1909 », dans Stefan Welz et Fabian Dellemann, Anglosachsen: Leipzig und die englischsprachige Kultur, Francfort, Peter Lang,‎ (ISBN 9783631601891, lire en ligne), p. 117-137

Autorité[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Partington 2010, p. 1
  2. a et b Partington 2010, p. 2
  3. a et b Gabriel 1989, p. 35
  4. Magazine L'Histoire, no 359, décembre 2010, page 48.
  5. Magazine L'Histoire, no 359, décembre 2010, page 49.
  6. Voir dans le Tageszeitung du 7 mars 2011.
  7. [PDF] [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]