Jean Longuet
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| Jean Longuet | |
Jean Longuet en 1918 |
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| Fonctions | |
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| Parlementaire français Député 1914-1919 puis 1932-1936 |
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| 1914 – | |
| Gouvernement | IIIe République |
| Groupe politique | SFIO |
| Biographie | |
| Date de naissance | 10 mai 1876 |
| Date de décès | 11 septembre 1938 |
| Résidence | Seine |
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Jean Longuet est un homme politique français, né le 10 mai 1876 à Londres et mort le 11 septembre 1938 à Aix-les-Bains, membre important de la SFIO.
Sommaire |
Biographie [modifier]
Enfance et famille [modifier]
Jean Longuet est le fils d'un dirigeant communard et militant socialiste, Charles Longuet, alors en exil en Angleterre, et de Jenny Marx, fille aînée du théoricien socialiste Karl Marx). Son frère, Edgar, né en 1879, fut lui aussi un militant et élu socialiste, puis communiste.
Son enfance pendant laquelle il fut appelé "Johnny", fut marquée par un certain ballottement lié en partie aux engagements de son père, qui put rentrer en France en 1880, et fut suivi par sa femme et ses quatre enfants en 1881. Après le décès de sa jeune sœur Jenny, d'un cancer, en 1883, Jean fut envoyé à Caen, dans la famille de son père, pour suivre ses études. Il fit alors de nombreux aller-retours entre Caen, Paris et l'Angleterre, où il reçut l'affectation de sa tante Eleanor, dite "Tussy", Marx, qui joua un rôle déterminant dans sa formation politique.
Jean Longuet fut élevé au plus près des dirigeants socialistes internationaux de l'époque. Outre son oncle par alliance, Paul Lafargue, il fréquenta Bernstein et Kautsky. Toute sa vie, Longuet se sentit la responsabilité d'assumer un héritage familial qui lui fut reproché tant par la droite (Maurras le qualifia de "quart-de-boche") que par une partie de la gauche, notamment Gustave Zévaès, qui le qualifia de "germanophile défaitiste" en 1919.E
En 1900, il épousa Anita Desvaux, militante socialiste. Ils eurent deux fils, Robert-Jean, né en 1901, qui fut un militant socialiste et anti-colonialiste, et Charles, dit Karl-Jean, sculpteur de renom. C'est du fait de la santé de ce dernier, fragilisé par un grave accident ferroviaire dans lequel mourut la mère d'Anita, que la famille s'installa en 1911 à Châtenay-Malabry, alors commune rurale peu éloigné de la capitale.
Jeunesse et premiers engagements [modifier]
Etudiant à Caen, il fonda en 1894 un groupe "collectiviste" au Lycée de cette ville. Bachelier l'année suivante, il s'inscrit à l'Université à Paris et poursuivit son engagement dans les groupes d'étudiants socialistes. Il adhéra assez rapidement (avant 1897, vraisemblablement) au Parti ouvrier français mené par Jules Guesde et auquel appartenait son oncle Lafargue.
L'affaire Dreyfus fut cependant l'occasion d'une première rupture : Jean Longuet trouva bien timide le soutien de Guesde à Dreyfus et se retrouva plus dans l'engagement sans limite de Jean Jaurès. Il n'alla cependant pas jusqu'à rejoindre le Parti Socialiste Français, animé par ce dernier, mais quitta le POF et milita au sein d'un groupe d'étudiants socialistes "autonomes" à partir de la fin de l'année 1898.
Proche de Jaurès à partir du congrès de la salle Wagram (1900) qui vit l'échec de la première tentative d'unification socialiste en France, il s'opposa cependant à celui-ci lorsqu'il soutint le gouvernement Millerrand (1901). Resté membre du Parti Socialiste Français de Jaurès, il œuvra cependant à l'unification des groupes socialistes tout en représentant une certaine "aile gauche" d'un parti considéré par beaucoup de socialistes, y compris hors de France, comme à peine socialiste, au point que la question de son maintien au sein de l'Internationale fut posée en 1904. Son investissement au congrès d'Amsterdam de l'Internationale socialiste, tenu cette année-là, permit d'éviter une rupture définitive entre Jaurès et Guesde, qui se serait traduite par une mise au ban de l'Internationale du PSF.
Responsable national de la SFIO de la Belle Epoque [modifier]
Lors du congrès dit "du Globe" (1905), ce fut Longuet qui donna son nom au parti socialiste unifié qui fut créé par fusion des partis de Guesde et de Jaurès, la Section française de l'Internationale ouvrière. Il fut élu à la Commission administrative permanente du parti, et conserva ce mandat jusqu'à sa mort.
Soutien quasi indéfectible de Jaurès, il se consacra cependant essentiellement à la création et l'animation de revues, ce qui était son principal engagement depuis de nombreuses années, notamment au travers du Mouvement socialiste, dont il fut l'administrateur de sa création, en 1899, jusqu'en 1903, la Revue Socialiste, à laquelle il collabora, ou Die Neue Zeit, animée par Kautsky et Il Socialismo, d'Enrico Ferri.
C'est d'ailleurs la profession de journaliste, qu'il compléta à partir de 1908 par celle d'avocat inscrit au barreau de Paris, qu'il exerça à partir de 1899, d'abord au sein de la Petite République, journal co-fondé par Jaurès, puis de l'Humanité, où il s'occupait des questions internationales.
A la SFIO, il milita d'abord au sein de la fédération de l'Aisne et fut délégué aux divers congrès du parti au titre de cette fédération. Plusieurs fois candidat aux élections législatives, d'abord à Guise (1906 et 1910), puis à Chauny lors de la partielle de 1912, il ne parvint pas à être élu tout en obtenant des résultats appréciables, dépassant le quart des exprimés.
En 1914, il quitta l'Aisne pour se présenter dans la circonscription de son domicile, dans le département de la Seine, et fut élu Député.
De l'Internationalisme à l'Union Sacrée [modifier]
Par sa culture personnelle et sa formation (il parlait couramment l'anglais, l'allemand et l'italien), Longuet avait été un militant internationaliste convaincu. Il anima ainsi la revue Pro Armenia en 1900, puis collabora au journal L'Européen de 1901 à 1906, et au Courrier européen jusqu'en 1914. Il traduisit aussi en français nombre de brochures et articles de socialistes allemand ou britanniques. En 1913, il publia dans le cadre de l'Encyclopédie socialiste de Compère-Morel le volume consacré au Mouvement socialiste international. En 1918 encore La politique internationale du marxisme, Karl Marx et la France.
Délégué au congrès socialiste international de Londres en 1896, membre du Bureau socialiste international depuis 1905, il assista à l'assassinat de Jaurès le 31 juillet 1914, au lendemain d'une réunion du BSI à laquelle il avait assisté, à Bruxelles, en compagnie du chef de file de la SFIO.
D'un naturel sensible (il avait même fini un de ses discours en pleurs, lors du congrès de Lyon, en 1901), Longuet veilla le corps de Jaurès toute la nuit, et se rallia à la défense nationale dès l'enterrement du leader socialiste.
Pendant la Première Guerre mondiale, il mène la tendance dite minoritaire de la SFIO, qui adopte une position pacifiste mais continue de voter les crédits de guerre. Disposant d'abord du soutien des socialistes de Haute-Vienne, ce courant gagna en audience jusqu'à pouvoir créer un journal quotidien, Le Populaire, en 1917, animé par Paul Faure, Henri Barbusse et Jean Longuet.
En 1918, cette tendance s'imposa dans la SFIO : Frossard fut élu secrétaire général du parti, tandis que Marcel Cachin prenait la direction de L'Humanité.
Ce fut lui qui, dans un discours courtois dans le ton, mais très construit et ferme dans le fond, exprima l'opposition des socialistes à la ratification du Traité de Versailles devant la Chambre des Députés, le 18 septembre 1919. L'importance de ce discours se situe moins dans l'affirmation que le traité ne règle pas les questions sociales, dans l'affirmation que les conditions de la Paix préparent une nouvelle guerre, ou dans le soutien à la Russie des soviets, que dans l'affirmation publique d'un engagement aux côtés des peuples colonisés à une époque où l'anti-colonialisme n'était pas un thème majeur de la gauche.
En novembre 1919, il fit partie des très nombreux députés socialistes à être emportés par la vague "Bleu horizon" et ne retrouva donc pas son siège de député.
Après le Congrès de Tours : maire de Châtenay Malabry et militant internationaliste [modifier]
Au congrès de Tours, qui voit la scission de la SFIO et la création du parti communiste, Longuet joue un rôle central. Partisan d'une adhésion à la IIIème Internationale menée par le parti communiste russe, il n'accepte cependant pas les conditions fixées par Lénine et entend notamment maintenir l'unité des socialistes français. Il se trouve "au centre" du congrès, entre les partisans d'une transformation de la SFIO en parti communiste, qui seront majoritaires, et les "reconstructeurs" de l'aile droite, menés notamment par Léon Blum. Mais, au troisième jour du congrès, le "télégramme Zinoviev", message du dirigeant russe de l'internationale communiste qui incite les majoritaires à condamner tous les modérés, Longuet, qualifié d'"agent déterminé de l’influence bourgeoise sur le prolétariat” compris, provoque son indignation et ne lui laisse que le choix de rester dans la "vieille maison" socialiste.
Malgré son aura, Longuet ne se vit confier aucune responsabilité dans la nouvelle direction de la SFIO, si ce n'est la direction de la "commission d'immigration" et un rôle dans les instances internationales qui se mirent en place. Il participa ainsi à la conférence de Hambourg qui, en 1923, créa la nouvelle internationale socialiste, appelée Internationale Ouvrière Socialiste, dont il fut membre du comité exécutif.
Au sein de la Nouvelle revue socialiste il publia, pendant toute la durée de sa parution de 1925 à 1930, de nombreux articles sur les questions internationales.
Son activité internationaliste fut en effet intense, notamment au sein de commission coloniale de l'internationale, constituée en 1926, puis aux côtés de son fils aîné, Robert, qui s'engagea avec les nationalistes marocains pour l'indépendance de cette colonie. Mais, en 1936, l'insurrection anti-franquiste des nationalistes du Maroc espagnol se heurte au refus de Blum de les soutenir, ce qui apparaît comme un désaveu des efforts de Longuet.
Blum lui confia cependant la fonction de représentant de la France à la conférence de Genève de 1936 qui permit de donner un statut aux réfugiés politiques allemands. Longuet s'était de longue date engagé dans le soutien à tous les exilés politiques, notamment Otto Wels, président du SPD allemand.
Pendant toute cette période, Longuet ne négligea pas la bataille électorale. Battu aux législatives de 1924 sur le liste du Cartel des Gauches, il fut élu l'année suivante Maire de Châtenay-Malabry, mandat qu'il conserva jusqu'à sa mort. Il consacra beaucoup d'énergie à ce mandat, aux multiples réalisations : distribution du gaz, de l’eau courante, réfection de la voirie, enlèvement des ordures ménagères, éclairage, cantines, patronage Voltaire, colonies de vacances, nouvelle mairie en 1933, puis, après la création de la cité jardin de la Butte Rouge (décidée sans son avis), une meilleure desserte pour les transports publics, la construction d’une piscine intercommunale et celle d’un stade.
En 1927, candidat aux élections sénatoriale, il fut étonnamment battu, apparemment victime d'une conjonction d'intérêt de l'aile droite de la SFIO et des communistes. L'année suivante, candidat aux législatives, il fit les frais de la stratégie "classe contre classe" du parti communiste, la droite emportant la circonscription majoritairement à gauche du fait du maintien du second tour du candidat communiste.
En 1929, il fut élu conseiller général, réélu en 1935, et intervint au sein de l'assemblée départementale notamment pour la conservation du Parc de Sceaux et la création d'un musée d'Ile-de-France (1934).
En 1932, malgré la poussée à droite au niveau national, le maintien du candidat communiste au second tour ne l'empêcha pas de retrouver le Palais Bourbon. Rien de marquant, cependant, ne caractérisa ce second mandat. Il est vrai que Longuet était quelque peu marginalisé dans la SFIO. Membre du courant "Bataille socialiste", mené par Jean Zyromski, il n'en défendait pas moins une position très modérée au sein de cette aile gauche de la SFIO, refusant tout clivage majeur avec Blum, sans pour autant obtenir de la part de ce dernier le quelconque soutien, notamment sur la question de l'aide aux Républicains espagnols, lors du Front Populaire. En 1936, ce manque de lisibilité de sa position le plaça en situation délicate, et il faillit perdre son mandat de membre de la CAP du parti.
Longuet ne fut d'ailleurs pas député du Front Populaire : en 1936, il perdit son siège en faveur du candidat communiste et maire de Bagneux Albert Petit, notamment du fait de la présence de deux candidats socialistes non SFIO (un USR et un "néo") face à lui au premier tour.
Jean Longuet mourut brutalement, le 11 septembre 1938, dans un accident de la route, laissant un héritage complexe dont seul Édouard Depreux, futur créateur du Parti socialiste autonome, devenu Parti socialiste unifié, se réclama ouvertement.
Bibliographie [modifier]
- Gilles Candar, Jean Longuet, un internationaliste à l'épreuve de l'histoire, Presses universitaires de Rennes, 2007.