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Abou Bakr al-Baghdadi

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Abou Bakr al-Baghdadi
Abou Bakr al-Baghdadi en 2005, photographié par les Américains lors de sa détention à camp Bucca.
Abou Bakr al-Baghdadi en 2005, photographié par les Américains lors de sa détention à camp Bucca.
Fonctions
Calife autoproclamé de l'État islamique
En fonction depuis le 29 juin 2014
(4 mois et 29 jours)
Prédécesseur Lui-même (émir)
Émir de l'État islamique en Irak et au Levant[1]
16 mai 201029 juin 2014
(4 ans, 1 mois et 13 jours)
Prédécesseur Abou Omar al-Baghdadi
Successeur Lui-même (calife)
Biographie
Nom de naissance Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri
Date de naissance 1971 (42-43 ans)
Lieu de naissance Samarra (Salah ad-Din, Irak)
Conjoint Saja al-Duleimi[2]
Religion Islam
Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri
Calife Ibrahim
Surnom Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi
Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Samarrai
Abou Du'a
Naissance 1971 (42-43 ans)
Samarra
Origine Drapeau de l'Irak Irak
Allégeance Flag of al-Qaeda in Iraq.svg Al-Qaïda en Irak
(2003-2006)
Flag of the Islamic State.svg État islamique d'Irak
(2006-2013)
Flag of the Islamic State.svg État islamique en Irak et au Levant
(2013-2014)
Flag of the Islamic State.svg État islamique
(depuis 2014)
Conflits Guerre d'Irak
Guerre civile syrienne
Commandement « Calife » de l'État islamique (depuis 2014)

Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, dit Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, Dr. Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Samarrai, Abou Du'a[3] ou plus récemment calife Ibrahim, né probablement à Samarra en Irak en 1971, est un djihadiste irakien, chef de l'organisation État islamique[4]. Il est le successeur présumé de Hamid Daoud Muhammad Khalil al-Zawi, alias Abou Omar al-Baghdadi, à la tête de l'État islamique d'Irak.

À partir d'octobre 2011, il figure parmi les trois terroristes les plus recherchés par le gouvernement des États-Unis qui offre une prime de 10 millions de dollars pour sa capture.

Le 29 juin 2014, premier jour du mois de Ramadan, il se proclame calife de l'État islamique en Irak et au Levant (nouvellement renommé « État islamique »)[5], sous le nom d'Ibrahim, affirmant ainsi devenir le commandeur des musulmans du monde. Il n'est cependant pas reconnu légitime comme tel par les principales autorités musulmanes.

Biographie

Sa jeunesse est méconnue et sa biographie précise difficilement vérifiable. Il se présente comme un descendant du prophète Mahomet et utilise Al-Qurashi dans son nom, faisant référence au clan des Quraych dont est issu le Prophète. Cette parenté non vérifiée lui permettrait ainsi de prétendre au titre de calife[6],[7]. Des rapports suggèrent qu'il aurait fait des études islamiques à l'Université des Sciences islamiques d'Adhamiyah, en banlieue de Bagdad. Il y aurait obtenu un doctorat[8]. Il prêchait dans la mosquée Imam Ahmad ibn Hanbal de Samarra lors de l'invasion de l'Irak par les États-Unis, en 2003[9].

Michael Knights, spécialiste de l'Irak à l'Institut de Washington, estime qu'al-Baghdadi aurait rejoint très tôt les rangs des salafistes irakiens, bien avant l'invasion américaine de l'Irak en 2003, au point que le régime de Saddam Hussein aurait été informé de ses agissements[10].

Rejoignant Al-Qaïda en Irak, alors dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, il est nommé « émir de Rawah » et préside la tenue de tribunaux islamiques pour intimider les populations locales[11]. Le 26 octobre 2005, il est la cible d'une attaque aérienne américaine visant un repaire présumé de djihadistes près de la frontière syrienne. Alors identifié sous le nom d'Abou Du'a, il est déjà décrit comme un haut responsable de la branche irakienne de la nébuleuse terroriste. Il était notamment chargé du transfert de combattants syriens et saoudiens en Irak.

Arrêté en 2005 par les forces américaines, il est envoyé dans le camp de détention de Bucca, d'où il est finalement relâché en 2009 ; les raisons de cette libération demeurent inconnues, certains considèrent qu'il aurait fait partie des milliers d'insurgés présumés ayant fait l'objet d'amnisties[10].

Ascension au sein de l'État islamique d'Irak

Après sa libération, il se range sous la bannière de l'État islamique d'Irak, les combattants d'Al-Qaïda en Irak ayant été officiellement intégrés au sein du groupe. Ayman al-Zawahiri confirme la disparition d'Al-Qaïda en Irak en 2007[12].

Le 16 mai 2010, un communiqué du conseil consultatif de l'État islamique d'Irak annonce la nomination d'Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi en remplacement d'Abou Omar al-Baghdadi, son ex-émir, tué le 18 avril 2010 lors d'une opération conjointe des forces de sécurité américaines et irakiennes[13]. L'organisation annonce également la désignation d'Abou Abdullah al-Husseini al-Qurashi[14] comme son nouveau premier ministre. Deux jours plus tôt, Abou Hamza Al-Mouhajer, ancien chef d'Al-Qaïda en Irak et ex-ministre de la guerre au sein de l'État islamique d'Irak, également décédé le 18 avril 2010, est remplacé par Nasser al Din Allah Abou Souleimane, selon un communiqué du groupe traduit par le centre de surveillance américain des sites djihadistes (SITE)[15].

À l'automne 2010, l'État islamique d'Irak multiplie les attaques contre les chrétiens et les chiites. Le 31 octobre 2010, veille de la Toussaint, une prise d'otage à l'intérieur de la cathédrale de Bagdad s'achève dans le sang, provoquant la mort de 46 fidèles, dont deux prêtres, et de sept policiers. Le 3 novembre 2010, L'État islamique d'Irak revendique la responsabilité du massacre[16].

En décembre 2010, les forces de sécurité irakiennes procèdent à l'arrestation de Hazem Abdul Razzaq al-Zawi, cousin de l'ex-émir Abou Omar al-Baghdadi et « ministre de l'Intérieur » au sein de l'État islamique d'Irak, lors d'une opération anti-terroriste menée à Ramadi. Au cours de l'interrogatoire, le suspect avoue son implication au sein du groupuscule et révèle l'identité du nouvel émir.

Le 3 décembre 2010, la chaîne de télévision satellite irakienne Al-Sumaria diffuse des clichés photographiques censés montrer Abou Bakr al-Baghdadi et Abou Souleimane, lequel a été identifié comme un certain Niaman Mansour al-Zaidi[17].

Dès la fin de l'année 2010, l’État islamique d'Irak sous la direction d'Abou Bakr al-Baghdadi intensifie les attaques contre des cibles gouvernementales et policières. Le 9 mai 2011, Abou Bakr al-Baghdadi annonce dans un communiqué son allégeance à Ayman al-Zawahiri, le successeur d'Oussama Ben Laden, tué le 2 mai 2011 à Abbottabad au Pakistan. L'« émir » de l'État islamique d'Irak réaffirme la loyauté du groupe envers la direction centrale d'Al-Qaïda tout en jurant de venger son ancien chef[18]. Le groupe a revendiqué à cette occasion un attentat-suicide commis le 5 mai 2011 contre un poste de police à Hilla, au sud de Bagdad, ayant causé la mort de 24 policiers, dont cinq capitaines et deux lieutenants[19].

À l'été 2011, les attaques imputées à Al-Qaida en Irak se multiplient à travers le pays. Le 28 août 2011, un attentat-suicide frappe la mosquée Umm al-Quda, à Bagdad, tuant Khalid al-Fahdawi, un important législateur. Le même mois, Abou Bakr al-Baghdadi déclare s'apprêter à déclencher une vague de cent attentats pour venger la mort d'Oussama Ben Laden[20].

Traque et rumeurs d'arrestation

Le 4 octobre 2011, Abou Bakr al-Baghdadi est inscrit sur la liste des terroristes les plus recherchés par le gouvernement américain (Rewards for Justice) qui offre une prime de 10 millions de dollars pour sa capture, faisant de lui l'un des trois chefs djihadistes les plus recherchés au monde avec Ayman al-Zawahiri, chef d'Al-Qaida, et le mollah Omar[21].

Le 22 juillet 2012, Abou Bakr al-Baghdadi annonce dans un communiqué audio que la branche irakienne d'Al-Qaida s'apprête à reprendre ses anciens bastions dans le pays d'où ses militants ont été précédemment délogés par les forces armées américaines et leurs alliés sunnites[22]. Il appelle à libérer les militants djihadistes emprisonnés et menace de mort les juges, procureurs et ceux qui les protègent. Le 27 septembre 2012, 75 détenus s'évadent d'une prison à Tikrit à la faveur d'un assaut ayant entraîné la mort de 13 policiers[23].

Le 2 décembre 2012, le bruit court que l'« émir » de l'État islamique d'Irak aurait été arrêté au nord de Bagdad. Un communiqué diffusé par la chaîne de télévision al-Iraqiya annonce sa capture. Cependant, des doutes sont émis sur l'identité du suspect, des sources ayant informé les autorités américaines que l'homme arrêté est en réalité un des plus importants responsables de la nébuleuse terroriste dont l'identité n'a pas été révélée[24]. Le 7 décembre 2012, l'État islamique d'Irak dément l'arrestation de son émir[25].

Scission avec la direction centrale Al-Qaïda

Le conflit syrien, engagé en 2011 par l'Armée syrienne libre contre les troupes gouvernementales de Bachar el-Assad, apporte un nouveau souffle à l'EIIL, que les revers infligés par les forces américaines avant leur retrait d'Irak avaient affaibli.

En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi annonce avoir rebaptisé l'État islamique d'Irak sous le nom d'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). L'initiative est fortement désapprouvée par Ayman al-Zawahiri, d'autant qu'elle prône une fusion entre l'EIIL et le Front al-Nosra, groupe radical, majoritairement composé de combattants syriens, actif en Syrie. L'annonce du projet de fédération entre les deux groupes provoque des tensions parmi les djihadistes engagés dans la lutte contre le pouvoir du président Bachar el-Assad. De plus, le chef d'Al-Nosra, Abou Mohammed Al-Joulani, ne répond pas favorablement à l'appel de Baghdadi et prête serment d'allégeance à Ayman al-Zawihiri[26]. Il avoue toutefois avoir combattu sous les ordres de l'émir de l'EIIL en Irak et d'avoir bénéficié de son aide en Syrie pour la fondation de son propre groupe. En juin, Ayman al-Zawahiri exprime son refus catégorique de valider la création de l'EIIL, d'autant qu'il condamne le fait de ne pas avoir été consulté au préalable[26]. Devant ce refus, Baghdadi prend ses distances avec la direction centrale de la nébuleuse terroriste, rejette les instructions de Zawahiri dans un message audio et revendique la paternité des combattants syriens d'Al-Nosra. Il confie la branche syrienne de l'EIIL à l'un de ses lieutenants et porte-paroles, Abou Mohammed Al-Adnani[27].

Conscient que sa décision de reconnaître al-Nosra comme le seul représentant légitime d'Al-Qaïda en Syrie peut engendrer des conflits entre les combattants des deux groupes, Ayman al-Zawahiri décide d'envoyer un émissaire, le Syrien Abou Khaled al-Souri, pour tenir un rôle de médiateur entre l'EIIL et le Front al-Nosra. Celui-ci est tué à Alep le 23 février 2014, dans un attentat-suicide attribué à l'EIIL[28].

Désireux d'étendre les actions de l'EIIL de l'autre côté de la frontière irakienne, Baghdadi projette la création d'un État islamique englobant la Syrie et le Liban. L'EIIL engage des combats meurtriers qui aboutissent à la prise de Falloujah et de certains quartiers de Ramadi en janvier 2014, alors que son émir annonce son intention d'« anéantir ses rivaux de la rébellion », en parlant de l'Armée syrienne libre[27], qui accuse l'EIIL de faire le jeu du président Bachar el-Assad[29]. De son côté, Ayman al-Zawahiri affirme que l'EIIL n'a aucun lien avec la direction centrale d'Al-Qaïda, désavouant les actions du groupe et de son « émir »[30].

Malgré les tentatives de l'EIIL de gagner la confiance et le soutien des populations locales au nord de la Syrie, le groupe se livre parallèlement à des exactions, des rapts, des enlèvements et n'hésite pas à assassiner des chefs rebelles non-djihadistes, actions qui entachent sa réputation. De plus, le groupe ne parvient pas à modérer l'intolérance religieuse et la brutalité des mercenaires étrangers présents dans ses rangs[27].

De son côté, Ayman al-Zawahiri ordonne à al-Baghdadi en mai 2014 de cesser toute agression envers les djihadistes du Front al-Nosra, l'appelant à concentrer les opérations de l'EIIL en Irak, pays dont son groupe est originaire. Il affirme par ailleurs que la proclamation de l'État islamique en Irak et au Levant « a été un désastre politique pour les Syriens »[31].

Après avoir vécu pendant des années dans la clandestinité, Abou Bakr al-Baghdadi apparaît publiquement pour la première fois à Mossoul, au début du mois de juillet 2014. Il appelle tous les musulmans à lui « obéir »[32],[33].

Références

  1. Émir de l'État islamique d'Irak jusqu'au 7 avril 2013.
  2. (en) « Revealed: The ‘correct’ wife of ISIS leader », english.alarabiya.net, 20 juillet 2014.
  3. (en) Bill Roggio, « Al Qaeda in Iraq's security minister captured in Anbar Al-Qaeda in Iraq's security minister captured in Anbar », The Long War Journal, 1er décembre 2010.
  4. (en) Bill Roggio, « US adds al Qaeda in Iraq's émir to list of designated terrorists », The Long War Journal, 4 octobre 2011.
  5. « Qui est Al-Baghdadi nouveau “calife” djihadiste », lemonde.fr, 30 juin 2014.
  6. « Abou Bakr al-Baghdadi, le calife du jihad », RFI, 8 août 2014.
  7. (en) « Al-Qaeda leader's claims to exalted lineage signal desperation: experts », Al-shorfa.com, 16 décembre 2013.
  8. « Does video show ISIS leader ? Iraq works to find out », CNN.com, 6 juillet 2014.
  9. Aaron Y. Zelin, « Abu Bakr al-Baghdadi: Islamic State's driving force », bbc.co.uk, 31 juillet 2014.
  10. a et b « Leader islamiste. Irak : qui est al-Baghdadi, “l’ennemi numéro deux” des États-Unis ? », jolpress.com, 14 janvier 2014.
  11. (en) Bill Roggio, « Western Anbar Roundup », The Long War Journal, 28 octobre 2005.
  12. « SYRIE. La guerre des djihadistes a-t-elle éclaté ? », Nouvelobs, 7 janvier 2014.
  13. « Al-Qaeda nomme un nouveau chef en Irak », Cyberpresse.ca, 16 mai 2010.
  14. (en) « Al Qaeda's Iraq network replaces slain leaders », Reuters, 16 mai 2010.
  15. « Al-Qaïda nomme un nouveau “ministre de la Guerre” en Irak », RFI, 14 mai 2010.
  16. « Bagdad : des chrétiens à nouveau victimes d'attentats », Le Parisien, 10 novembre 2010.
  17. « Exclusive photos of Al Qaeda leader in Iraq », Al-Sumaria Iraqi satellite TV Network, 3 décembre 2010.
  18. « Des irakiens veulent venger Ben Laden », Le Figaro, 9 mai 2011.
  19. « Irak : al-Qaida revendique un attentat », Le Figaro, 9 mai 2011.
  20. (en) « Terrorist Designation of Ibrahim Awwad Ibrahim Ali al-Badri », state.gov, 4 octobre 2011.
  21. (en) US adds al Qaeda in Iraq's emir to list of designated terrorists
  22. (en)Al-Qaeda In Iraq: Terrorist Strongholds Returning, Says Leader Abu Bakr al-Baghdadi Huffingtonpost, 22 juillet 2012
  23. Irak: la police à la recherche de membres d'Al-Qaïda évadés de prison Nouvelobs, 28 septembre 2012
  24. (en)High-ranking al Qaeda in Iraq figure arrested, officials say CNN, 3 décembre 2012
  25. (en)« Islamic State of Iraq denies its emir captured », The Long War Journal, 7 décembre 2012.
  26. a et b Problèmes d'organisation d'Al-Qaida en Syrie et en Irak Le Monde, 10 juin 2013
  27. a, b et c Les ambitions régionales de l'État islamique en Irak et au Levant Le Monde, 8 janvier 2014
  28. « Le chef d'al-Qaïda perd son représentant en Syrie, tué à Alep », RFI, 24 février 2013.
  29. Syrie: Al-Qaïda désavoue les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant L'Express, 3 février 2014
  30. L'État islamique en Irak et au Levant «n'est pas une branche d'Al-Qaida», affirme le réseau terroriste 20 Minutes, 3 février 2014
  31. « Le chef d'Al-Qaeda tape sur les doigts de ses troupes en Syrie », Libération, 2 mai 2014.
  32. AFP : Depuis l’Irak, le «calife» jihadiste appelle les musulmans à lui obéir
  33. Le Parisien : VIDEO. Irak : première apparition filmée du chef de l'État islamique