Antiquité classique
| Début | |
|---|---|
| Fin |
| Précédente | |
|---|---|
| Suivante |

L’Antiquité classique (ou Antiquité gréco-romaine) est une période de l'Antiquité correspondant au développement des civilisations de la Grèce antique et de la Rome antique. Cette notion est surtout employée dans les découpes historiques relatives à l'historiographie anglo-saxonne (historiens anglais et américains principalement).
Cette phase débute quand la Grèce connaît un rapide développement aux VIIIe – VIe siècles av. J.-C., au contact direct du monde proche-oriental et à l'ombre de l'empire perse, évolutions qui débouchent sur la constitution d'une nouvelle civilisation grecque bien différente de celle de l'âge du bronze, organisée autour de cités, qui atteint sa forme « classique » au Ve siècle av. J.-C. Après avoir résisté aux tentatives d'intégration à l'empire perse, les cités grecques sont soumises par le royaume de Macédoine, dont le souverain, Alexandre le Grand, parvient à conquérir l'empire perse entre 333 et 330. Cela ouvre la période hellénistique, durant laquelle des dynasties gréco-macédoniennes se partagent les dépouilles de l'empire vaincu, et qui s'accompagne d'une diffusion considérable de la culture grecque, qui devient la référence du monde antique pour les phases suivantes. Les cultures des rives de la Méditerranée connaissent un essor dans la première moitié du Ier millénaire av. J.-C., à la suite de la constitution des diasporas phénicienne et grecque, stimulant l'émergence d'aires culturelles et d'entités politiques dynamiques. En Italie, la cité de Rome, organisée suivant un système royal, puis républicain, soumet ses voisins directs (dont les Étrusques) puis Carthage, s'assurant la domination de cet espace tout en partant à la conquête du monde hellénistique, qui tombe rapidement face aux redoutables armées romaines. Mais en retour le monde grec conquiert culturellement la civilisation romaine. Rome devient une monarchie à la fin du Ier siècle av. J.-C., avec la constitution d'un régime « impérial » par Auguste. En Iran et en Mésopotamie s'est alors constitué un empire rival, celui des Parthes. Le Proche-Orient hellénistique et romain voit le développement de mouvements religieux autour du judaïsme, conduisant à l'apparition du christianisme, qui est amené à jouer un rôle crucial durant les périodes tardives de l'Antiquité.
Son emploi est une référence pour l'Europe occidentale des XVIIIe et XIXe siècles, qui, fortement influencée par le classicisme et le néoclassicisme, se réinvente une continuation culturelle de ce passé par lassitude envers les idées véhiculées par l'Occident chrétien. La représentation des ruines grecques et romaines dans le mouvement romantique, à la suite des voyages de redécouverte en Italie, en Espagne et en Grèce, en est une manifestation artistique.
La notion d'Antiquité « classique »
[modifier | modifier le code]L'Antiquité classique correspond à la période de l'Antiquité durant laquelle se développent les civilisations grecque et romaine, souvent désignée de façon réductrice dans les publications des pays occidentaux comme l'« Antiquité » ou le « monde antique » tout court[1].
La notion de « classique » vient du latin classicus, qui renvoie dans la Rome antique aux classes sociales (classis, les catégories taxables de citoyens), puis, dans le contexte plus précis de la critique littéraire, à des auteurs de haut niveau, donc de classe supérieure, dans les Nuits Attiques d'Aulu-Gelle (IIe siècle). Le terme en vient à désigner des modèles, une tradition à étudier et dont il faut s'inspirer. Il est repris en français au XVIe siècle pour désigner des auteurs de qualité jugée supérieure, devant servir d'exemples. Puis il prend un autre sens plus spécifique, pour désigner des moments historiques : « De manière très générale, on parle de civilisations ou d'études classiques à propos de la Grèce et de la Rome antiques en tant que sources et modèles de l'Occident. D'une manière plus précise, on qualifie de classique depuis le XIXe siècle la période historique qui voit l'apogée des cités grecques aux Ve et IVe siècles (490-338) ; l'art de cette époque est classique dans la mesure où il a servi ultérieurement de modèle[2]. »
Ce sont des périodes qui ont été couramment vues comme étant de niveau supérieur, servant de références qui s'approchent de la perfection, et de modèles à suivre, en particulier dans les domaines littéraire et artistique (à la Renaissance, avec le classicisme, etc.), les autres étant renvoyées par comparaison avec cet idéal au statut de phases préparatoires, imitatrices, voire « dégénérées » (archaïque, hellénistique, baroque). Cette idéalisation et cette subjectivité marquée ne sont plus vraiment de mise dans les études historiques de ces périodes, qui y ont notamment opposé des aspects moins reluisants de ces civilisations aux yeux des modernes (exclusion des femmes de la vie publique, esclavage, traitement des étrangers et des catégories sociales basses), et de la remise en question des idées sur la supériorité de cet âge par rapport aux civilisations « orientales » ou à l'Antiquité tardive/Moyen Âge. L'emploi du terme « classique » est cependant souvent préservé dans les études historiques (surtout pour désigner plus précisément la Grèce classique), par convention, même si certains préfèrent s'en défaire pour des dénominations plus neutres[3],[4].
La civilisation romaine s'inscrivant par bien des aspects dans la continuité de la civilisation grecque, dont elle reprend de nombreux aspects (surtout ceux de la culture hellénistique), il est courant de parler à ce propos de culture voire de civilisation « gréco-romaine » (ou « gréco-latine »), appliquée en particulier à l'époque impériale, même si cela semble surtout pertinent pour les lettres et les arts dans lesquels les Romains ont abondamment repris aux Grecs, moins pour d'autres aspects tels que les faits religieux, juridiques et militaires. L'approche dominante est donc de voir deux civilisations distinctes se succédant avec chacune leur propre périodisation[5], plus rarement une seule civilisation[6]. Une autre manière d'envisager cette période est de prendre pour champ géographique et culturel le monde méditerranéen, ce qui permet notamment d'intégrer dans les études les contributions des Phéniciens/Carthaginois et des Étrusques et d'une manière générale les civilisations « non-classiques », et plus généralement de mettre en valeur les différentes interactions qui ont lieu sur cet espace dont l'importance s'affirme tout au long de la période[7].
Sources
[modifier | modifier le code]Les sources particulièrement mobilisées par les spécialistes de l'histoire ancienne sont :
- des sources littéraires, notamment les travaux d'historiens antiques tels qu'Hérodote, Thucydide, Polybe, Tite-Live, etc., mais plus largement l'ensemble de la production littéraire gréco-romaine (poésie, philosophie, géographie, sciences, théologie, correspondance privée, etc.) qui a été transmise jusqu'à l'époque moderne[8] ;
- des sources épigraphiques, des textes retrouvés sur des sites antiques[9],[10] : les inscriptions sur pierre retrouvées sur les sites antiques, qui constituent une source importante pour l'Antiquité gréco-romaine, mais qui sont également présentes dans les autres civilisations antiques ; les ostraca, écrits sur tessons de poteries ou éclats de calcaire, constituent une autre source écrite importante ;
- des sources papyrologiques (textes écrits sur papyrus)[11],[12] : il s'agit d'une source importante pour la civilisation égyptienne antique, les conditions climatiques de ce pays permettant une bonne conservation de cette matière, et très variée ; le papyrus est également le matériau privilégié d'écriture dans le monde gréco-romain avant d'être supplanté par le manuscrit (après 500 ap. J.-C.) ;
- des monnaies (la numismatique)[13] : les pièces de monnaie sont un objet d'étude pour l'histoire politique, l'iconographie, l'économie ;
- des sources archéologiques[14],[15] : les vestiges matériels (bâtiments, objets, restes organiques) identifiés sur les sites antiques sont une source majeure pour l'histoire ancienne, et les nouvelles découvertes permettent d'enrichir les connaissances (cela comprend aussi les monnaies et sources épigraphiques et papyri mentionnés précédemment qui sont des artefacts exhumés sur des sites) ;
- des sources iconographiques, des images, ce qui rejoint le champ de l'histoire de l'art ; l'analyse des images peut être mobilisée pour mieux comprendre de nombreux domaines des civilisations anciennes (religion, politique, etc.)[16],[17].
Chronologie
[modifier | modifier le code]Grèce antique
[modifier | modifier le code]- Âges obscurs (v. 1200-776 av. J.-C.) : effondrement de la civilisation mycénienne et de son organisation sociale et politique, période essentiellement connue par l'archéologie funéraire, présentant une diversité de pratiques, poterie de style « géométrique », construction de bâtiments (dont des sanctuaires), diffusion de la métallurgie du fer.
- Époque archaïque (776-480 av. J.-C.) : période de formation des cités grecques, expansion coloniale dans la Méditerranée et la mer Noire, adoption de l'alphabet, art orientalisant, poèmes de Homère et Hésiode, philosophes présocratiques.
- Époque classique (480-323 av. J.-C.) : après avoir repoussé les assauts des Perses (lors des guerres médiques), Athènes et Sparte deviennent les deux plus puissantes cités du monde grec. Leur rivalité les amène à se confronter avec leurs alliés respectifs dans la guerre du Péloponnèse (431-404). Cette confrontation se poursuit et se complexifie au siècle suivant, avec l'ascension de Thèbes, troisième cité aux prétentions hégémoniques. À partir de la seconde moitié du IVe siècle avant J.-.C, le royaume de Macédoine finit par les éclipser toutes les trois. La période s'achève par la conquête de l'empire perse par Alexandre le Grand, roi de Macédoine (335-323 av. J.-C.). L'époque classique est une période de floraison culturelle, centrée sur Athènes : art et architecture « classiques », développement de la philosophie, la rhétorique, les sciences, etc.
- Époque hellénistique (323-31 av. J.-C.) : les héritiers d'Alexandre se partagent les pays conquis (Égypte pour les Lagides, Proche-Orient pour les Séleucides, Macédoine pour les Antigonides), coexistant avec de nombreuses dynasties grecques ou hellénisées. Processus d'hellénisation, avec la diffusion de la culture grecque dans les régions conquises. Poursuite des traditions artistiques et intellectuelles grecques.
- Grèce romaine (à partir de 146 à 31 av. J.-C., jusqu'en 330 ap. J.-C.) : Rome intervient en Grèce dès la fin du IIIe siècle av. J.-C., puis annexe la Grèce et les royaumes hellénistiques par étapes entre 146 av. J.-C., jusqu'en 31 av. J.-C. La Grèce fait ensuite partie de l'empire romain, dont la partie orientale est de culture dominante grecque, posant les bases de l'Empire romain d'Orient, dont l'acte de naissance peut être situé lors de la fondation de Constantinople en 330.
Rome antique
[modifier | modifier le code]- Royauté romaine : fondation légendaire de la ville en 753 av. J.-C. selon la tradition romaine, et fin en 509 av. J.-C. avec le renversement de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome. Au-delà des mythes, période de constitution de la cité de Rome, domination culturelle voire politique étrusque.
- République romaine (509-27 av. J.-C.) : organisation politique autour de magistrats élus et d'un corps collégial, le Sénat, constitution d'une force militaire de plus en plus puissante qui soumet progressivement la péninsule italique, puis la Méditerranée occidentale après les défaites de Carthage (guerres puniques, entre 264 et 146). Rome établi dans la foulée son hégémonie sur le monde hellénistique, par une succession d'annexions, étendant sa domination jusqu'au Proche-Orient et en Égypte. Essor de la culture romaine de langue latine, sous une forte influence grecque. Les conquêtes ont des conséquences politiques et économiques qui conduisent à l'émergence de puissants personnages, généraux victorieux, qui prennent progressivement le dessus sur les institutions républicaines, jusqu'à César puis Auguste qui met fin à ce régime.
- Empire romain, fondé en 27 av. J.-C. (Principat d'Auguste), dure jusqu'en 476 ap. J.-C. en Occident, et en Orient, par le biais de l'empire byzantin, jusqu'en 1453.
- La période du « Haut-Empire » (jusqu'au IIIe siècle, au plus tard en 284) voit la grande phase d'expansion romaine s'achever et se stabiliser avec la constitution des frontières (limes), le régime impérial est une monarchie absolue, à la succession souvent houleuse, sauf durant l'âge de la pax romana qui couvre le IIe siècle. Diffusion des cités et de la citoyenneté romaines et de la culture gréco-romaine (romanisation), entre un monde latinisé à l'ouest, et hellénisé à l'est.
- La période du « Bas-Empire » (v. 192/284, jusqu'en 476 en Occident, et 330 ou plus tard en Orient), marquée par le renforcement des défenses de l'empire après une période de troubles (instabilité dynastique, migrations germaniques, attaques des Perses), et sa division progressive entre Occident et Orient, marquant le début de l'Antiquité tardive. L'Occident romain tombe progressivement sous la coupe de dynasties germaniques (« barbares »), tandis qu'en Orient l'empire subsiste autour de Constantinople, « Nouvelle Rome », un empire grec. Cette période est marquée par la christianisation de l'empire et de ses populations.
Histoire
[modifier | modifier le code]La Grèce archaïque et classique
[modifier | modifier le code]
Les « âges obscurs »
[modifier | modifier le code]
L'effondrement de la civilisation mycénienne s'est accompagné de la disparition de son système palatial, de son écriture et, plus progressivement, de ses traits matériels. Les « âges obscurs » (v. 1200-800 av. J.-C.) sont comme leur nom l'indique très pauvrement documentés et mal connus, mais il ne faut pas le voir uniquement sous l'angle du déclin. Certes les derniers siècles du IIe millénaire av. J.-C. voient un déclin marqué de la complexité (quasi-disparition des échanges, de la métallurgie du bronze, etc.) et une fragmentation culturelle du monde égéen, mais le début du Ier millénaire av. J.-C. voit la tendance s'inverser. La documentation archéologique provient surtout de cimetières, la céramique caractéristique est dite protogéométrique puis géométrique. Le changement technique majeur est le début de la métallurgie du fer (v. 1000 av. J.-C.), les échanges à longue distance reprennent, la Crète rejouant les premiers rôles, l'architecture monumentale fait progressivement son retour (Lefkandí), les traditions prenant de plus en plus de distance avec les traditions de l'âge du bronze[18]. Puis, à la fin de la période et au début de l'époque archaïque, les signes de reprise sont plus clairs chez les différents groupes de populations grecques sont établies sur le pourtour de la mer Égée (elles ont connu une forte expansion en Asie mineure, notamment en Ionie), qui constituent progressivement la civilisation grecque antique. Cela passe par un processus de (re)constitution d'entités étatiques, à compter du VIIIe siècle, siècle riche en changements en Grèce (on parle souvent à son propos de « renaissance », voire de « révolution »), et qui prennent pour beaucoup la forme d'une cité-État (en grec polis, terme qui désigne plus largement une « ville »), amenée à devenir une caractéristique du monde grec, puis du monde méditerranéen, jusqu'à l'Antiquité tardive[19].
L'époque grecque archaïque
[modifier | modifier le code]Selon le découpage chronologique courant, l'époque archaïque a pour début symbolique les premiers Jeux olympiques en 776 av. J.-C., et pour fin la victoire grecque à l'issue de la seconde Guerre médique en 480/479 av. J.-C. Débute ensuite l'époque classique, qui va jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., qui marque le début de l'époque hellénistique.
L'époque archaïque est certes l'époque de fixation par écrit des épopées attribuées à Homère et d'un développement de l'écriture, elle reste surtout connue par des sources écrites postérieures, qui fournissent des informations sélectives sur les événements politiques. Les découvertes archéologiques sont donc un apport inestimable pour préciser l'image de cette époque qui est par bien des aspects fondatrice. Le monde grec d'alors (donc avec les cités grecques d'Asie mineure) est divisé en plusieurs régions ayant leurs spécificités culturelles, visibles dans la culture matérielle mais aussi la forme d'alphabet employée, en dépit du fait que l'élite partage les goûts « orientalisants » qui se retrouvent dans d'autres régions de la Méditerranée. L'époque archaïque est une période d'expansion du peuplement, en Grèce et au-delà, avec le phénomène de colonisation qui aboutit à la création de cités grecques en Italie du Sud et en Sicile (la « Grande Grèce »), en France (Massalia) et sur la mer Noire, qui se rattachent chacune à une métropole située en Grèce. Cette époque est en effet celle de la naissance de la cité-État, polis, supplantant le modèle monarchique pour des gouvernements par des magistrats, organisés suivant des lois écrites (les plus connues étant celles de Sparte et d'Athènes), et ouvre la voie à l'affirmation d'identités « politiques » (par cité) qui tendent à devenir la référence fondamentale, certes jamais la seule (existent aussi des ethnè, entités politiques aux contours plus flous, coexistant parfois avec des cités, notamment au centre et nord de la Grèce avec la Thessalie, l’Épire, la Macédoine ; et les structures de parenté réelle ou fictive comme les tribus et phratries qui se mettent aussi en place). Cela s'accompagne du développement d'une vie politique très dynamique dans ce cadre où la discussion pour la prise de décision et les rivalités politiques sont constantes, aboutissant à l'élaboration de différents types de régimes politiques, définis notamment par le degré d'ouverture du corps dirigeant la vie politique de la cité, les citoyens (politai). Les systèmes sont souvent oligarchiques, avec une minorité de personnes exerçant le pouvoir. Cette période est marquée par la domination sociale d'une aristocratie marquée par un fort esprit de compétition et des rivalités parfois destructrices, aussi une culture spécifique qui se retrouve dans la poésie lyrique et la pratique du banquet (symposion). Les systèmes politiques plus ouverts ont un corps de citoyens plus large, correspondant au « peuple » (demos) de la cité ayant des prérogatives politiques, la démocratie qui finit par apparaître à Athènes à la fin du VIe siècle Les nombreuses tensions qui traversent les cités (stasis) conduisent à des changements politiques, qui conduisent dans plusieurs car à la tyrannie, une forme de gouvernement qui s'affranchit des lois écrites pour octroyer le pouvoir à un seul homme (et qui à cette période peut avoir un sens négatif comme positif). Dans le domaine religieux, le développement des cités s'accompagnent de la construction de sanctuaires reflétant l'identité et le pouvoir de celles-ci, avec de grands temples. Chaque cité en vient à disposer de son propre panthéon où trône sa divinité « poliade », issue du panthéon grec commun (qui repose largement sur des bases mycéniennes), qui lui permet d'affirmer sa spécificité. La vie religieuse publique est émaillée de fêtes célébrant l'unité de la cité. Apparaissent aussi des sanctuaires panhelléniques dont les cultes impliquent tout le monde grec, l'exemple le plus éloquent étant la grande fête du sanctuaire du grand dieu Zeus d'Olympie, accompagnée de concours athlétiques, les « Jeux olympiques », qui attire hommes et offrandes. Dans l'économie, cette période voit la diffusion de l'utilisation des pièces de monnaie à partir de l'Asie mineure[20],[21].
La période archaïque est également fondatrice sur le plan intellectuel, profitant de la diffusion de l'écriture, des épopées, de l'émergence de la vie civique, en plus des influences orientales qui sont absorbées et intégrées dans la nouvelle culture grecque, qui reste de ce fait bien distincte de ses sources d'inspiration. Les cités de Ionie (Milet notamment) et de Grande Grèce sont alors les centres intellectuels les plus dynamiques. Du début de cette époque datent les œuvres primordiales attribuées à Homère (l’Iliade et l’Odyssée) et Hésiode (la Théogonie, Les Travaux et les Jours), puis à leur suite se développent les réflexions des « présocratiques » (Thalès, Pythagore, Démocrite, Héraclite, etc.) au crédit desquels sont mis le développement de la philosophie et plus largement de la science grecque, là encore à partir d'apports égyptiens et proche-orientaux remodelés dans un nouveau cadre conceptuel, qui doit manifestement beaucoup au développement de la vie civique, une société moins hiérarchisée que celles des monarchies du Moyen-Orient, avec un goût très prononcé pour le débat d'idées. Plusieurs éléments laissent à penser que les médecins, artistes et ingénieurs grecs les plus brillants égalent, voire dépassent rapidement leurs maîtres orientaux, puisque certains d'entre eux sont employés par les rois de Perse[22].
-
Ruines du temple d'Apollon de Corinthe.
-
Statue de Zeus représenté avec des éclairs dans les mains. Glyptothèque de Munich.
-
Le Moschophore (« porteur d'agneau »), statue datée de v. 570-550 av. J.-C. Musée de l'Acropole d'Athènes.
-
Frise du trésor de Siphnos représentant une gigantomachie, Delphes, v. 525 av. J.-C. Musée archéologique de Delphes.
L'époque grecque classique
[modifier | modifier le code]
-
Le monde grec égéen pendant la guerre du Péloponnèse, de 431 à 404 av. J.-C.
L'expansion occidentale de l'empire perse a abouti à la soumission des cités grecques d'Ionie. Quand les Perses cherchent à dominer la Grèce continentale, quelques cités choisissent de résister, sous la direction d'Athènes et de Sparte. Les guerres médiques, relatées par Hérodote qui en faisait (comme beaucoup de Grecs) une lutte de la liberté contre le despotisme, se soldent par la défaite des Perses (batailles de Marathon, Salamine, Platées), qui consolide la position dominante des deux cités dans le jeu politique grec. Ce conflit marque le début de l'époque classique. Sparte dispose d'une armée terrestre très bien organisée et de l'alliance de plusieurs cités du Péloponnèse. Athènes a de son côté une puissante marine de guerre, consolidée par les richesses qu'elle tire des mines du Laurion. Elle forme la Ligue de Délos pour tenter de libérer les cités grecques orientales, qu'elle transforme progressivement en empire maritime à sa solde (impérialisme athénien). La rivalité entre les deux cités aboutit à la guerre du Péloponnèse (431-404), période de conflits très destructeurs qui s'achève par la défaite d'Athènes. L'hégémonie spartiate tourne court face au rétablissement rapide d'Athènes et à l'émergence de Thèbes, qui dirige la ligue béotienne. Aucune des trois puissances ne parvient à prendre le dessus sur les autres, alors qu'au Nord le royaume de Macédoine monte en puissance. Son roi Philippe II (359-336 av. J.-C.) parvient à placer les cités grecques sous sa coupe, après la bataille de Chéronée (338 av. J.-C.) et la constitution de la ligue de Corinthe. Le devenir politique et militaire du monde grec est dès lors l'affaire des royaumes, les cités ayant perdu la prééminence dans ce domaine, même si elles restent le cadre de vie fondamental de la majorité des Grecs jusqu'à la fin de l'Antiquité. Lorsque Alexandre monte sur le trône de Macédoine en 336, il doit encore réprimer une révolte de cités puis sa domination est suffisamment consolidée pour qu'il puisse envisager de partir à la conquête de l'empire perse[23],[24].
La période classique est abondamment documentée, avant tout par la production écrite athénienne (qui est le fait d'Athéniens comme de gens originaires d'autres cités mais installés à Athènes), alors que sa rivale Sparte la « laconique » n'a quasiment rien laissé derrière elle, notamment dans le domaine architectural, ce qui fait que sa puissance serait indécelable sans sources écrites extérieures. La richesse minière et commerciale d'Athènes, sa puissance politique, son cosmopolitisme, sa vie politique intérieure dynamique et plus largement l'habitude de discourir ont stimulé une période de grande création intellectuelle, devenue une référence incontournable par la suite. La production intellectuelle de l'époque comprend des pièces de théâtre (Eschyle, Sophocle, Aristophane), des réflexions des philosophes (Socrate, Platon, Aristote), des écrits d'historiens (Hérodote, Thucydide, Xénophon), l'essor de la rhétorique (Sophistes, Isocrate). Les réalisations artistiques et architecturales sont toutes aussi marquantes, en premier lieu le chantier de l'Acropole avec le Parthénon. La ville est aussi caractérisée par son poids économique : ses riches mines, son très actif port du Pirée, ses pièces de monnaie, les « chouettes », qui sont très diffusées dans le monde antique et deviennent un étalon de référence, peut-être jusqu'au développement d'une économie « proto-capitaliste » avec échanges monétisés et mécanismes de marché (c'est débattu). Finalement, il apparaît que sa place prépondérante dans les sources de l'époque n'est pas fortuite[25]. Sa vie politique et sociale repose en partie sur le développement d'un système politique original, la démocratie athénienne, donnant une place large part aux citoyens (uniquement des hommes) dans la prise de décision politique, et en partie sur l'exploitation d'une masse d'esclaves d'origine extérieure, qui sont notamment employés dans les mines, deux facettes opposées de la liberté, qui servent de socle à l'impérialisme athénien et au prestige culturel du « siècle de Périclès », du nom de sa figure politique principale. Cela assure à la ville une importance majeure pour les siècles suivants en dépit de son déclin politique. Du reste dans ce domaine, l'époque hellénistique doit plus aux approches hiérarchiques développées à l'époque classique dans le royaume de Macédoine ou chez les tyrans des cités siciliennes, et aux ligues « fédérales » qui se développent dans plusieurs régions de Grèce pour assurer leur défense face aux agressions extérieures[26]. En dehors d'Athènes, il y a aussi une vie intellectuelle, comme l'illustre par exemple le développement durant cette période du corpus attribué à Hippocrate de Cos (mais probablement pas dû à un seul auteur), de première importance dans l'histoire de la médecine[27].
-
Le temple de Zeus d'Olympie, Ve siècle
-
Tétradrachme athénien, avec la tête de la déesse Athéna au droit et la chouette la symbolisant au revers. Après 449 av. J.-C.
Au sortir de cette période, la Grèce est devenue un foyer culturel de premier plan, ce que les conquêtes militaires de la période hellénistique vont consolider et propager. L'hellénisme s'érige en modèle dont bien des aspects sont amenés à influencer les civilisations voisines et postérieures[28].
L'essor de la Méditerranée occidentale
[modifier | modifier le code]
La mise en relation des régions de la Méditerranée occidentale avec celles de la partie orientale (surtout la Phénicie et la Grèce) aboutit à une phase de développement de la première.
Le déclencheur est manifestement l'implantation de comptoirs et colonies venues de l'est. Ce phénomène concerne d'abord les Phéniciens, qui installent à partir du VIIIe siècle des cités en plusieurs régions : Afrique du Nord (Carthage), Malte, Sicile (Motyé, Solonte), Sardaigne (Tharros, Nora), Italie (Pyrgi), Andalousie (Cadix), puis sur le littoral atlantique (Mogador au Maroc). La plus célèbre de ces fondations est Carthage, colonie de Tyr, fondée selon la légende en 814/3 av. J.-C. Cette cité devient rapidement un centre urbain et portuaire de grande importance, dirigé par un conseil oligarchique, avec des marchands et navigateurs très entreprenants, qui fondent à leur tour des colonies. Elle prend en quelque sorte la direction commerciale puis militaire des implantations phéniciennes d'Occident. D'abord tournée vers la mer, elle s'intéresse à son arrière-pays à partir du Ve siècle[29] À son contact, les populations locales, les Numides, connaissent un début d'organisation politique qui aboutit à la création d'un royaume indépendant au IIIe siècle sous la direction de Massinissa[30]. Il en va de même pour les groupes vivant plus loin, les Maures, unis par le roi Baga[31].
La colonisation grecque concerne avant tout la Sicile et la partie Sud de la péninsule italienne, la « Grande Grèce »[32]. Cumes est fondée vers 740 av. J.-C. puis se constituent d'autres villes qui prospèrent rapidement : Syracuse, Tarente, Naples, Héraclée etc. La colonisation grecque se porte également plus à l'est, où la principale fondation grecque est Massalia (v. 600 av. J.-C.), qui devient la porte d'entrée de l'influence grecque vers la Gaule et le nord de la péninsule Ibérique[33].


Le contact avec les Phéniciens et les Grecs a pour effet le développement culturel de l'Italie. Ces régions sont déjà occupées par un ensemble de peuples aux origines obscures, de langue indo-européenne ou autres[34]. Les Étrusques sont les mieux connus[35]. Ils émergent autour de l'actuelle Toscane, en Étrurie, où s'étendait la culture de Villanova (sans doute pluri-ethnique). Les élites étrusques, principalement documentés par les objets mis au jour dans leurs riches sépultures peintes, adoptent la mode « orientalisante » en s'ouvrant aux nouvelles influences. Elles empruntent l'alphabet grec pour créer un alphabet étrusque qui peut être déchiffré, mais n'est pas compris car la langue étrusque n'a aucune parenté connue qui pourrait aider à sa traduction. Émergent progressivement un ensemble de cités-États étrusques, sur les modèles grec et phénicien, prospères et dynamiques (Tarquinia, Capoue, Bologne, Vulci, etc.), qui étendent leur autorité et leur influence culturelle sur les régions alentour aux VIIe et VIe siècles av. J.-C. À leur contact en Italie centrale se trouvent plusieurs peuples non étrusques (Samnites, Sabins, Volsques, Ligures, etc.). Dans le Latium, les cités connaissent aussi un développement, au contact des Grecs et des Étrusques. Rome est fondée vers cette période, 753 av. J.-C. selon la légende, mais la formation de la cité vient sans doute bien plus tard, quoique le site soit peuplé depuis plus longtemps. La ville est d'abord dirigée par des rois, passerait un temps sous la domination d'une dynastie étrusque, avant de s'en débarrasser et de fonder la République romaine (509 av. J.-C. selon la date conventionnelle), qui commence ensuite son expansion vers les territoires voisins[36]. Au nord de la péninsule se trouvent d'autres peuples, et des Gaulois s'y installent vers la fin du Ve siècle, donnant naissance à la Gaule cisalpine. L'influence celtique au nord est visible dans les tombes de la culture de Golasecca. Ces Gaulois chassent progressivement les Étrusques de la plaine du Pô, et lancent des raids plus au sud, dont le fameux sac de Rome de 386 av. J.-C.[37]
La coexistence de ces différents peuples aux tendances expansionnistes engendrent des frictions et des conflits maritimes. Ainsi Carthaginois et Étrusques coalisés battent les Massaliotes et leur métropole Phocée à Alalia (Corse) en 535 av. J.-C., consolidant la position hégémonique de Carthage dans la Méditerranée orientale. Les deux siècles suivants sont marqués par des affrontements entre Carthaginois et Grecs, notamment Syracuse[38].

La péninsule Ibérique est le lieu de fondations phéniciennes, avant tout Cadix (aussi sur Ibiza), et grecques (Emporion)[39]. Cela stimule le développement des cultures locales, où les élites et les artisans s'ouvrent à leur tour aux tendances orientalisantes. C'est le cas du pays de Tartessos, dans l'est de l'Andalousie au contact direct de Cadix, et qui dispose de riches ressources minières, qui connaît l'essor le plus important entre 750 et 550 av. J.-C. Il adopte la métallurgie du fer, ainsi que l'écriture (écriture tartessienne)[40]. Ailleurs, les textes antiques attestent la présence de peuples Ibères, et dans la partie nord l'expansion du monde celtique, donnant naissance aux « Celtibères »[39]. Là aussi la tendance à la complexification culturelle s'observe. Ainsi plusieurs régions orientales de la péninsule adoptent également l'écriture, pour transcrire des langues ibères et aussi le celtibère (écritures paléo-hispaniques)[41].
Le reste de l'Europe
[modifier | modifier le code]Le paysage ethnique de l'Europe non méditerranéenne de l'âge du fer peut être approché à partir des rares et vagues descriptions laissées par des auteurs grecs et romains, dont peu avaient visité ces contrées et compris ce qu'ils avaient sous les yeux. Tout cela ne laisse généralement qu'une impression très floue, que la recherche moderne avec son goût pour les catégorisations ethniques a eu tendance à simplifier de façon excessive. Les découvertes archéologiques ont permis de mieux connaître ces cultures, et les discussions récentes incitent à la prudence sur la correspondance entre ethnie et culture archéologique, qui est loin d'aller de soi.


C'est le cas des « Celtes » évoqués par les textes grecs, catégorie ethnique qui a depuis été discutée, vu qu'on ne sait pas comment ils se dénommaient eux-mêmes. Les Romains parlent quant à eux de Gaulois. Ces peuples sont généralement associés aux deux cultures archéologiques de l'âge du fer s'étendant entre l'Europe centrale et occidentale : Hallstatt (v. 900-450 av. J.-C.) et La Tène (v. 450-50 av. J.-C.). Elles sont caractérisées par des tombes de chefs dans lesquelles se retrouve notamment du matériel d'origine grecque et romaine, symbole de son prestige aux yeux des détenteurs du pouvoir dans ces contrées, des constructions fortifiées (oppidum, dont le rôle exact est discuté), un remarquable artisanat du fer. La première période est plus spécifiquement marquée par la constitution de principautés puissantes, tandis que durant la seconde, les pouvoirs sont plus dispersés. Quoi qu'il en soit, les textes grecs indiquent que certains groupes celtes orientaux lancent en 280-279 une offensive d'envergure contre le monde hellénistique (Grande Expédition), pillant Delphes, tandis que certains s'installent en Anatolie (Galates). Et comme vu plus haut on repère également par les textes des Celtes dans le nord de l'Italie (Gaule cisalpine), la péninsule Ibérique (Celtibères), et aussi dans les Îles Britanniques. La conquête romaine de la Gaule (58-50 av. J.-C.) y met fin aux cultures archéologiques « celtes ». Alors qu'en raison de l'échec de la conquête de la Germanie, les peuples germaniques restent indépendants et aux marges du monde romain[42].
Dans la partie orientale de l'Europe, les Grecs mentionnent les Scythes, peuple essentiellement nomade, qui est au contact des colonies qu'ils établissent au nord et à l'ouest de la mer Noire. Dans la littérature scientifique moderne, le terme « scythe » a été repris pour désigner un ensemble de cultures allant jusqu'à la Sibérie occidentale, un « horizon culturel », sans qu'il ne soit possible de déterminer quels peuples cela recouvre exactement faute de sources écrites. Ces cultures sont caractérisées par la présence de tombes de chefs, en forme de tumulus, les « kourganes », au riche matériel funéraire présentant des affinités grecques et un style « de steppe » (animalier), avec des chevaux sacrifiés. L'urbanisation se développe vers 400 av. J.-C. (Kamenskoye Gorodishche)[43],[44].
Plus directement au nord de la Grèce, le peuple le plus mentionné par les Grecs sont les Thraces, qui sont soumis par les Perses puis les Macédoniens. Leurs élites sont également enterrées dans des tombes à tumulus disposant d'un riche matériel funéraire, avec des influences grecques[45]. L'ouest des Balkans est occupé par les Illyriens, qui sont eux aussi au contact d'implantations coloniales grecques (Epidamnos, Apollonia) et des Macédoniens[46].
Alexandre et la période hellénistique
[modifier | modifier le code]Les conquêtes d'Alexandre le Grand
[modifier | modifier le code]

Après la mise au pas de la Grèce par la Macédoine et sa puissante armée (reposant notamment sur la phalange), son roi Alexandre (III) part à l'assaut de l'empire perse en 336 av. J.-C. Il lui faut à peine cinq ans pour faire tomber son rival Darius III (bataille de Gaugamèles puis entrée dans Babylone en 331), et dominer l'Anatolie, le Levant, l’Égypte, et la Mésopotamie. Il poursuit sur sa lancée en emmenant ses troupes à travers le plateau Iranien, jusqu'en Asie centrale et dans la vallée de l'Indus en 326-325, avant que celles-ci ne le forcent à rebrousser chemin après une dizaine d'années de campagnes sans interruption. Entre-temps il a fondé plusieurs colonies, cités grecques dans les zones conquises, récompenses pour ses soldats et instruments de domination, la première et la plus fameuse étant Alexandrie d'Égypte. De retour en Perse puis en Babylonie, il s'attelle à l'organisation de son empire, notamment par une politique d'intégration de l'élite perse dans son appareil politique, mais sa mort en 323 laisse son héritage incertain. Conquérant par excellence, monarque absolu, personnalité hors norme, Alexandre « le Grand » est depuis l'Antiquité une figure historique et légendaire majeure aussi bien en Europe qu'au Moyen-Orient, dont la portée est très discutée : il a pu être présenté par le passé comme une sorte de héros civilisateur, d'autres fois on a mis en avant son côté destructeur ; il peut aussi bien être interprété comme un artisan d'une domination hellénique qu'un promoteur de la fusion des cultures, comme le premier roi hellénistique ou le dernier roi achéménide[47],[48].
Les royaumes et cités hellénistiques
[modifier | modifier le code]

Après la mort d'Alexandre, comme il n'avait pas de successeur désigné, ses généraux macédoniens, les Diadoques, combattent pour se partager son empire. Aucun ne l'emportant, celui-ci est divisé, et s'installent trois royaumes dominants dirigés par des dynasties macédoniennes, la Macédoine, le royaume des Lagides, et celui des Séleucides. Ils contrôlent des territoires majoritairement peuplés de non-grecs, et coexistant avec beaucoup d'autres formations politiques plus ou moins autonomes (royaumes, cités, ligues). S'ouvre alors la « période hellénistique » (323-31/30 av. J.-C.)[49],[50].
Le royaume de Macédoine passe après de nombreuses vicissitudes sous la domination de la dynastie des Antigonides, descendants d'Antigone le Borgne (qui en pratique n'a jamais régné sur la Macédoine), de 277-6 à 168-7 av. J.-C. Les rois macédoniens ont à composer avec diverses entités politiques en Grèce continentale, et ces relations engendrent des conflits à répétitions : contre une coalition menée par les cités d'Athènes et de Sparte, contre ses voisins directs, le royaume d’Épire (dirigé par Pyrrhus Ier, adversaire malheureux des Romains), devenu plus tard une ligue, les ligues d'Étolie et d'Achaïe, les ligues étant devenues une forme d'organisation politique courante en Grèce hellénistique, et contre les Illyriens. Ces conflits attirent finalement les Romains en Grèce continentale, et ceux-ci soumettent la Macédoine après plusieurs « guerres macédoniennes »[51].
-
Alexandre le Grand (à gauche) chassant un lion asiatique avec Cratère, détail d'une mosaïque de la fin du IVe siècle, musée archéologique de Pella.

Le Levant, la Mésopotamie et l'Iran sont le domaine des Séleucides, dynastie fondée par Séleucos Ier, qui est la plus marquée par l'héritage institutionnel et politique achéménide, repose en bonne partie sur les richesses de la Babylonie, aussi sur la Syrie du Nord où se trouve la « Tétrapole », cités fondées par Séleucos pour servir de centres de pouvoir, les Séleucides employant à leur tour une politique de colonisation et de fondation de cités grecques (« poliadisation ») active. Mais sa domination sur le Levant est menacée par les Lagides jusqu'à la fin du IIIe siècle (les « guerres syriennes »). La taille du territoire et l'autonomie large laissée aux gouverneurs ainsi que les conflits à répétition fragilisent l'édifice séleucide, qui se morcelle dès la fin du IVe siècle avec la perte de l'Indus au profit des rois indiens de l'empire Maurya. Puis à la fin du IIIe siècle c'est la Bactriane qui est perdue, et au début du siècle suivant, c'est Rome qui commence à empiéter sur son territoire en lui prenant l'Anatolie, tandis qu'à l'est émerge une nouvelle menace, les Parthes, qui lui enlèvent leurs possessions orientales, puis la Babylonie en 141 av. J.-C., initiant une série de conflits. Les offensives des Romains et des Parthes des deux côtés du royaume érodent progressivement l'assise territoriale séleucide, jusqu'à l'annexion de ce qu'il en reste (en Syrie) par Rome en 64 av. J.-C.[52],[53]
En Égypte, le pouvoir est exercé par les Lagides, successeurs de Ptolémée Ier (et qui portent tout le même nom que leur ancêtre). Disposant d'un territoire cohérent autour de la vallée du Nil, riche et rarement menacé, reconnaissant les cultes et les traditions juridiques et administratives égyptiennes, ils bénéficient d'une stabilité interne que n'ont pas les autres royaumes. Leurs ambitions extérieures les entraînent cependant dans des conflits usants, en mer Égée et en Asie mineure où leur autorité est reconnue au début de la période, et surtout au Proche-Orient contre les Séleucides (guerres syriennes). Ils sont à peine mieux armés que les autres royaumes hellénistiques pour faire face à l'expansion romaine, et passent sous son autorité avant l'annexion en 30 av. J.-C.[54],[55]
Le monde hellénistique ne se résume pas à ces trois grandes puissances, outre les cités et ligues de Grèce continentale[56]. Rhodes monte en puissance au début de la période, et devient une des grandes cités commerçantes du monde grec ; elle est restée célèbre pour son colosse, érigé pour commémorer la victoire contre Démétrios Poliorcète[57]. En Asie mineure, la dynastie des Attalides installée à Pergame prospère au IIIe siècle et se détache de la domination séleucide, avant de reconnaître la domination romaine[58]. Sur les bords de la mer Noire se développent des royaumes dirigés par dynasties d'origine non-grecque mais hellénisées, en Bithynie[59] et au Pont, qui connaît son apogée sous son roi Mithridate VI (120-63 av. J.-C.) connu pour être le principal opposant à la domination romaine en Anatolie[60]. La Cappadoce[61], la Commagène (avec le site de Nemrut Dağı)[62] disposent également de dynasties hellénisées. Au sud du Caucase se développent les royaumes d'Arménie (dirigé par les Orontides puis les Artaxiades)[63] et d'Atropatène[64]. Sur la côte nord de la mer Noire un royaume grec s'est constitué depuis le milieu du Ve siècle, le royaume du Bosphore, et il prospère jusqu'en 250, avant d'entamer un déclin face aux avancées des Scythes qui avaient été tenus en respect jusqu'alors, puis il devient un état-client de Rome[65]. En Asie centrale, en Bactriane, les rois « gréco-bactriens », issus des colonies grecques, qui se rendent indépendantes des Séleucides à la fin du IIIe siècle, bâtissent la ville d'Aï Khanoum qui illustre la fusion des cultures dans la région. Les derniers rois grecs de Bactriane disparaissent vers 130 av. J.-C.[66] Cet « Extrême-Orient hellénistique » se projette encore plus loin quand des rois grecs se taillent des royaumes dans la vallée de l'Indus (royaumes indo-grecs), attestés entre le milieu du IIe siècle et le début de notre ère[54].
Aspects culturels et intellectuels
[modifier | modifier le code]La tendance marquante de la période hellénistique est donc l'expansion du peuplement grec, des royaumes dirigés par des dynasties gréco-macédoniennes, et de la culture grecque, ce que l'on regroupe sous le terme d'« hellénisation ». Cela s'appuie sur la fondation de nombreuses nouvelles cités, surtout en Asie, et donc d'un fort mouvement de colonisation grecque. Désormais, on trouve des centres de culture grecque hors de Grèce, en particulier à Alexandrie avec sa gigantesque bibliothèque, aussi en Syrie, et jusqu'en Bactriane. Il ne faut pas surévaluer cette influence, qui varie fortement selon les contextes, a connu des résistances, l'acculturation des populations non-grecques restant globalement limitée et les clivages ethniques marqués, et de toute manière les rois grecs n'essayèrent jamais d'imposer leur culture. Du reste, les Grecs ont intégré et réadapté des éléments orientaux à cette période (cultes « orientaux », persianismes, pratiques de gouvernement perses et égyptiennes)[67],[68].
Du point de vue intellectuel, les savants et techniciens grecs sont à nouveau très actifs à l'époque hellénistique, appuyés sur de grands centres intellectuels, en premier lieu Alexandrie avec sa grande bibliothèque, mais pas seulement (aussi Athènes, Rhodes, Syracuse, Pella, Pergame). Dans le domaine des mathématiques et de la technique, cette période est marquée par les travaux d'Euclide, d'Archimède, d'Ératosthène ; l'astronomie se développe avec Aristarque de Samos et surtout Hipparque (à partir d'éléments repris des écoles babyloniennes de l'époque) ; d'autres savants accomplissent des travaux en médecine à la suite des avancées hippocratiques ; etc.[69]. Dans le domaine de la philosophie, cette période voit le développement de l'épicurisme et du stoïcisme.
La République romaine
[modifier | modifier le code]
La mise en place des institutions
[modifier | modifier le code]L'histoire des deux premiers siècles de la République romaine est essentiellement connue par des sources datant de la fin de ce régime ou du début de l'Empire (Polybe, Tite-Live), ce qui rend sa reconstitution incertaine. Il apparaît au moins que Rome met en place aux Ve et IVe siècles av. J.-C. un système d'institutions visant manifestement à s'équilibrer et dépendre les uns des autres : des magistrats en exercice, en premier lieu les deux consuls, qui dirigent les affaires de la cité pour une année ; le Sénat, conseil surtout constitué d'anciens magistrats, qui donne des avis et contrôle ; le Peuple, le corps des citoyens (des hommes adultes), organisé en centuries de poids électoral inégal (ce sont aussi des unités servant pour les impôts et pour les mobilisations militaires), qui élit les magistrats et peut se prononcer lors d'assemblées sur des affaires politiques ou militaires. La majeure partie de la population appartient au groupe des Plébéiens, qui s'oppose à l'élite monopolisant les plus hautes fonctions et les terres, les Patriciens, et obtient après une lutte âpre la possibilité d'exercer toutes les magistratures, la création de la fonction de tribuns de la plèbe, qui disposent d'un droit de veto sur les affaires politiques, et diverses mesures économiques. Se constitue ainsi une vie politique complexe, largement déterminée par les hiérarchies sociales, qui transcendent au fil du temps l'opposition entre Patriciens et Plébéiens. Les familles les plus riches (la nobilitas) se disputent les faveurs du peuple (notamment par le biais de relations entre patrons et clients), et s'appuient sur leurs accomplissements dans l'exercice des magistratures, leur prestige et leur morale. Ils tendent à exercer les charges les plus importantes, accomplies dans un ordre déterminé (cursus honorum). Avec le temps, l'afflux de richesses et les guerres contribuent à rendre la vie politique plus conflictuelle et déséquilibrée[70],[71].
La conquête de l'Italie
[modifier | modifier le code]
La République romaine dispose d'une armée très efficace, disciplinée tout en étant ouverte aux évolutions, reposant sur les citoyens propriétaires, organisés en légions, appuyées à partir du IVe siècle par des auxiliaires Latins et Italiens[72]. L'expansion romaine doit aussi son succès à une conception ouverte de la citoyenneté, qui se traduit par l'intégration de populations des cités soumises et l'accroissement du corps citoyen, également la création de colonies dans la péninsule italienne, ce qui transforme progressivement la cité en État territorial et augmente ses moyens militaires. Rome parvient après une période de difficultés à conquérir des territoires voisins, puis à établir sa domination sur l'Italie, à compter de la fin du Ve siècle, à peine ralentie par son sac par les Celtes (390 ou 386). Elle gagne du terrain sur les Étrusques et les Samnites, et doit ensuite vaincre ses alliés Latins qui s'inquiètent de sa montée en puissance, jusqu'à sa victoire lors de la guerre latine de 340-338. Elle peut alors accélérer sa politique expansionniste, s'appuyant sur sa redoutable armée, en fondant des colonies en des points stratégiques, gagnant des appuis chez les vaincus et éliminant les résistances (guerres samnites). Autour de 300, elle est devenue la puissance hégémonique d'Italie. Les cités de Grande Grèce sont soumises durant les premières décennies du IIIe siècle, et sa victoire contre Pyrrhus d'Épire puis la conquête de Tarente en 272 av. J.-C. la font connaître dans le monde hellénistique[73].
L'expansion méditerranéenne et ses conséquences
[modifier | modifier le code]
La principale conséquence de cette expansion est le conflit avec l'ennemi principal des Grecs d'Italie et la puissance dominante de la Méditerranée orientale, Carthage. S'ouvre alors la période des guerres puniques (punique étant synonyme de carthaginois). La première (264-241) est un conflit long et difficile pour Rome, qui subit plusieurs revers et de lourdes pertes, mais parvient à l'emporter et à établir sa domination sur la Sicile, puis la Sardaigne dans la foulée. La seconde (218-201) est restée célèbre pour l'audacieuse expédition du chef des armées carthaginoises, Hannibal, qui envahit l'Italie et inflige plusieurs défaites cinglantes aux armées romaines (la plus retentissante étant Cannes, en 216). Mais la loyauté de la plupart des alliés de Rome et les campagnes de Scipion l'Africain renversent la situation en faveur de Rome, qui inflige une victoire décisive à ses ennemis sur leurs propres terres (bataille de Zama, 202). Carthage perd alors la plupart de ses possessions et se voit contrainte de réduire son armée à peau de chagrin, alors que Rome prend sa place dans la péninsule Ibérique. La troisième guerre punique (149-146) est de ce fait à sens unique : elle se solde par l'anéantissement de ce qui reste des forces carthaginoises, et la destruction de la ville. Entre-temps Rome s'est étendue vers l'est où elle s'est confrontée au royaume de Macédoine à trois reprises (guerres macédoniennes). Après la victoire de Pydna (168), elle divise son territoire. Dans les années 140, Rome fait face à des oppositions en Macédoine et en Grèce, qu'elle éteint (destruction de Corinthe en 146), puis annexe ces territoires. Elle prend aussi pied en Asie mineure où sont constituées des provinces, et en Cyrénaïque (Libye actuelle)[74].
Cette série de conquêtes successives a plusieurs conséquences majeures. D'abord, l'expansion vers le monde grec entraîne à Rome un processus d'hellénisation marquée, visible dans l'art et la littérature, avant tout chez les élites, quoique la littérature en latin connaisse un essor (Cicéron, Lucrèce, Catulle). Ces élites ont consolidé leur pouvoir et monopolisent les hautes fonctions, elles ont tiré de grandes richesses des conquêtes leur permettant d'entretenir un train de vie très dispendieux, de disposer de nombreux clients et dépendants, de vastes domaines (latifundia), beaucoup étant exploités par une masse d'esclaves issus des conquêtes (ce qui explique aussi les révoltes serviles ayant lieu à cette époque, dont celle de Spartacus). D'un autre côté la petite paysannerie, engagée dans des expéditions militaires lointaines, n'est plus en mesure de travailler ses terres, et les perd au profit des puissants, de nombreux paysans se retrouvant sans activité une fois démobilisés. Quelle que soit l'ampleur réelle du phénomène, discutée par les historiens, la croissance des inégalités sociales conduit à des tensions très graves, qui éclatent lors des tentatives des frères Gracchus de mettre en place une politique de distribution des terres, sans succès (en 133 et 123-121). Les alliés Latins et Italiens engagés dans les campagnes militaires subissent de mêmes types de désagrément, générant des révoltes, qui culminent lors de la guerre sociale (91-88) qui plonge l'Italie dans le chaos. Rome triomphe, mais en retour, elle octroie la citoyenneté aux peuples d'Italie au sud du Pô. La puissance romaine s'appuie à nouveau sur de nombreux octrois de citoyenneté, et aussi une politique de colonisation très active fournissant des terres à ceux qui en étaient dépourvus. La ville de Rome devient très vaste et très peuplée, y affluent des produits de tous les territoires dominés et d'au-delà[75],[76].
La fin de la République
[modifier | modifier le code]
- La République romaine vers 70 av. J.-C.
- Les conquêtes de Pompée entre 64 et 60 av. J.-C.
- Les conquêtes de César entre 58 et 46 av. J.-C.
- Les états vassaux de Rome en 44 av. J.-C.
Rome fait face au tournant du Ier siècle à plusieurs difficultés militaires (invasions des Cimbres et des Teutons en Gaule méridionale, révolte de Jugurtha de Numidie en Afrique) qui conduisent à une réforme de l'armée dans un sens plus professionnel, menée par Caius Marius, qui a pour effet d'ouvrir l'armée au prolétariat. La guerre sociale puis les tentatives de Mithridate VI du Pont de secouer la domination romaine en Asie mineure créent de nouveaux troubles. Les chefs militaires romains de l'époque prennent plus de pouvoir, appuyés sur leurs victoires et la fidélité de troupes qui ont désormais un rapport plus personnel à eux, et se disputent le pouvoir lors de premières guerres civiles (88-81). Sylla en sort vainqueur et devient dictateur. Bien qu'il se retire du pouvoir par la suite, cela montre la voie à d'autres généraux ambitieux et populaires : Crassus et Pompée, qui ont remporté des victoires en Asie, rejoints par Jules César avec qui ils forment le premier triumvirat pour contrôler la vie politique romaine, le Sénat étant de plus en plus soumis à leurs volontés. La disparition de Crassus au combat contre les Parthes en 53 laisse les deux autres face à face, plongeant Rome dans la guerre civile. César, auréolé de gloire et appuyé par des troupes fidèles après avoir conduit la conquête de la Gaule transalpine, choisit l'affrontement armé, qui tourne à son avantage. Les partisans de la République sont ensuite vaincus sur plusieurs champs de bataille, mais plusieurs d'entre eux assassinent César en 44 av. J.-C., alors qu'il est quasiment devenu un monarque. Un second triumvirat est fondé par les généraux de César, Marc Antoine et Lépide, rejoints par Octave, le neveu et héritier désigné de César. Les derniers partisans de la République sont vaincus, et Marc Antoine et Octave se retrouvent finalement face-à-face. Le premier, installé en Égypte auprès de la reine Cléopâtre VII, est vaincu à Actium en 31 av. J.-C. Octave a alors les mains libres pour mettre fin à la République en établissant un régime monarchique[77].
L'Empire romain
[modifier | modifier le code]Le Haut Empire
[modifier | modifier le code]

Le triomphe d'Octave permet l'établissement d'un régime monarchique à Rome, mais le vainqueur doit jouer sur les mots et les apparences pour ne pas donner l'impression de reconstituer une royauté à Rome, ou un régime tyrannique, et de mettre fin à la République. Il est donc le « premier du Sénat », Princeps senatus, et premier citoyen (on parle de « Principat »). Il monopolise les principales magistratures, dispose d'une immunité totale, est reconnu par le Sénat qui est laissé en place, qui lui octroie en 27 av. J.-C. le titre d'« Auguste ». Ainsi sont posées les bases de ce qu'on devait désigner par la suite l'Empire romain, parce que son chef est détenteur de l’imperium suprême, pouvoir qui lui donne notamment la direction permanente des légions dans toutes les provinces, bien que l'« empereur » cherche à donner l'impression qu'il ne l'est pas. Après la mort d'Auguste en 14 de notre ère, ses successeurs de la dynastie julio-claudienne reprennent ses pouvoirs mais ils ne disposent pas de son prestige personnel, et leur pouvoir est très instable. Après l'assassinat de Néron en 68, une guerre civile conduit à l'établissement d'une nouvelle dynastie, les Flaviens, appuyée par les troupes, suivant un schéma amené à se répéter inlassablement durant l'histoire de la Rome impériale. Avec les premiers Antonins, Trajan (98-117) et Hadrien (117-138), l'Empire romain dispose de souverains généralement reconnus comme capables (à la différence de la plupart de leurs prédécesseurs depuis Auguste). Les empereurs choisissent leur successeur en l'adoptant, suivant un principe dynastique. Le IIe siècle, période de paix romaine, est considérée comme l'apogée de l'Empire romain, d'une inhabituelle stabilité qui se poursuit sous Antonin le Pieux (138-161) et Marc Aurèle (161-180), malgré des conflits extérieurs et l'irruption de la peste antonine à compter de 165[78],[79].

Les frontières de l'empire ont alors été consolidées et stabilisées. La très prospère Égypte a été annexée sous Auguste, devenant domaine personnel de l'empereur, l'Hispanie est complètement soumise, puis les régions alpines, et la Pannonie. En revanche, les légions romaines connaissent plus de difficultés en Germanie et la frontière romaine (limes) se stabilise le long du Rhin et du Danube. Les successeurs d'Auguste se contentent d'annexer des États clients (Cappadoce, Maurétanie, Judée, Commagène, Nabatène), en plus de la conquête d'une partie de la Bretagne (la Grande-Bretagne actuelle). Les légions romaines ont dès lors une fonction surtout défensive, aux frontières, qui font en plusieurs endroits l'objet de fortifications (par exemple avec le « mur d'Hadrien »). Trajan tente un retour vers l'expansionnisme, intégrant la Dacie, mais il échoue face aux Parthes en Mésopotamie. Ceux-ci continuent de faire peser une menace sur les territoires romains, tandis que sur la frontière nord plusieurs peuples germaniques ou d'autre origine causent des troubles sous Marc Aurèle[80].
L'empereur est l'autorité suprême de l'empire, auquel on rend un culte, il accumule de grandes richesses, dispose de nombreux domaines (agricoles comme miniers). Il gouverne avec un cercle restreint de proches qui ont une grande importance. L'empire est divisé en provinces confiées à des gouverneurs, mais l'administration impériale est peu fournie et se repose en bonne partie sur les communautés locales, à commencer par les cités et leurs élites. L'époque impériale voit la fondation de nombreuses nouvelles cités dans toutes les régions de l'empire. L'empereur reçoit régulièrement des ambassades et sollicitations de celles-ci, et intervient souvent dans leurs affaires. La citoyenneté romaine permet d'être jugé selon le droit romain, limitant l'influence des droits locaux. La condition de citoyen continue à être octroyée régulièrement à des personnes des élites provinciales, ce qui leur permet parfois d'intégrer les rangs de l'élite impériale, les Chevaliers et les Sénateurs. Ce phénomène de « romanisation » juridique culmine en 212 avec l'édit de Caracalla qui octroie la citoyenneté à tous les résidents libres de l'empire[81],[82]. Mais en pratique les citoyens ont à ce moment-là perdu l'essentiel de leurs pouvoirs politiques, qui sont accaparés par une élite restreinte, et privilèges, donc ce statut a perdu en importance[83]. Les citoyens sont en principe unis par la vénération des dieux romains, et le culte de l'empereur, vu comme un instrument politique garantissant la fidélité à l'édifice impérial. La religion chrétienne qui se répand alors s'inscrit en dehors de ce cadre puisque ses fidèles refusent de sacrifier à l'empereur et de reconnaître les divinités romaines, ce qui entraîne leurs premières persécutions[84]. Du point de vue des lettres, l'époque d'Auguste est souvent présentée comme un âge d'or des écrits en langue latine (Virgile, Horace, Ovide, Tite-Live), même si les périodes suivantes ne sont pas en manque d'écrivains et penseurs de talent (Sénèque, Pétrone, Tacite, Juvénal, etc.). Du côté des savants, penseurs et écrivains de langue grecque, c'est l'époque du médecin Galien, de l'astronome Ptolémée, du géographe Strabon, du voyageur Pausanias, des polygraphes Plutarque et Lucien de Samosate, des orateurs et écrivains de la seconde sophistique. D'une manière générale l'ancien monde hellénistique reste dynamique culturellement durant la période de domination romaine, et exerce un ascendant évident dans ce domaine. Les cités grecques restent la forme d'organisation de base des sociétés de la partie orientale de l'empire. Après les destructions de l'époque de conquête, elles sont beaucoup à connaître un essor marqué durant la période de la pax romana (en particulier en Asie Mineure, moins en Grèce continentale et insulaire), sous la direction de notables contrôlant les institutions civiques, supervisés par les gouverneurs romains. Les Grecs ont accepté bon gré mal gré la domination impériale, tout en préservant leur sentiment de supériorité culturelle sur leurs conquérants[85],[86].
-
Table claudienne, transcription d'un discours de Claude pour l'admission des Gaulois au Sénat romain, v. 48. Musée Lugdunum.
-
Le Pont du Gard (France), Ier siècle.
La crise du IIIe siècle av. J.-C.
[modifier | modifier le code]Après la mort de Marc Aurèle, le pouvoir passe à son fils Commode, dont le caractère autoritaire et instable suscite des oppositions, jusqu'à son assassinat en 192. S'ensuit une guerre civile qui met fin à l'exceptionnelle stabilité de l'empire. Septime Sévère (193-211) en sort vainqueur et instaure la dynastie des Sévères, marquée par des personnalités particulièrement atypiques, qui est renversée en 235. S'ouvre alors une période d'« anarchie militaire » et de crise qui marque le basculement vers le « Bas-Empire romain » et l'Antiquité tardive. À l'instabilité sur le trône impérial s'ajoutent divers périls extérieurs : conflits contre les Perses sassanides qui ont renversé les Parthes en 220, qui se soldent par la capture au combat de Valérien en 260, une première pour un empereur romain ; invasions des Goths sur la frontière nord qui entraîne la mort de l'empereur Dèce en 251 ; puis les Alamans franchissent à leur tour les frontières. Ces périls sont difficilement jugulés, et les secousses provoquées créent sans doute une perte de confiance en la capacité romaine à assurer l'ordre et la stabilité. Ce dont profite la reine Zénobie de Palmyre, qui se rend indépendante de Rome tente de fonder un empire, jusqu'à sa défaite en 271, tandis que de l'autre côté de l'empire des généraux romains de Gaule se proclament empereurs (empire des Gaules) entre 260 et 274. La situation est rétablie par des empereurs martiaux issus des provinces danubiennes, notamment Aurélien (270-275) qui parvient à réunifier l'empire. Puis il incombe à Dioclétien (284-305) de refonder ses structures afin de le consolider, ouvrant définitivement une nouvelle page dans l'histoire de l'Empire romain, qui marque le début du Bas-Empire et de l'Antiquité tardive[87].
Le Bas-Empire et la division
[modifier | modifier le code]-
L'organisation de l'empire vers 300.
-
La division de l'Empire romain en 395.
Au sortir de la période de crise qui va de 235 à 284, Dioclétien entreprend de refonder les structures de l'empire, avec pour priorités d'assurer à la fois la sécurité et la succession impériale. Il met en place la Tétrarchie, système de partage du pouvoir à quatre têtes, dans lequel Dioclétien garde la position éminente jusqu'à sa mort en 305. Par la suite le gouvernement d'un seul est plus l'exception que la règle, ce qui n'éteint pas les rivalités au sommet du pouvoir, tant s'en faut. Le sort des armes est plus que jamais prépondérant avec l'affirmation de la figure de l'empereur militaire. Après 312 et sa victoire au pont Milvius, Constantin devient le personnage le plus puissant de l'empire, et règne seul de 324 à 337, entreprenant de grandes réformes, et la fondation d'une nouvelle capitale à son nom en Orient, Constantinople (l'ancienne Byzance). Les troubles du IIIe siècle ont porté un coup dur au monde urbain dans plusieurs régions. L'armée a connu de grandes évolutions depuis la période d'instabilité, intégrant de plus en plus des éléments « barbares », les « fédérés ». Du point de vue religieux, la période est marquée par les persécutions contre les Chrétiens (notamment sous Dioclétien), puis leur reconnaissance par l'« édit de Milan » de 313 et la conversion de Constantin au christianisme[87].
-
Tête de Dioclétien, musée archéologique d'Istanbul.
-
Monnaie en or à l'effigie de Constantin Ier et du Sol Invictus, (dieu-soleil). 313, Cabinet des médailles.
Après la mort de Constantin, des troubles éclatent entre ses fils et successeurs, alors que la guerre avec les Sassanides reprend, mettant fin à une longue pause liée à des troubles en Perse, qui avait été salutaire pour l’œuvre des empereurs précédents. Un nouvel empereur-guerrier prend le pouvoir, Julien, qui repousse les Alamans qui avaient avancé en Gaule orientale. Ce souverain est aussi connu pour sa tentative de rétablissement du paganisme, mais il meurt lors d'une campagne en Mésopotamie en 363. Les deux frères et co-empereurs Valentinien Ier et Valens règnent en divisant à nouveau l'empire en deux, pour assurer sa défense dans un contexte d'offensives barbares, le second étant tué au combat contre les Wisigoths (bataille d'Andrinople). Théodose Ier (379-395) parvient à la paix avec les Goths et les Sassanides, mais désormais la division de l'empire s'est imposée dans la tête des généraux au pouvoir à la lumière des désastres militaires précédents, la pression exercée par les « Barbares » et leur importance dans l'empire s'accentuant. Constantinople a alors pris une part de plus en plus importante dans l'organisation de l'empire, tandis que Rome a été délaissée au profit de Milan. Après la mort de Théodose, l'empire est définitivement divisé entre ces deux pôles. Le pouvoir de l'empereur a alors pris un aspect plus « absolu » que par le passé, à la suite des grandes réformes entreprises depuis Dioclétien, il s'est aussi sacralisé, avec les premiers empereurs chrétiens et l'émergence de la notion de pouvoir de droit divin. Cette période marque en effet le triomphe du Christianisme qui a définitivement conquis les élites et gouvernants, et s'est imposé depuis Constantin comme un élément majeur de l'Empire romain, les évêques jouant un rôle croissant tant dans le domaine religieux que civil[88].
La chute de l'Empire occidental
[modifier | modifier le code]Les « invasions barbares » qui marquent classiquement le déclin de l'Empire romain ont connu une profonde réévaluation par les historiens. Les migrations commencent en fait par des raids exercés par des bandes issues de peuples essentiellement germaniques, venus du nord de la frontière : Marcomans, Alamans, Francs, Daces, Goths, Gépides, Vandales, aussi des peuples moins connus tels les Hérules qui pillent Athènes en 267. Ils profitent d'abord des troubles que connaît Rome au IIIe siècle, sont souvent employés dans les armées romaines, puis dans les dernières décennies du IVe siècle certains de ces groupes s'installent dans l'empire sous la conduite d'un chef, qui cherche à se faire reconnaître par un empereur qui accepte de lui octroyer des titres, un lieu où s'installer durablement avec des revenus pour entretenir ses hommes. À la fin du IVe siècle l'influence des chefs germaniques est devenue très importante à l'Ouest, le franc Arbogast faisant déposer en 392 l'empereur Valentinien II, puis Théodose suscite contre lui les Goths : deux peuples barbares s'affrontent donc, chacun au nom d'un des deux empires romains[89].
Les tensions entre pouvoirs romains et barbares s'accroissent au cours de cette période, d'abord lors de la défaite romaine d'Andrinople face aux Goths en 378, puis avec le sac de Rome par ces mêmes Goths en 410, qui est perçu comme une humiliation suprême dans l'empire même si sa portée militaire est limitée. Puis les Vandales, installés en Espagne, envahissent l'Afrique romaine et prennent Carthage en 439. Limitée dans ses capacités en raison de l'affaiblissement de son armée, Rome recourt aux accords avec les Barbares, leur offrant le statut de « fédéré », qui leur confère honneurs et autonomie en échange de la défense d'un territoire. Un groupe Goth est ainsi installé en Aquitaine, où il fonde le royaume wisigoth. Cela est amené à se répéter avec d'autres, en Pannonie avec d'autres Goths, des Alains et des Huns. C'est à cette époque que ces derniers ravagent plusieurs régions de l'Occident et de l'Orient sous la direction d'Attila, avant d'être arrêtés en 451 par des fédérés unis par le général romain barbarisé Aetius aux champs Catalauniques[90].
Dans ce contexte, la fonction d'empereur romain d'Occident a perdu de sa superbe, cette moitié de l'empire étant passée sous la coupe de généraux barbares ou barbarisés devenus indépendants de fait, seule l'Italie reconnaissant vraiment l'autorité de Rome. Ricimer, un goth ou un suève romanisé, contrôle la cour impériale de 456 à 472, faisant et défaisant les empereurs à sa guise. Le dernier empereur d'Occident, Romulus Augustule, monte sur le trône en 475 puis est détrôné en 476 dans le cadre de luttes entre deux généraux, son père Oreste et Odoacre, ce dernier l'emportant. Cet événement ne suscite pas beaucoup d'émoi sur le coup, mais avec le temps il devient une des fins symboliques de l'Antiquité[91].
La constitution de l'Empire byzantin
[modifier | modifier le code]Dans la partie orientale de l'Empire, la fondation de Constantinople, à l'emplacement de l'antique Byzance située sur le Bosphore, officialisée en 330, marque un tournant dans l'histoire romaine puisque cette ville devient une « Nouvelle Rome », dupliquant progressivement les fonctions de l'ancienne, afin de créer une base solide pour défendre la moitié orientale de l'empire. Protégée par de puissantes fortifications, elle devient une cité très difficile à prendre d'assaut, et elle le restera. Sa taille excède rapidement celle de Rome, elle se dote de monuments et d'institutions similaires à celle-ci, et devient le « centre » de la moitié orientale de l'empire, appuyée sur un réseau de voies de communication convergeant vers elle[92]. Progressivement émerge l'Empire romain d'Orient ou empire byzantin (période « paléo-byzantine »), qui assure la continuité de l'Empire romain à l'époque médiévale, mais sous une identité qui devient progressivement de plus en plus grecque. Cet empire est dominé à ses débuts par les hommes de guerre et aussi des personnages majeurs de la cour, mais cette compétition pour le pouvoir ne se fait pas au détriment de la puissance de l'institution impériale. En effet, dans la droite ligne des évolutions institutionnelles des débuts de l'Antiquité tardive, les empereurs byzantins sont des figures investies d'une fonction sacrée (« césaropapisme »), dirigeant une administration de plus en plus centralisée, avec l'appui d'une aristocratie d'empire. Le règne de Théodose II est dominé par la figure de sa sœur Pulchérie, puis est suivi d'une période de luttes entre généraux, qui élèvent à la fonction suprême des chefs militaires habiles, tels qu'Anastase (491-518) et Justin Ier (519-527), qui permettent à l'empire de tenir bon face aux peuples du nord et aux Perses[93].
Tendances
[modifier | modifier le code]Cités et empires
[modifier | modifier le code]Du point de vue des structures politiques, l'Antiquité classique voit cohabiter plusieurs modèles.
Le cadre de la cité en tant que communauté politique (polis, civitas, municipium) prend une importance considérable en Grèce à partir de l'époque archaïque. Elle est marquée par le fait que la prise de décision se fait au niveau d'un corps de citoyens plus ou moins large (selon qu'il s'agit d'un régime oligarchique ou démocratique), des hommes adultes représentés par des institutions et des magistrats. Les cités sont les entités politiques les plus importantes des périodes grecques archaïque et classique, mais par la suite elles sont dominées par des monarchies et perdent leur autonomie. Elles demeurent néanmoins l'échelon de base, position qu'elles conservent jusqu'à la fin de l'Antiquité. Le modèle civique romain est bien plus ouvert que celui des cités grecques, permettant l'intégration régulière de nouveaux individus à la citoyenneté romaine, qu'il s'agisse d'hommes libres étrangers ou d'esclaves affranchis. Néanmoins l'extension de la citoyenneté, qui culmine dans l'édit de Caracalla de 212, s'accompagne de la perte de nombre de privilèges liés au statut de citoyen[94].
Dans les relations internationales, certaines cités grecques ont une attitude hégémonique voire impérialiste, à l'image d'Athènes et de Sparte, mais le modèle impérial devient plutôt une réalité du monde grec durant l'époque hellénistique, en partie à l'exemple du Proche-Orient, notamment l'empire achéménide. Les principales monarchies deviennent alors dominantes politiquement et militairement, supplantant les cités-États indépendantes et les royaumes de rang secondaire. Par la suite l'impérialisme romain se développe durant l'époque républicaine et se poursuit à l'époque impériale. Les motivations derrière ces conquêtes sont débattues : pour certains elles ont principalement un point de départ défensif, d'autres estiment qu'elles sont plutôt le produit d'un désir expansionniste, avec notamment la recherche de gains économiques[95].
Progrès techniques et économiques
[modifier | modifier le code]Dans le domaine des techniques, des progrès se constatent dans différents domaines (moulin à eau, presse à vis, soufflage du verre, etc.), mais l'Antiquité gréco-romaine se caractérise plutôt par sa capacité à appliquer à une échelle plus grande et de façon plus intensive les connaissances développées durant les périodes antérieures, ce qui explique la diffusion rapide de nombreuses techniques, et des productions qui se retrouvent en bien plus grande quantité que durant les phases plus anciennes de l'Antiquité (céramiques, outils en métal, pièces de monnaie, éléments architecturaux en marbre, etc.). Si l'idée d'un blocage technique antique a souvent été mise en avant par le passé, les spécialistes du sujet ont repensé la question en l'articulant plus avec la société et l'économie antiques[96].
Cela rejoint notamment la question de savoir s'il y a une croissance économique durant la période classique est débattue, même s'il y a des éléments qui laissent à penser qu'elle s'est produite sur le long terme, aboutissant à des pics de prospérité dans la Grèce classique et durant les premiers temps de l'époque romaine impériale, suivis de périodes de reflux[97]. La diffusion de l'utilisation des pièces de monnaie (la monnaie « frappée »), qui se fait à partir la Lydie puis du monde grec, est un phénomène économique (et politique) majeur de la période, même si de substantielles parties du monde antique ne font pas un grand usage de la monnaie, y compris durant la phase de prospérité de l'Empire romain[98].
Une Antiquité méditerranéenne
[modifier | modifier le code]
Le développement des échanges matériels et immatériels, et la complexification des sociétés bordant la Méditerranée est manifeste durant la période allant d'environ 800 à 500 av. J.-C., qui peut être vue comme l'aboutissement d'une évolution sur la très longue durée[99]. Un phénomène majeur est la mise en relation des différentes régions du Bassin méditerranéen, impulsée par les colonisations des Phéniciens et des Grecs, puis l'expansion des Romains, pour qui cette mer était « mare nostrum » (« notre mer »). P. Horden et N. Purcell ont mis en avant la « connectivité » qui y existe, possibilité de mettre en contact, notamment par petits voyages (cabotage), les différentes « micro-régions » constituant cet espace très morcelé, qui ont chacune leurs spécificités et s'appuient sur celles des autres grâce à la constitution de ces réseaux[100]. Ian Morris a de son côté insisté sur le fait que cette connectivité était résultat d'évolutions historiques et était changeante, un processus de « méditerranéanisation » des régions qui se développe durant ces époques[101].
Plus largement un élargissement des horizons se produit à cette période. Au Moyen-Orient et en Asie centrale, le développement dans la dernière partie de la période des routes d'échanges à longue distance sur lesquelles circulent l'encens[102] et la soie[103] participe également de cette dynamique de mise en relation de régions de plus en plus éloignées.
Transferts culturels
[modifier | modifier le code]La mise en relation des territoires aboutit à des échanges culturels importants, diffusant des cultures dans différentes régions où elles sont réceptionnées de diverses manières, adoptées de façon sélective avant tout par les élites, et suscitent aussi des résistances, créant des phénomènes de transferts culturels diversement caractérisables (assimilation, acculturation, hybridation, créolisation, métissage, etc.)[104] ; de plus leur étude est souvent marquée par des présupposés intellectuels qui sont très discutés (opposition Orient/Occident, ethnocentrisme, culture dominante, colonialisme et post-colonialisme, diaspora, etc.). Cela s'appuie sur le développement des échanges et des déplacements de personnes, avant tout la fondation de comptoirs et colonies fonctionnant comme des sortes de « vitrines » du mode de vie diffusé. Schématiquement, l'Antiquité classique est marquée par trois phénomènes majeurs de ce type :
- La période orientalisante, aux VIIIe – VIIe siècles av. J.-C., marquée par la diffusion d'éléments d'Est en Ouest, attribuée généralement en grande partie aux Phéniciens (à la suite des auteurs grecs eux-mêmes, mais c'est sans doute excessif), aussi à Chypre, visible surtout chez les élites de plusieurs régions méditerranéennes, marqué par la diffusion d'un art d'inspiration orientale (mais souvent de production locale) et de l'alphabet, peut-être certaines pratiques de sociabilité (les banquets de type symposion). Ce phénomène a surtout été mis en avant pour la Grèce archaïque où il participerait à l'essor de la civilisation grecque « classique », mais aussi en Étrurie et dans la péninsule Ibérique. Les tendances récentes mettent plutôt en avant le développement des échanges culturels entre les pays du bassin méditerranéen, qui ne sont pas forcément à sens unique et tendent à créer une sorte de communauté culturelle[105]. Les influences orientales se poursuivent durant le reste de l'Antiquité, notamment à l'époque de l'empire achéménide et plus tard avec la diffusion des cultes orientaux[106].
- L'hellénisme et l'hellénisation[28], perceptible notamment dans la vie intellectuelle et artistique (sculpture, théâtre, gymnase, etc.), qui est comme vu plus haut la grande affaire des études sur le monde hellénistique[68]. Mais elle concerne aussi beaucoup la civilisation romaine, profondément imprégnée de culture grecque[107]., et P. Veyne y a vu un « empire gréco-romain », parce qu'il était bilingue (latin à l'ouest, grec à l'est) et que « Rome est un peuple qui a eu pour culture celle d'un autre peuple, l'Hellade[108]. » C'est en bonne partie par ce biais que l'hellénisme survit au déclin politique du monde grec, d'autant plus que l'Empire romain se repose beaucoup sur les cités grecques pour administrer les provinces orientales[28].
- La romanisation, marquée avant tout par le processus d'octroi de la citoyenneté romaine, la diffusion du droit et de la vie civique qui vont avec, de la langue latine, et aussi celle du culte impérial. Cela s'accompagne de divers éléments culturels, très marqués par l'hellénisme et aussi d'autres influences, qui font qu'en fin de compte il s'agit plus de la transmission d'une culture mixte gréco-romaine caractéristique du monde romain. Son impact culturel est de ce fait plus net dans les provinces occidentales, peu touchées par l'hellénisme avant la conquête romaine, que dans les provinces orientales où il est bien implanté quand la domination romaine s'installe et est généralement peu réceptif à l'influence culturelle latine[109],[110].
Croyances et pensée
[modifier | modifier le code]Le polythéisme des Grecs et des Romains est marqué par divers éléments caractéristiques tels que l'absence de révélation, de livre sacré, de dogme, d'orthodoxie, qui offre une liberté de penser le divin, le monde, et des spéculations libres ; un ritualisme et un traditionalisme qui mettent plus l'accent sur la bonne exécution des rites ancestraux, et transmet principalement ses croyances et sa spiritualité par les rites et attitudes rituelles ; l'absence de code moral religieux différent de celui régissant les relations sociales ; la recherche en priorité du bien terrestre d'une communauté ; un aspect communautaire très prononcé, donc politique, le cadre de la cité étant en particulier très important ; l'absence d'autorité religieuse unique, de fondateur et d'envoyé de Dieu ; le fait que les divinités vénérées changent selon la communauté concernée[111].
L'influence religieuse grecque est importante en Italie dès avant la période de conquête romaine. Mais cela touche plus aux apparences, notamment à la mythologie, à la représentation plastique des dieux, ou à la conception des divinités chez les lettrés de langue latine qui reprend celle des lettrés grecs (avant tout Homère et Hésiode), et concerne moins les cultes romains, qui ne semblent pas avoir été particulièrement touchés par l'influence grecque[112],[113].
Cette période voit l'apparition en Grèce de la philosophie, une forme de pensée qui aborde le monde en mettant l'homme au centre de ses réflexions en le faisant acteur de sa propre destinée, qui est une des singularités de la Grèce antique par rapport aux civilisations antiques qui l'ont précédées, et aussi une de ses principales influences sur les civilisations postérieures[114].
À la suite de Karl Jaspers, il a pu être tenté de relier cette nouvelle approche à d'autres se produisant au même moment ailleurs (Israël, Inde et Chine) qui présenteraient une même approche mettant l'homme au centre de leurs préoccupations, formant un « âge axial », dont la réalité est débattue. Cela s'inscrit plus largement dans des travaux visant à évaluer la place occupée par la Grèce des cités en tant que moteur des changements intellectuels de la période[115].
Réceptions de l'Antiquité classique
[modifier | modifier le code]Les périodes classiques de la Grèce et de Rome ont eu un impact considérable sur les civilisations qui leur ont succédé, pas seulement en Europe même si c'est surtout là que cette influence a été marquante car ses civilisations se sont à plusieurs reprises tournées vers ce passé pour l'ériger en modèle[116],[117]. Les épopées homériques, la pensée des philosophes, les travaux scientifiques grecs et romains, le théâtre athénien, la sculpture classique, le droit romain, l'architecture et l'urbanisme grecs et romains y ont été érigés en modèles « classiques », fournissant une source d'inspiration réactivée à plusieurs reprises et de différentes manières, notamment sous la Renaissance puis dans le classicisme, mais aussi au Moyen Âge aussi bien à l'ouest qu'à l'est, y compris dans les pays d'Islam[118].
La présence de l'Antiquité gréco-romaine concerne au premier chef la civilisation occidentale, pour des questions d'héritage et de continuités. Pour ce qui est du domaine du visible, il est possible d'y visiter des ruines grecques et romaines, et encore plus de nombreux bâtiments dont l'architecture est marquée par l'inspiration gréco-romaine (y compris en Amérique et dans d'autres anciennes colonies européennes), l'alphabet qui y est majoritairement employé est « latin », c'est-à-dire dérivé du romain, tandis que de nombreux musées ont des objets de ces époques ; les motifs et références repris de l'histoire ou de la mythologie antique sont courants dans les créations littéraires, musicales, visuelles, etc. Pour ce qui est moins tangible, l'organisation et les principes politiques font souvent référence à l'héritage antique (notions de démocratie, république, sénat, citoyenneté, etc. qui ont certes beaucoup évolué), également dans le domaine juridique et bien d'autres, le latin est longtemps resté la langue liturgique (chez les Catholiques) et aussi savante de l'Europe occidentale, etc.[116]. Certaines grandes figures de l'Antiquité ont fait l'objet de nombreuses perceptions différentes au cours des périodes postérieures, en premier lieu Alexandre le Grand, qui a présenté de nombreux visages bien différents selon les lieux et les époques[119].
Plus largement, il en va de même pour l'Antiquité, regardée de manières bien différentes selon les époques. Les deux civilisations de l'Antiquité « classique » ont constitué durant toute l'histoire postérieure de l'Occident une référence incontournable, une source inépuisable de modèles, idéalisés ou critiqués, sans cesse réinterprétés et discutés. Ce qui est souvent présenté comme un « héritage », une « transmission », s'analyse en effet plutôt comme une « réception », voire une « appropriation » du point de vue de la société qui se tourne vers son modèle « classique ». De ce fait, il peut être considéré que « depuis l'Antiquité, le discours sur le « classique » a fonctionné de cette manière afin de légitimer un ordre social et un ensemble d’institutions, de croyances et de valeurs qui sont communément associés à la civilisation occidentale et à « notre » héritage culturel occidental. » (S. Schein)[120].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) J. A. North, « Ancient History Today » dans Erskine (dir.) 2009, p. 90-92.
- ↑ Bernard Holtzmann et Alain Pasquier, L'art grec, Réunion des Musées Nationaux, coll. « Manuels de l’École du Louvre », , p. 315.
- ↑ (en) Uwe Walter, « The Classical Age as a Historical Epoch », dans Konrad H. Kinzl, A companion to the classical Greek world, Malden et Oxford, Blackwell, , p. 1-7.
- ↑ OCD 2012, p. 332.
- ↑ Inglebert (dir.) 2005, p. 6-7.
- ↑ Cabanes 2019, p. 27-29.
- ↑ (en) Susan Alcock et John F. Cherry, « The Mediterranean World », dans Chris Scarre (dir.), The Human Past: World Prehistory and the Development of Human Societies, Londres, Thames & Hudson, , 4e éd., p. 472-473 et 513-514
- ↑ Cabanes 2019, p. 84-96.
- ↑ OCD 2012, p. 519-526.
- ↑ Cabanes 2019, p. 97-109.
- ↑ OCD 2012, p. 1078-1080.
- ↑ Cabanes 2019, p. 110-114.
- ↑ Cabanes 2019, p. 119-125.
- ↑ OCD 2012, p. 136-137.
- ↑ Cabanes 2019, p. 114-119.
- ↑ OCD 2012, p. 727.
- ↑ Cabanes 2019, p. 126-134.
- ↑ (en) Irene S. Lemos, « The 'Dark Age' of Greece », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 87-91.
- ↑ OCD 2012, p. 1170-1171.
- ↑ (en) Robin Osborne, « Archaic and Classical Greece », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 92-94.
- ↑ Patrice Brun, « La Grèce archaïque », dans Sartre, Sartre-Fauriat et Brun 2009, p. 17-20.
- ↑ (en) Kurt A. Raaflaub, « Intellectual Achievements », dans Kurt A. Raaflaub et Hans van Wees (dir.), A Companion to Archaic Greece, Malden et Oxford, Wiley-Blackwell, , p. 564-584.
- ↑ (en) Robin Osborne, « Archaic and Classical Greece », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 95-96.
- ↑ Patrice Brun, « La période classique », dans Sartre, Sartre-Fauriat et Brun 2009, p. 21-23.
- ↑ (en) Robin Osborne, « Archaic and Classical Greece », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 94-95.
- ↑ (en) Robin Osborne, « Archaic and Classical Greece », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 96.
- ↑ OCD 2012, p. 687-688.
- OCD 2012, p. 656-657.
- ↑ OCD 2012, p. 283-284.
- ↑ OCD 2012, p. 1026.
- ↑ OCD 2012, p. 913.
- ↑ OCD 2012, p. 887.
- ↑ OCD 2012, p. 909.
- ↑ OCD 2012, p. 751.
- ↑ OCD 2012, p. 540-541.
- ↑ OCD 2012, p. 1284-1285.
- ↑ OCD 2012, p. 603.
- ↑ OCD 2012, p. 284.
- OCD 2012, p. 1387.
- ↑ OCD 2012, p. 1433.
- ↑ OCD 2012, p. 1388-1389.
- ↑ (en) J. D. Hill et Jonathan Williams, « Iron Age Europe », dans Edward Bispham, Thomas Harrison et Brian A. Sparkes (dir.), The Edinburgh Companion to Ancient Greece and Rome, Édimbourgh, Edinburgh University Press, , p. 72-77 ; (en) Constanze Witt, « The “Celts” », dans Erskine (dir.) 2009, p. 284-298 ; (en) Alison Sheridan, « Post-Neolithic Western Europe », dans Renfrew (dir.) 2014, p. 1902-1905.
- ↑ OCD 2012, p. 1335-1336.
- ↑ (en) Bryan K. Banks, « The Post-Neolithic of Eastern Europe », dans Renfrew (dir.) 2014, p. 1951-1954.
- ↑ OCD 2012, p. 1470-1471.
- ↑ OCD 2012, p. 726.
- ↑ OCD 2012, p. 56-58.
- ↑ Grandjean et al. 2017, p. 30-42.
- ↑ (en) Thomas Harrison, « The Hellenistic World », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 98-99.
- ↑ Grandjean et al. 2017, p. 43-60.
- ↑ Grandjean et al. 2017, p. 154-191.
- ↑ OCD 2012, p. 1341.
- ↑ Grandjean et al. 2017, p. 129-153.
- OCD 2012, p. 491-492.
- ↑ Grandjean et al. 2017, p. 100-128 et 192-209.
- ↑ (en) Thomas Harrison, « The Hellenistic World », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 99.
- ↑ OCD 2012, p. 1278.
- ↑ OCD 2012, p. 1105-1106.
- ↑ OCD 2012, p. 235.
- ↑ OCD 2012, p. 1184.
- ↑ OCD 2012, p. 277-278.
- ↑ OCD 2012, p. 358.
- ↑ OCD 2012, p. 164.
- ↑ OCD 2012, p. 919.
- ↑ OCD 2012, p. 244.
- ↑ OCD 2012, p. 221.
- ↑ (en) Thomas Harrison, « The Hellenistic World », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 100.
- Grandjean et al. 2017, p. 318-341.
- ↑ (en) Paul T. Keyser et Georgia Irby-Massie, « Science, Medicine, and Technology », dans Glenn R. Bugh (dir.), The Cambridge Companion to the Hellenistic World, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 241-264.
- ↑ (en) Mark Pobjoy, « The Roman Republic », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 102-103.
- ↑ Oxford Classical Dictionary 2012, p. 1285-1286.
- ↑ (en) Mark Pobjoy, « The Roman Republic », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 103-104.
- ↑ Oxford Classical Dictionary 2012, p. 1286.
- ↑ Oxford Classical Dictionary 2012, p. 1286-1287.
- ↑ (en) Mark Pobjoy, « The Roman Republic », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 104-106.
- ↑ Oxford Classical Dictionary 2012, p. 1287-1288.
- ↑ Oxford Classical Dictionary 2012, p. 1288.
- ↑ (en) Olivier Hekster, « The Roman Empire », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 108-109.
- ↑ OCD 2012, p. 1289-1290.
- ↑ OCD 2012, p. 1290-1291.
- ↑ (en) Olivier Hekster, « The Roman Empire », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 110-111.
- ↑ OCD 2012, p. 1291-1292.
- ↑ OCD 2012, p. 321.
- ↑ (en) Olivier Hekster, « The Roman Empire », dans Bispham, Harrison et Sparkes 2006, p. 111.
- ↑ Maurice Sartre, « Les Grecs au temps de Rome », dans Sartre, Sartre-Fauriat et Brun 2009, p. 29-32.
- ↑ OCD 2012, p. 631-632.
- OCD 2012, p. 1292-1293.
- ↑ OCD 2012, p. 1294-1295.
- ↑ Magali Coumert et Bruno Dumézil, Les Royaumes barbares en Occident, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 23-42.
- ↑ Coumert et Dumézil 2020, p. 43-53.
- ↑ Coumert et Dumézil 2020, p. 57-60.
- ↑ Jean-Claude Cheynet, Histoire de Byzance, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 10-15.
- ↑ OCD 2012, p. 1294.
- ↑ OCD 2012, p. 320-321, 973, 1170-1171.
- ↑ OCD 2012, p. 729-730.
- ↑ OCD 2012, p. 1434-1435.
- ↑ Pour cette approche : (en) Alain Bresson, « Capitalism and the ancient Greek economy », dans Larry Neal et Jeffrey G. Williamson (dir.), The Cambridge History of Capitalism, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 43-74 ; (en) Willem M. Jongman, « Re-constructing the Roman economy », dans Larry Neal et Jeffrey G. Williamson (dir.), The Cambridge History of Capitalism, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 75-100.
- ↑ OCD 2012, p. 967.
- ↑ (en) C. Broodbank, The Making of the Middle Sea, A History of the Mediterranean from the Beginning to the Emergence of the Classical World, Londres, Thames and Hudson, (chapitre 10).
- ↑ (en) Peregrine Horden et Nicholas Purcell, The Corrupting Sea : A Study of Mediterranean History, Oxford, Blackwell, .
- ↑ (en) Ian Morris, « Mediterraneanization », Mediterranean History Review, vol. 18, , p. 30–55.
- ↑ OCD 2012, p. 731.
- ↑ OCD 2012, p. 1353.
- ↑ « Les concepts en sciences de l’Antiquité : mode d’emploi. Chronique 2014 – Les transferts culturels », Dialogues d'histoire ancienne, vol. 40, no 1, , p. 239-305 (DOI 10.3917/dha.401.0239, lire en ligne).
- ↑ H. Matthaüs, « Art phénicien – Art orientalisant », dans Élisabeth Fontan et Hélène Le Meaux (dir.), La Méditerranée des Phéniciens : de Tyr à Carthage, Paris, Somogy et Institut du monde arabe, , p. 127-133 ; (en) J. Aruz, « Art and Networks of Interaction Across the Mediteranean », dans Joan Aruz, Yelena Rakic et Sarah Graff (dir.), Assyria to Iberia: at the Dawn of the Classical Age, New York, The Metropolitan Museum of New York, , p. 112-124 ; (en) Marian H. Feldman, « Levantine Art in the “Orientalizing” Period », dans Brian R. Doak et Carolina López-Ruiz (dir.), The Oxford Handbook of the Phoenician and Punic Mediterranean, Oxford, Oxford University Press, .
- ↑ OCD 2012, p. 1046-1047.
- ↑ Emmanuelle Valette, « Graecia capta ferum victorem cepit. "Rome et l'hellénisation" », sur Eduscol, (consulté le ).
- ↑ Veyne 2005, p. 9-10.
- ↑ OCD 2012, p. 1283-1284.
- ↑ Inglebert (dir.) 2005.
- ↑ John Scheid, La Religion des Romains, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus », , p. 25-29
- ↑ Veyne 2005, p. 504-505 n. 4.
- ↑ John Scheid, « Nouveau rite et nouvelle piété. Réflexions sur le ritus Graecus », dans Fritz Graf (dir.), Ansichten griechischer Rituale: Geburtstagssymposium für Walter Burkert, Castelen bei Basel, 15. bis 18. März 1996, Berlin et Boston, B. G. Teubner, , p. 168-182 (repris dans Id., Rites et religion à Rome, Paris, CNRS, 2019, p. 95-113).
- ↑ Cabanes 2015, p. 101-102.
- ↑ (en) Robert N. Bellah et Hans Joas (dir.), The Axial Age and Its Consequences, Cambridge, Harvard University Press, . Dossier « ‘‘Axial Breakthrough’’ in Ancient Greece », Fudan Journal of the Humanities and Social Sciences vol. 9, no 4, 2016, p. 539-588.
- (en) Rosamond McKitterick, « The Impact of Antiquity », dans Erskine (dir.) 2009, p. 545-546
- ↑ Michel Briand, Florence Dupont et Vivien Longhi, « La « civilisation » : critiques épistémologique et historique », Cahiers « Mondes anciens » [En ligne], vol. 11, (lire en ligne).
- ↑ Moses I. Finley (dir.), L'Héritage de la Grèce, Paris, Taillandier, (éd. originale 1981), sur l'héritage grec.
- ↑ Pierre Briant, Alexandre : exégèse des lieux communs, Gallimard, coll. « Folio Histoire »,
- ↑ « Since antiquity, the discourse of the ‘classical’ has functioned in just this way to legitimate a social order and a set of institutions, beliefs, and values that are commonly associated with western civilization and ‘our’ western cultural heritage. » : (en) Seth L. Schein, « ‘Our Debt to Greece and Rome’: Canon, Class and Ideology », dans Lorna Hardwick et Christopher Stray (dir.), A companion to classical receptions, Malden et Oxford, Blackwell, , p. 75. (en) Charles Martindale, « Réception », dans Kallendorf (dir.) 2007, p. 297-311.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Antiquité
[modifier | modifier le code]- Pierre Cabanes, Introduction à l'histoire de l'Antiquité, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus - Histoire », , 5e éd.
- Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Dictionnaires Quadrige »,
- (en) Edward Bispham, Thomas Harrison et Brian A. Sparkes (dir.), The Edinburgh Companion to Ancient Greece and Rome, Édimbourgh, Edinburgh University Press,
- (en) Andrew Erskine (dir.), A companion to Ancient History, Malden et Oxford, Wiley-Blackwell,
- (en) Simon Hornblower, Antony Spawforth et Esther Eidinow (dir.), The Oxford Classical Dictionary, Oxford, Oxford University Press, , 4e éd.
- Claude Mossé, Histoire du monde : L'Antiquité, Paris, Larousse,
- Violaine Sebillotte-Cuchet (dir.), Anca Dan, Jean-Paul Demoule, Antoine Pietrobelli et Lucia Rossi, Histoire de l'Europe Tome 1 : Origines et héritages, de la Préhistoire au Ve siècle, Paris, Passés / Composés,
- Aurélie Boissière, Catherine Grandjean et Catherine Virlouvet, Atlas de la Méditerranée ancienne, Paris, Belin, coll. « Mondes Anciens »,
Grèce
[modifier | modifier le code]- Maurice Sartre, Anne Sartre-Fauriat et Patrice Brun (dir.), Dictionnaire du monde grec antique, Paris, Larousse, coll. « In extenso », (ISBN 978-2-03-584834-5)
- Marie-Claire Amouretti et Françoise Ruzé, Le Monde grec antique, Paris, Hachette, coll. « U », , 346 p. (ISBN 2-01-145541-3)
- Pierre Cabanes, Le monde grec, Paris, Armand Colin, coll. « 128 », , 2e éd.
- Laurianne Martinez-Sève et Nicolas Richer, Grand Atlas de l'Antiquité grecque, Paris, Autrement,
- Catherine Grandjean, Geneviève Hoffmann, Laurent Capdetrey et Jean-Yves Carrez-Maratray, Le Monde hellénistique, Paris, Armand Colin, coll. « U / Histoire », , 350 p. (ISBN 978-2-200-35516-6).
- Brigitte Le Guen (dir.), Maria Cecilia D'Ercole et Julien Zurbach, Naissance de la Grèce : De Minos à Solon, 3200 à 510 avant notre ère, Paris, Belin, coll. « Mondes anciens »,
- Catherine Grandjean (dir.), Gerbert S. Bouyssou, Véronique Chankowsky, Anne Jacquemin et William Pillot, La Grèce classique : D'Hérodote à Aristote, 510-336 avant notre ère, Paris, Belin, coll. « Mondes anciens »,
- (en) Edith Hall, The Ancient Greeks : Ten Ways They Shaped The Modern World, Londres, Vintage, (1re éd. 2015)
- (en) Ian Morris et Barry B. Powell, The Greeks : History, Culture, and Society, Harlow, Pearson, , 2e éd.
Rome antique
[modifier | modifier le code]- Hervé Inglebert (dir.), Histoire de la civilisation romaine, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio »,
- Paul Veyne, L'empire gréco-romain, Paris, Le Seuil, coll. « Points - Histoire »,
- Yann Le Bohec, Histoire de la Rome antique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? »,
- Yann Le Bohec, Marcel Le Glay et Jean-Louis Voisin, Histoire romaine, éd. PUF, Paris, 1991 (2e éd. 2011) (ISBN 978-2-13-055001-3).
- Mireille Cébeillac-Gervasoni, Alain Chauvot et Jean-Pierre Martin, Histoire romaine, éd. Armand Colin, Paris, 2006 (2e éd. 2010) (ISBN 978-2-200-26587-8).
- Catherine Virlouvet (dir.), Nicolas Tran et Patrice Faure, Rome, cité universelle : De César à Caracalla 70 av. J.-C.-212 apr. J.-C., Paris, Belin, coll. « Mondes anciens »,
- Catherine Virlouvet et Stéphane Bourdin, Rome, naissance d’un empire : De Romulus à Pompée, 753-70 av. J.-C., Paris, Belin, coll. « Mondes anciens »,
Réceptions
[modifier | modifier le code]- (en) Craig W. Kallendorf (dir.), A Companion to the Classical tradition, Malden et Oxford, Wiley-Blackell,
- Patrice Brun, L'invention de la Grèce : retour sur les utilisations dévoyées de l'Antiquité grecque, Paris, Odile Jacob, (ISBN 978-2-7381-5557-3)
- Corinne Bonnet et Thibaud Lanfranchi (dir.), Les mots de l'Antiquité après l'Antiquité, Toulouse, Presses universitaires du Midi,
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Découpes de l'Antiquité
- historiographie anglo-saxonne : Antiquité classique | Antiquité tardive
- historiographie française, espagnole et italienne : Haut Empire | Bas Empire (d'Occident)
Ces deux découpages excluaient traditionnellement l'Empire romain d'Orient qu'elles comptaient parmi les « États grecs » du moyen âge, depuis la rivalité médiévale entre « Latins » et « Grecs » au sujet de l'héritage romain.
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Antiquité » (voir la liste des auteurs).