Tony Garnier

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 Ne pas confondre avec l'architecte Charles Garnier (notamment connu pour l'Opéra Garnier à Paris)
Tony Garnier
Image illustrative de l'article Tony Garnier
Présentation
Naissance
Lyon, France
Décès (à 78 ans)
Roquefort-la-Bédoule, France
Nationalité Français
Activités Architecte
Urbaniste
Formation École des Beaux Arts de Lyon
Paul Blondel
Louis Henri Georges Scellier de Gisors
Œuvre
Réalisations Halle Tony-Garnier
Hôpital Édouard-Herriot
Stade de Gerland
Distinctions Prix de Rome

Tony Garnier né le à Lyon et mort le à Roquefort-la-Bédoule est un architecte et urbaniste français. Nombre de ses projets sont en effet à l’origine d’avancées considérables dans la réflexion que menaient alors les architectes sur ce qu’ils considéraient être l’architecture moderne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Tombe de Tony Garnier au cimetière de la Croix-Rousse.

Il est le fils de Pierre Garnier, dessinateur en soierie et d’Anne Evrard, tisseuse. Tony Garnier naît à la Croix Rousse.

Il fait ses études à l'école technique la Martinière à Lyon entre 1883 et 1886, puis à l'École des Beaux Arts de Lyon entre 1886 et 1889. Il effectue l'école nationale des Beaux-Arts de Paris entre 1890 et 1899. Élève de Paul Blondel et de Louis Henri Georges Scellier de Gisors, il obtient après six tentatives malheureuses le Premier Grand Prix de Rome en 1899, en présentant pour l'épreuve finale le sujet « Un hôtel pour le siège central d'une banque d'État. »

Ce prix lui permet de séjourner à l'Académie de France à Rome (connue sous le nom de « la Villa Médicis »), du 29 décembre 1899 au 31 décembre 1903. Il y réalise une série d'aquarelles représentant différents sites de la ville. C'est aussi à Rome que Tony Garnier commence à travailler sur son projet de Cité industrielle[1]. Il envoie ses planches à Paris, mais l'Académie les refuse et le somme d'effectuer les travaux qui lui sont demandés : des études architecturales de sites archéologiques antiques dans la région romaine. Les planches du projet de la Cité Industrielle sont actuellement exposées au sein du musée urbain Tony-Garnier à Lyon, dans le quartier des États-Unis qu'il a réalisé.

Lors de l'arrivée d'Édouard Herriot à la mairie de Lyon en 1905, de grands travaux lui sont confiés, notamment dans l'est lyonnais, théâtre de la principale extension urbaine de Lyon à cette époque.

À 46 ans il épouse, en 1915, Catherine La Ville de 21 ans sa cadette.

Tony Garnier meurt le 19 janvier 1948 à Roquefort-la-Bédoule. Son corps est rapatrié à Lyon en novembre 1949, au cimetière de la Croix-Rousse, où il est enterré.

Principales réalisations[modifier | modifier le code]

La Vacherie du Parc[modifier | modifier le code]

La vacherie du Parc, laiterie municipale située dans le Jardin zoologique de Lyon, au sein du Parc de la Tête d'Or, a été la première commande de la ville de Lyon (1904-1905)[2].

Les Abattoirs de la Mouche[modifier | modifier le code]

La grande halle des abattoirs de la Mouche (1906 - 1932), vaste ensemble englobant la halle et les abattoirs incluant la halle Tony-Garnier (1909-1928), 20, place Antonin Perrin, Lyon 7e. Anciens abattoirs lyonnais, à structure métallique. Elle est classée en 1975 Monument historique. Cette halle mesure 210 m par 80 m. Elle est utilisée de nos jours comme salle polyvalente (expositions, spectacles, concerts, etc.), à la suite de la première rénovation réalisée par les architectes Reichen et Robert en 1988. Une deuxième rénovation (architecte Albert Constantin - Atelier de la Rize) a eu lieu en 1999[3].

Le Marché aux bestiaux et les abattoirs de Lyon constituent le premier projet d’envergure confié à Tony Garnier. Il en est désigné officiellement comme l’architecte, par le Conseil municipal, le 30 juin 1906. Les travaux sont commencés en 1909. En 1914, l’ensemble, qui n’est pas achevé, accueille l’Exposition international urbaine «La Cité moderne». Réquisitionnés durant la Première Guerre mondiale, les bâtiments sont affectés à la production d’armement. Les travaux reprennent en 1924 et aboutissent en 1928[4].

Exposition de Lyon : l'extérieur du Palais de l'Industrie.

L’élaboration du projet dure deux ans et demi. Ce programme complexe réunit deux fonctions: des abattoirs ainsi qu’un marché aux bestiaux. Organisation horizontale, séparation des fonctions, rationalisation des circulations, tels sont les principes qui guident l’établissement du plan d’ensemble sur un vaste terrain de 23 000 m2. Les bâtiments sont organisés selon deux axes orthogonaux, formés par la rue couverte et la halle, dans le sens des opérations : gare, quais, écuries, marché, abattoirs, halls d’abattage et services. Dès 1914, les abattoirs de La Mouche furent unanimement salués par les critiques comme l’une des réalisations contemporaines les plus novatrices et contribuèrent fortement à la notoriété de Garnier[5].

L'Hôpital Édouard-Herriot[modifier | modifier le code]

Buste de Tony Garnier à l'hôpital Edouard-Herriot.

L'Hôpital Édouard-Herriot (anciennement Grange-Blanche) (1911-1933), place d'Arsonval, Lyon 3e. Il s'agit aujourd'hui du plus grand hôpital de la région Rhône-Alpes. Sa particularité est d'être composé de multiples pavillons dédiés fonctionnellement dans un cadre de verdure, avec une circulation médicale par un réseau souterrain de coursives. Cette organisation est le reflet des principes hygiénistes appliqués à l'architecture depuis la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle[6].



Le stade de Gerland[modifier | modifier le code]

Stade de Gerland, Lyon, France

Le stade de Gerland (1914-1926), Lyon 7e[7] est la troisième grande commande que l’architecte reçoit de la municipalité lyonnaise avant 1914 après les abattoirs de La Mouche et l’hôpital de Grange-Blanche.

Si la chronologie de l’élaboration du projet et de la réalisation est embrouillée, entre 1913, date de décision de la construction et 1926, date de son inauguration, la conception en est claire. S’il a la forme classique du stade moderne librement inspiré des cirques antiques, le traitement est plus monumental que jamais. Le stade est prévu pour accueillir 25 000 à 30 000 spectateurs. L’ensemble est construit en béton de mâchefer et ciment armé, seules les tribunes sont recouvertes de pierre[8].

Le quartier des États-Unis (1919-1933)[modifier | modifier le code]

Le quartier des États-Unis est la quatrième grande commande publique que reçoit Garnier à Lyon. En 1917, la municipalité décide la construction d’un boulevard industriel dans la banlieue sud-est de Lyon. Garnier étudie alors un vaste projet d’urbanisme qui ne sera que partiellement réalisé. Les études se poursuivent en 1919 et 1920, sous le titre Habitations en commun-centre industriel à Lyon entre La Guillotière et Vénissieux, projet publié dans les Grand Travaux de la Ville de Lyon. Garnier a conservé sa vision globale associant, en une totalité, l’industrie, les logements, les services publics, les hôtels, les magasins[9]. Les travaux débutent en 1922 et se poursuivent jusqu’en 1933. Si le quartier des États-Unis a fortement contribué à la renommée contemporaine de Garnier, il n’en demeure pas moins que la ville idéale de l’architecte repose en réalité sur la maison individuelle, les nombreuses vues urbaines de la Cité industrielle en témoignent[10].

Autres réalisations[modifier | modifier le code]

  • 1921 Troisième villa à Saint-Rambert.
  • 1922 Villa Gros, Saint-Didier au Mont d’Or, 54, route de Limonest Saint-Didier-au-Mont d’Or.
  • 1924 Monument aux morts du quartier du Montplaisir, 8, rue Léo et Maurice Trouilhet 69008 Lyon.
  • 1925 Pavillon de Lyon-Saint-Étienne à l’exposition des Arts décoratifs et industriels modernes, Paris.
  • 1926 Agrandissement de la Villa à Cassis (Bouches-du-Rhône).
  • 1926 Monument à Auguste Chauveau, École vétérinaire, Conservatoire National Supérieur de Musique 3, quai Chauveau 69009 Lyon.
  • 1927 École de tissage, 43, cours du Général Giraud 69001 Lyon (réalisée en 1933).
  • 1928 Jardin au Salon des Arts décoratifs modernes, Lyon (réalisée-détruit).
  • 1928-29 Stade nautique de Gerland, Lyon.
  • 1930 Jardin de la Villa à Carnoux.
  • 1937 Tombe Garnier, cimetière de la Croix-Rousse, 69004 Lyon.
  • 1940 Tombe Jancert, cimetière de Caluire-et-Cuire, Lyon.

Idéologie et principes directeurs[modifier | modifier le code]

Tony Garnier est l'auteur d'une utopie urbanistique richement illustrée proposant une ville idéale s'appuyant sur une séparation des fonctions urbaines et des activités, qu'il présente comme mémoire final au grand prix de Rome. Il y propose une Cité industrielle de 35 000 habitants entièrement en béton armé et verre, ce qui suscite le mépris des académiciens du jury et de ses confrères français à son retour. Ce projet, exposé en 164 plans précis jusque dans les moindres détails de construction, influence par la suite les modèles théoriques d'urbanisation des premières années de l'Union soviétique. On peut voir des reproductions de certaines de ses planches au musée urbain Tony Garnier (quartier des États-Unis à Lyon).

Cet architecte lyonnais emblématique, au style particulièrement reconnaissable, conçoit ses ensembles — tels l'hôpital Herriot ou la cité des États-Unis — comme une cité en miniature, dans le sillage des grandes utopies socialistes du XIXe siècle, et s'appuyant sur le principe des cités-jardins qui sont réalisées à la même époque en Europe et aux États-Unis.

Sa réflexion architecturale se caractérise par l'adoption de principes formels et typologiques forts, tels la recherche d'un rapport intérieur-extérieur et d'îlots dits ouverts, qui inspirent plus tard l'architecture et l'urbanisme. Ses maîtres mots sont le fonctionnalisme, l'espace, la lumière et la verdure.

L'idéal de Tony Garnier de séparation des fonctions urbaines et des activités a été fortement appliquée dans le quartier Slotermeer dans l'ouest d'Amsterdam par l'urbaniste Cornelis van Eesteren auquel a été dédié le musée Van Eesteren, ouvert le 15 octobre 2010.

Pour René Jullian, Garnier se révèle comme l’une des personnalités les plus importantes des premières décennies du XXe siècle puisqu'il réalise une synthèse architecturale et urbaine qui marque profondément la science de l’urbanisme C. Krzysztof Pawlowsky, «En matière d’urbanisme, toute idée neuve et hardie est intéressante. De l’ensemble de ces idées se dégagera la science vaste et éminemment utile pour l’avenir social et économique des cités», écrivait l’architecte en 1930. Artiste et dessinateur de talent, constructeur, virtuose du fer et génial précurseur dans l’emploi du béton armé selon Louis Piessat[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Piessat, Tony Garnier 1869-1948, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1988, 196 p.
  • Alain Guiheux et Olivier Cinqualbre (dir.), Tony Garnier : l'œuvre complète, catalogue d'exposition, Paris, Centre Georges Pompidou, 7 mars - 21 mai 1990, Paris, Centre Georges Pompidou, 1990, 254 p.
  • Institut français d'architecture, Archives d'architecture du vingtième siècle, p. 172-173, Pierre Mardaga éditeur, Liège, 1995 (ISBN 2-87009-446-9)
  • Gérard Bruyère, "Tony Garnier (1869-1948) et André Vermare (1869-1949) : témoignages retrouvés d’un bref compagnonnage artistique", Bulletin municipal officiel de la ville de Lyon, no 5335 (23 juillet 2000), 2 p. ; no 5336 (30 juillet 2000), 2 p.
  • Philippe Dufieux, Sculpteurs et architectes à Lyon (1910-1960) de Tony Garnier à Louis Bertola, Lyon, Éditions Mémoire active, 2007, préface de Jean-Michel Leniaud, 141 p., (ISBN 978-2-908185-61-4)
  • Philippe Dufieux et Jean-Michel Leniaud (dir.), Tony Garnier, la Cité industrielle et l'Europe, actes du colloque international, Lyon, Conseil d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement du Rhône, 28 et 29 novembre 2008, Lyon, CAUE, 2009, 319 p., (ISBN 978-2-912533-18-0)
  • Gérard Bruyère, "Tony Garnier et Henri Focillon : rencontre dans un jardin clos", dans Philippe Dufieux et Jean-Michel Leniaud (dir.), Tony Garnier, la cité industrielle et l'Europe, actes du colloque international, Lyon, Conseil d'Architecture d'Urbanisme et de l'Environnement du Rhône, 28 et 29 novembre 2008, Lyon, CAUE, 2009, p. 250-285, ill. en noir et en coul
  • Gérard Bruyère, "Hygiénisme, spéculation foncière et cinéma, à propos du projet de désaffectation de l'Hôtel-Dieu de 1905", dans L'Hôtel-Dieu de Lyon, bulletin hors série de la société académique d'architecture de Lyon, mai 2012, p. 108-117, 4 fig. en coul.
  • Jorge León, "Carne de Matadero: El colaboracionismo de los poderes públicos durante la Exposición Internacional de Lyon bajo ideología higiénico-progresista ». Seminario Internacional sobre Eventos Mundiales y Cambio Urbano, EMCU - Universidad de Sevilla, 26-28 Noviembre 2012, (ISBN 84-695-6462-5), p. 141–151.
  • Pierre Gras, "Tony Garnier" Éditions du Patrimoine / Centre des Monuments Nationaux, Paris 2013 (ISBN 978-2-7577-0272-7)
  • Philippe Dufieux, "Tony Garnier et l'Exposition de 1914", dans Lyon centre du monde ! L'Exposition internationale urbaine de 1914, catalogue d'exposition, Lyon, musées Gadagne, 21 novembre 2013 - 27 avril 2014, Maria-Anne Privat-Savigny (dir.), Lyon, Fage éditions, 2013, p. 64-77, (ISBN 978-2-84975-305-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La Cité Industrielle », sur .museeurbaintonygarnier.com.
  2. « La vacherie du Parc - 1904-1905 - Parc de la Tête d'or - Lyon 6e », sur lyon.fr, ville de Lyon.
  3. Notice no PA00117810, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  4. Tony Garnier, L’œuvre complète, Centre Georges Pompidou, collection Monographie, 1990, p. 146 - 149.
  5. Journal de l’exposition, Tony Garnier 1869-1948, Architecte et urbaniste, p. 13-14.
  6. Notice no PA00117813, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  7. Notice no PA00117986, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  8. Journal de l’exposition, Tony Garnier 1869-1948, Architecte et urbaniste, p. 17-18.
  9. Alain Guiheux et Olivier Cinqualbre (dir.), Tony Garnier, l’œuvre complète, ouvrage publié à l’occasion de l’exposition présentée au Centre Georges Pompidou, 7 mars - 21 mai 1990, Paris, Centre Georges Pompidou, 1990, p. 94 - 96.
  10. Journal de l’exposition, Tony Garnier 1869-1948, Architecte et urbaniste, p. 19-20.
  11. Notice no PA00118139, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  12. Notice no PA00118138, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  13. Notice no IA00119886, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  14. Notice no PA00088077, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  15. « Parc de la Tête-d'Or », notice no PA00117982, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  16. Philippe Dufieux, Journal de l’exposition, Tony Garnier 1869-1948, Architecte et urbaniste, p. 03-04.

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