Cimetière de Loyasse

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Cimetière de Loyasse
Cimetière de Saint-Just
Cimetière de Loyasse - Tombes.jpg
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Personnalités enterrées
Voir Tombes de personnages célèbres

Le cimetière de Loyasse, créé en 1807, est le plus ancien cimetière en activité de Lyon[1]. Il est situé dans le 5e arrondissement de Lyon 43, rue du Cardinal-Gerlier.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premier plan lithographié,
par Pascal Gay (1813).

Dès 1775, le problème de l'inhumation se pose à Lyon : une assemblée ecclésiastique se plaint au roi que les cimetières jouxtant les églises de la ville « débordent ». Celui du quartier dense du Vieux Lyon jouxte l'église Saint-Just. L'année suivante, la déclaration royale de Louis XVI du fixe les règles de sépultures en huit points. Cette disposition n'a pas d'effet et il faut attendre le décret du 23 prairial an XII (). Ce décret régit encore les cimetières français dans leurs dispositions essentielles.

À l'époque où les lyonnais envisagent de créer un cimetière municipal, le chirurgien et futur maire de Lyon Jean-Jacques Coindre propose en un projet dessiné par l'architecte Jacques Marcoux qui comprend soixante fosses communes pouvant accueillir 4 000 morts. Il est approuvé par le Conseil municipal le [2].

Le , un traité est signé et des travaux sont démarrés pour ouvrir un nouveau cimetière sur le territoire des Sablons à Montchat où un terrain de 6,5 hectares était disponible. Au même moment, le cimetière des Quatre-Vents de l'église Saint-Just arrive à saturation : l'acquisition d'un terrain à Loyasse est alors signée. Les trois sites, Montchat, Loyasse et Croix-Rousse sont définitivement adoptés par le Conseil municipal le . Ce choix est validé par un arrêté du ministère de l'Intérieur le et par un décret impérial le . Le cardinal Fesch s'oppose alors avec le clergé à l'installation à Montchat, trop éloigné de la ville ; le site de la Croix-Rousse est aussi abandonné[3].

L'acquisition du terrain de Loyasse, qui fait 3,6 hectares, est signée avec Rivay le et l'acte définitif d'achat le . C'est Joseph Gay, architecte de la ville, qui en dessine le plan. Le cimetière des Quatre-Vents ayant alors été fermé, les inhumations commencent immédiatement. Quatre terrains attenants sont aussi acquis entre 1807 et 1810[3].

Le , le chanoine Joseph Caille fait un don de 32 ares affectés à l'enterrement des ecclésiastiques, appelé « cimetière des prêtes ». Il vend en même temps 84 ares pour agrandir le cimetière général. La dernière extension de l'« ancien cimetière » a lieu le , par l'achat du clos Lièvre. Deux propriétés sont acquises en pour former le « nouveau cimetière »[4].

Premières inhumations[modifier | modifier le code]

Les premières tombes sont installées en , après une simple clôture du terrain récemment acquis. 269 personnes sont enterrées cette année, puis 1094 en 1809. Les plus anciennes tombes encore présentes datent de 1809, telles celles de la famille Jambon, dont Philibert Jambon inventeur de la prothèse externe mécanique, et celle de Jacques Barraband[5].

Cimetière des riches[modifier | modifier le code]

Dans les années 1830, sur plus de 5 000 décès annuels, seuls 1 500 lyonnais étaient enterrés à Loyasse. La plupart des autres finissaient dans les fosses communes du cimetière de la Madeleine, donc en dehors des lieux définis par la loi. Une inhumation simple à Loyasse sur un emplacement de 5 ans non renouvelable, coûtait 34 francs, une somme inaccessible à la plupart des gens. De plus, l'espace réservé aux sépultures ordinaires s'est réduit au fur et à mesure de la création des concessions, un phénomène qui s'est accéléré à partir du , à l'institution des concessions de 15 et 30 ans[6].

Concessions[modifier | modifier le code]

Le Conseil municipal vote un arrêté le permettant l'aliénation de parcelles carrées de 25 m2, dites « masses »[7],[8], en concessions perpétuelles. Le tarif et les conditions sont fixés le et le décret d'application publié le . Un registre n'est ouvert qu'en , la plus ancienne concession datée et toujours visible est celle de Marc-Antoine Petit, créée le [5].

Le , le Conseil municipal vote de nouveaux tarifs et supprime la concession perpétuelle[9]. Cette suppression n'étant pas rétroactive, de nombreuses concessions sorties d'usage restent abandonnées[10].

À la fin du XXe siècle, la municipalité fait de nombreux efforts pour sauvegarder le patrimoine en recherchant activement les ayants droit et instaurant la cession à particulier contre un franc symbolique obligeant le remontage et la restauration du monument concerné sur un autre emplacement. Mais en 1996, aucun d'entre eux n'était classé monument historique, et des tombes d'importance historique continuent de disparaître, telle celle d'Antoine Péricaud[11].

Inconvénients du site[modifier | modifier le code]

Train entre Fourvière et le cimetière
vers 1910.

Malheureusement, le site s'avérera malcommode. On s'aperçoit qu'il est exposé à tous les vents : en 1825, la croix qui orne l'entrée du cimetière est abattue par la tempête. Les murs sont endommagés par une tornade en 1847 et deux mille tuiles doivent être remplacées. Le terrain n'est guère plus propice : il est situé à l'ouest du plateau de la Sarra sur un terrain instable qui occupe les ruines romaines de la partie ouest de Lugdunum. Le terrain est instable à tel point que, dès 1810, le mur de la terrasse s'effondre. La nature imperméable du terrain empêche même la décomposition des corps[12].

De plus, le cimetière est très difficile d'accès car situé à l'extrémité de la ville d'alors et de surcroît, au sommet du plateau qui domine le centre de Lyon de plus de cent mètres : on accède au plateau par des escaliers abrupts ou bien par des détours considérables. Le transport des corps sera tout de même amélioré lors de la création du funiculaire entre Saint-Paul et Fourvière le [13] puis du train entre Fourvière et le cimetière.

Spécificité et intérêt[modifier | modifier le code]

Outre le fait qu'étant placé sur les hauteurs de Lyon, à la limite de la commune de Sainte-Foy-les-Lyon, il permet d'avoir une très belle vue sur le centre de la ville, il offre surtout une panoplie de styles impressionnante.

Par comparaison avec les cimetières des villes régionales, celui de Loyasse possède en particulier « l'abondance, la diversité, la qualité des œuvres néo-antiques, architecture et décoration : à Lyon, l'antique est vivant »[14].

Les tombes qui y sont édifiées ont suivi les modes architecturales de leur époque et les particularités de ceux qui y reposent. On y rencontre quelques tombes des premiers temps en forme de sarcophages, de simples tombeaux avec gisants, des effigies et des bustes d'artistes locaux, des monuments de style Art déco, néo-classiques ou néo-gothiques dont certains sont magnifiques et toujours en excellent état.

Nombreux sont les effigies et les bustes représentant des artistes locaux, peintres, architectes, et des personnalités, des maires de Lyon comme Antoine Gailleton ou Édouard Herriot, dont les portraits ornent leurs tombes respectives près de l'entrée du cimetière.

On y découvre aussi des monuments en forme de pyramides : celui de Nizier Anthelme Philippe dit « Maître Philippe », un mystique chrétien dont la tombe est constamment et abondamment fleurie et le grand if qui l'abrite porte de nombreux petits papiers pliés comme autant d'ex-votos ; celui de la famille Guimet avec son dôme de plaques colorées ; ou celui de la famille Pléney qui domine tous les autres avec sa pyramide de plusieurs mètres de haut qui se termine par une magnifique sculpture représentant une pleureur dont le chagrin s'écoule dans un vase.

Jean-François Legendre-Héral, sculpteur et professeur de sculpture à l’École spéciale des arts de dessin de Lyon (future École des Beaux-Arts), réalisa plusieurs sculptures funéraires présentes au cimetière, dont Jeune femme sur la tombe de la famille Monnier datant de 1827, et Ange priant de 1835 surmontant la tombe d’Antoine Pinet mort à l'âge de 4 ans.

Tombes de personnages célèbres[modifier | modifier le code]

Tombe de Pierre Bossan

Le cimetière de Loyasse est considéré comme le lieu de repos de nombreux Lyonnais célèbres, à l'instar du cimetière du Père-Lachaise à Paris. On y trouve ainsi :
Dans l'« ancien cimetière » :

Dans le « nouveau cimetière » :

Monuments[modifier | modifier le code]

Un monument rappelle la catastrophe de Fourvière (novembre 1930).

Accessibilité[modifier | modifier le code]

Le cimetière est accessible par la ligne de bus 90 des Transports en commun lyonnais (TCL), à l'arrêt « Cimetière Loyasse ».

Archéologie[modifier | modifier le code]

Un atelier de poterie était installé à l’emplacement du cimetière à la fin du Ier siècle av. J.-C. et au Ier siècle apr. J.-C.. Il est découvert en 1967 par l'archéologue bénévole René Pelletier[16], qui y trouve des céramiques datant le site depuis Auguste (27 av. J.-C. - 14 apr. J.-C.) jusqu'à la fin des Antonins[17] (vers 190 apr. J.-C.).

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cimetière de Loyasse ancien », Site officiel de la municipalité de Lyon : Accueil > Équipements, sur lyon.fr (consulté le 29 décembre 2019) ;
    « Cimetière de Loyasse nouveau », Site officiel de la municipalité de Lyon : Accueil > Équipements, sur lyon.fr (consulté le 29 décembre 2019).
  2. Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 15.
  3. a et b Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 17.
  4. Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 19.
  5. a et b Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 21.
  6. Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 23.
  7. « Cimetière de Loyasse ancien », sur lyon.fr (consulté le 5 février 2020).
  8. Beuf 1834, p. IX-X.
  9. Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 144.
  10. Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 145.
  11. Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 146.
  12. [Pelletier 2002] Jean Pelletier, Connaître son arrondissement, le 5e, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire (ELAH), coll. « HC ELAH », (ISBN 978-2-84147-102-7, présentation en ligne), p. 58-59.
  13. [Borgé et al. 1984] Guy Borgé, Marjorie Borgé et René Clavaud, Les transports à Lyon, du tram au métro, éd. Jean Honoré, , p. 104.
  14. Hours, Lavigne-Louis et Vallette d'Osia 1996, p. 143.
  15. [Deroudille 1954] René Deroudille, Une dynastie pharmaceutique lyonnaise : Les Guillermond, Trévoux, Impr. J. Patissier, , 24 p..
  16. [Génin et al. 1996 (1)] Martine Génin, Jacques Lasfargues et Anne Schmitt, « Les productions de l'atelier de Loyasse », Gallia, t. 53 « Les productions des ateliers de potiers antiques de Lyon »,‎ , p. 19-38 (lire en ligne [sur persee]), p. 19.
  17. [Pelletier 1967] René Pelletier, « Matériel céramique du nouveau cimetière de Loyasse (Lyon, quartier de Saint-Just) », Revue archéologique du Centre de la France, vol. 6, no 4,‎ , p. 337-338 (lire en ligne [sur persee]), p. 337.

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Bertin 2013] Dominique Bertin, Guide de Lyon et ses cimetières, (œuvre littéraire), Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, Voir et modifier les données sur Wikidata
  • [Beuf 1834] Pierre Beuf, Le cimetière de Loyasse, ou description de tous les monuments qui existent dans ce cimetière, avec le relevé exact des inscriptions qui y sont gravées, Lyon, P. Beuf, (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Chenavard 1860] Antoine-Marie Chenavard, Recueil des compositions exécutées ou projetées. Tombeaux, Lyon, L. Perrin, .
  • [Dulin 1829] Jacques Dulin, Recueil des plus beaux tombeaux exécutés au grand cimetière de Lyon, Lyon, Perrin, (présentation en ligne). Album de lithographies par Michel Béraud-Lauras, d'après Jacques Dulin ; deux livraisons parues sur neuf prévues.
  • [Guillermin & Bourguignon 2014] Yamina Guillermin et Armande de Bourguignon, « En se promenant à Loyasse », Bulletin de liaison de l'association Sauvegarde et Embellissement de Lyon,‎ , p. 10-12 (lire en ligne).
  • [Hours et al. 1996] Henri Hours, Maryannick Lavigne-Louis et Marie-Madeleine Vallette d'Osia, Le cimetière de Loyasse, Lyon, Préinventaire des monuments et richesses artistiques, , 526 p. (ISBN 2-910865-03-7). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Martin-Payen 1981] Véronique Martin-Payen, Mourir à Lyon, première moitié du XIXe siècle (mémoire de maîtrise en Histoire), Lyon, Lyon 2, .
  • [Massina 1995] Sabine Massina, Sculptures et ornementations funéraires au XIXe siècle. Cimetière de Loyasse (mémoire de maîtrise en Histoire de l'art), Lyon, Lyon 2, .
  • [Mottin 1981] Bruno Mottin, Les monuments funéraires d'Antoine-Marie Chanavard (1787-1883) (mémoire de maîtrise en Histoire de l'art), Lyon 2, .

Liens externes[modifier | modifier le code]