Tochavim

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Le terme Tochavim (en hébreu : תושבים, résidents; sing. tochav תושב, d'après la racine ישב, « habiter, séjourner, s'installer ») désigne de façon générale les Juifs non séfarades qui habitaient des terres dans lesquelles arrivèrent en masse ces derniers alors expulsés (hébreu : מגורשים, megorachim) de la péninsule Ibérique en 1492 par un édit des souverains Isabelle de Castille et Ferdinand II d'Aragon d'Espagne.

De façon plus particulière, il s'applique aux Juifs autochtones du Maghreb, également appelés Maghrebim (hébreu : מַגּרֶבִּים ou מַאגרֶבִּים). Ceux-ci vivant dans la région occidentale (al-Maghrib, « l'ouest » en arabe) de l'Afrique du Nord.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Maghreb fut longtemps une terre d'accueil pour les Juifs persécutés, ainsi en fut-il le cas au VIIe siècle à la suite des fortes persécutions du roi wisigoth Sisebut à l'encontre des Juifs d'Espagne[1]. La présence historique et archéologique des Juifs au Maghreb remonte à la période grecque ptolémaïque, cependant il s'agit de la Cyrénaïque rattachée politiquement à l'Égypte ptolémaïque[2]. On assiste aux premiers développements à partir des premiers siècles de l'ère commune sous la présence romaine dans les environs de Carthage[3] puis à Constantine[4] , Sétif[5], Tipaza[6], Cherchell, Volubilis et Salé.

Avec l'arrivée de l'Islam, les communautés juives passent de sujets byzantins à sujets musulmans sous le statut de dhimmis et connaissent des variations démographiques et économiques au cours des différentes dynasties islamiques. Au XIIe siècle les principaux centres juifs du Maghreb sont Kairouan, Bejaïa, Tlemcen, Tiaret, Fès ou encore Sijilmassa[7]. La situation des Juifs s'aggrave sous les Almohades, la plupart des communautés juives sont forcées à la conversion ou à l'exil et disparaissent[8]. Les Almohades finissent par assouplir leur politique à l'encontre des dhimmis. Les communautés juives se relèvent difficilement et petit à petit. L'arrivée d'un nombre considérable de Juifs fuyant ou chassés d'Espagne, les Megorachim, à partir de 1298 jusqu'en 1685 va permettre la renaissance du judaïsme maghrébin[9],[10].

Relations entre communautés[modifier | modifier le code]

Les Tochavim (en hébreu « résidents ») ou Beldiyins (en arabe « ceux du pays ») sont une population urbaine depuis l'époque romaine avec toutefois des ramifications rurales notoires.

Au Maroc, la plus importante communauté juive est celle de Fès. D'autres communautés sont présentes dans les principaux ports du pays tels que Salé et Rabat. La communauté juive de Fès représente l'un des plus importants centres rabbiniques, de prestigieuses branches famillales de Fès tels que les Ben Danan, Alfassi ou Edery ont longuement séjourné ou fait souche en Espagne, de retour au Maroc ils joueront un rôle très important dans les relations et l'assimilation des Tochavim aux Megorachim à Fès et dans le reste du Maroc. Des communautés rurales sont notées très tôt dans la vallée du Draa, où Sijilmassa forme un centre rabbinique en plein Sahara.

En Algérie, les centres juifs sont principalement, à l'est, à Constantine et, à l'ouest, à Tlemcen et Tiaret. Au Xe siècle se développent des communautés à Alger et Bejaïa, alors capitales des Zirides et Hammadides respectivement, mais ce ne sera qu'au XVe siècle, à la suite de l'Inquisition espagnole, qu'Alger trouvera sa place de plus grand centre rabbinique d'Afrique du Nord. Les Juifs sont plutôt bien traités au Maghreb central dominé par les Kharidjites ; ces Berbères musulmans soucieux de se démarquer de l'élite arabe choisissent de prendre le parti de cette nouvelle doctrine. Des communautés se développent ainsi en zone karedjite comme dans la vallée du Mzab, au Touat et à Tiaret, en relations avec celle des Juifs de Djerba.


La Tunisie est probablement le pays dont la population tochavim dite des « Twensa » se marqua le plus dans l'histoire de l'Afrique du Nord. Les premières traces de présence juive archéologique datent de la période romaine à Hammam-Lif et à Carthage : la première synagogue du Maghreb y porte le nom de Sancta Synagogua Nora. Cependant, durant les premiers siècles de la période musulmane, c'est à Kairouan que se développe un centre rabbinique important. À son apogée, Kairouan est probablement le foyer de la plus grande communauté juive du Maghreb en relation avec les communautés d'Orient. À sa destruction, les communautés juives s'éparpillent vers les villes côtières : Gabès, Sfax, Sousse et Tunis jusqu'à El Kef et dans le reste de l'Algérie. La communauté juive de Djerba reste la communauté de Tunisie la plus pittoresque de par son histoire, elle est également à l'origine de nombreuses communautés sur le continent et jusqu'à Tripoli.

La période la plus noire des Juifs d'Afrique du Nord se déroule lors des premières années du règnes des Almohades. Berbères de l'Atlas fanatiques qui portent en horreur les hérétiques parmi lesquels les chrétiens et les juifs sont classés. Partout en Afrique du Nord et dans l'Espagne musulmane contrôlée par les Almohades, juifs et chrétiens sont forcés à la conversion ou à l'exil. Si en Espagne la période almohade voit une forte migration des populations non musulmanes vers l'Espagne chrétienne du nord, la plupart des communautés chrétiennes et juives d'Afrique du Nord choisissent de se convertir.

Dès cette période se développèrent les premiers marranismes ; si certains juifs, notamment à Fès, se convertissent complètement, laissant des descendants musulmans aux patronymes à consonance hébraïque encore aujourd'hui, la plupart des communautés juives ne se convertissent que superficiellement, continuant à observer le judaïsme en cachette. Contrairement aux communautés chrétiennes disparues totalement dès lors, les communautés juives réapparaissent et se relèvent. Certains Juifs restèrent musulmans pendant quelques générations et se virent affublés du patronyme Amssellem (le musulman en arabo-berbère). Au Maroc, la période almohade aura notamment pour effet d'accentuer davantage la présence juive dans l'arrière-pays et dans le pays montagnard (Juifs berbères).

Ce sont les Juifs chassés ou fuyant l'Espagne et son inquisition, qui permettent au judaïsme en Afrique du Nord de recouvrir une nouvelle phase.

Langues et coutumes[modifier | modifier le code]

Au xvie siècle, les rapports des Juifs exilés avec les Juifs autochtones, les Tochavim, et leur influence sur eux sont très variables selon les communautés où ils s'implantent[11]. Ces Juifs autochtones possédaient leur propres minhagim et parlaient le judéo-arabe ou le judéo-berbère.

À Mogador, les mariages entre les deux communautés juives n'étaient parfois pas favorisés comme en témoignent les contrats de mariage juifs marocains qui mentionnaient autrefois le minhag suivi pour la rédaction de la kétouba. Cependant il s'agit d'un cas particulier par rapport au reste du Maroc[12] où la population séfarade s'étant urbanisée, enrichie, et ayant imposé ses réformes religieuses, la plupart des Tochavim choisissent très vite de s'assimiler au cours des siècles. De ce fait, aujourd'hui encore la plupart des Juifs d'origine marocaine se considèrent actuellement séfarades.

Les « Juifs troglodytes » de la Tripolitaine méridionale, dont le destin est incertain après 1960, étaient probablement une branche isolée de Maghrebim.

Leurs relations avec les musulmans sunnites ont souffert dans les années récentes, du fait de l'hostilité réciproque engendrée par le conflit israélo-arabe.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Haïm Zafrani (1922-2004), Deux mille ans de vie juive au Maroc : histoire et culture, religion et magie. Paris, 1998.
  • Slouschz, Hébræo-Phéniciens et Judéo-Berbères, introduction à l'histoire des Juifs et du judaïsme en Afrique, Ernest Leroux, (lire en ligne)