Youyou (cri)

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Les youyous (ou you-you ou you you) sont de longs cris aigus et modulés, que poussent les femmes autochtones d'Afrique du Nord, ou juives séfarades, et par extension du Moyen-Orient et de certains pays d'Afrique subsaharienne, pour manifester une émotion collective lors de rassemblements : la joie (dans les mariages et autres festivités), mais aussi « la colère ou le désespoir »[1],[2].

Ils sont désignés ainsi par onomatopée (ils ont d'ailleurs par le passé été orthographiés « ouloulou », « olouloulou »[3], « lou lou lou »[4], ou encore « yiheyi »[5]). Chez la plupart des Amazighs (Berbères), le youyou est appelé « tighratin », « tsliliw » ou bien « ilewlawen » (aslewlow dans la vallée de la Soummam). En arabe maghrébin, les youyous sont appelés « zagharit »[6] (transcrit aussi « zaghareet »).

Il existe plusieurs types de youyous, spécifiques de régions, voire de pays donnés.

Les « you-you » chez Assia Djebar[modifier | modifier le code]

Dans Les alouettes naïves (roman 1967)[7], la future académicienne évoque ces cris femmes algériennes sous différents noms et expressions françaises. Elle précise que « you-you » est le mot avec lequel les « Français traduisaient » ce « roucoulement qui tant de fois perçait en vrilles nos cœurs d’hier dans les noces » (p. 229). Ce sont des « roucoulements aigres que toutes poussaient du fond de la gorge… » (p. 106), qui peuvent être, selon les occurrences, « le cri de triomphe traditionnel» (p. 108), mais aussi celui du deuil (quand des « femmes se mirent à hululer telles des hyènes » (p. 147)) ou celui du combat (p. 229) pour « envelopper le champ de guerre d’une terreur triomphale » (p. 243).

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre d'Algérie, les femmes algériennes poussaient des youyous en signe de soutien aux combattants (souvent pendant leur exécution par l'armée française[8] et accèdent au statut de chahids), comme aussi un signe identitaire, nationaliste ou de courage et de la douleur partagéee[9],[10],[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « You-you », sur BDLP (consulté le 9 novembre 2016)
  2. Mohamed Benhlal (préf. Daniel Rivet), Le collège d'Azrouune : une élite berbère civile et militaire au Maroc (1927-1959), Paris, Karthala Éditions, coll. « Terres et gens d'islam », , 413 p. (ISBN 2-84586-599-6), p. 398
    « des mères qui accompagnent leurs enfants avec des youyous de deuil presque toujours en pleurant »
  3. Définitions lexicographiques et étymologiques de « youyou » (sens 1) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  4. Père Michel-Marie Jullien, L'Égypte : souvenirs bibliques et chrétiens, Lille, Société de Saint-Augustin / Desclée, De Brouwer et Cie, , 290 p., p. 269.
  5. Élisée Reclus, Correspondance (1850-1905), vol. II (octobre 1870-juillet 1889), Paris, Schleicher Frères, , 519 p., p. 354
    « Les femmes, couvertes de haïk blancs et de foulards rouges, marchent à la file indienne en poussant de temps en temps un yiheyi prolongé comme un jodel tyrolien.»
  6. Territoires palestiniens de mémoire, Paris / Beyrouth, Karthala / Ifpo, coll. « Hommes et sociétés », , 379 p. (ISBN 2-84586-817-0), p. 320
    « Le terme zagharit signifie « youyous », youyous qui peuvent être entendus de très loin en raison du son aigu et clair qui est produit. Ils comportent de nombreuses variations en Palestine, des signes distinctifs qui sont souvent reconnus et mis en avant dans les fêtes. »
  7. Assia Djebar, Les alouettes naïves, Paris, Julliard, , 425 p.
  8. Si la Casbah m'était contée!. Huffington Post - (consulté le 17 décembre 2016
  9. Si la Casbah m'était contée!. Huffington Post - (consulté le 17 décembre 2016
  10. Diane Cambrons, Femmes musulmanes : Guerre d'Algérie 1954-1962., p. 8 et 10, Éditions Autrement, 2008
  11. Zohra Drif, Mémoires d’une combattante de l’ALN, Zone autonome d’Alger. Page 57. Chihab Éditions. Alger 2013

Article connexe[modifier | modifier le code]