Youyou (cri)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Youyou (cri de joie))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Youyou.

Les youyous (ou you-you ou you you) sont de longs cris aigus et modulés poussés par les femmes d'Afrique du Nord, y compris les juives séfarades, et par extension de certaines régions du Moyen-Orient et de certains pays d'Afrique subsaharienne, pour manifester une émotion collective lors de rassemblements : la joie (dans les mariages et autres festivités), mais aussi « la colère ou le désespoir »[1],[2].

Ils sont désignés ainsi par onomatopée (ils ont d'ailleurs par le passé été appelés « ouloulou », « olouloulou »[3], « lou lou lou »[4], ou encore « yiheyi »[5]). Chez la plupart des Amazighs (Berbères), le youyou est appelé tighratin, tsliliw ou bien ilewlawen (aslewlow dans la vallée de la Soummam). En arabe, les youyous sont appelés زغاريد, transcrit zagharit[6] ou zaghareet.

Il existe plusieurs types de youyous, spécifiques de régions, voire de pays donnés.

Origine et ancienneté[modifier | modifier le code]

En Libye antique, les femmes Libyennes (berbères) semblaient effectuer les cérémonies en poussant un cri caractéristique que l'historien Hérodote fit remarquer : « Pour moi, les hurlements rituels qui accompagnent les cérémonies religieuses ont aussi la même origine, car les Libyennes en usent fort et d'une façon remarquable ; en Grèce, des cris rituels de femmes dans les supplications aux dieux » (cris qui existaient également en Égypte antique)[7].

Les « you-you » chez Assia Djebar[modifier | modifier le code]

En 1967, dans le roman Les Alouettes naïves[8], la future académicienne Assia Djebar évoque ces cris de femmes algériennes sous différents noms et expressions françaises. Elle précise que « you-you » est le mot avec lequel les « Français traduisaient » ce « roucoulement qui tant de fois perçait en vrilles nos cœurs d’hier dans les noces » (p. 229). Ce sont des « roucoulements aigres que toutes poussaient du fond de la gorge… » (p. 106), qui peuvent être, selon les occurrences, « le cri de triomphe traditionnel » (p. 108), mais aussi celui du deuil quand des « femmes se mirent à hululer telles des hyènes » (p. 147), ou encore celui du combat (p. 229) pour « envelopper le champ de guerre d’une terreur triomphale » (p. 243).

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre d'Algérie, les femmes algériennes poussaient des youyous en signe de soutien aux combattants (souvent pendant leur exécution par l'armée française[9] et accèdent au statut de chahids), comme aussi un signe identitaire, nationaliste ou de courage et de la douleur partagée[9],[10],[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « You-you », sur BDLP (consulté le 9 novembre 2016).
  2. Mohamed Benhlal (préf. Daniel Rivet), Le collège d'Azrouune : une élite berbère civile et militaire au Maroc (1927-1959), Paris, Karthala Éditions, coll. « Terres et gens d'islam », , 413 p. (ISBN 2-84586-599-6), p. 398 :

    « des mères qui accompagnent leurs enfants avec des youyous de deuil presque toujours en pleurant »

  3. Définitions lexicographiques et étymologiques de « youyou » (sens 1) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  4. Père Michel-Marie Jullien, L'Égypte : souvenirs bibliques et chrétiens, Lille, Société de Saint-Augustin / Desclée, De Brouwer et Cie, , 290 p. (lire en ligne), p. 269 :

    « Des femmes et des jeunes filles l'entourent et font retentir le lou lou lou ou zagharit. »

    .
  5. Élisée Reclus, Correspondance (1850-1905), vol. II (octobre 1870-juillet 1889), Paris, Schleicher Frères, , 519 p. (lire en ligne), p. 354 :

    « Les femmes, couvertes de haïk blancs et de foulards rouges, marchent à la file indienne en poussant de temps en temps un yiheyi prolongé comme un jodel tyrolien. »

  6. Mauro Van Aken, « La mémoire et l'oubli du rituel : Marginalité et dabkeh chez les Palestiniens en zone rurale de Jordanie », dans Nadine Picaudou (dir.), Territoires palestiniens de mémoire (textes issus des journées internationales d'études de mars 2005, organisées par l'IFPO, l'IISMM et le Cercle arabisant de recherche sur le monde arabe de l'INALCO), Paris / Beyrouth, Karthala / IFPO, coll. « Hommes et sociétés », , 379 p. (ISBN 2-84586-817-0), p. 313–340 (320) :

    « Le terme zagharit signifie « youyous », youyous qui peuvent être entendus de très loin en raison du son aigu et clair qui est produit. Ils comportent de nombreuses variations en Palestine, des signes distinctifs qui sont souvent reconnus et mis en avant dans les fêtes. »

  7. note p. 548 in L'Enquête, livre IV d'Hérodote d'Halicarnasse
  8. Assia Djebar, Les Alouettes naïves, Paris, Julliard, , 429 p. (notice BnF no FRBNF32983899).
  9. a et b Djamel Abada, « Si la Casbah m'était contée ! », sur Huffpost Algeria, .
  10. Diane Sambron, Femmes musulmanes : Guerre d'Algérie 1954-1962, Paris, Autrement, coll. « Mémoires : histoire » (no 133), , 194 p. (ISBN 978-2-7467-1012-2), p. 8 et 10.
  11. Zohra Drif, Mémoires d’une combattante de l’ALN, Zone autonome d’Alger, Alger, Chihab, , 607 p. (ISBN 978-994-739057-3), p. 57.

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]