Arabe marocain

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arabe marocain
المغربية al-maghribiya
Pays Maroc, Algérie, France, Espagne, Portugal[1], Italie, Belgique, Pays-Bas, Israël, Allemagne, États-Unis, Canada, Norvège, Suède
Nombre de locuteurs 37 millions (estimation)
Typologie SVO flexionnelle
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 ara[2]
ISO 639-3 ary
IETF ary

L'arabe dialectal marocain, appelé au Maroc darija (/dæɾiʒæ/), est l'arabe dialectal parlé par la majorité des Marocains arabophones et pouvant être compris par les populations berbérophones bilingues. Il appartient au groupe des dialectes maghrébins, avec notamment l'arabe dialectal algérien ou tunisien, tout en tirant une part considérable de son vocabulaire du français.

Le mot darija désigne donc de façon spécifique le dialecte utilisé par la population marocaine arabophone ; l'équivalent se dit dardja et derja en Tunisie, tandis qu'au Moyen-Orient on utilise le terme arabia ammia (arabe courant). Le terme « darijophone » peut aussi être employé pour désigner ses locuteurs[3].

L'arabe marocain, en tant que langue maternelle ou servant de lingua franca pour la communication entre arabophones et berbérophones, ou entre berbérophones de différents dialectes[4], est parlé par plus de 30 millions de personnes au Maroc et par quelques centaines de milliers dans les pays d'émigration marocaine (fin 2007, 3,5 millions de Marocains résident à l’étranger), principalement la France, l'Espagne, le Portugal[1], l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, les États-Unis, Israël ou encore la Suisse.

La place du dialecte dans l'enseignement et l'espace public fait actuellement débat au Maroc[5].

Variantes[modifier | modifier le code]

Les différentes variantes de l'arabe parlées au Maroc peuvent être classées selon deux catégories : parlers Bédouins (Hilaliens et Maqiliens) et parlers Non-Hilaliens (Citadins et Montagnards)[6],[7].

Alphabet et prononciation[modifier | modifier le code]

L'arabe dialectal marocain n'est associé à aucune forme d'écriture normalisée, bien que des textes en dialecte aient souvent été écrits par le passé, tel que les poésies.

Néanmoins, grâce aux nouveaux moyens de communication comme Internet et la téléphonie mobile (SMS), les Marocains, qui disposent surtout de claviers latins, utilisent l'alphabet latin associé à des chiffres qui ressemblent à des lettres arabes pour s'exprimer.

Alphabet Web/SMS[modifier | modifier le code]

Dans l’alphabet de tchat arabe, on utilise souvent l'alphabet latin. Lorsqu'un phonème fait défaut, on lui substitue avec des chiffres ou d'autres lettres:

  • â - 3 = ﻉ "ʿayn" [ʔˤ]
  • gh = ﻍ "ġayn" [ɣ]
  • kh = ﺥ "ḫā" [x]
  • t = ط "ṭāʾ" [tˁ]
  • h - 7 = ﺡ "ḥā" [ħ]
  • q - 9 = ﻕ "qāf" [q]
  • sh - ch = ش "šīn" [ʃ]
  • l'apostrophe (') - 2 = ء "hamza" [ʔ] très peu utilisé.

Un autre exemple d'alphabet[modifier | modifier le code]

A B Ċ D E É F G Ĝ Ġ H Ĥ I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9

b= b français

ḅ= emphatique de b, assez rare et inexistant en arabe classique et oriental

t= dans la plupart des régions citadines il est prononcé avec une certaine affriction (similaire à /ts/ ou à /tch/ dans d'autres régions, mais se distingue de t+s) alors que dans les parlers ruraux dits "ɛrûbi" il est prononcé comme un t français

ṯ= "th" anglais du mot "think" ou "tea", ce son est presque inexistant en arabe marocain mais peu apparaitre dans des emprunts lexicaux à l'arabe classique chez certains locuteurs, et chez les Saharaouis bien qu'il soit quasi toujours remplacé par t

j= se prononce comme un j français partout au Maroc, cependant il peut occasionnellement être prononcé "dj" dans quelques mots, mais cela ne concerne que certaines régions notamment du nord et du nord-est et quelques parlers ruraux, et "z" chez les juifs.

ḥ= h prononcé au fond de la gorge

ḫ= J de l'espagnol (castillan), souvent retranscrit "kh"

d= d français

ḏ= th anglais des mots "this", "that" ; ce son est presque inexistant en arabe marocain, il n'est prononcé que dans certaines régions montagneuses du nord et par les Sahraouis. Toujours remplacé par d

r= r roulé à l'espagnole ou à l'italienne ; la plupart des gens de Fès ne le prononcent pas correctement et cela ressemble plus à un r américain ou un r français dans leur accent.

ṛ= emphatique de r, son inexistant en arabe classique, il apparaît dans quelques mots

z= z français

ẓ= emphatique de z, son inexistant en arabe classique, il apparaît dans quelques mots

s= s français

š= "ch" français comme dans le mot "chose", se confond dans quelques cas avec "s", notamment chez les juifs (šems, semš ou sems pour "soleil")

ṣ= emphatique de s

ḍ= emphatique de d

ṭ= emphatique de t

ﻅ= son inexistant au Maroc, toujours remplacé par ḍ

ɛ= laryngale, sorte de vibration de la gorge

ġ= r grasseyé, très proche du r français

f= f français

q= k prononcé au fond de la gorge. Ce son est parfois interchangeable avec "g". Dans certains vieux parlers citadins et parler juifs il est prononcé "?" (attaque vocalique) mais cela reste très rare et en voie de disparition (?omo, "levez-vous", pour qumu, p. ex.)

g= g français du mot "gare", ce son apparait le plus souvent pour remplacer "q" surtout dans les parlers ruraux mais dans la plupart des parlers, même citadins, il est fréquemment utilisé pour certains mots. Seules les régions du nord (Tanger...) et certains vieux parler citadins (la vieille ville de Fès par exemple) utilisent exclusivement "q".

Ce son peut également apparaitre pour d'autres raisons (emprunts, assimilations, dissimilations, etc.) et dans ce cas il ne peut pas être changé avec "q". Ces règles s'apprennent avec l'usage.

k= k français

l= l français

ḷ= emphatique de l, ce son est inexistant en arabe classique, il apparaît dans quelques mots.

m= m français

ṃ= emphatique de m, ce son est inexistant en arabe classique, il apparaît dans quelques mots.

n= n français

h= h doux, comme le h anglais du mots "have"

w= w anglais comme dans "water"

y= y comme dans yoyo

a= prononcé "è" devant une consonne normale, et prononcé "a" ouvert devant une consonne emphatique

i= prononcé "i" devant une consonne normale, et "é" devant une emphatique

u= prononcé "ou" devant une consonne normale, et "o" devant une emphatique

â= a long, même règle que pour le a

î= i long, même règle que pour le i

û= u long, même règle que pour le u


Productions scientifiques[modifier | modifier le code]

La production de documents savants (علمي) ou techniques en arabe marocain est quasi inexistante. Farouk El Merrakchi Taki, physicien et enseignant, est le premier auteur connu de manuels de physique rédigés en arabe marocain, s’appuyant sur une nouvelle pédagogie d'enseignement à destination du grand public (donnée de 2013[17]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.maghress.com/fr/mapfr/27190
  2. code générique
  3. « Fiche : darijophone », sur Base de données lexicographiques panfrancophone, Université Laval (consulté le 5 mars 2013)
  4. (fr) « Le darija une langue qui déchaîne les passions », sur www.bladi.net (consulté le 29 juin 2010)
  5. Tel Quel: http://telquel.ma/2014/01/16/debat-quelles-langues-pour-le-maroc_10487
  6. a et b S. Levy, « Repères pour une histoire linguistique du Maroc », EDNA, no 1, 1996, p. 127-137.
  7. a et b A. Bernard & P. Moussard, « Arabophones et berbérophones au Maroc », Annales de Géographie, no 183, 1924, p. 267-282.
  8. L. Messaoudi, - 1998 "Traits linguistiques du parler ancien de Rabat", in Peuplement et arabisation au Maghreb Occidental. Dialectologie et histoire. Madrid; p. 157-163 et L. Messaoudi - 2002 « Le parler ancien de Rabat face à l’urbanisation linguistique », in : Aspects of the Dialects of Arabic Today, Rabat, AMAPATRIL - - 2001 « Urbanisation linguistique et dynamique langagière dans la ville de Rabat », in : Cahiers de sociolinguistique, Rennes, Presses universitaires de Rennes
  9. a et b L. Messaoudi, « Variations linguistiques, images urbaines et sociales », Cahiers de Sociolinguistique, no 6, 2001, p. 87-98.
  10. M. Elhimer, « Variations linguistiques, images urbaines et sociales », Cahiers de Sociolinguistique, no 6, 2001, p. 129-143.
  11. A. Zouggari & J. Vignet-Zunz, Jbala: Histoire et société, dans Sciences Humaines, (1991). (ISBN 2-222-04574-6)
  12. H. Zafrani, « Les langues juives du Maroc », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, no 4, 1967, p. 175-188.
  13. S. Elbaz, « La subordination en arabe d'Oujda », Arabica, no 28, 1981, p. 333-344.
  14. P. Behnstedt & M. Benabbou, « Données nouvelles sur les parlers arabes du nord-est marocain », Zeitschrift für arabische Linguistik, no 44, 2005, p. 17-70.
  15. C. Taine-Cheikh, « Les langues parlées au sud Sahara et au nord Sahel », De l'Atlantique à l'Ennedi (Catalogue de l'exposition « Sahara-Sahel »), éd. Centre culturel français d'Abidjan, 1989, p. 155-173.
  16. C. Taine-Cheikh, « Les hassanophones du Maroc. Entre affirmation de soi et auto-reniement », Peuples méditerranéens, no 79, 1997, p. 158.
  17. H. O. M., « Une première : Un Marocain rédige des manuels scientifiques en darija », sur Medias24,‎ (consulté le 2 décembre 2014)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Wissocq, Dictionnaire Marocain Darija de Poche". www.leseditionsdunet.com, 2013
  • Gérard Wissocq, "Arabe Dialectal Marocain, Cours Approfondi de Darija", 3 volumes et 1 lexique, 2013
  • Richard S. Harrell, A short reference grammar of Moroccan Arabic, Washington, Georgetown University Press, 1962
  • Richard S. Harrell, A dictionary of Moroccan Arabic, Washington, Georgetown University Press, 1966, 2004
  • Michel Quitout, Parlons l'arabe dialectal marocain, Paris, L'Harmattan, 2001

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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