Rachid Kassim

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Rachid Kassim
Terroriste islamiste
Membre de l'organisation État islamique
Information
Naissance
Roanne (France)
Décès (à 29 ou 30 ans)
Mossoul (Irak)
Cause du décès Frappe d'un drone américain
Patrie Drapeau de la France France
Affaires Soupçonné d'implication dans les attentats de Magnanville et de Saint-Étienne-du-Rouvray
Période -
Pays Drapeau de la France France

Rachid Kassim est un djihadiste français né à Roanne en 1987, de parents algérien et yéménite, et mort le près de Mossoul (Irak). Il fait partie de l'organisation État islamique. Il est suspecté d'être le commanditaire de plusieurs attentats en France[1]. Selon les autorités américaines, il aurait été abattu par un drone près de Mossoul en février 2017[2].

Le magazine Cellule de crise révèle qu'il ne fut en réalité que blessé au jambes, et qu'il est tué le 27 juillet 2017 lors d'un bombardement américain le visant[3].

Une "Note bleue" du renseignement français juge cette information très crédible.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Rachid Kassim est le fils de Leila et Mohamed Kassim[4], son père est yéménite et sa mère algérienne[5]. Le couple s'installe à Roanne dans le cadre du regroupement familial[6]. La famille est croyante mais la religion n'y occupe pas une place très importante[6]. Rachid est encore un jeune garçon lorsque ses parents divorcent et refont leurs vie : son père avec une Française non musulmane et sa mère avec un homme avec qui elle emménage et dont elle a trois enfants (deux filles jumelles et un garçon)[6]. À l'école, Rachid est décrit comme un garçon gentil et solitaire, probablement en mal de reconnaissance. Aux alentours de , sa mère se sépare à nouveau, ce qui le marque beaucoup[6] : alors qu'il était jusque-là très investi dans les études, il les abandonne puis envisage un moment de les poursuivre par correspondance[6]. Il se met au karaté, dont il rêve de devenir champion, et se passionne pour les mangas[6]. Il arrive de le croiser en keikogi (improprement appelé « kimono ») dans les rues de son quartier[6]. En Syrie, il prétend : « J'étais dans une école dirigée par deux homosexuels. La France est un pays de décadence. Quand j'étais à l'école, ils essayaient de me faire manger du porc. J'étais si choqué que j'ai retourné la table, et mon père a dû venir et leur parler[5]. »

Radicalisation[modifier | modifier le code]

Rachid se lance dans le rap en , un style musical alors écouté mais peu pratiqué dans la jeunesse roannaise[6]. Il a 23 ans et l'ambition de devenir un rappeur reconnu. Il se produit cette année-là au Parc des Sports de la ville mais ne rencontre que peu de succès. L'année suivante, en , il enregistre un album, intitulé L'Oranais, aux accents politiques, notamment au sujet du conflit israélo-palestinien. La pochette est ornée d'un cimeterre et l'album contient des titres comme Première arme ou Je suis un terroriste où il chante « Salam Aleycoum Oussama ben Laden [tué le ], je suis le cauchemar de Big Ben. ». L'album est un échec cuisant[6]. Vers cette époque, un séjour en Algérie aurait contribué à sa radicalisation[7].

Il se fait remarquer dans son quartier pour son comportement rigoriste et prosélyte, parfois étrange[6]. Il distribue des livres coraniques aux jeunes et les incite à aller à la mosquée. À un enfant qui promène un chien, il déclare « Les chiens, c'est 'haram', c'est Satan ! »[6]. Dans le même temps, il se montre toujours serviable avec les autres[6].

Rachid est aussi titulaire d'un brevet d'animateur et est employé dans un centre social[4] où il s'occupe de l'encadrement d'enfants. Il refuse de serrer la main de ses collègues féminines et demande une salle de prière, ce qui conduit ses employeurs à ne pas renouveler son contrat. Il aurait eu comme mentor à cette époque Julien B., dit Abdeslam, un converti né en 1976 ou 1977 et arrêté dans le Jura le [6].

Membre de l'État islamique[modifier | modifier le code]

Au printemps , il vend sa voiture Fiat 500 et la remplace par un modèle plus grand, qu'il gare loin de son immeuble. Il se déplace alors en VTT. Il quitte Roanne peu de temps après, un jeudi, avec son épouse Justine (une Française convertie à l'islam), leur fille de 3 ans et leur chat[6] (il abandonnera finalement à son grand regret le félin à Gaziantep, avant de passer la frontière turco-syrienne[5]). Il prétexte le départ auprès des parents de Justine par des vacances en Turquie. Il se serait rendu par la suite en Égypte, d'où il gagne les territoires contrôlés par l'État islamique en Irak et en Syrie[6].

Il est présent sur les réseaux sociaux, particulièrement sur l'application de messagerie sécurisée Telegram où il se nomme Ibn Qassim[7] et d'où il diffuse des appels au meurtre[4]. Il est aussi présent sur Facebook en 2015 sous le pseudonyme de « Nicole Ambrosia »[8]. Des liens sont établis avec les auteurs des attentats de Magnanville et de Saint-Étienne-du-Rouvray, qu'il aurait « téléguidés » depuis la Syrie[4]. Une vidéo le montre le décapitant un prisonnier menotté[6].

Rachid Kassim intègre l'Amniyat, les services de renseignement de l'État islamique, mais il n'exerce pas de hautes responsabilités. Pour le journaliste Matthieu Suc : « il travaille, au sein du bureau des opérations extérieures, dans la cellule chargée du recrutement à distance des candidats terroristes, aux côtés du Normand Maxime Hauchard. Il n'est pas un émir de l'Amniyat, simplement un petit commis de la terreur »[9].

En , il réunit Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean (19 ans tous les deux) qui passent à l'action le en assassinant le prêtre catholique Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Kermiche et Petitjean sont issus de deux départements éloignés, respectivement la Seine-Maritime et la Savoie, et ont été réunis pour la circonstance par Rachid Kassim[8]. Il se dit « très fier d'eux, très très fier. Pour moi, ce sont des modèles et des héros. En ce qui concerne mon rôle, les services secrets le savent. Je n'ai rien à ajouter[5]. »

Au début de , il monte un commando féminin composée d'Ornella Gilligmann (29 ans, convertie à l'islam en 2009), de Sarah Hervouët (23 ans, convertie à l'islam en 2015), d'Inès Madani (19 ans) et d'Amel Sakaou (39 ans). Le recrutement de femmes pour passer à l'action est inédit chez l'État islamique, ce qui laisse à penser que Rachid Kassim dispose d'une certaine autonomie dans ses actions[8]. Les quatre femmes — qui ne se connaissent pas avant — sont responsables d'une tentative d'attentat à la voiture piégée en plein Paris le , avant d'être toutes arrêtées dans les jours suivants[8].

Il influence également à distance plusieurs personnes arrêtées, avec l'aide d'un « service de renseignement étranger seul capable de pirater » l'application cryptée[10], alors qu'elles étaient soupçonnées de préparer des attentats en France :

  • en septembre 2016, trois adolescents de 15 ans sont arrêtés par la DGSI à Paris pour des projets d'attentats imminents[11].
  • un homme de 39 ans et un autre de 30 ans de Roanne et Dole interpellés en septembre 2016[12]
  • deux jeunes filles de 17 et 19 ans de Nice interpellées le 10 et le . Accrochée par une vidéo d'un orphelin syrien dont les parents auraient été victimes de bombardements français, l'une des jeunes filles — alors fragilisée par des envies de suicide — est pressée de commettre un attentat par Rachid Kassim, mais elle se dérobe à plusieurs reprises à ses pressions ne voulant pas commettre de victimes innocentes et comprenant qu'elle est manipulée[10]
  • mi-novembre 2016, un adolescent d'origine belge de 17 ans actif sur Telegram sous le pseudonyme d'«Abou Omar» est interpellé à son domicile de Rennes. Il aurait joué le rôle d'entremetteur entre Kassim et de jeunes radicalisées dont les deux adolescentes de 15 et 16 ans arrêtées en août à Melun et Clermont-Ferrand[13].
  • Une jeune fille mineure promise par Telegram à Adel Kermiche devient également sa promise, mais elle ne quitte pas le territoire français[14].

Rachid Kassim est accusé par d'autres djihadistes français de mal choisir ses recrues, qui échouent la plupart du temps[8]. Cela ne l'empêche pas de fanfaronner d'être devenu l'« ennemi public numéro 1 »[6]. En novembre 2016 paraît de lui une interview réalisée par Amarnath Amarasingam, expert de l'extrémisme de l'université George Washington. Il explique avoir « migré vers la Syrie il y a un an, mais aujourd'hui je suis triste. Beaucoup d'entre nous sont jaloux des frères qui attaquent directement les zones considérées comme non-musulmanes. Nous pensons que même une petite attaque dans ces zones-là vaut plus qu'une grande attaque en Syrie[5] ». En novembre, il se fait plus discret. Il est avancé que s'être trop mis avant, ses échecs (22 de ses contacts arrêtés, dont dix femmes et neuf mineurs) ou son appel aux femmes auraient été mal vus de l'organisation djihadiste[15].

Il est blessé aux jambes le près de Mossoul (Irak) dans une frappe d'un drone américain et tué le 27 juillet 2017 lors d'un bombardement américain le visant[16].

Une "Note bleue" du renseignement français juge cette information très crédible.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Qui est Rachid Kassim, soupçonné d'inciter les jihadistes français à passer à l'acte ? sur francetvinfo.fr le 12 septembre 2016.
  2. « Rachid Kassim, le recruteur français de Daesh, abattu par un drone en Irak, selon les Américains », sur bfmtv.com, .
  3. Ldc Bel, « Cellule de crise Comment faire face au retour des djihadistes HD », (consulté le 11 mars 2019)
  4. a b c et d Attentats en France : ce que l'on sait de Rachid Kassim, membre présumé de l'EI sur france24.com le 12 septembre 2016.
  5. a b c d et e Claire Digiacomi, « Rachid Kassim, l'un des plus influents jihadistes français de Daech, témoigne pour la première fois », huffingtonpost.fr, (consulté le 22 novembre 2016)
  6. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Rachid Kassim : enquête sur le donneur d'ordre de Daech sur parismatch.com le 23 septembre 2016.
  7. a et b Rachid Kassim, la dangereuse nounou des adolescents radicalisés sur Telegram sur marianne.net le 12 septembre 2016.
  8. a b c d et e Les flux furieux de Rachid Kassim sur Libération, 16 septembre 2016.
  9. Suc 2018, p. 322-323.
  10. a et b Thibaut Raisse, « Terrorisme : Rachid Kassim, propagandiste de Daech et bourreau », leparisien.fr/, (consulté le 2 novembre 2016)
  11. lefigaro.fr et AFP, AP, Reuters Agences, « Terrorisme : trois mineurs arrêtés en une semaine en région parisienne », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne, consulté le 17 septembre 2016)
  12. « Deux hommes en contact avec Rachid Kassim interpellés à Dole et Roanne », leparisien.fr, (consulté en 2ker5 septembre 2016)
  13. « Terrorisme : un adolescent, proche de Rachid Kassim, interpellé en Bretagne », leparisien.fr, (consulté le 18 novembre 2016)
  14. Jean-Michel Décugis, « La « promise » maudite des djihadistes », leparisien.fr, (consulté le 31 juillet 2016).
  15. M.L. avec Cécile Ollivier, « Le recruteur jihadiste Rachid Kassim agace dans les rangs de Daesh », bfmtv.com, (consulté le 2 décembre 2016)
  16. Modèle {{Lien web}} : paramètre « titre » manquant. https://www.youtube.com/watch?v=eoHTVb0EvDc&t=3175s

Bibliographie[modifier | modifier le code]