Double meurtre du 13 juin 2016 à Magnanville

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Double meurtre du 13 juin 2016 à Magnanville

Localisation Magnanville, France
Cible Policiers
Coordonnées 48° 58′ 09″ nord, 1° 41′ 24″ est
Date
21 h (CEST)
Type Meurtre
Prise d'otages
Armes Arme blanche
Morts 3, dont l'auteur
Auteurs Larossi Abballa
Organisations Drapeau de l'État islamique État islamique
Mouvance Terrorisme islamiste

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Le double meurtre du 13 juin 2016 à Magnanville est une attaque terroriste djihadiste visant un couple de fonctionnaires du ministère de l'Intérieur (Jean-Baptiste Salvaing, policier, et Jessica Schneider, agent administratif), perpétrée à leur domicile le dans la commune de Magnanville, dans les Yvelines, en France. Ils ont été tués à l'arme blanche par Larossi Abballa, un islamiste radical se revendiquant de l'État islamique. Le forcené est abattu lors de l'assaut du RAID. Le fils du couple, âgé de trois ans et demi, est retrouvé indemne et en état de choc par la police.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Entre 20 h et 20 h 20, le policier qui rentrait dans sa maison allée des Perdrix, dans un quartier pavillonnaire de la commune de Magnanville, dans les Yvelines[1], est attaqué par Larossi Abballa. Ce dernier a garé sa voiture à vingt mètres de la maison de sa victime vers 20 h et l'attend dissimulé derrière le portail du jardin du couple qu'il a pris pour cible[2]. Poignardé à deux reprises au moment où il pénètre dans son jardin, le policier parvient à prendre la fuite mais son meurtrier le poursuit et lui donne d'autres coups. La victime a le temps d'alerter le voisinage du danger qu'il court, en invitant les riverains à fuir et à prévenir ses collègues ; mais après avoir essuyé neuf coups de couteau dans l'abdomen, il succombe à ses blessures dans la rue[3].

L'assaillant se retranche ensuite dans la maison et annonce à l'arrivée des pompiers qu'il a pris en otage la conjointe du policier ainsi que son fils de trois ans. Le quartier est rapidement évacué par la BAC. Lorsque le RAID et la BRI arrivent sur les lieux, les négociations avec le terroriste commencent. Mais ce dernier menace « de tout faire sauter si les policiers investissent les lieux[4] ». Finalement, l'assaut est donné. Le terroriste est abattu vers h 15[5], et les forces de l'ordre retrouvent le corps de la mère avec la gorge tranchée[6] ainsi que l'enfant, choqué et dans un état de sidération mais sain et sauf[7],[8].

Les victimes et l'assassin[modifier | modifier le code]

Victimes[modifier | modifier le code]

Les victimes sont Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans[3],[9],[10] commandant de police au commissariat des Mureaux, et sa conjointe Jessica Schneider, 36 ans, secrétaire administrative du commissariat de Mantes-la-Jolie[11],[12],[3].

Après une série d'hommages, le couple est inhumé dans l'intimité dans le cimetière de Montagnac, à quelques kilomètres de Pézenas d'où était originaire Jean-Baptiste Salvaing[13].

Assassin[modifier | modifier le code]

Larossi Abballa
Terroriste islamiste
Membre de l'organisation terroriste État islamique
Information
Naissance
Meulan-en-Yvelines (Yvelines)
Décès (à 25 ans)
Magnanville
Cause du décès Abattu par le RAID
Affaires Double meurtre de Magnanville
Victimes Deux morts
Pays Drapeau de la France France
Ville Magnanville

L'assassin est Larossi Abballa, Français d'origine marocaine né le 28 mars 1991 à Meulan-en-Yvelines[14]. Musulman pratiquant, il réside dans le quartier du Val Fourré de Mantes-la-Jolie, où au moment de l'attentat il vit toujours, semble-t-il, chez ses parents, retournés au Maroc[15]. Cadet d'une fratrie de quatre, il entame après le collège un BEP électronique qu'il ne valide pas[16]. Il tombe dans la petite délinquance et est condamné à plusieurs reprises : en 2008 pour conduite sans permis et refus d'obtempérer ; en 2010, pour vol avec effraction et recel (157 € dans la caisse d'un salon de coiffure)[17]. Avec ses compagnons, il participe fin 2010 à plusieurs entraînements religieux et sportifs dans des parcs du Val-d'Oise et de Seine-Saint-Denis, s'entraînant même à égorger des lapins[18]. Il tente un CAP constructeur de route mais ne trouve pas d'employeur. Grâce à la mission locale, il décroche un contrat en alternance comme magasinier chez Renault[16]. Le 14 mai 2011, il est incarcéré car soupçonné d'« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste »[15]. Lors d'une perquisition au domicile de ses parents, les policiers retrouvent un agenda avec une liste de cibles potentielles dans son département des Yvelines (commissariats, mosquées et lieux touristiques)[18]. Le 30 septembre 2013, le tribunal correctionnel de Paris le condamne à trois ans de prison, dont six mois avec sursis[19]. En raison de son prosélytisme islamiste radical, il est transféré dans plusieurs maisons d'arrêt différentes au cours de sa détention où il achève de se radicaliser comme le signalent les services de renseignement pénitentiaire de la maison d'arrêt d'Osny[20]. Il est libéré le 30 septembre 2013, ayant effectué l'intégralité de sa peine en détention provisoire[20]. Il fait après sa sortie l'objet d'une surveillance de la SDAT (mis sous écoute, fiché S)[15]. En 2015, il crée une petite entreprise de livraison nocturne de sandwiches halal, Doctor Food[14].

Avant l'assaut du RAID, il poste à 20 h 52[4] une vidéo de treize minutes au moyen de l'application Facebook Live, où il montre les corps des victimes ainsi que leur enfant. Il y fait également passer son long message de revendication, invoque Dieu à plusieurs reprises, et profère des menaces à l'encontre des forces de l'ordre, des journalistes, des rappeurs, ainsi que « les députés et maires de vos villes »[21]. Il affirme également que « l'Euro sera un cimetière »[22].

Aucun responsable musulman n'accepte qu'il soit inhumé en France. Il est finalement inhumé le 2 octobre au Maroc [23].

Enquête[modifier | modifier le code]

Revendication[modifier | modifier le code]

Message de revendication sur Facebook.

Larossi Abballa s'est revendiqué de l'État islamique[24] dans la vidéo qu'il a publiée sur Facebook[22], ainsi que dans un message sur ce même compte (nommé Mohamed Ali), fermé depuis. Il déclare prêter allégeance au « commandeur des croyants »[Note 1] Abou Bakr al-Baghdadi, « calife » autoproclamé de l'État islamique, et affirme avoir répondu à l'appel de Abou Mohammed al-Adnani, « émir » de l'organisation ayant multiplié les encouragements au massacre des « incroyants » (citoyens des pays de la coalition contre l'État islamique).

L'agence de presse et de propagande Amaq de l'organisation terroriste l'a confirmé via Internet :

« Un combattant de l’État islamique tue à l’arme blanche un chef adjoint de police des Mureaux ainsi que sa femme fonctionnaire dans la ville de Magnanville près de Paris[9],[25]. »

Perquisitions et interpellations[modifier | modifier le code]

Lors d'une conférence de presse donnée le 14 juin, le procureur de la République François Molins précise que « les premières perquisitions ont permis de trouver au domicile du terroriste trois téléphones, trois couteaux dont un ensanglanté ainsi qu'une liste de cibles mentionnant notamment des personnalités et des professions telles que des journalistes, des rappeurs ou encore des policiers »[26].

Des proches du tueur suspectés d'être ses complices sont placés en garde à vue[27]. Sur les trois hommes arrêtés dans l'entourage de Larossi Abballa, deux, Charaf-Din Aberouz et Saad Rajraji, sont placés en détention provisoire le 19 juin et mis en examen pour participation à une association de malfaiteurs terroristes en récidive[28]. Frère de Charaf-Din Aberouz, Mohamed Aberouz est incarcéré de septembre 2016 à janvier 2017, soupçonné d'être impliqué dans la tentative d'attentat de la cathédrale Notre-Dame de Paris comme complice de sa fiancé virtuelle Sarah Hervouët, qui a poignardé un policier à Boussy-Saint-Antoine le 8 septembre 2016[29].

Les enquêteurs mettent en lumière un lien avec l'affaire Sid Ahmed Ghlam, Abballa ayant été vu conduisant un véhicule d'Abdelkader Jalal, complice présumé de Ghlam dans l'assassinat d'Aurélie Châtelain et de l'attentat manqué de Villejuif[30].

Le 21 juin, trois autres proches de Larossi Abballa sont interpellés, soupçonnés d'avoir effectué des repérages visant des policiers[31].

Le 3 avril 2017, un proche et la sœur du djihadiste Larossi Abballa, ont été placés en garde à vue[32].

Réactions[modifier | modifier le code]

Politiques[modifier | modifier le code]

François Hollande déclare que « c'est un acte incontestablement terroriste » ajoutant que « la France est confrontée à une menace terroriste de très grande importance »[33].

Le Premier ministre Manuel Valls dénonce un « acte effrayant » en rappelant « la France est attaquée pour ses valeurs et sa démocratie »[34].

Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, parle d'un « acte terroriste abject »[35] et qu'il faut « mettre hors d'état de nuire d'éventuels complices »[36].

Nicolas Sarkozy, président des Républicains, estime que « notre niveau de vigilance doit être adapté sans délai » et ajoute qu'en « s'attaquant à des fonctionnaires de police pour ce qu'ils sont, en utilisant les moyens de la terreur, c'est la République qui est visée et la Nation entière qui est prise pour cible »[37].

Marine Le Pen, présidente du Front national et candidate à l'élection présidentielle de 2017, réclame l'application de l'article 411-4 du code pénal concernant l'intelligence avec l'ennemi dès que la justice est convaincue qu'une personne possède des relations avec l'État islamique afin de la mettre hors d'état de nuire. Elle évoque ensuite la déchéance de nationalité, l'expulsion des islamistes et le retour à des frontières effectivement contrôlées[38].

Michel Lebouc, le maire de Magnanville, dénonce un « acte de barbarie inqualifiable » en remerciant les forces de l'ordre « qui ont fait un énorme travail toute la nuit »[39].

Joaquim Pueyo, député PS membre de la commission parlementaire sur les attentats de Paris et Saint-Denis, avance en commentant ces crimes, que la France possède « des centaines de profils qui peuvent basculer dans ce genre d'actes »[40].

Religieuses[modifier | modifier le code]

Mgr Éric Aumonier, évêque de Versailles, condamne ce « sauvage assassinat » et exprime « toute [sa] compassion à l'enfant du couple assassiné ». Il fait part de son « estime pour le travail des policiers, pour le courage que cela demande, pour le calme qu'ils démontrent » et souhaite « qu'ils ne perdent pas leur ardeur et leur goût pour le métier ». Enfin, il invite à « ne jamais [se] décourager d'œuvrer pour la paix, partout où nous sommes, sur le plan local comme pour l'ensemble [de la France] ». Le 15 juin, une messe à la mémoire des deux victimes est dite à la collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie, ville voisine de Magnanville[41].

De son côté, le Conseil français du culte musulman condamne dans un communiqué « cet acte d'horreur, odieux et abject » et « présente ses sincères condoléances aux familles des victimes » tout en appelant à « mettre à profit le mois sacré du Ramadan pour prier pour que la France vive dans la paix, l'unité et la sécurité »[41]. À l'appel d'associations musulmanes, des milliers de personnes défilent le 19 juin à Mantes-la-Jolie pour saluer la mémoire des policiers tués à Magnanville[42].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Larossi Abballa utilise le terme « Amir al mouminine », transcription de l'arabe أمير المؤمنين qui se traduit en français par « commandeur des croyants ». Abou Bakr al-Baghdadi se définit comme tel depuis octobre 2014.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Magnanville Un couple de policiers tués par un forcené », sur 78actu (consulté le 14 juin 2016)
  2. « Policiers tués à Magnanville : le tueur ciblait plusieurs professions et personnalités », sur rtl.be,
  3. a, b et c Arnaud Focraud, « Assassinat de Magnanville : Jean-Baptiste et Jessica, victimes de la barbarie », sur lejdd.fr,
  4. a et b « Ce que l'on sait de Larossi Abballa, meurtrier des policiers de Magnanville », sur huffingtonpost.fr,
  5. « Magnanville : le suspect déjà condamné pour participation à une filière djihadiste », sur France info (consulté le 14 juin 2016)
  6. « Policiers tués à Magnanville : Larossi Abballa a ouvert un Facebook live au domicile de ses victimes », sur metronews.fr,
  7. « Deux policiers tués dans les Yvelines, l'EI revendique l'attaque », sur L'Obs, (consulté le 14 juin 2016)
  8. Delphine Bancaud, « Policiers tués en Yvelines : Comment leur enfant de 3 ans va être pris en charge », sur 20minutes.fr, (consulté le 14 juin 2016)
  9. a et b « Ce que l’on sait du meurtre d’un couple de policiers dans les Yvelines », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  10. « Ce que l'on sait du meurtre d'un policier et de sa compagne dans les Yvelines », sur francetv info, (consulté le 14 juin 2016)
  11. « Policiers tués dans les Yvelines : « un acte incontestablement terroriste », dit Hollande », sur Libération.fr, (consulté le 14 juin 2016)
  12. « Le commandant de police tué dans les Yvelines est originaire de Pézenas dans l'Hérault », sur France 3 Languedoc-Roussillon, (consulté le 14 juin 2016)
  13. « Dernier hommage dans l'Hérault à Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider », sur bfmtv.com,
  14. a et b « Magnanville : qui est Larossi Abballa, le jihadiste qui a tué un policier et sa compagne ? », sur rtl.fr,
  15. a, b et c « Magnanville : qui était Larossi Abballa, le meurtrier des deux policiers ? », sur bfmtv.com,
  16. a et b « Policiers tués : un contact d'Abballa l'incitait à nettoyer des mécréants », sur leparisien.fr,
  17. Willy Le Devin, « Magnanville : Abballa dit avoir croisé sa victime », sur liberation.fr,
  18. a et b « Larossi Abballa, itinéraire d'un djihadiste ordinaire », sur lindependant.fr,
  19. Cédric Mathiot, « Larossi Abballa : libéré sitôt condamné ? », sur liberation.fr,
  20. a et b « Policiers tués : ce que l'on sait du meurtrier présumé, Larossi Abballa », sur nouvelobs.com, (consulté le 14 juin 2016)
  21. « Magnanville : les personnalités menacées par Abballa placées sous protection », sur lefigaro.fr,
  22. a et b « En direct - Attentat à Magnanville : Abballa a diffusé la vidéo des meurtres sur Facebook, la police recherche des complices », sur www.francesoir.fr, (consulté le 14 juin 2016)
  23. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/10/03/97001-20161003FILWWW00132-policier-tue-a-magnanville-le-djihadiste-inhume-au-maroc.php
  24. « Yvelines : un couple de policiers assassiné par un forcené se revendiquant de l'État islamique », sur francetv info, (consulté le 14 juin 2016)
  25. Romain Caillet, « #Magnanville : l'agence de presse de l'EI revendique le meurtre du policier et de sa femme », sur Twitter (consulté le 14 juin 2016)
  26. Eugénie Bastié et Guillaume Descours, « Policiers tués : le terroriste avait une liste de cibles potentielles », sur lefigaro.fr,
  27. France Soir 16/06/2016 Attentat de Magnanville, Larossi Aballa avait-il des complices ?
  28. « Meurtres de Magnanville: deux proches d'Abballa mis en examen et placés en détention provisoire », sur francesoir.fr, nil
  29. Soren Seelow, « Terrorisme : les tribulations carcérales du détenu Aberouz », lemonde.fr, (consulté le 19 janvier 2017)
  30. n lien entre Larossi Abballa et Sid Ahmed Ghlam?, Le Progès, 19/6/2016
  31. « Policier et sa compagne tués : trois proches de Larossi Abballa interpellés », sur midilibre.fr,
  32. http://www.leparisien.fr/mantes-la-jolie-78200/mantes-la-jolie-la-police-antiterroriste-au-domicile-de-la-famille-du-tueur-de-magnanville-03-04-2017-6821310.php
  33. AFP, « Hollande : c'est un acte incontestablement terroriste », sur Le Point, 14 juin 2016
  34. Manuel Valls dénonce un « acte effrayant » après le meurtre d’un couple de policiers sur Le Monde, 14 juin 2016
  35. Bernard Cazeneuve : « Un acte terroriste abject » à Magnanville sur Le Monde, 14 juin 2016
  36. AFP, « Cazeneuve : mettre hors d'état de nuire d'éventuels complices », sur La Croix, 14 juin 2016
  37. Gaël Vaillant (avec AFP), « Magnanville : la droite, Sarkozy en tête, réclame des mesures » sur Le JDD, 14 juin 2016
  38. « Marine Le Pen réagit aux meurtres de Magnanville », sur http://www.frontnational.com/,
  39. « Policiers tués : le maire de Magnanville dénonce un acte de barbarie inqualifiable », sur BFM TV, 14 juin 2016
  40. Joaquim Pueyo, « Couple de policiers tué : Nous avons des centaines de profils qui peuvent basculer dans ce genre d'actes », sur franceinfo.fr, 14 juin 2016
  41. a et b Magnanville : l’évêque de Versailles et le CFCM expriment leur compassion, sur La Croix
  42. « Des milliers de musulmans défilent à Mantes-la-Jolie pour saluer la mémoire des policiers tués à Magnanville », sur bfmtv.com,

Voir aussi[modifier | modifier le code]